Des Américaines en or brisent la série du Canada

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C’est l’heure de la grande finale olympique pour les deux superpuissances du hockey féminin, le Canada et les États-Unis. Vu la récurrence de leurs rencontres, leur domination exclusive sur la scène internationale et le dénouement de chacune de leurs rencontres, la rivalité nord-américaine a bien plus de résonance chez les femmes que chez les hommes.

D’ailleurs, les Américaines ont encore en travers de la gorge l’incroyable finale de Sotchi, match qu’elles menaient 2-0 à quatre minutes de la fin et qu’elles ont finalement perdu 2-3 en prolongation. Marie-Philip Poulin avait offert en mort subite le quatrième titre olympique de l’équipe féminine du Canada, qui a conservé une incroyable série de 24 victoires consécutives. C’est bien simple : les Canadiennes n’ont plus perdu aux Jeux olympiques depuis la toute première finale de hockey féminin, en 1998 à Nagano… remportée par les Américaines.

Mais il n’y a guère que les Américaines qui peuvent faire barrage au Canada. Elles ont certes perdu contre leurs voisines du nord en phase préliminaire (1-2), mais elles ont bien l’intention de jouer sur la fibre nostalgique de 1998 (cf les commentaires d’après-match) pour prendre leur revanche aux dépens des grandes rivales. L’entraîneur américain Robb Stauber prolonge sa confiance à la jeune Maddie Rooney, qui aura la lourde tâche de garder la porte face à l’armada canadienne. Son homologue Laura Schuler opte encore pour l’expérience avec Shannon Szabados, double championne olympique à Vancouver en 2010 et Sotchi en 2014.

Des Canadiennes solides mais indisciplinées

Sans surprise, l’intensité est soutenue dès le début mais, dans un premier temps, les premières chances sont assez peu dangereuses. Szabados ne tremble pas devant Pannek et Marvin, Rooney ne tremble pas devant Daoust et Spooner. La Canadienne Wakefield héritera de la première pénalité du match à la 10e minute mais ni Decker, ni Pfalzer, ni Jocelyne Lamoureux ne trouvent la cible. De retour sur la glace, Jennifer Wakefield force tout de même un arrêt de Rooney les deux bras en avant.

À la 14e minute, le Canada concède une deuxième faute, cette fois-ci de Larocque sur Pfalzer, mais le jeu en infériorité numérique canadien fait des merveilles avec de nombreuses passes coupées. La pénalité est tuée et Marie-Philip Poulin peut donner des frayeurs à la gardienne américaine. Rooney ne maîtrise pas ce puck brûlant qui est finalement écarté par la défenseure Pfalzer. Le danger canadien est toutefois temporaire puisque les femmes floquées à la feuille d’érable sont de nouveau appelées par la patrouille, en l’occurrence Nurse à qui l’on indique une interférence sur Pelkey. Au bout du troisième jeu de puissance, c’en est assez pour les Américaines qui s’impatientent : Sidney Morin frappe de la gauche, Hilary Knight, postée devant l’enclave, dévie le palet dont la route se termine au fond des filets (0-1, 19’34 »). L’ouverture du score en fin de tiers par les Américaines tombent à pic pour faire douter les Canadiennes, plutôt bien en jambes durant cette première période.

La dangereuse accélération de Dani Cameranesi au début du deuxième tiers tente de prolonger le momentum des USA. Mais le Canada parvient à égaliser rapidement. Blayre Turnbull déborde à droite et centre malgré le plongeon de Morin pour Haley Irwin, qui coupe devant le slot et égalise (1-1, 22’00 »). Après avoir tué une autre pénalité, après avoir repoussé un rebond devant Knight puis un centre de Brandt tous deux dangereux, le Canada double la mise. Kacey Bellamy rate un contrôle en zone neutre, Meghan Agosta s’empare du palet, entre en zone offensive côté gauche et sert en retrait Marie-Philip Poulin, qui reprend de volée (2-1, 26’55 »).

Après ce deuxième but, les Américaines tenteront réagir, par l’intermédiaire de Jocelyne Lamoureux et Hilary Knight. Mais elles inaugurent à leur tour le banc des pénalités, Morin et Monique Lamoureux se révélant fautives, de même que la Canadienne Daoust. Mais à l’issue de cette seconde période, le score demeurera inchangé, malgré des occasions de Saulnier, Rougeau, Jenner et Johnston.

Égalisation tardive 

Au début de la troisième période, les Américaines tentent de nouveau d’accélérer le jeu mais les Canadiennes ne baissent pas la garde pour autant, avec Agosta et Daoust dangereuses. Et à la 44e minute, l’ambiance se tend davantage : Knight centre pour Decker mais cette dernière ne peut pas armer le tir, violemment chargée par Poulin. La capitaine canadienne n’écopera d’aucune pénalité, en dépit de l’incompréhension du coach américain Robb Stauber.

Les supporteurs américains, plus bruyants que les Canadiens, poursuivent leurs « USA ! USA ! USA ! », poussant leurs favorites, qui continuent d’inquiéter Szabados par Jocelyne Lamoureux, Cameranesi et Pfalzer. Et un nouvel événement dans ce match : Stacey et Nurse créent un 2 contre 1 pour le Canada, Nurse frappe et touche le bouclier de Rooney, l’action continue, Kelly Pannek récupère le palet, elle voit le changement de lignes hasardeux des Canadiennes et adresse une longue passe parfaite vers Monique Lamoureux, totalement oubliée qui part seule battre Shannon Szabados (2-2, 53’39 »). Le forcing des Américaines a payé, et celles-ci ont même l’occasion d’en terminer lorsque Clark fait trébucher Bellamy à 4’11 » de la fin. En vain, le Canada se sort de cette dernière infériorité.

Les deux équipes vont donc en prolongation, à 4 contre 4 pour vingt minutes, comme il y a quatre ans à Sotchi. Les Américaines commencent très fort avec deux tirs, de Pannek et Cameranesi, qui flirtent avec le poteau. Les Canadiennes auront à leur tour de bonnes chances, Rooney devant repousser la tentative de Fortino. À la 72e minute, Maddie Rooney peut tout de même remercier Bellamy, qui couvre avec talent un contre de Clark après un palet perdu de Brandt.

Mais aux points, les États-Unis l’emportent dans cette période supplémentaire, par l’intermédiaire de Megan Keller. À la 74e minute, la défenseure américaine réalise un une-deux avec Marvin, c’est repoussé de la plaque par Szabados. Et quatre minutes plus tard, sa reprise est bloquée in extremis par Rougeau. Les Américaines veulent en finir avant la séance aux tirs au but mais, à 1’35 » du buzzer, Poulin chute à cause de… Megan Keller, qui rejoint la prison. Temps-mort canadien. Les Canadiennes s’installent, peinent à trouver l’ouverture mais, dans les dernières secondes, Laura Fortino frappe, Rebecca Johnston est sur le rebond mais sa tentative est repoussée d’extrême justesse de la crosse par Rooney !

Deux tirs d’exception mais un seul vainqueur

La prolongation est terminée et place, pour la première fois dans une finale d’un tournoi olympique féminin, aux tirs au but. Spooner est la première à s’élancer pour le Canada, Rooney repousse d’un poke-check. Marvin perd elle le contrôle mais marque en deux temps. Agosta égalise ensuite pour les Canadiennes d’un tir croisé. Brandt, Poulin et Pfalzer voient ensuite leur essai arrêté. S’élance alors Mélodie Daoust, la Québécoise s’approche, freine et allonge sa crosse d’une main pour réaliser un tir « à la Forbserg », le Canada prend l’avantage avec cette réussite somptueuse !

C’est parfois un geste exceptionnel qui marque les esprits d’une médaille d’or. Mais en marquant en lucarne, Amanda Kessel fait retomber illico le Canada sur terre, 2-2. Rooney arrête de la jambière le tir du revers de Jenner, Szabados sort le grand écart devant Knight. S’élance alors Jocelyne Lamoureux, prête à dégainer un essai tout aussi sublime que celui de Daoust : feinte de corps, dribble, Shannon Szabados se perd dans ce tourbillon et parade, « J-Lam » n’a plus qu’à profiter de l’angle ouvert. Les États-Unis mène désormais au tableau de marque, 3-2. Meghan Agosta s’y colle mais elle se casse les dents sur le papillon de la jeune Maddie Rooney, pleine de sang-froid à seulement 20 ans !

À l’issue d’un match accroché, comme d’habitude, les Américaines sont championnes olympiques de hockey sur glace, vingt ans après la bande de Cammi Granato. Une victoire au bout du suspense pour le Team USA de Robb Stauber, qui casse ainsi la bonne série olympique du Canada. Épatante Maddie Rooney devant les buts, légendaire Jocelyne Lamoureux, qui avait déjà fait tomber un record olympique vieux de 58 ans et qui donne une victoire en or aux États-Unis.

On ne doute pas de la revanche que voudront prendre les Canadiennes l’année prochaine, lors des Championnats du monde en Finlande. En attendant, les Américaines peuvent savourer cet or mérité, le cinquième de suite en comptant les quatre derniers championnats du monde.

Commentaires d’après-match

Meghan Duggan (capitaine des États-Unis) : « Je ne sais pas quoi en penser, si ce n’est de la pure fierté, de l’excitation et un honneur pour notre équipe. La majorité d’entre nous le voulait après avoir vu l’équipe de 1998 gagner il y a vingt ans. Vivre cette expérience ensemble, représenter notre pays est le plus grand honneur du monde. C’est l’un des meilleurs moments de toute notre vie. La résilience est un mot approprié. La situation [le score défavorable, NDLR] ne nous a pas dérangé. Nous avons beaucoup parlé, notre mission était claire. Nous sommes restées dans l’instant, nous l’avons montré aujourd’hui en prenant le temps minute par minute, je savais que nous allions égaliser. Je suis tellement fière de l’équipe et je suis vraiment excitée de célébrer cela avec les filles. »

Gigi Marvin (attaquante des États-Unis) : « Il est clair que le passé a un impact sur les gens. Mais je pense que ce n’est pas forcément le passé en lui-même, mais plus précisément ce que nous en tirons et ce que nous apprenons. Chaque personne a vraiment creusé profondément en ne perdant pas espoir, avec la conviction d’une meilleure issue. »

Kendall Coyne (attaquante des États-Unis) : « Cela me donne des frissons. C’est incroyable, beaucoup d’entre nous sont ici aujourd’hui grâce à l’équipe de 1998. Leur victoire a été une source d’inspiration. Alors j’espère qu’il y aura une tonne de filles qui feront du hockey aux États-Unis, et partout dans le monde. Et que [la pratique] des générations futures va littéralement monter en flèche. »

Blayre Turnbull (attaquante du Canada) : « Nous ne sommes pas venues ici pour la médaille d’argent. Je pense que tout le monde peut imaginer ce que l’on ressent en perdant. Ce n’est pas du tout un bon sentiment. »

Laura Schuler (entraîneure du Canada) : « Je suis extrêmement fière des filles. C’était un match très accroché, et bien sûr ce n’est pas le résultat que nous attendions. Je pense que nous avons joué un bon match. »

 

 

Canada – États-Unis 2-2 (0-1, 2-0, 0-1, 0-0) / 2-3 aux tirs au but.
Jeudi 22 février 2018 à 13h10 au Gangneung Hockey Centre. 4467 spectateurs.
Arbitrage de Nicole Hertrich (ALL) et Katarina Timglas (SUE) assistées de Lisa Linnek (ALL) et Johanna Tauriainen (FIN).
Pénalités : Canada 12′ (6′, 4′, 2′, 0′), États-Unis 6′ (0′, 4′, 0′, 2′).
Tirs : Canada 31 (7, 9, 8, 7), États-Unis 41 (10, 12, 10, 9).

Évolution du score :
0-1 à 19’34 » : Knight assistée de Morin et Decker (sup. num.)
1-1 à 22’00 » : Irwin assistée de Turnbull
2-1 à 26’55 » : Poulin assistée d’Agosta et Daoust
2-2 à 53’39 » : M. Lamoureux assistée de Pannek

Tirs au but
Canada : Spooner (arrêt), Agosta (marqué), Poulin (arrêt), Daoust (marqué), Jenner (arrêt), Agosta (arrêt).
États-Unis : Marvin (marqué), Brandt (arrêt), Pfalzer (arrêt), Kessel (marqué), Knight (arrêt), J. Lamoureux (marqué).

Canada

Attaquantes :
Meghan Agosta (A, +1) – Marie-Philip Poulin (C, 2′) – Mélodie Daoust (+1, 2′)
Rebecca Johnston – Brianne Jenner (A) – Jennifer Wakefield (2′)
Natalie Spooner (+1) – Blayre Turnbull (+1) – Haley Irwin (+1)
Laura Stacey (-1) – Emily Clark (2′) – Sarah Nurse (-1, 2′)
Bailey Bram – Jillian Saulnier

Défenseures :
Laura Fortino (+1) – Renata Fast (+1)
Lauriane Rougeau – Meaghan Mikkelson (+1)
Jocelyne Larocque (-1, 2′) – Brigette Lacquette

Gardienne :
Shannon Szabados

Remplaçante : Geneviève Lacasse (G). En tribune : Ann-Renée Desbiens (G).

États-Unis

Attaquantes :
Hilary Knight – Brianna Decker (A) – Kendall Coyne
Amanda Kessel (-1) – Hannah Brandt (-1) – Dani Cameranesi (-1)
Monique Lamoureux-Morando (2′) – Kelly Pannek (-1) – Jocelyne Lamoureux-Davidson (-1)
Meghan Duggan (C) – Gigi Marvin (+1) – Amanda Pelkey (+1)

Défenseures :
Cayla Barnes – Kacey Bellamy (A)
Emily Pfalzer (+1) – Megan Keller (2′)
Sidney Morin (-2, 2′) – Lee Stecklein (-1)
Kali Flanagan

Gardienne :
Maddie Rooney

Remplaçante : Nicole Hensley (G). En réserve : Alex Rigsby (G).

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