Andy Foliot continue son parcours et arrive à Gottéron

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Andy Foliot, natif de Saint-Pierre et Miquelon, a parcouru le championnat de France et a rapidement versé vers l’activité de coaching. Après ses débuts d’entraîneur à Strasbourg, la Suisse lui a tendu les bras et sa route se poursuit, aujourd’hui, à Fribourg-Gottéron.

Hockey Archives : Fribourg-Gottéron avec ton nouveau projet, comment es-tu arrivé là ?

Andy Foliot : Ma famille et moi-même avons pas mal bougé et nous sommes devenu expert en déménagement (rires…). J’ai donc arrêté de jouer à l’âge de 26 ans quand j’étais à Dijon car j’ai eu un dégoût de la compétition ainsi que du traitement des joueurs à l’époque. J’en avais assez de jouer et je m’inquiétais pour notre équilibre familial, mais j’ai toujours entrainé. J’ai obtenu mon brevet d’État, à l’âge de 20 ans. Avec ma famille, on est parti trois années à Strasbourg et c’est là-bas que j’ai réellement pu entrainer.

Ensuite je suis allé à Genève Futur. J’y ai passé quatre ans avant de faire une petite pige à la Chaux de Fonds et l’an passé j’étais à Morges. Ils ont accepté de me libérer de mon contrat pour que je puisse aller à Fribourg.

Depuis le 1er mai, je m’occupe plus spécialement du secteur U13. Il y a trois niveaux différents et je coache les U13 élite. Je suis donc responsable formation pour tout le secteur U13. Ici, chaque catégorie à son propre responsable.

H.A : Comment se passe la formation des jeunes en Suisse ? Est-ce que l’on peut avoir une photographie sur cette organisation ?

A.F : Pour moi, Fribourg-Gottéron est le meilleur club de développement que j’ai pu voir. J’ai pu constater toutes les modifications qu’ils ont mises en place depuis que j’ai intégré l’organisation. C’est un véritable changement de cap en termes de formation. Ils se préoccupent vraiment de leurs jeunes et ils investissent beaucoup pour eux, ce qui n’était pas forcément le cas dans les clubs où j’ai pu exercer. À Genève, on investissait véritablement à partir des U15 élite mais avec beaucoup de recrutements extérieurs, car dans le canton, on ne trouve pas assez de joueurs au niveau de jeu requis dans ces catégories-là. Même si la tendance a diminué avec le travail à l’époque, cela demeurait perfectible. Mais pour les catégories élite U17 et U20, nous étions bien structurés, ce qui a permis d’obtenir trois titres nationaux.

Fribourg, de ce que j’ai pu voir, c’est le top avec des entraîneurs à temps complet pour chaque tranche d’âge. Le Directeur sportif va chercher des compétences, il les associe et les met au bon endroit. Personne ne vient là pour prendre la place de quelqu’un d’autre. Il y a aucune animosité entre nous, aucun égo et on n’hésite pas à donner la main pour s’aider. Tout le monde va dans le même sens. Tous les jours, nous avons hâte de nous retrouver pour parler hockey.

De plus, le club engage un entraineur des habiletés (skills coach) à temps complet, qui est dédié à toutes les catégories. Il a pour mission de développer toutes les habiletés individuelles et les comportements de jeu des jeunes. Il n’y a aucun égo qui prends le dessus. On le laisse faire son travail dans nos catégories respectives. Il est excellent et gère la partie individuelle. Nous, les coachs, prenons en charge l’encadrement général de l’équipe et la partie tactique/théorique dans le fonctionnement collectif. Il faut comprendre qu’ici, le développement des jeunes est vraiment au centre de tout ! On n’est pas dans la mentalité du résultat où le jeune perdrait sa place s’il était moins bon. Les résultats viennent au second plan, suivant la catégorie, bien sûr. L’intégrité du jeune en tant qu’individu est très présente avec du respect et de l’empathie, chose qui se fait rare.

Fribourg est également en partenariat avec un club suédois, Malmö. Le club ne bloque pas les départs si les jeunes veulent tenter leur chance en Amérique du Nord ou bien ailleurs en Europe. Je pense que c’est une bonne chose de valoriser une expérience personnelle et un choix de vie. Si ça rate, il reviendra grandi et ce n’est pas plus grave que ça.

H.A : La question de l’organisation et de la structuration est donc une réponse au développement des jeunes joueurs ?

A.F : Je viens de Saint-Pierre et Miquelon, et là-bas, on a longtemps sorti de bons joueurs de hockey, maintenant ça diminue (question de changement de société entre autres, je suppose, car les sacrifices sont moins courants). Je pense qu’on est dans un territoire où on a produit le plus de joueurs comparativement à la densité de population et mon père avec sa rigueur était pour beaucoup dans ce travail. Il a ménagé les attentes de chacun, entre ceux voulant jouer pour leur plaisir et ceux voulant être compétiteurs. L’objectif était de développer de bonnes personnes avant toute chose avec de vraies valeurs. Je vois beaucoup de clubs insister sur les valeurs mais lorsqu’il s’agit de les mettre en place, cela n’est pas fait. Je pense qu’il y a des leçons à prendre de ce côté-là sur la qualité des entraînements, sur la formation des entraîneurs. Il ne s’agit pas seulement de hockey, mais aussi de pédagogie, rigueur et d’organisation.

 Maintenant, il faut reconnaître qu’il y a des moyens importants en Suisse mais il y a aussi une valorisation des clubs qui est organisée. C’est-à-dire qu’il y a des labels qui sont mis en place avec une rétribution financière. La ligue suisse récompense les clubs qui remplissent le plus de critères possibles. Et les résultats sont publics, ce travail est porté aux yeux de tous ! Les clubs sont donc motivés pour finir en haut de tableau par rapport à ces critères. Et des prix sont également distribués. La ligue aide ces clubs et les récompenses pour leur bon travail. Mais ce n’est pas seulement qu’une question d’argent, d’autres pays plus modestes font également de grandes choses, c’est une question de volonté et de bon sens avant tout.

La question des choix d’investissements est importante. On peut placer l’argent dans l’équipe première sénior hommes ou bien en reverser une part plus importante dans la formation et le recrutement. Posons-nous les bonnes questions et cessons de se trouver des excuses.

En France, certains clubs font du bon travail. Mais ne doit-on pas valoriser les clubs en général pour réinvestir dans la formation ? Je pense qu’il faut aider tous ces clubs car avec seulement un ou deux entraîneurs c’est impossible ! Le hockey a pris une évolution fulgurante ces derniers temps avec la spécialisation des entraîneurs notamment, il y a donc du pain sur la planche.

Foliotandyservette

H.A : Genève-Servette se révèle comme une porte d’entrée pour de nombreux joueurs français. Comment ce flux est perçu en Suisse ?

A.F : Le hockey mineur genevois est composé de trois clubs : CP Meyrin, HC Trois Chêne et Genève-Servette. Genève Futur, en revanche, s’occupe des talents car c’est une académie. C’est vrai que beaucoup de jeunes se sont essayés et la ligue autorise les frontaliers. Toutefois, elle protège son hockey en limitant désormais les accès, et ce, dès les U15 élite en autorisant seulement 5 passeports non suisses.

À partir des U15, les choses sérieuses commencent avec un championnat national solide pour affronter des clubs comme Zoug, Davos, Berne ou Zurich (voir championnats de jeunes en Suisse). Cependant sur le canton genevois, il y a toujours le besoin de recruter car il y a un manque de joueurs pour pouvoir rivaliser contre les autres clubs. Il y a donc, effectivement, des places à prendre. Genève fait partie des clubs qui ont le plus d’importés par leur situation géographique.

Il y a eu une prise de conscience, côté suisse, en instaurant des règles qui limitent à cinq non-passeports Suisses présents sur la feuille de match. Du coup, la Suisse est décidée à protéger son hockey. La question des licences suisses est en débat, en ce moment. Par exemple, un joueur français qui a évolué plus de 5 ans en Suisse n’est plus considéré comme étranger. Les dirigeants s’interrogent si cela doit être encore toléré dans l’avenir. Pour ma part, je doute que cela continue comme ça longtemps.

H.A : Les sélections nationales U18 et U20 suisses sont très performantes avec un niveau bien ancré dans l’élite mondiale. Comment expliquer cette stabilité du haut niveau ?

A.F : Les dirigeants suisses veulent donner la chance d’être repêchés. Je trouve que c’est une belle ouverture d’esprit. Pour eux, l’équipe nationale est, avant tout, une vitrine pour permettre à leurs joueurs de se faire connaître et d’aller chercher de meilleurs niveaux de jeu. Je crois que cette année ils ont encore quatre ou cinq jeunes qui seront repêchés dans les ligues juniors au Canada.

Ils ont réduit le nombre d’étrangers depuis longtemps en National League (ex-LNA). Et en équipe nationale ça s’est ressenti. Le championnat a baissé de niveau pendant quelque temps, mais finalement, il est devenu l’un des meilleurs en Europe, avec, uniquement, quatre étrangers par équipe. Il y a, ici, une véritable envie d’aller de l’avant.

Pour nous, en France, les questions, qui se posent, c’est où aller et quoi faire ? L’équipe nationale sénior est restée à haut niveau pendant 10-12 ans avec de très gros leaders qui ont porté tout ça à bout de bras. Oui il faut maintenir l’équipe à haut niveau, car je suppose que les subventions qui vont avec sont plus intéressantes. Mais à quel prix ? Ne serait-on pas mieux un étage en dessous en mettant un peu plus d’argent pour nos jeunes ? Je n’ai pas la réponse, mais je pense qu’on doit se poser ces questions. La Slovénie est un pays qui me surprend, car avec peu de joueurs, de patinoires et d’argent, ils ont réussi à produire de sacré joueurs. Donc tout n’est pas seulement une question d’argent, il faut faire des choix et les assumer.

Dans les clubs, est-ce que l’on est prêt à jouer avec deux étrangers de moins par exemple pour payer deux entraîneurs d’habileté ? La question de travailler avec des clubs voisins est-elle envisageable ? Je pense qu’il faut y réfléchir.

H.A : Comment t’es venue cette volonté de coacher ?

A.F : Mon père a arrêté de jouer quand j’avais 8 ans et on est retourné vivre à St Pierre. Dans ma jeunesse, j’ai été à ses côtés et à l’âge de 14 ans, je m’occupais, déjà, des enfants de 4 et 5 ans.

Par la suite, j’ai été assistant entraîneur, et il m‘ a laissé « naviguer ». J’ai été bercé dans ce monde-là depuis le début et mon père m’a supervisé.

Lors des équipes nationales jeunes, on m’avait déjà fait la remarque que j’étais coach avant d’être joueur. j’essayais de comprendre chaque choix des entraîneurs et je pense qu’ils étaient surpris de la répartie que je pouvais avoir sur des principes de jeu entre autres.

J’ai pu conclure cette activité en passant mon tronc commun du brevet d’État de l’époque, à 18 ans. Plus tard, je suis revenu en métropole à Grenoble avec la moitié de mon brevet d’État en poche. Lors de la première édition du centre des métiers de la glace, tout en jouant, j’ai pu obtenir la partie spécifique pour mon diplôme. Nous avons continué de bouger avec mon épouse et nos enfants. À chaque fois, j’ai pu donner un coup de main dans l’entraînement des jeunes à Chamonix et Briançon. Enfin, à Dijon, je me suis investi encore plus et j’ai décidé, ensuite, d’arrêter de jouer.

Foliotandy

Notre passage à Strasbourg a vraiment été passionnant, pour nous tous, pendant ces trois années. Je suis devenu un véritable entraîneur pour seule activité. Là-bas, j’ai découvert le championnat allemand et c’était une force pour Strasbourg que de jouer dans ce championnat.  Les jeunes en ont bien profité et ont acquis de la rigueur avec un jeu physique, mais surtout une intensité que nous ne trouvions pas en France. Cela m’a permis de voir ce qui se fait ailleurs en terme de hockey. C’était une étape supplémentaire qui m’a motivé pour m’améliorer en tant qu’entraîneur et en tant qu’individu. C’est pour cela que nous avons pris la décision, en famille, de nous exiler.

Fin de l’aventure française, opportunité en Suisse

Genève Futur recherchait un entraîneur U13 élite ainsi qu’un assistant U20 élite. C’était donc le timing parfait et la possibilité d’intégrer un pays de hockey.

J’ai découvert, en côtoyant Chris McSorley et ses assistants, que ma marge de progression était importante. J’ai eu la chance de coacher en tant qu’assistant en junior élite avec 44 matchs par saison pendant 4 ans. Ça faisait de belles saisons et pendant deux ans j’ai aussi cumulé avec le poste de Directeur sportif. Je n’étais pas vraiment armé pour ce poste-là. Mais quand cette proposition a été faite, j’ai reçu un soutien total de ma famille et cela m’a permis de vivre de fantastiques moments (champion suisse U20). Il y a aussi eu d’autres événements plus compliqués qui m’ont fait grandir et progresser rapidement, comme de vivre des déconvenues sur des mauvais choix d’engagement de personnel notamment.  Tout ceci réuni m’a vraiment permis de progresser.

J’ai pu intervenir à la Chaux de Fonds et j’ai apprécié cette expérience pendant une saison. Par la suite, j’avais un contrat de deux ans à Morges, qui a été une belle expérience, également, en travaillant avec de bonnes personnes. C’est un club qui fait beaucoup avec peu de ressources et d’aide. J’ai découvert le travail en collaboration avec Lausanne et Yves Sarault. C’était très intéressant aussi. J’ai aimé toutes ces expériences !

H.A : Et aujourd’hui ton métier d’entraineur/formateur se déroule à Gottéron avec toutes ses expériences passées…

A.F : C’est une fierté que de rejoindre Gottéron et je pense qu’à 35 ans, j’ai encore beaucoup de choses à voir.

Fribourg, ce n’est pas simplement un club qui a un peu de moyens et qui travaille pour lui. Ce club-là donne et offre ses ressources aux autres clubs du canton. Tout le monde tire dans le même sens.

Je travaille avec de supers collègues qui ont, chacun, des parcours différents, notamment David Aebischer qui a pu soulever la coupe Stanley avec Colorado. C’est un réel plaisir de travailler avec ce staff. Les dirigeants nous ont tout de suite mis à l’aise, ma famille et moi. Et ils ont tout fait pour faciliter notre intégration ! Je ne les remercierai jamais assez.

Fribourg Gottéron a mis en place un modèle de formation cantonal, depuis deux ans, qui va porter ses fruits. En plus la ligue les cite en exemple.

Il y a une vraie symbiose entre les clubs et ce qui est incroyable, c’est que Fribourg fournit ses propres entraîneurs aux autres clubs. Les directeurs par zone se réunissent chaque semaine et mettent en place cette philosophie de développement du joueur. Il y a un Directeur de la zone nord, un pour la zone sud, et tous les lundis ils se réunissent pour mettre en place la philosophie que tout le monde applique.

Pour exemple, il y a deux équipes U13 élite dans le canton et tous les mercredis on travaille ensemble. Les entraîneurs U15 viennent voir tous les joueurs. Il n’y a aucune surprise, tous les joueurs sont vus, évalués mensuellement à l’entraînement et en match. Aucun enfant passe entre les mailles du filet. Et chaque jeune intègre l’équipe correspondant à son niveau.

H.A : Est-ce que du côté des clubs suisses-allemands on retrouve cette même politique à Zurich, Berne… ?

A.F : Du côté des Suisses allemands, ça fait très longtemps qu’ils arrivent à travailler ensemble. En Suisse romande c’est un plus compliqué, mais c’est comme partout, avec des intérêts politiques qui dépassent ceux du sport. Mais Fribourg devient, lui aussi, un modèle pour les autres clubs. Tout cela donne des exemples à prendre en compte : faire des regroupements de clubs, mettre des ressources à disposition, empiéter sur un budget sénior pour développer les jeunes, donner des spécialités aux coachs…

H.A : Un dernier mot de conclusion pour faire grandir nos jeunes qui veulent progresser.

Je pense qu’aujourd’hui on doit se poser les bonnes questions pour nos jeunes et se rendre compte de la situation. Je suis arrivé en 2005 et je ne vois pas ou peu d’amélioration en France.

Oui, il y a eu des évolutions par la force des choses, mais nous accumulons sans cesse du retard. Les résultats sont sensiblement les mêmes qu’il y a 15 ans.

En Suisse, le directeur du développement se déplace partout pour voir ce qui se fait en matière de formation, et n’exclut rien, pas même la Chine ou le Japon. Les dirigeants s’interrogent en permanence pour voir quelles sont les tendances, les solutions transposables ou modifiables ici.  Il n’y a aucun problème d’égo, à Fribourg, et il n’y a pas de gène à se dire « tiens ici il y a une bonne idée » ! Le championnat suisse n’a pas hésité à réduire la voilure quelques années pour développer ses joueurs. Je pense que maintenant ils ont fait les bons choix.

Pour en revenir aux jeunes, ils peuvent, certes, faire beaucoup de choses de leurs côtés (physique, technique) mais je ne pense pas que l’essentiel soit là. Les jeunes sont demandeurs et suivront le concept de formation qu’on leur proposera. Donc finalement, ils sont tributaires des décisions des hautes instances, de leurs clubs.

Hockey Archives tient à te remercier pour cet éclairage sur la vision du hockey helvétique, cet engouement pour faire grandir des jeunes et aider les futurs joueurs séniors de demain. Nous te souhaitons une très bonne saison à Gottéron.

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