Deuxième coup de foudre entre Tampa et la coupe Stanley

Vasilevskiy soulève la coupe Stanley
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La tempête tropicale Elsa n’a finalement pas gêné la tenue de ce match 5. Mais l’atmosphère reste électrique dans l’Amalie Arena, alors que les supporters du Lightning espèrent assister à la levée de la troisième coupe Stanley de leur histoire.

Tampa mène en effet trois victoires à une et reste sur un match 5 plutôt dominant, mais perdu en prolongations. Toujours privé d’Alex Killorn, l’entraîneur Jon Cooper sait bien que son équipe a les capacités de rebondir. Ses hommes n’ont pas perdu deux matchs de suite en playoffs depuis la déroute de 2019 contre Columbus. Mais il faudra trouver la clé pour relancer Brayden Point, muet devant la cage depuis sa séquence de neuf matchs consécutifs avec un but, et un jeu de puissance inefficace en cinq occasions lors du dernier match.

En face, Montréal rêve d’être seulement la quatrième équipe à accrocher un match six après avoir été mené 0-3. Il est très rare dans l’histoire d’assister à des renversements de cette ampleur, mais le CH a l’habitude de déjouer les pronostics… Il faut remonter à 2015 pour voir une équipe soulever la coupe à domicile. C’était Chicago contre… Tampa Bay.

Tampa Bay en patron

Le premier but s’annonce crucial : l’équipe qui l’a marqué a remporté les quatre matchs de cette finale. Les deux équipes se montrent assez prudentes dans les premières minutes. Montréal se pose en situation attentiste, cherchant les contres, alors que Tampa peine à développer son jeu de passe en zone offensive.

Il faut attendre la quatrième minute pour le premier événement du match. Johnson lance parfaitement Joseph, qui s’engouffre en attaque et pousse Perry à la faute. Le jeu de puissance, efficace à 37,7% en playoffs, n’est qu’à 2/12 dans cette finale, et obtient une première chance lorsque Kucherov trouve Point près du but. Le Russe envoie ensuite un tir puissance du cercle droit, et un autre essai en angle fermé : Price ferme la porte. Palat enchaine en hauteur, depuis le cercle droit, et Maroon dévie sur la botte de Price à la toute fin de l’avantage. Montréal revient au complet.

L’échec-avant du Lightning, intense, cantonne le CH dans sa zone la plupart du temps. Mais sur une montée de palet, Rutta assène un coup de crosse dans le dos de Lehkonen et offre la première supériorité au Canadien.

Le duo Goodrow-Coleman commence pourtant son travail de sape avec une série de chances en infériorité – notamment de Coleman sur le côté du but, après un revirement de Caufield – et de longues séquences dans le camp montréalais. Près d’une minute de tuée sans même que les joueurs de Ducharme touchent le palet. Cernak commet alors une obstruction, mais Perry est lui aussi puni pour avoir exagéré le contact. Sur la mise au jeu, Coleman, encore lui, manque de partir en échappée et Anderson l’accroche. Deux minutes, et fin de la supériorité des visiteurs.

L’avantage numérique change de camp pour 1’44. Les Bleus finissent par s’installer et Hedman teste Price de loin. Ce sera la seule chance, Montréal parvenant à se montrer agressif sur le porteur de palet. Après onze minutes, le compteur de tirs affiche 11-2 en faveur du Lightning.

La première chance montréalaise revient à Staal, positionné près du but sur un long tir de la bleue. Vasilevskiy, qui passe un premier tiers tranquille, suit bien le jeu. Le contre qui suit manque toutefois de coûter cher. Johnson, libéré d’une passe transversale, se retrouve esseulé en tête du cercle gauche. La barre repousse son tir, alors que Price était battu.

La domination du champion en titre ne se dement pas, imposant des duels physiques (24 mises en échec à 14 en faveur de Tampa). Une remontée rapide de Kucherov est ainsi suivie d’un tir de Cernak, que Price contrôle difficilement. Le Canadien s’en sort avec un 0-0, malgré huit occasions franches du Lightning à une seule.

Un buteur inattendu

Le deuxième tiers reprend mal pour Tampa, lorsque Savard expédie le disque au dessus du plexiglas du revers. Montréal se montre incapable de s’installer en supériorité numérique, piégé dans ses entrées en zone. C’est au retour au cinq que Vasilevskiy doit s’interposer sur un tir de Chiarot et le rebond de Lehkonen pour une rare occasion du Canadien.

En face, Gourde lance bien Maroon, qui ne parvient pas à réellement lancer sur Price malgré une bonne position, gêné par le retour de Romanov. Puis, un tir lointain perturbe l’enclave et Cirelli échoue à attraper le rebond. Alors que le Canadien n’obtient que des chances sporadiques, Suzuki provoque une nouvelle faute en résistant à la pression de Sergachev. Un faire trébucher à l’approche de la mi-match, nouvelle chance pour le CH d’ouvrir le score, même si les deux supériorités précédentes n’ont abouti à aucun tir – contre trois au Lightning en infériorité. Et c’est encore Tampa qui lance le premier tir, par Cernak en contre.

Il faut une minute au CH pour enfin poser le jeu. Caufield se signale avec un tir sur la barre depuis la ligne de fond, puis Perry voit son essai repoussé par la jambière de Vasilevskiy. Le Lightning revient au complet. La séquence a le mérite de faire sortir Montréal de sa coquille. Plus offensifs, les joueurs de Ducharme provoquent des revirements et passent plus de temps en attaque. Vasilevskiy a du réaliser plusieurs arrêts difficiles, notamment devant un Caufield en feu, dans ce deuxième tiers.

Mais c’est au moment où Montréal semble le mieux que Tampa va frapper. Un long duel le long de la bande, avec trois défenseurs et trois attaquants agglutinés, libère finalement McDonagh, qui se repositionne dans l’axe. Il fixe, écarte vers Savard sur sa droite. L’ex-Blue Jackets déniche parfaitement Colton devant la zone bleue, lequel devance Edmundson pour cage ouverte (1-0). Les deux seuls joueurs de l’effectif à ne pas avoir soulevé la coupe l’an dernier se distinguent !

Le match s’ouvre. Caufield et Anderson démarrent un deux contre un mais ne parviennent pas à l’exploiter. Kucherov, en contre sur cette même action, ne cadre pas son tir de la gauche. A une minute de la pause, Lehkonen se heurte à la botte de Vasilevskiy sur une déviation dans l’enclave. Point déboule en contre sur l’action et pousse Chiarot à l’accrocher.

Le jeu de puissance débute par un tir de Hedman plein axe, mais Price n’est pas masqué et bloque facilement. Montréal s’en sort avec un seul but de retard à la pause, mais il restera 1’23 de supériorité. Le Canadien a peut être mieux joué que Tampa dans ce deuxième tiers, obtenant de solides occasions sur Vasilevskiy. Le portier russe, encore une fois, est l’homme du match pour le Lightning.

Les Bolts ferment la porte

Le troisième tiers débute donc à un de plus côté Tampa. Montréal bloque très bien les entrées en zone et, hormis un essai dévié de Kucherov, avec Cirelli en écran, rien ne passe et Chiarot revient en jeu. Quelques minutes plus tard, Kucherov dévie un long tir au dessus et prend son rebond. En tour de cage, il trouve Palat dans le slot et Price, s’en sort par miracle du bout de la botte. Sur l’engagement, le gardien d’expérience sauve un palet dévié par son défenseur Romanov.

Après 3’30, une longue passe envoie Anderson en un contre un avec Cernak. Vasilevskiy sauve, l’attaquant montréalais glisse et son dos percute le poteau, le laissant sonné. Il rentre au vestiaire dans la foulée, heureusement brièvement.

La défense du Lightning ne concède pas grand chose. Tous se sacrifient au bloc, à l’image de Cirelli, qui bloque un lancer de Romanov de la cheville. En attaque, McDonagh se fait artilleur sur quelques situations. Une passe de Point lui permet par exemple de contraindre Price à un arrêt de l’épaule.

A mi-période, une mise au jeu gagnée offre un nouveau tir à Hedman, avec Goodrow à l’affût du rebond. Ce dernier, avec l’aide de Gourde, crée un nouveau deux-contre-deux, et Price bloque le tir du Québécois. Montréal ne peut que répliquer en contre. Anderson, servi par Suzuki, ne trompe pas la vigilance d’un Vasilevskiy d’un calme olympien. Le trio Caufield-Suzuki-Anderson semble être le seul dangereux côté CH dans ce match 6.

Tampa contrôle le match aussi bien que ceux décisifs contre Florida, Carolina ou les Islanders – on se souvient de ce 1-0 en match 7 face aux New-Yorkais. Le Canadien, limité à 16 tirs, assez peu dangereux, n’a plus que huit minutes pour revenir. Gallagher s’y emploie d’un tir de l’aile droite, repoussé du bouclier. Puis, Weber lance une mine de la bleue que Goodrow bloque douloureusement.

Les minutes défilent, et Ducharme surjoue le seul trio dangereux depuis le début du match, celui de Suzuki. Mais la défense ne concède pas d’espace, force les revirements et simplifie en dégageant au fond dès que possible pour raccourcir ses présences.

L’atmosphère est bouillante sur les dernières minutes. Le public, assourdissant, est debout. Price sort à 1’50 du terme pour un attaquant. La défense continue de bloquer les rares essais montréalais. Il reste 1’24, lorsque Ducharme pose son temps mort. Toffoli, en tête de cercle, parvient à lancer, mais Vasilevskiy ne lâche rien. Pas mieux pour Danault, puis Goodrow bloque le tir de Petry et le palet est sorti de la zone défensive. Tampa Bay s’arc-boute, Gourde bloque encore, dégage encore… et c’est l’explosion.

Le Lightning remporte sa deuxième coupe Stanley de suite à l’issue d’une masterclass défensive sur ce match 6. Vasilevskiy signe son cinquième blanchissage pour terminer une série, en remontant à la finale 2020. Il est récompensé par le trophée Conn Smythe, succédant à Ken Dryden, dernier gardien à soulever deux coupes en jouant l’intégralité des matchs de playoffs deux saisons de suite. Il rejoint aussi Bernie Parent et Clint Benedict, seuls gardiens à avoir réalisé un blanchissage pour finir une finale à deux reprises.

Autres curiosités statistiques :
-Ross Colton est le 7e rookie à marquer le but gagnant pour décrocher la coupe, et seulement le 2e depuis 1939. Le dernier était Mike Rupp au match 7 New-Jersey-Anaheim en 2003, puis il faut remonter à Roy Conacher pour les Bruins au match 5 en 1939.
-Patrick Maroon remporte sa troisième coupe consécutive, après St. Louis en 2019 et Tampa l’an dernier. Ed Litzenberger était le dernier joueur à l’avoir remporté trois fois ou plus avec des équipes différentes (Chicago 1961, Toronto de 1962 à 1964).

Tampa Bay va savourer ce trophée avec un groupe constitué pour ces deux années. La fenêtre restera-t-elle ouverte longtemps ? Le plafond salarial imposera de lourds efforts. Tampa Bay a bénéficié du règlement de la ligue, qui l’a autorisé logiquement à remplacer un Kucherov blessé dans son alignement pour la saison régulière, avant de pouvoir le réinsérer en playoffs car le plafond n’y comptait pas. Mais ce tour, certes légal, ne fonctionnera pas deux ans de suite. Savard, Coleman et Goodrow sont eux en fin de contrat. Seattle piochera également un joueur lors de la draft d’expansion. C’est la fin – partielle – d’un groupe, mais il serait surprenant que Tampa ne soit pas dans le coup pour ancrer un peu plus sa dynastie l’an prochain…

Commentaires d’après-match : 
Steven Stamkos (capitaine de Tampa Bay) : « C’est si difficile de remporter cette coupe. Alors le faire deux fois de suite… Vous méritez de rentrer dans l’histoire. Notre groupe, peu importe ce qui va arriver dans le futur, ce groupe va rester dans l’histoire, et c’est vraiment spécial. »

Jon Cooper (entraîneur de Tampa Bay) : « Vasilevskiy rend toute l’équipe meilleure. Ce qui est remarquable, c’est de réussir à fermer la porte lors des plus gros matchs de sa carrière.  C’est un grand, remarquable à voir jouer. »

Andrei Vasilevskiy (gardien de Tampa Bay) : « Je n’arrive pas à y croire. C’est toute l’équipe qui mérite, bien sûr. Avoir cinq blanchissages en playoffs, c’est une performance d’équipe. Nous avons réussi à blanchir nos adversaires au match décisif quatre fois, c’est incroyable. C’est toute équipe pour cela. »

Shea Weber (capitaine de Montréal) : « Pour être honnête, je ne pense pas que nous ayons été assez bons devant Carey Price.  Tout le mérite leur revient, c’est une équipe impressionnante. Ils sont là pour une bonne raison, et ils étaient meilleurs que nous, tout simplement. »

Tampa Bay Lightning – Montréal Canadiens 1-0 (0-0, 1-0, 0-0)
Tampa Bay remporte la coupe Stanley 4-1.
Mercredi 7 juillet 2021, 20h25. Amalie Arena de Tampa. 18.110 spectateurs.
Arbitrage de Gord Dwyer et Dan O’Rourke assistés de Michel Cormier et Scott Cherrey
Pénalités : Tampa Bay 8′ (4′, 4′, 0′), Montréal 8′ (6′, 2′, 0′)
Tirs : Tampa Bay 30 (13, 6, 11), Montréal 22 (4, 10, 8)

Récapitulatif du score ;
1-0 à 33’27 : Colton assisté de Savard et McDonagh

Tampa Bay Lightning

Attaquants
Ondrej Palat – Brayden Point – Nikita Kucherov
Steven Stamkos (C, +1) – Anthony Cirelli (+1) – Ross Colton (+1)
Barclay Goodrow – Yanni Gourde – Blake Coleman
Patrick Maroon – Mathieu Joseph – Tyler Johnson
Défenseurs
Victor Hedman (A) – Jan Rutta (2′)
Ryan McDonagh (A, +1) – Erik Cernak (2′)
Mikhail Sergachev (2′) – David Savard (2′, +1)
Gardien : Andrei Vasilevskiy
Remplaçant : Curtis McElhinney.
Réservistes : Spencer Martin, Christopher Gibson (G), Luke Schenn, Dredrik Claesson, Andreas Borgman, Cal Foote, Ben Thomas (D), Alex Killorn (cheville) M, Taylor Raddysh, Boris Katchouk, Gemel Smith, Alex Barré-Boulet, Mitchell Stephens, Daniel Walcott (A).

Montréal Canadiens

Attaquants
Tyler Toffoli – Philipp Danault – Brendan Gallagher (A)
Josh Anderson (2′) – Nick Suzuki – Cole Caufield
Paul Byron (A, +1) – Jake Evans – Artturi Lehkonen
Joel Armia (-1) – Eric Staal (-1) – Corey Perry (4′,-1)

Défenseurs
Ben Chiarot (2′, -1) – Shea Weber (C)
Joel Edmundson (-1) – Jeff Petry
Alexander Romanov – Brett Kulak
Gardien : Carey Price
Remplaçant : Jake Allen

Réservistes : Cayden Primeau, Charlie Lindgren, Michael McNiven (G), Erik Gustafsson, Jon Merrill, Cale Fleury, Xavier Ouellet, Otto Leskinen (D), Lukas Vejdemo, Laurent Dauphin, Jesse Ylonen, Alex Belzile, Michael Frolik, Tomas Tatar, Jesperi Kotkaniemi (A).

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