Dernier volet de notre bilan de KHL avec les huit meilleures équipes de la saison. L’occasion de revenir notamment sur la fin difficile de Stéphane Da Costa à Kazan, symptomatique de l’attitude un peu rétrograde en Russie à l’égard des commotions cérébrales.
Avangard Omsk (1er) : système, sacrifice et recrutement

À l’automne, pourtant, ce dénouement heureux n’était pas une évidence. Bob Hartley appelait à la patience en interview : « L’Avangard n’est en construction que depuis deux ans. Mais durant le camp d’entraînement, nous avons remarqué que 14 nouveaux joueurs sont arrivés durant cette période. Tout le monde veut gagner la Coupe Gagarine aussi vite que possible. Mais cela ne peut pas se faire du jour au lendemain. C’est un long processus, comme la construction de l’Omsk arena : l’excavation, les fondations, les murs, le toit. Une équipe championne ne peut se former en une semaine ou après cinq ou six pas. » La rumeur évoquait à l’époque des divergences de vue avec le nouveau directeur sportif Aleksei Volkov et un veto mis à certaines propositions de recrutement.
Très critiquées, les recrues de Volkov ont pourtant joué un rôle précieux. Les Nord-Américains ont tenu leur rôle : Reid Boucher a été le meilleur marqueur de l’équipe en saison régulière et Corban Knight le meilleur joueur de la ligue aux mises au jeu. La recrue la plus controversée fut sans doute le joker Ilya Kovalchuk, accusé d’avoir été engagé juste comme grand nom médiatique, avec un trop faible apport pour son temps de jeu et un effort défensif limité. Mais s’il ne fut pas décisif en finale, le vétéran de 37 ans l’a été à quelques moments-clés, notamment par son but vainqueur en deuxième prolongation au premier tour des play-offs. Lorsque le capitaine Aleksei Emelin a subi un choc toxique au foie, deux acquisitions estivales, les défenseurs Kirill Gotovets et Damir Sharipzyanov, qui se sont joint à l’offensive pour marquer des buts décisifs et marquer plus en play-offs qu’en saison régulière.
Les deux plus grandes réussites concernent deux autres joueurs achetés, des investissements qui avaient été discutés avant de faire l’unanimité. Petit mais costaud, rapide dans sa vitesse de décision, Sergei Tolchinsky a été désigné meilleur joueur des playoffs. Mais l’ex-gardien Volkov a surtout fait un choix audacieux en recrutant le gardien tchèque Simon Hrubec début novembre chez le dernier de KHL Kunlun. Il a sacrifié Emil Garipov, héros des play-offs 2018 à Kazan au caractère réputé difficile. Au premier tour des play-offs, Hrubec, qui n’avait plus joué depuis un mois, a remplacé un Igor Bobkov nerveux et apporté stabilité et confiance à l’Avangard. Il a signé cinq blanchissages, dont les deux dernières rencontres.
Mais si l’Avangard s’est distingué par son recrutement réussi, cela ne démontre-t-il un manque de développement interne ? Arrivé à sept ans de Perm à Omsk avec ses parents, Egor Chinakhov a été la révélation de la saison. Hartley, qui ne le jugeait pas prêt la saison dernière, a été épaté par ses très gros progrès au camp d’entraînement, en le plaçant en première ligne. Comme la draft NHL 2020 a été retardée à l’automne, ce joueur qui ne figurait sur aucune liste a été pris au premier tour et il a signé à Columbus sitôt la saison terminée, non sans polémique avec son agent Shumi Babaev. Que devient donc l’ambition d’avoir une moitié joueurs formés au club d’ici 2023 ? Ces plans, assez nouveaux au sein de ce club qui n’a jamais été parmi les meilleurs formateurs, ont semblé contrariés. Le superviseur du hockey mineur engagé l’an passé – le Canadien Sean Finn qui travaillait à Yaroslavl – n’a pas été conservé à la tête de l’académie. Mais même chez les juniors, l’Avangard recrute : il a frappé fort en attirant le capitaine de l’équipe de Russie des moins de 17 ans Ivan Miroshnichenko, ailier puissant au lancer impressionnant. Il a ainsi évité que le SKA ait le monopole des plus grands talents du pays !
CSKA Moscou (2e) : les robots n’avaient pas la victoire programmée

Peu de temps avant, Nikita Soshnikov avait été recruté à sa place : l’ailier a mis 27 buts la saison passée à Ufa, il en a inscrit 4 en saison régulière et 0 en playoffs, avec le CSKA. Lui non plus n’a jamais trouvé sa place pour déloger les deux premiers trios Leipsic-Loktionov-Slepyshev et Okulov-Shalunov-Mamin. Malgré ces renforts peu convaincants, le champion en titre a soulevé pour la troisième année de suite la Coupe nommée d’après son ancien entraîneur de légende Viktor Tikhonov, une coupe remise au vainqueur de la saison régulière. Il a obtenu cette première place en blanchissant son adversaire Kazan au dernier match (1-0). Avec un effectif affaibli, le mérite de ce succès semblait surtout revenir à l’entraîneur Igor Nikitin, avec son système de jeu appliqué à la perfection – par des « robots » selon ses détracteurs, mais des robots qui patinent très fort et concèdent peu d’espaces.
Ce système continuait de fonctionner en play-offs, souvent avec peu d’occasions de but mais avec une efficacité maximale. Lars Johansson retrouvait enfin la forme pour devenir titulaire indiscutable : le gardien suédois avait connu un début de saison compliquée à cause de la quarantaine la plus longue de l’équipe – 21 jours avant de retrouver un test PCR négatif – alors même qu’il était asymptomatique, et il avait alors subi une blessure musculaire en reprenant le jeu après cette pause forcée.
C’est surtout la deuxième ligne théorique qui portait, presque toute seule, l’équipe sur ses épaules. Maksim Mamin, qui a joué toute sa carrière en troisième ou quatrième ligne, y vivait la saison de sa vie, en utilisant son gabarit y compris en écran devant le gardien, mais il a connu une blessure pendant la finale. Le centre Maksim Shalunov s’y montrait absolument décisif avec 7 buts gagnants en play-offs avant de prendre un match de suspension (pour une charge à la tête sur Stas au match 3 de la finale). Il n’a eu la même réussite à son retour, encore moins avec la Russie aux championnats du monde. Konstantin Okulov a fini pour sa part meilleur marqueur des play-offs en étant un peu le dernier des Mohicans du hockey créatif au sein de l’effectif, mais il fut ensuite critiqué pour avoir laissé partir deux contre-attaques fatales qui ont abouti à des buts en infériorité de l’Avangard au match 4 et au match 5 de la finale.
Personne d’autre n’a su prendre le relais lors des absences (au sens propre ou au figuré) de ces trois joueurs. Le CSKA détient donc maintenant seul un triste record. Il a connu 3 défaites en 4 finales de KHL. La seule autre équipe à avoir perdu deux finales jusqu’ici était… l’Avangard.
Ak Bars Kazan (3e) : Da Costa et Dawes en boucs émissaires ?

Cette réussite ouvrait-elle la voie à un changement d’image de Kvartalnov ? Il avait souvent connu des conflits avec ses étrangers, à l’instar de Max Talbot qui avait déclaré (à Yaroslavl) que son coach « ne respectait ni les vétérans, ni les jeunes, ni les étrangers ». Une première alerte eut lieu en décembre quand Justin Avezedo – qui connaissait des maux de tête après une commotion – rentra au Canada et décida d’y rester en mettant une fin prématurée à la saison. Le motif familial était explicable – sa femme était enceinte et il n’avait plus la tête au hockey – mais l’empressement à tourner la page Azevedo peut étonner pour un joueur qui a passé 7 ans de sa carrière au club. La reconnaissance tourne vite…
Les play-offs furent surtout favorables aux joueurs russes à Kazan. Adam Reideborn avait clairement gagné la position de numéro 1 en fin de saison, mais quand le Suédois rejoignit l’infirmerie, Timur Bilyalov utilisa sa chance à fond. Lorsqu’il se blessa à la cheville de façon malheureuse (son défenseur Rukavyshnikov avait poussé un attaquant adverse sur lui), Bilyalov perdit sa place à son tour, mais la nervosité de Reideborn fut pointée du doigt lors des deux premiers échecs face à Omsk en finale de Conférence Est, après deux tours passés sans la moindre défaite. Bilyalov devint alors le seul gardien russe titulaire à ce stade de la compétition, alors que tous ses compatriotes des autres clubs avaient au contraire perdu la concurrence face à un collègue étranger.
Les performances de Bilyalov ont contribué à faire revenir Ak Bars dans la série, avec l’aide d’attaquants russes. Stanislav Galiev a signé le but gagnant dans un angle très fermé au match 4 et l’action décisive (interception + passe) au match 6. L’hyperactif Dmitri Voronkov, acheté 2 millions de roubles (à peine 22 000 euros) il y a trois ans à son club formateur (Ermak Angarsk) a corrigé entre temps ses défauts de patinage et a été porté aux nues pour ses mises en échec et son sens du sacrifice au point d’être incorporé à l’équipe nationale à 20 ans. Mais si on soulignait autant sa célérité à rejouer après une opération de la mâchoire, c’était aussi par contraste avec la situation de Stéphane Da Costa, qui venait de subir trois commotions en quatre mois. La protection de la tête et du cerveau est devenu un sujet majeur dans le hockey mondial, mais une culture qui néglige les « symptômes invisibles » résiste dans les clubs russes.
Un terme russe doit être expliqué pour comprendre le contexte autour de Dawes et Da Costa : « nekubovki ». Une forme condensée qui signifie « pas des joueurs de play-offs ». Cette étiquette peu enviable avait été accolée aux deux joueurs étrangers avant même que les play-offs ne débutent, comme pour mettre un bémol à leur saison régulière réussie. Kvartalnov n’a pas vraiment protégé ses hommes contre ces allégations. Quand Nigel Dawes était en manque de réussite et de confiance, son coach souligna que c’était la première fois qu’il atteignait une finale de Conférence (il a passé l’essentiel de sa carrière au Barys, peu taillé pour ce niveau). Da Costa, lui, avait déjà joué un match 7 de finale de Coupe Gagarine avec le CSKA, et Kvartalnov le sait bien puisqu’il était son coach. Mais le joueur de centre, à peine rentré de blessure, a suivi le même sort que son ailier en partant en tribune, sentant le club tout entier lui tourner le dos après une fuite sur sa volonté de retour à Ekaterinbourg. L’Avangard l’a pourtant prouvé : si un club veut soulever la coupe, il a besoin d’unifier dans un même élan Russes et étrangers.
SKA Saint-Pétersbourg (4e) : une stratégie perdant/perdant ?

L’image est en partie trompeuse : en play-offs, le SKA a souvent aligné une défense où tout le monde avait plus de 27 ans, y compris le gardien quand Anders Hellberg a délogé le numéro 1 programmé de la sélection russe Aleksandr Samonov. C’est tout le problème des doubles fonctions de Rotenberg et Bragin à la tête de leur club et de l’équipe nationale, qui a peut-être fait d’eux les hommes les plus détestés du hockey russe. Le débat n’était même plus de savoir quel intérêt primait sur l’autre : SKA et Sbornaïa ont échoué dans leurs objectifs respectifs, et c’est une stratégie « perdant/perdant » qui a été dénoncée. Le seul « trio tout prêt » que Saint-Pétersbourg a préparé pour la sélection, c’est la quatrième ligne Evgeni Timkin – Vladislav Kamenev – Artyom Shvets-Rogovoy. Elle symbolise le reproche fait à Bragin, celui de privilégier les besogneux et d’étouffer les talents. Le meilleur marqueur Vladimir Tkachyov, pas toujours irréprochable défensivement, a ainsi été envoyé en tribune au début des play-offs, avant de revenir éliminer le Dynamo à son retour du jeu par son intelligence de jeu.
Ce n’était nullement un cas unique. Aucun joueur n’était épargné par la rotation continuelle, qui concernait même les adjoints (certains sur le banc changeaient parfois d’un match à l’autre avec ceux en tribune !). C’est la conséquence de l’effectif pléthorique dans laquelle la concurrence devient une règle, mais qui ne donne pas forcément – hors cas exceptionnel de pandémie – des conditions idéales de développement. Un cas très médiatique a illustré cette difficulté : Vasily Podkolzin. Lorsqu’il a été sorti de la « ligne des jeunes » (avec Morozov et Marchenko) et envoyé en équipe-ferme à l’automne, Rotenberg a même reçu un appel d’un journaliste canadien de TSN pour demander des explications. La presse nord-américaine accusait déjà le SKA d’enterrer ce talent pour faire pression parce qu’il ne voulait pas renouveler son contrat. Excessif pour une relégation qui n’a duré qu’un match. La vérité est plus ambigue : sa technique ou son patinage ne justifient pas l’encombrante étiquette de « McDavid russe » dont on a pu l’affubler, mais c’est bien Podkolzin qui a ressuscité son équipe en finale de conférence contre le CSKA en mettant 5 points (3+2) en deux rencontres alors que le CSKA menait 3 victoires à 0. Son temps de jeu était pourtant moyen (14 minutes) et il fait partie des joueurs que Bragin trouvait trop instable, ce qui lui a valu de se faire retrancher sans jamais jouer au championnat du monde.
Le SKA était déjà passé à autre chose car il a des talents d’une autre dimension dans son système. Totalement surarmé, il a engagé tous les meilleurs talents russes des années 2000, dont le plus prometteur de tous, Matvei Michkov, qui n’a que 16 ans mais a déjà signé un contrat jusqu’en 2026, avec un palier salarial annuel (de 5 millions au début à 30 millions de roubles à la fin). On retrouve là la volonté de constituer à Saint-Pétersbourg les bases de la future équipe de Russie.
Dynamo Moscou (5e) : le duo-vedette a mérité son salaire

Les play-offs ne furent pas totalement dans la continuité. Eryomenko ne put maintenir le même niveau, mais son concurrent Ivan Bocharov se montra finalement fiable. La confirmation fut en revanche totale pour Andrei Sergeev, qui a connu à 29 ans la plus belle saison de sa carrière. Ce défenseur droitier, placé dans le cercle gauche en avantage numérique avec un tir de réception redoutable, a même été le meilleur marqueur de son équipe en play-offs. Mais ce n’est malheureusement pas un compliment pour les attaquants.
Au deuxième tour face au SKA, le Dynamo a certes gagné le premier match 4-1, mais il y a perdu le malheureux Dmitri Kagarlitsky, qui a pris un palet dans la mâchoire. Or, celui-ci était sans doute plus qu’un joueur de complément pour la première ligne offensive. En son absence, Shipachyov et Jaskin ont continué à travailler avec le même effort, mais ils étaient complètement neutralisés. Les autres lignes plafonnaient et n’apportaient guère de soutien. L’échange à mi-saison de Teemu Pulkkinen à Yaroslavl contre Magnus Pääjärvi a été clairement perdant par le Dynamo : l’ailier suédois, qui était à l’âge junior un joueur époustouflant pour la Tre Kronor puis connut une excellente première saison en NHL, a conservé ses qualités techniques, parfois insolentes à l’entraînement, mais n’arrive pas à grand-chose en match. Son maigre point en 10 rencontres de play-offs n’a fait que confirmer son déclin incessant sur la dernière décennie. Quant à l’autre attaquant étranger Oscar Lindberg, tombé malade après une présaison prometteuse, il a réussi quelques excellents matches et a obtenu une prolongation de contrat d’un an, mais si la philosophie du coach ne lui était sans doute pas favorable.
Le coach, c’était Vladimir Krikunov, qui prend cette fois définitivement sa retraite d’entraîneur, même si on a l’impression d’avoir annoncé ces adieux vingt fois. Le Dynamo va donc complètement changer de visage. Kagarlitsky part à Kazan, Jaskin a demandé à être libéré de son contrat car il voudrait retourner en KHL. Il ne restera du trio dominant que le capitaine Shipachyov, à 34 ans. Les bleu et blanc devront donc retrouver un nouvel équilibre.
Lokomotiv Yaroslavl (6e) : un « malgré-lui » en meilleur marqueur

Les quatre lignes étaient capables de marquer, mais le meilleur compteur en saison régulière fut à la surprise générale Pavel Kraskovsky. En 2016/17, il était le centre et le cerveau d’une ligne qui paraissait la plus prometteuse de la KHL avec le petit scoreur Aleksandr Polunin et le physique percutant et conquérant dans les duels d’Egor Korshkov. Peu à peu, ce trio s’est éteint puis dispersé. Les deux ailiers sont allés chercher fortune ailleurs (avant de rentrer ou de s’apprêter à rentrer au bercail), et Kraskovsky – qui n’avait jamais quitté son club formateur – semblait prêt à en faire autant à sa fin de contrat l’an passé. Magnitogorsk lui proposa un contrat, mais le Lokomotiv l’égala puisqu’il était agent libre restreint. Lorsque le club l’annonça, la mère du joueur écrivit sur Instagram le message « pire nouvelle de la journée », aussitôt soutenue par d’autres membres de la famille. Pourquoi garder un joueur contre son gré ? Sans qu’il change rien à sa préparation, de son propre aveu, il a trouvé confiance avec le nouveau coach Skabelka en étant utilisé dans toutes les situations de jeu. Kraskovsky reste toutefois un joueur irrégulier qui a alterné toute la saison périodes de fort pointage et périodes de vaches maigres (les play-offs tombant dans une phase creuse).
À vrai dire, ce courant alternatif correspond aussi à celui d’une équipe performante à domicile mais plus ordinaire pendant les longues tournées. Le Lokomotiv a semblé un peu louper le coche en terminant un point derrière le Dynamo, alors même qu’il avait laissé échapper une défaite par forfait en refusant de présenter une équipe même affaiblie contre Kunlun pour cause de Covid-19 (pensant à tort que la ligue trancherait en sa faveur en imposant un report). Il avait certes aussi un point de plus que le SKA, mais celui-ci était automatiquement classé devant en tant que champion de sa division. L’équipe de Yaroslavl était donc quatrième à l’Ouest, ce qui lui faisait affronter le CSKA au deuxième tour. Dans cet affrontement entre deux défenses de fer, c’est son adversaire qui a failli s’en mordre les doigts. Toujours appuyé sur son gardien canadien Edward Pasquale – amené du Barys dans les valises de Skabelka et très performant tout au long de la saison – le Lokomotiv a poussé le champion en titre au septième match. Sur l’ensemble de la série, il a dominé aux occasions et passé plus de temps en zone offensive, mais il y a manqué un peu de tranchant et il a fait un peu plus d’erreurs.
Le bilan semblait satisfaisant, mais une déclaration de l’attaquant pas toujours titulaire Nikolaï Kovalenko (fils de l’ancien joueur de NHL Andrei Kovalenko) trahissait un groupe pas si uni en critiquant ouvertement la politique du club : « Nous avons une attitude spéciale envers les étrangers, ils ont des salaires spéciaux et le coach est obligé de les inclure dans la composition. Les jeunes le voient et regardent vers l’Amérique du nord. » Après de tels propos, on se doute que Kovalenko ait refusé la prolongation (pour signer à Kazan). Mais cette rancœur n’était pas que la sienne et visait notamment Anton Lander, l’étranger presque le mieux payé de la KHL qui n’a pas mis un seul point en play-offs en deux années à Yaroslavl. Son compatriote suédois André Petersson n’était pas entièrement épargné car des observateurs lui ont reproché d’avoir disparu dans les duels physiques face au CSKA. Il reste tout de même sous contrat. Le Loko devra donc gagner en constance et en unité dans le vestiaire pour que le système de Skabelka récolte un trophée et pas seulement une mention honorifique.
Metallurg Magnitogorsk (7e) : un papa heureux

La composition de l’équipe ne semblait pas exempte de reproche. Les attaquants finlandais marquaient trop peu pour des attaquants étrangers. Juho Lammikko fut remplacé par le défenseur suédois Philip Holm, recommandé par l’entraîneur-adjoint Frederik Stillman parce qu’il fallait renforcer les lignes arrières, et Harri Pesonen fut renvoyé. Magnitka estimait ne plus avoir besoin de se traîner 6 étrangers (pour 5 places) grâce au retour de blessure de Nikolai Kulemin, enfin guéri après deux opérations, mais aussi à l’arrivée de Nikolai Goldobin.
Le vice-président du club Sergei Laskov se voulait alors lucide et informé : « Nous connaissons les faiblesses de Nikolai. Il se replie mal, entre rarement dans les duels physiques. Mais quand Mozyakin est venu au Metallurg voici des années, c’était aussi un joueur créatif. Et lui non plus ne retournait pas toujours défendre. » Au début, Nikolai Goldobin a semblé répéter le même parcours qu’au CSKA en glissant de première en quatrième ligne. Mais avec les play-offs, ce magicien avec le palet a été mis sur le trio majeur avec Nikolai Prokhorkin et Sergei Plotnikov. Ils se sont tout de suite compris pour effectuer des combinaisons intelligentes, mais on leur a ensuite reproché un manque d’envie dans la série contre Omsk.
La transformation la plus spectaculaire fut celle du vénérable Sergei Mozyakin. L’ailier de 39 ans a longtemps traîné sa peine pendant la saison, comme si on le gardait juste pour mérites rendus, à l’instar du match joué aux côtés de son fils Andrei Mozyakin : c’était un évènement purement symbolique car le fils en question – capitaine de l’équipe junior de Magnitogorsk mais loin d’être le plus doué – n’a en effectué qu’une présence d’une minute sans jamais toucher le palet. Et pourtant, en play-offs, c’est bien papa Mozyakin qui a été le meilleur marqueur de son équipe en compagnie de Taylor Beck, parce que les deux hommes se servaient de belles passes transversales classiques en avantage numérique. Meilleur buteur de tous les temps du championnat russe, Mozyakin a donc fini sa carrière sur une bonne note.
Dans cette élimination au deuxième tour, c’est surtout la défense de Magnitka qui a montré ses limites et en particulier son manque de mobilité. La blessure d’Egor Yakovlev au début des play-offs n’a rien arrangé parce qu’il était peut-être le meilleur défenseur de la ligue sur la fin de la saison régulière – qui vit le Metallurg revenir en forme – et qu’il tient un rôle irremplaçable à la ligne bleue en powerplay.
Salavat Yulaev Ufa (8e) : des Finlandais efficaces… sauf dans le derby

La saison régulière des Bachkires a été plus réussie (18 points de plus en deux matches de moins), sans que l’équipe soit meilleure sur le papier. Le centre formé au club Mikhaïl Vorobyov, rentré de NHL, a déçu et glissé peu à peu jusqu’à la première ligne avant que sa saison ne connaisse une fin prématurée. L’ex-international russe Evgeny Biryukov et l’international biélorusse Dmitri Korobov n’ont pas rendu la défense plus forte (Korobov passera les play-offs en tribune) et il a fallu un échange pour stabiliser la défense en faisant venir Mikhail Naumenkov, échangé du CSKA contre un Soshnikov insatisfait de sa place dans l’équipe. Mais en se privant du meilleur marqueur russe, le Salavat devenait encore plus dépendant de ses joueurs étrangers, et surtout du trio finlandais Markus Granlund – Sakari Manninen – Teemu Hartikainen, le plus efficace de la KHL avec ses 70 buts.
Lorsque le contrat de Lämsä fut prolongé avant même que les play-offs ne débutent, la décision fut donc critiquée. On n’avait encore rien vu, après tout. Les experts russes commencèrent à pronostiquer que le style défensif et physique du Traktor viendrait à bout de l’attaque « finlandaise » dès le premier tour. Ce ne fut vrai qu’au premier match, le Salavat s’imposa ensuite 4 victoires à 1.
Mais le vrai test au Bachkortostan est toujours celui du « derby vert » contre Kazan, l’équipe de l’autre République musulmane voisine et rivale du Tatarstan. Le Covid-19 avait arrêté la saison précédente juste avant le derby. Il n’y avait donc pas de point de comparaison direct, mais la déception fut grande après l’élimination en quatre manches sèches. Le gardien finlandais Juha Metsola fut remplacé deux fois en cours de rencontre, son seul bon match fut le deuxième que son équipe dominait mais une mauvaise passe du treizième attaquant Artyom Pimenov précipita l’égalisation adverse et la défaite en prolongation. Quant au super-trio finlandais, il fut totalement neutralisé et ne marqua aucun but lors de cette série. Lämsä sépara même la ligne en remplaçant Hartikainen par le joker de mi-saison Geoff Platt, en vain. Lämsä devra donc réussir dans sa seconde saison à mieux impliquer ses joueurs russes en ne s’appuyant pas seulement sur ses compatriotes.
Résultats et classements de KHL









































