Quand le Canada écartait Sakic et Shanahan du Mondial

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Hockey Archives vous replonge dans un tournoi majeur de l’histoire du hockey sur glace : le Mondial 1989 de Stockholm. Ce fut un évènement incroyable pour toute une ville, tout un pays. Deux semaines dans les étoiles avec des tribunes pleines presque à chaque match et des souvenirs inoubliables pour tous ceux qui l’ont vécu. Pourquoi ce championnat a-t-il marqué son époque ? En quoi a-t-il formé un contraste saisissant avec ce que l’on a vécu dernièrement ? On vous l’explique. Ce fut à la fois le début et a fin d’une époque.

L’entrée dans la modernité

Le début d’une époque, tout d’abord. Il est symbolisé par un lieu, le Globen, cette sphère géante de 85 mètres de haut. Prévue comme le symbole d’un quartier du futur, « de l’an 2000 » comme on disait alors, cette patinoire à financement privé était la plus grande salle multifonctions du monde, ouvrant le hockey sur glace vers d’autres dimensions, celles des arénas qui allaient bientôt fleurir. Jamais championnat du monde ne s’était tenu dans un bâtiment aussi impressionnant.

Le Canada met ses stars en concurrence

Sevré de médaille d’or depuis près de trois décennies, le Canada met en place tous les moyens. Alors que de nos jours il est réticent à amener plus de joueurs que nécessaire pour ne surtout pas froisser une star de NHL en l’envoyant en tribune, Dave King n’avait pas de tels scrupules à l’époque. Plusieurs vedettes ont fait un camp de préparation sérieux en Europe (4 matches, pas un petit match en passant comme aujourd’hui) et étaient sur place… pour se faire renvoyer à la maison juste avant ou juste après le premier match. Parmi ces joueurs retranchés de l’effectif, deux futures membres du Hall of Fame, Joe Sakic et Brendan Shanahan. Ont-ils tenu rigueur d’avoir été ainsi snobés ? Apparemment pas, puisqu’ils ont tous deux remportés des titres avec le Canada quelques années plus tard. Une leçon pour les joueurs modernes qui cherchent parfois le moindre prétexte ! Précisons qu’un troisième joueur souvent cité mais jamais nommé au Temple de la Renommée, Vincent Damphousse, a aussi fait partie de cette « charrette »

Pourquoi des joueurs d’un tel niveau ont-ils été renvoyés à la maison ? Parce qu’il y avait meilleurs (ou plus expérimentés défensivement) qu’eux, tout simplement. Après l’arrivée de Steve Yzerman, puis celle de Mark Messier et Glenn Anderson face au pays-hôte dans un match où Scott Stevens est passé près de la mort, le Canada avait une armada offensive impressionnante. Personne n’a fait la moindre polémique sur le renvoi de Sakic ou d’un Shanahan, au contraire on lui reprochait au contraire de ne s’être pas séparé d’assez de joueurs… lorsqu’il n’y eut plus de place libre pour Wayne Gretzky.

Le but de légende, le vrai, l’originel

1989 04 29 suede tchecoslovaquieOn vous en a parlé dans la biographie de Peter Forsberg, ce fameux pénalty de légende qui a fini sur un timbre était en fait la copie conforme d’un but identique marqué cinq ans plus tôt, dans le jeu, par l’idole de Foppa, l’homme qu’on appelait « Magic Man », Kent Nilsson. Découvrez à la fois ce but et ce que Gretzky lui-même disait de Nilsson, un talent technique incroyable.

Les contrôles anti-dopage

Si les stars ont débarqué en force de la NHL, elles ont aussi découvert une chose inattendue qui n’existait pas outre-Atlantique, les contrôles anti-dopage. Il n’y en avait pas beaucoup, un à chaque match, mais cela a suffi pour que deux joueurs soient testés positifs : un Américain suspendu malgré les arguments de sa fédération,
puis un Canadien absous à cause de deux échantillons « différemment positifs ». L’équipe à la feuille d’érable a alors tenu un discours de victimisation comme on le sent dans les propos de Dave King après le match. Ce n’étaient pas les premiers joueurs à se faire prendre, mais les cas précédents étaient européens.

La fin du superbloc… et du bloc de l’Est

Si chacun avait conscience que ce championnat entrerait dans la légende, c’est parce que l’on savait que ce serait sans doute l’ultime rendez-vous du « super-bloc » des années 1980, la KLM avec les défenseurs Fetisov et Kasatonov. Ce « cinq majeur » sans égal qui avait dominé le hockey mondial était en effet annoncé en partance pour la NHL, car le régime communiste était en train de s’ouvrir (et de s’effondrer à un point que personne en revanche n’imaginait en ce moment) en ne résistant plus à l’afflux de dollars que permettait la cession de ses meilleurs sportifs.

Toute la saison avait été marquée par la scission entre l’entraîneur Viktor Tikhonov et le capitaine Vyacheslav Fetisov, réintégré sous la pression de ses coéquipiers. Après le match décisif pour le titre URSS-Canada, ce conflit se poursuivit dans les déclarations d’après-match des deux hommes, qui s’opposaient encore ouvertement.

La trahison

Dans ses commentaires figurant dans le lien ci-dessus, Tikhonov était déjà passé à la suite, à la génération suivante, regrettant de n’avoir pas pris le gamin Pavel Bure avec ses collègues Sergei Fedorov et Aleksandr Mogilny. Mais une semaine plus tard, Mogilny, considéré comme le junior de l’année par les recruteurs de NHL, a fait défection. Tikhonov, se disant « dégoûté », suggère alors que cela pourrait remettre en cause l’accord de départ des stars vers la NHL, mais il sera désavoué par les officiels : cela ne changera rien aux accords en cours, qui présentent trop d’enjeux financiers. Cette fuite de Mogilny ouvrira une nouvelle ère pendant laquelle les joueurs russes vivront des destins… individuels. Cette formidable ligne Bure-Fedorov-Mogilny, qui semblait promise à rejoindre d’autres trios de légende, ne rejouera jamais ensemble, sauf pour des matches de gala (et un match officiel pour le Spartak Moscou lors du lock-out NHL, match dont la recette fut versée aux vétérans d’Afghanistan).

Les temps avaient changé, et on ne reverrait jamais un championnat du monde avec un tel « choc des systèmes ». Autant de raisons de lire les comptes-rendus détaillés de ce tournoi pas comme les autres.

 

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