Le journal russe Sport Express suit de manière régulière le Mondial de division IB en Estonie, auquel il n’aurait pas consacré la moindre ligne en temps normal. Est-ce pour railler la prestation du Red Star Kunlun, formation de KHL qui porte le maillot de l’équipe nationale de Chine ? Est-ce parce que le mot Ukraine fait automatiquement cliquer les internautes russes ? Est-ce pour saluer discrètement l’équipe d’Ukraine pendant/malgré la guerre ? Chacun émettra son hypothèse.
Toujours est-il que ce championnat du monde a effectivement été suivi de manière inhabituelle par le monde du hockey. Depuis les Jeux Olympiques, la Chine continue de jouer avec 13 Nord-Américains naturalisés. Ils lui ont permis de remporter la division IIA et d’accéder à la division IB, un niveau inédit pour elle. Elle espérait donc continuer son ascension à ce niveau plus sérieux. Mais après une victoire initiale en prolongation sur l’Ukraine, elle a été battue dans l’autre match-clé par le Japon (2-5) et surtout elle est tombée de très haut face aux Pays-Bas (2-7). Une Chine dont l’équipe de base joue en KHL qui se fait battre par des Néerlandais dont l’équipe de base (Tilburg) joue en Oberliga, la troisième division allemande, voilà ce qui a paru ridicule… Cette victoire aura finalement permis aux Pays-Bas de se maintenir malgré leur défaite finale aux tirs au but contre la Serbie (reléguée).
La Chine a paru trahie par son gardien. Le titulaire du Kunlun Red Star, Jeremy Smith, n’est présent que comme entraîneur des gardiens. Sa doublure Paris O’Brien – qui n’a pas joué la moindre minute en KHL cette saison – est très moyen et finit le tournoi avec 87,6% d’arrêts. Souvenons-nous que les naturalisés n’ont pas amené le Kazakhstan aux JO, alors que les joueurs locaux étaient d’un tout autre niveau. Il n’y a donc aucune chance que la Chine y arrive. Les frères Foo sont trop seuls. Le capitaine Brandon Yip a 38 ans, et les quatre autres joueurs majeurs (Jake Chelios, Ryan Sproul, Luke Lockhart et Cory Kane) sont tous déjà trentenaires. L’échec de cette année montre qu’ils ne conduiront pas la Chine en élite… Elle a fini troisième, soit 25e nation mondiale, alors même que l’exclusion de la Russie et du Bélarus libère pour le moment deux places au-dessus d’elle. Ce sont donc le Japon et l’Ukraine qui se sont logiquement affrontés pour la montée.
Première clé des Japonais : tous leurs centres ont été positifs aux engagements au cours du tournoi, preuve de leur travail dans ce type de duels malgré leurs gabarits moyens. C’est une mise au jeu en zone offensive, remportée par le solide Yuto Osawa face à Vadym Mazur, qui amène l’ouverture du score : le slap de Kento Suzuki frappe le bras du malheureux Danil Trakht (qui se tord de douleur et lâche sa crosse) et la déviation rend la trajectoire du palet impossible à lire avec des rebonds sur la glace (1-0). En fin de première période, l’incorrigible Dmytro Nimenko est renvoyé sous la douche pour une charge contre la bande. Pendant les cinq minutes d’avantage numérique, un autre slap de Yushiroh Hirano va au fond des filets, directement cette fois (2-0).

Juste après le changement de gardien, l’Ukraine croit réduire le score sous les encouragements des spectateurs estoniens, par Yevgen Fadyeyev sur un rebond en cage ouverte, mais le but est refusé après un « challenge » du coach Perry Pearn car Lialka a clairement bousculé le portier Narisawa en le faisant retomber sur les fesses. Au troisième tiers-temps, le second gardien ukrainien Zakharchenko sort au-devant du palet pour empêcher un breakaway, mais son dégagement est contré par Kosuke Otsu qui marque donc en cage ouverte (5-0). Les buts ukrainiens arrivent bien trop tard pour mettre le moindre suspense : rebond de Vorona en cage ouverte après un one-timer de Trakht pendant que Hitosato est en prison pour obstruction, improbable but contre son camp de Takagi en contrôlant un rebond près de sa cage (!), puis lancer de Korenchuk qui trouve la mitaine de Narisawa. Face à une Ukraine qui sort son gardien, les Japonais défendent jusqu’à la fin avec le sens du sacrifice qu’on leur connaît (5-3).
Cette fin de match aura révélé que le gardien Yuta Narisawa était loin d’être insurmontable, notamment sur les rebonds. Avec 93,2% d’arrêts (95,5% avant ce dernier tiers-temps), il a longtemps fait douter ses adversaires et a été élu meilleur gardien du tournoi de manière incontestable. Il aura permis au Japon de battre ses deux principaux adversaires (Chine et Ukraine) en étant dominé aux tirs. Son substitut Yutaka Fukufuji (40 ans), connu pour avoir joué 4 matches en NHL, a joué uniquement contre la Serbie avec un très faible 73% d’arrêts.
Le dénouement ne fait confirmer la hiérarchie connue : c’est la septième victoire consécutive du Japon sur l’Ukraine en match officiel. Le rythme des Asiatiques est souvent trop élevé pour les jaune et bleu. Remarquons pour finir que les Japonais, comme les équipes européennes au prochain Mondial élite, ont évolué sans leur jeune joueur de KHL Yu Sato. Mais les performances chinoises ont montré que le label KHL n’était pas un gage de succès…
Commentaires d’après-match :
Vadym Shakhraichuk (entraîneur de l’Ukraine) : « C’était un match difficile pour nous. Je croyais jusqu’à la dernière seconde que nous pourrions revenir mais le Japon a été incroyable. Ce n’est que la deuxième place cette année mais peut-être que la saison prochaine nous pourrons remporter la première place. »
Perry Pearn (entraîneur du Japon) : « J’ai levé les yeux, j’ai vu le ralenti sur l’écran et cela m’a vraiment donné confiance pour demander un challenge. Cela m’a paru franchement évidement, donc c’était une décision facile et nous tuions très bien les pénalités de toute façon, donc nous étions confiants. Nous avons un peu ouvert la porte avec la pénalité [de Hitosato] et ils ont poussé et poussé. Il faut féliciter l’Ukraine, ils ont joué à fond jusqu’à la fin. »
photos : fédérations d’Estonie et d’Ukraine
Japon – Ukraine 5-3 (2-0, 2-0, 1-3)
Samedi 29 avril 2023 à 19h30 à la Tondiraba Jäähall de Tallinn. 3870 spectateurs.
Arbitres : Michal Baca (POL) et Benjamin Hoppe (ALL) assisté de Renars Davidonis (LET) et Tobias Schwenk (ALL).
Pénalités : Japon 8′ (2′, 4′, 2′) ; Ukraine 29′ (5’+20′, 4′, 0′).
Tirs : Japon 29 (12, 11, 6) ; Ukraine 33 (8, 11, 14).
Évolution du score :
1-0 à 07’58 : Suzuki assisté d’Osawa
2-0 à 19’29 : Hirano assisté de H. Sato (sup. num.)
3-0 à 29’04 : Hirano assisté de H. Sato et S. Nakajima (sup. num.)
4-0 à 29’25 : Takagi assisté d’Irikura et Halliday
5-0 à 40’46 : K. Otsu
5-1 à 45’12 : Vorona assisté de Trakht et Merezhko (sup. num.)
5-2 à 52’45 : Lialka assisté d’Andreikiv
5-3 à 56’33 : Korenchuk assisté de Vorona et Zakharchenko
Japon
Attaquants :
Shigeki Hitosato (2′) – Shogo Nakajima (C) – Yushiroh Hirano (A)
Kento Suzuki (+2, 2′) – Yuto Osawa (+1) – Kosuke Otsu (+2, 2′)
Makuru Furuhashi (-2) – Teruto Nakajima (-1) – Chikara Hanzawa
Kohei Sato (+1) – Taiga Irikura (+1) – Kenta Takagi (-1)
Défenseurs :
Kotaro Yamada (+1, 2′) – Riku Ishida
Seiya Hayata (-1) – Jiei Halliday (A)
Hiroto Sato (+1) – Koki Yoneyama
Yusei Otsu (+1) – Yutaka Toko
Gardien :
Yuta Narisawa
Remplaçant : Yutaka Fukufuji (G).
Ukraine
Attaquants :
Danil Trakht (-1) – Vadym Mazur (-1) – Oleksandr Peresunko (-1)
Vitali Lialka (A) – Yevgen Fadyeyev – Andri Denyskin (2′)
Oleksi Vorona (+1) – Dmytro Nimenko (A, 5’+20′) – Ilya Korenchuk (+1, 2′)
Vladyslav Kutsevych (+1) – Nazar Ruzhnikov (-1) – Denys Borodai (-1)
Yaroslav Panchenko (-1)
Défenseurs :
Igor Merezhko (C) – Ivan Sysak
Yevheni Ratushny (-2) – Filip Pangelov-Yuldashev (-2)
Vitali Andreikiv (+1) – Artem Hrebenyk (-1)
Oleksandr Voronin (+2)
Gardien :
Bogdan Dyachenko puis à 29’25 Eduard Zakharchenko [sorti à 57’23]








































