La Finlande a connu une saison noire chez les féminines, une déconvenue qui illustre de vraies difficultés et un avenir qui ne s’annonce pas sous les meilleures auspices. Gros plan sur une branche du hockey finlandais négligée et mal en point.
L’échec de Milan
14 février 2026. La Finlande est éliminée par la Suisse en quart de finale du Tournoi olympique féminin (0-1), elle termine alors à la sixième place, la pire performance de son histoire. Une contre-performance d’autant plus lourde que les Naisleijonat ont été blanchies à l’issue de quatre des cinq rencontres, elles n’ont marqué que 3 buts sur 124 tirs, trois buts le temps d’une seule et même période, contre la Suisse lors du tour préliminaire.
Un jeu désorganisé et un manque de créativité ont limité les positions de tir favorables. Un comble alors que la Finlande compte dans ses rangs quatre des cinq meilleures marqueuses de SDHL – Petra Nieminen, Elisa Holopainen, Viivi Vainikka et Noora Tulus – en plus des deux attaquantes PWHL – Susanna Tapani et Michelle Karvinen. Les leaders ont pour la plupart été muettes, et se sont engouffrées dans une faillite collective.
On ne peut s’empêcher de penser à cette décision controversée de la fédération finlandaise en mai 2025 : le remplacement de l’entraîneur en chef Juuso Toivola, dont le contrat courait pourtant jusqu’en 2026, par Tero Lehterä. Un choix qui s’est avéré risqué.

Lehterä a entraîné de 2017 à 2021 une équipe (masculine) de SaiPa peu en réussite avant qu’il ne soit relevé de ses fonctions. Par la suite, il a entraîné trois clubs suédois en trois ans. Il n’avait aucune expérience chez les féminines avant d’être nommé coach de l’équipe nationale finlandaise. L’argument avancé par la fédération était de combler l’écart avec les deux superpuissances nord-américaines. C’est finalement l’inverse qui s’est produit à Milan. Les Finlandaises n’ont jamais été en mesure de faire douter les États-Unis et le Canada. Pire, elles ont totalement bafouillé leur hockey face à leurs autres adversaires. Pour la première fois de l’histoire des JO, l’équipe féminine de Finlande a été sortie dès les quarts.
Après l’élimination contre la Suisse, c’est un Lehterä complètement sonné qui a été interviewé par les journalistes, il doutait déjà de son avenir auprès des Naisleijonat. S’il détient forcément une part de responsabilité dans cet échec, c’est un mal plus profond qui ronge le hockey féminin finlandais. Un mal que l’on ne peut ni lui attribuer, ni au norovirus qui a affecté une partie de l’équipe en début de tournoi.
Un réservoir trop restreint
Un mois plus tôt, la Finlande avait déjà pris une claque monumentale avec la relégation de l’équipe féminine U18 en Division 1A. Jamais dans l’histoire du hockey une équipe nationale de Finlande n’avait été reléguée de l’élite mondiale. Cette débâcle a mis la Finlande, présumée grande nation de hockey, face à ses contradictions. Car son hockey féminin est en train de chavirer.
Dans la catégorie des moins de 18 ans, on ne compte que 200 joueuses, soit dix fois moins que chez les garçons. Un chiffre particulièrement faible pour la grande nation nordique. En réalité, les jeunes filles sont davantage tentées par d’autres disciplines. Le hockey est nettement devancé par le football – et le futsal très populaire en Finlande – qui compte 31 546 jeunes licenciées au dernier recensement, mais aussi par le basket, 8 159. On ne dénombre que 6 000 jeunes hockeyeuses. À titre de comparaison, la Suède en compte 10 000 de plus. Sur un cycle 2022-2026, la fédération finlandaise de hockey souhaitait voir le nombre de licenciées, alors de 5 000 hockeyeuses en 2022, doubler en 2026. Comprenez donc que cet objectif n’a pas été atteint.
Le manque d’un réservoir de jeunes joueuses fragilise la Finlande. C’est une vraie difficulté que déplorait l’expert Ismo Lehkonen sur Yle : « c’est triste pour ces femmes, car ce n’est pas de leur faute, c’est le système qui est défaillant. En Finlande, il n’y a aucune compréhension du type d’aide dont ces femmes ont besoin. Les clubs et la fédération ne comprennent pas les besoins des joueuses, et ils ne peuvent pas y répondre. »
Les structures n’aident pas. Lehkonen ajoute qu’il n’y a pas de championnat féminin U18. Cela signifie que les joueuses les plus prometteuses de 15-16 ans font directement le saut en élite féminine, l’Auroraliiga, ce qui peut être contre-productif et nuire à leur développement.
Une ligue élite toujours amateure
L’élite finlandaise, parlons en justement. En septembre 2022, le site spécialisé Jatkoaika consacrait une large interview à l’ancienne joueuse de l’équipe de France, Athéna Locatelli, encore actuellement capitaine du HIFK. Si à l’époque, Locatelli disait tout le bien qu’elle pensait de la vie à la finlandaise, elle déplorait les profondes disparités entre les clubs, selon elle de vrais progrès étaient à faire aussi en matière de gestion, d’accompagnement et d’encadrement des féminines. Il restait donc beaucoup à faire.
En 2024, la Naisten Liiga est alors devenue l’Auroraliiga. Un changement de nom pour une nouvelle ère ? Pas vraiment. Une nouvelle image de marque a été lancée mais cette initiative était surtout un concept vide sur les aspects les plus élémentaires. La notion d’équité, avancée en supprimant la dénomination « Naisten » (féminine), est dans les faits loin des considérations. L’Auroraliiga est encore très amateure sur bien des aspects, et attire peu de joueuses. Pour les joueuses locales, l’Auroraliiga est d’ailleurs toujours perçue comme un tremplin pour jouer à l’étranger, en Suisse mais surtout en Suède qui dispose du meilleur championnat en Europe. Il n’y avait d’ailleurs que trois joueuses de l’Auroraliiga qui ont représenté la Finlande aux Jeux olympiques de Milan-Cortina.

Dans un article récent d’Yle, l’ancienne joueuse Minttu Tuominen estime que l’Auroraliiga manque encore d’attractivité, reposant trop sur le bénévolat. Selon la fédération finlandaise, des investissements auraient été réalisés pendant les Jeux olympiques. Pour autant, la fédération veut voir les grands clubs prendre leur part de responsabilités : « j’attends davantage d’investissements de la part des clubs de Liiga, notamment pour leur propre image mais aussi par souci d’équité » prévenait le président de la fédération Heikki Heitanen. Selon Hietanen, la fédération prévoit un plan de mesures pour les quatre prochaines années afin d’améliorer la situation du hockey féminin.
Souhaitons que les féminines bénéficient de mesures concrètes, et non pas des belles promesses qu’elles ont l’habitude d’entendre. Nous l’avions évoqué dans les anecdotes de novembre dernier, le copropriétaire du TPS Turku Ilkka Paananen lançait à la rentrée un vrai message d’inclusion des féminines dans la stratégie du club, « elles jouent un rôle important dans le développement du club », claironnait-il. Mais questionnée par Jatkoaika, la directrice de la section féminine Hanna Karelius a confirmé par la suite que rien n’avait changé. Ses joueuses ne bénéficiaient d’aucun soutien financier, elles n’ont été conviées à aucun évènement en commun avec l’équipe masculine, et la campagne publicitaire commune qui avait été promise n’a jamais eu lieu. Manque de soutien, de visibilité, de synergie caractérisent les clubs féminins, ce qui tranche avec le voisin suédois.
Une décision dans la bonne direction
Le temps presse pour la Finlande. Certaines cadres historiques, Jenni Hiirikoski et Michelle Karvinen, sont en fin de cycle, et alors que la Finlande se reposait sur ses lauriers, la Suède, la Tchéquie et la Suisse sont devenues de redoutables adversaires pour les médailles.
La fédération a toutefois adopté une bonne décision en autorisant partiellement, à partir de la saison 2026-2027, les mises en échec en Auroraliiga. Partiellement, c’est à dire que les contacts seront tolérés dans certaines situations, lorsque les joueuses se déplacent dans la même direction, ou lors d’une lutte pour le palet à proximité des cercles. En adoptant cette mesure, la fédération espère que le jeu en sera plus rapide, cela permettra également de lever les ambiguïtés de ce genre de situations qui sont parfois jugées de manière très subjective. On l’a vu par exemple lors des derniers tournois internationaux avec des joueuses habituées au contact en PWHL ou ailleurs, mais freinées par le règlement international qui laisse perdurer cette controverse.

Alors que l’IIHF doit justement s’atteler à revoir l’interdiction des mises en échec sur les tournois internationaux, l’Auroraliiga rejoint un cercle qui a entamé cette révolution : la Suède qui avait mené cette expérimentation avec succès, la PWHL et, depuis cette saison, la PostFinance Women’s League, la ligue élite suisse. Cette réintroduction du contact chez les féminines a fait l’unanimité chez les joueuses en plus de satisfaire le public. Elle sera une bouffée d’air pour la Finlande et sa principale ligue féminine. Nul doute que le retard pris par rapport aux autres championnats devrait se réduire, l’attractivité de l’Auroraliiga n’en sera que meilleure aussi.
Les difficultés de la Finlande en 2026 ne sont pas sans rappeler celles de la Suède en 2019, reléguée de l’élite mondiale. Une relégation finalement évitée parce que l’élite s’élargissait à dix équipes et que la Russie était ensuite interdite de compétitions internationales après l’invasion en Ukraine. Mais ces mauvais résultats provoqués par une trop grande négligence de la fédération suédoise avaient forcé les hockeyeuses de l’équipe nationale à faire grève. Un électrochoc qui a ensuite créé une réelle prise de conscience. La Finlande en est désormais à cette étape, elle doit encore prouver qu’elle est une grande nation de hockey.








































