Une série indécise
Dimanche 15 mars, Lyon et Dunkerque se retrouvaient pour le match décisif de ce huitième de finale, avec en ligne de mire une place pour les quarts. La série avait jusque-là tenu toutes ses promesses. Lors du match 1, Lyon s’était imposé 4-3 grâce à une réalisation libératrice de Lucas Chautant à la 50e minute, alors que les Gones avaient vu leur confortable avance de 3-1 fondre en l’espace d’un instant (3-3 à la 48e). Au match retour, dans l’ambiance de la patinoire Michel Rafoux, les Lyonnais avaient pourtant idéalement lancé les débats en menant 0-2 après seulement sept minutes de jeu, avant de subir la foudre des Corsaires, auteurs de quatre buts sans réplique pour arracher un succès 4-3.
Une entame de match électrique
Lyon cherche à s’imposer physiquement d’entrée : Peter Vallier et Dmitrii Dunkin (par deux fois) chargent lourdement dans les bandes. Pourtant, Dunkerque ne subit pas longtemps et ouvre le score rapidement. Un lancer lointain de Lubomir Dinda — passé par le LHC en 2018-2019 — trouve le fond du filet et refroidit immédiatement les travées de Charlemagne (0-1, 02’23’’).
Lyon réagit par Vallier qui, suite à une accélération, bute sur le bouclier de Michael Luba. Le début de match est sous haute tension : après avoir bousculé le portier des Corsaires, Ranel Vafin est rudoyé plus que de raison par Dinda. Le jeu de puissance qui s’en suit ne donne rien, si ce n’est un lancer de Jack Turner parfaitement capté de la mitaine par Luba. Après un temps fort dunkerquois qui accule la deuxième ligne lyonnaise en fond de territoire, la lumière va venir des habituels « soutiers » des Lions : Joris Rama lance de loin et Rémi Mouret capitalise sur le rebond (1-1, 06’11’’).
L’ambiance reste électrique sur la glace. Romain Carpentier cherche à se venger d’un mauvais geste de Nathan Cal et tente de provoquer une bagarre. Cette fois, le jeu de puissance lyonnais parvient à s’installer mais ne trouve pas la faille malgré plusieurs situations chaudes. Dunkerque reste dangereux : Mikael Kuronen met en retrait pour la reprise de volée de Carpentier, mais Henry Wilder détourne du bout de la mitaine (16’). En fin de tiers, Elabiyev est trouvé seul dans l’axe, mais le défenseur ne cadre pas sa tentative.
Le réalisme des Corsaires
Dunkerque prend la barre dès l’entame de la deuxième période. Les visiteurs profitent d’un revirement pour alerter Wilder qui détourne de la botte. C’est ensuite Markus Kojo qui profite d’une tentative contrée de Vafin pour partir en contre et tester les réflexes du portier lyonnais.
Les Corsaires dominent et poussent les Lions à la faute. Avec Mattéo Baravaglio au cachot pour rudesse, Wilder doit s’employer sur les « slaps » de Louis Olive. Lyon souffre et, sur un tour de cage, Théo Lanvers vient même frapper le poteau. L’indiscipline des locaux se poursuit : cette fois, c’est Vallier qui est envoyé au banc d’infamie après un accrochage avec Danick Bouchard. Louis Olive et Lanvers allument de loin, et c’est finalement Bouchard – discret jusque-là – qui vient faire honneur à sa réputation de serial buteur en expédiant une volée sous la barre sur une passe en retrait de Matias Sointu (1-2, 32’04’’).
Lyon accuse le coup. Elabiyev retient illégalement un attaquant adverse qui partait en échappée. À court d’un homme, Arthur Plantrou est à son tour puni pour un excès d’engagement. À 5 contre 3, Dunkerque ne manque pas l’occasion de creuser l’écart juste avant la sirène. À l’orée de la cage, Kuronen renverse vers Sointu qui profite de la cage ouverte (1-3, 39’55’’).
Troisième tiers : Une remontée inachevée
Menés au score, les Lions ne parviennent pas immédiatement à se porter en zone offensive. Malgré une pénalité à l’encontre de Carpentier, le jeu de puissance lyonnais peine à s’installer. Il donne toutefois une dynamique aux locaux qui se heurtent à un Michael Luba impérial. Le gardien canado-polonais s’interpose successivement face à Rocco Andreacchi, Dunkin et Vallier.
Dans les huit dernières minutes, Lyon accélère enfin. Suite à une remise de Lucas Chautant, Vafin touche le poteau ! Sur une nouvelle supériorité numérique, Elabiyev trouve Luba sur sa route, puis sa barre transversale. De retour à force égales, un lancer de Slavomir Tomko trouve enfin le chemin de la cage (2-3, 52’42’’). La patinoire Charlemagne se remet à y croire. Les situations chaudes se multiplient sur le filet nordiste, mais le cerbère des Corsaires est parfait, frustrant les essais d’Andreacchi et Dunkin. Les minutes s’égrainent et Lyon tente le tout pour le tout en retirant Wilder au profit d’un sixième attaquant. Le palet tourne dans la zone de Dunkerque sans pouvoir trouver de ligne de tir. Une dernière tentative d’Andreacchi passe hors-cadre : c’est terminé. Dunkerque accède aux quarts de finale et Lyon est en vacances.
Dunkerque sauve sa saison ?
La joie des Dunkerquois tranche avec l’abattement des Lyonnais qui voient leur saison s’arrêter abruptement. Malgré un effectif leur permettant théoriquement de jouer le haut du tableau, les Corsaires ont été dans le dur toute la saison, débarquant notamment leur coach Jonathan Lafrance fin novembre et ne remportant qu’un seul match dans le temps réglementaire sur leurs dix dernières rencontres. Ils ont pourtant su ne pas se déliter pour renverser la série, s’appuyant sur un jeu de puissance efficace (4 réussites sur 9 powerplays sur les matchs 2 et 3) et un Michael Luba (93,8% d’arrêts sur les deux derniers matchs) décisif devant le filet.
Un bilan lyonnais contrasté mais prometteur
Au-delà de la déception immédiate de cette élimination, l’heure est désormais au bilan pour le Lyon Hockey Club. Et celui-ci s’avère quelque peu contrasté. Certes, l’amertume prédomine après cette sortie précoce, mais il ne faudrait pas occulter la performance globale des Gones : en accrochant la 5e place de la saison régulière, Lyon signe le meilleur classement pour un promu depuis bien des années, s’assurant un maintien « facile » là où Valenciennes (en 2024), Villard-de-Lans et HCMP (en 2025) ne s’étaient sauvés qu’in extremis.
Cette réussite sportive s’est doublée d’un véritable plébiscite populaire. Avec une moyenne de 2574 spectateurs, le LHC trône non seulement au sommet des affluences de Division 1, mais s’offre même le luxe d’être la 7e affluence de France, talonnant six écuries de la Ligue Magnus. Plusieurs rencontres disputées à guichets fermés sont venues confirmer que la ferveur pour le hockey est belle et bien ancrée entre Rhône et Saône.
Néanmoins, la réalité des play-offs est venue rappeler la dureté du haut niveau. Cette défaite en 1/8e de finale face à l’adversaire le moins bien classé laissera forcément des regrets éternels. Si, sur le papier, Dunkerque valait bien mieux que sa 12e place, c’est bien l’inefficacité chronique du powerplay lyonnais (1/9) qui a pesé dans la balance, face au réalisme froid des Corsaires (4/11). Dans une série où les trois confrontations se sont décidées par un seul petit but d’écart, chaque détail compte. À ce titre, les absences sur blessures d’Enzo Baravaglio et d’Antoine Addamo ont cruellement pesé, empêchant le staff d’exploiter la profondeur de effectif.
Tout n’est cependant pas à jeter, loin de là. Le club a réussi son pari en s’appuyant sur l’ossature championne de D2. Des joueurs comme Deni Elabiyev (33 points, différentiel de +38 en 30 matchs), Rocco Andreacchi (21 buts, 3e plus haut total de la division) ou le transfuge de Valence Dmitrii Dunkin (42 points dont 17 buts en 30 matchs et un différentiel de +33) ont prouvé qu’ils avaient largement le niveau pour s’imposer à l’étage supérieur. Derrière, l’arrivée d’Henry Wilder (91,7% d’arrêts) a apporté la sérénité indispensable devant le filet, tandis que l’éclosion de Nathan Cal et de Maxence Barbaret laisse entrevoir de beaux jours pour l’avenir.
Illustrations de Marky Holdefehr (instagram/site internet)
Lyon – Dunkerque 2-3 (1-1, 0-2, 1-0)
Dimanche 15 mars 2026 à 19h30, à la patinoire Lyon-Charlemagne. 1668 spectateurs.
Arbitres : Johan Fauvel et Kylian Martin assistés d’Ilhan Kocak et Timothée Maudet.
Pénalités : Lyon 8′ (0′, 8′, 0′) ; Dunkerque 8′ (4′, 0′, 4′).
Tirs : Lyon 37 (12, 12, 13) ; Dunkerque 26 (3, 20, 3).
Évolution du score :
0-1 à 02’23” : Dinda assisté de Davranche
1-1 à 06’11” : Mouret assisté de Plantrou et Rama
1-2 à 32’04” : Bouchard assisté de Sointu et Kuronen (sup. num.)
1-3 à 39’55” : Sointu assisté de Dinda et Kuronen (double sup. num.)
2-3 à 52’42” : Andreacchi assisté de Chautant et Dudkin
Lyon
Attaquants :
Peter Valier (A, 2′) – Lucas Chautant (A) – Rocco Andreacchi (+2)
Ranel Vafin – Maxence Leroux – Dmitrii Dudkin (+1)
Rémi Mouret – Flavien Fondadouze – Erwan Plantrou (2′)
Matteo Baravaglio (2′)
Défenseurs :
Nathan Cal (-1) – Slavomir Tomko (C, +1)
John Tucker – Deni Elabiev (+2, 2′)
Evan Andraud – Joris Rama
Marcell Szélig
Gardien :
Henry Wilder
Remplaçant : Maxence Barbaret (G), Xavier Carrichon. Absents : Enzo Baravaglio (blessé), Antoine Addamo (blessé).
Dunkerque
Attaquants :
Clément Thomas (C) – Mikael Kuronen (-2) – Romain Carpentier (-2, 2′)
Danick Bouchard – Zackary Daneau (A) – Louis Olive
Matias Valtteri Sointu (+1) – Rayan Belharfi – Pierre Vervoort
Timon Davranche (+1)
Défenseurs :
Théo Lanvers (-1) – Lubomir Dinda (A)
Markus Kojo (-1, 2′) – Martin Poirier (-1)
Hugo Deberge (-1, 2′) – Timothé Guillemot (+1)
Gardien :
Michael Luba.
Remplaçant : Léo Bertein (G), Gabriel Roldan, Enzo Abis. Absent : Jeremiah Luedtke.

















































