
Cette finale de hockey sur glace est donc la cerise sur le gâteau. Avec une 14e médaille d’or, le pays organisateur réussirait tout simplement la meilleure performance de toute l’histoire des JO d’hiver. Jamais aucun pays ne s’est couvert d’or à ce point. Mais comme on est au Canada, la cerise est plus grosse que le gâteau : une défaite face aux Américains serait un désaveu national. Tout un pays pousse pour prendre la revanche de la défaite en poule.
C’est le match de tous les records : les audiences vont exploser, les prix du marché noir aussi. Un moteur de recherche de billets américain a enregistré un prix moyen de plus de quatre mille dollars américains, soit trois fois le prix d’une finale de Coupe Stanley et même mille dollars de plus que le Superbowl, l’évènement sportif et médiatique numéro un du continent nord-américain.
Le round d’observation est assez long entre deux équipes bien organisées qui se neutralisent. Le Canada joue plus collectif, mais les Américains sont dangereux par leur énergie à toute épreuve : l’insistance de Ryan Kesler à déterrer le palet de la jambière de Luongo le fait ainsi sortir à quelques centimètres de la ligne à mi-tiers.

Une minute plus tard, Bobby Ryan prend la première pénalité du match en faisant trébucher Heatley au forechecking. La supériorité numérique canadienne est maîtrisée et maintenue le long des bandes. Seul Iginla parvient à percer la ligne dans le mouvement sur un lancement de jeu de Crosby.
En début de deuxième période, un palet revient sur Iginla dans l’enclave, mais il précipite un peu son tir du revers. Ryan Malone est sanctionné pour une crosse haute sur Perry : pas de but malgré un tir de Thornton à droite de la cage et un gros lancer de Doughty. C’est ensuite Eric Staal qui prend la première pénalité canadienne, mais les Américains n’arrivent pas à s’installer grâce au bon travail d’ensemble de Niedermayer, Doughty & co. Dès qu’il revient au complet, le Canada obtient deux contre-attaques. Sur la première, Nash manque le cadre, mais la seconde est la bonne. Ryan Whitney rate l’interception sur un centre de Ryan Getzlaf, et Corey Perry arrive seul en troisième homme – Pavelski est en retard au repli – pour envoyer ce palet au fond (2-0).

Le match peut basculer à tout moment, et c’est le cas quand Ryan Kesler dévie un tir de la droite de Patrick Kane. Le palet passe dans un tout petit espace sous le bras de Roberto Luongo (2-1). La défense canadienne est moins attentive. Ryan Suter, complètement oublié devant la cage par le duo Pronger/Boyle, dévie à bout portant un lancer de la bleue de Dustin Brown, mais Luongo repousse ce palet d’égalisation.
Dans les dernières minutes du deuxième tiers, c’est le Canada qui a trois énormes occasions de prendre le large, par Sidney Crosby à la retombée d’un palet qui s’est envolé sur le bouclier de Miller, par Mike Richards qui rate la rondelle servie sur un plateau par un tour de cage de Nash, et enfin par Eric Staal lancé en breakaway. Le rythme est monté d’un cran. Quelle fin de période !

Changement net de physionomie dans les dix dernières minutes. Faute d’avoir fait la différence, le Canada se met désormais en configuration défensive, en envoyant un joueur seul au pressing, qui fait d’ailleurs souvent du travail très utile (Marleau, Toews) pour ralentir la construction adverse. C’est un autre style de jeu, plus conservateur, mais les blancs semblent également y exceller.
À trois minutes de la fin, Crosby prend le palet en zone défensive au nez et à la barbe d’Erik Johnson et part en breakaway, mais il laisse échapper le palet devant la cage, gêné par le bon retour de Patrick Kane.
La tension reste donc à son comble, et les temps morts demandés tour à tour par les deux bancs laissent les nerfs de tout le monde à vif. Luongo lâche encore un rebond sur un tir de Pavelski, mais la défense gère. Et à 24 secondes de la fin, le miracle : tir en pivot de Kane dévié par le patin de Langenbrunner et rebond de Zach Parisé, seul au milieu du slot dans le dos des défenseurs Niedermayer et Weber (2-2). Prolongation ! Le fils de l’ex-international canadien Jean-Paul Parisé plonge tout le Canada dans la peur !

Très grosse frayeur lorsque Niedermayer perd le palet dans sa zone face à Pavelski. Non seulement Luongo arrête le tir, mais en plus il relance rapidement au lieu de geler le palet : il n’y a donc toujours pas eu le moindre arrêt de jeu en sept minutes de prolongation. Le Canada repasse donc à l’attaque… et file vers la gloire. Jarome Iginla, mis au sol par Suter, réussit une passe en déséquilibre vers Sidney Crosby, qui s’est défait de Rafalski et marque entre les bottes de Miller (3-2).
Sidney Crosby, l’enfant chéri du Canada, qui aurait pu être répudié pour ce breakaway manqué, est donc le héros de ce tournoi olympique. Comme il a le numéro le plus élevé, il est le dernier à recevoir sa médaille d’or, et le président du CIO Jacques Rogge marque une pause pour que la foule lui réserve une ovation avant de lui passer le sésame tant convoité autour du cou.

La force de cette équipe, c’est sa densité. Elle a fait tourner quatre lignes quand les États-Unis en ont surtout utilisé trois. C’est encore plus flagrant en défense où le duo Suter-Rafalski a été sur-utilisé, au risque d’y laisser trop de forces. Ryan Suter a passé 31’31 » sur la glace, huit minutes de plus que le joueur canadien au plus gros temps de jeu (Pronger).
Bien qu’il n’ait pas concrétisé tous ses temps forts et qu’il ait reculé dans les dix dernières minutes du temps réglementaire, le Canada a dominé dans l’ensemble et mérite amplement cette victoire qui couronne une quinzaine idéale pour le sport canadien.
La jeune équipe américaine est passée près de l’exploit, et l’avenir parle pour elle. Après cette finale de rêve, montée en rythme au fil des minutes, qui constitue une promotion exceptionnelle, difficile d’imaginer que la NHL puisse renoncer à envoyer ses joueurs aux prochains Jeux olympiques de 2014 à Sotchi.
Commentaires d’après-match
Ron Wilson (entraîneur des États-Unis) : « Le Canada a fait un grand match, mais en même temps je pense que nous avons fait un aussi un grand match. C’est dur de perdre ainsi. Je n’aurais pas pu demander plus à nos joueurs. C’est juste dommage que les deux équipes ne puissent pas recevoir la médaille d’or aujourd’hui. J’espère que les joueurs de NHL, et surtout mon groupe, iront à Sotchi. Nous avons un groupe qui patine très bien, ce qui permet de se créer des occasions, et nous avons sans doute le meilleur gardien du monde derrière nous. »
États-Unis – Canada 2-3 après prolongation (0-1, 1-1, 1-0, 0-1)
Dimanche 28 février 2010 à 12h00 à la Canada Hockey Place de Vancouver. 17748 spectateurs.
Arbitrage de Bill McCreary (CAN) et Daniel O’Halloran (CAN) assistés de Stefan Fonselius (FIN) et Jean Morin (CAN).
Pénalités : États-Unis 4′ (2′, 2′, 0′, 0′), Canada 4′ (0′, 4′, 0′ ,0′).
Tirs : États-Unis 36 (8, 15, 9, 4), Canada 39 (10, 15, 7, 7).
Engagements : États-Unis 34 (10, 10, 13, 1), Canada 30 (10, 8, 12, 0)
Évolution du score :
0-1 à 12’50 » : Toews assisté de Richards
0-2 à 27’13 » : Perry assisté de Getzlaf et Keith
1-2 à 32’44 » : Kesler assisté de Kane
2-2 à 59’35 » : Parisé assisté de Langenbrunner et Kane
2-3 à 67’40 » : Crosby assisté d’Iginla
États-Unis
Gardien : Ryan Miller.
Défenseurs : Ryan Suter – Brian Rafalski (A) ; Tim Gleason – Erik Johnson ; Brooks Orpik – Jack Johnson ; Ryan Whitney.
Attaquants : Zach Parisé (A) – Paul Stastny – Jamie Langenbrunner (C) ; Phil Kessel – Joe Pavelski – Ryan Malone ; Dustin Brown – Ryan Kesler – Patrick Kane ; Chris Drury – David Backes – Ryan Callahan ; Bobby Ryan.
Remplaçant : Tim Thomas (G). Absent : Jonathan Quick (G).
Canada
Gardien : Roberto Luongo.
Défenseurs : Scott Niedermayer (C) – Shea Weber ; Duncan Keith – Drew Doughty ; Chris Pronger (A) – Dan Boyle ; Brent Seabrook.
Attaquants : Rick Nash – Mike Richards – Jonathan Toews ; Eric Staal – Sidney Crosby – Jarome Iginla (A) ; Patrick Marleau – Joe Thornton – Dany Heatley ; Brenden Morrow – Ryan Getzlaf – Corey Perry ; Patrice Bergeron.
Remplaçant : Martin Brodeur (G). Absent : Marc-André Fleury (G).






































