C’est qui le patron ?

Angers avait affiché ses ambitions dès l’intersaison avec un recrutement conséquent. Et en engageant un joker supplémentaire à la limite des transferts, alors même que Rouen s’est refusé à le faire, le président Juret a laissé entrevoir sa pensée : il considère que c’est l’année ou jamais, et que les Dragons paraissent prenables. Cette coupe de la ligue doit ainsi être une première étape de la conquête.
Angers n’a jamais posé les patins à Méribel. Leurs seules finales, les Ducs les ont connues à Bercy (des goûts de luxe ?) : un beau souvenir inaugural en 2007 – après avoir éliminé Rouen sur la petite glace du Haras – et un mauvais souvenir récent en 2011, toujours contre ces mêmes Dragons. Dès qu’une équipe a un peu d’ambition dans le monde du hockey français, elle est nécessairement contrainte à se mesurer aux Normands.
Les Angevins assument le costume de favori (franchement inhabituel quand on rencontre Rouen) en se comportant en patrons en début de match. Ils mènent tout de suite l’assaut, avec notamment une déviation à bout portant de Braden Walls, et imposent leur jeu. Mais à se sentir contrôler la situation, attention à ne pas tomber dans la facilité, comme cette passe mal négociée par Michael Steiner qui se transforme en breakaway immédiat pour Julien Desrosiers. Celui-ci vise entre les jambières de Florian Hardy, mais celui-ci a laissé la porte fermée.
À la troisième minute de jeu, Loup Benoît reste sur la glace après une charge avec le coude levé de Pavol Mihalik qui l’a atteint à la tête. Le jeune joueur a le nez en sang, et l’action pourrait valoir une exclusion définitive au défenseur slovaque. Pourtant, les arbitres ne sanctionnent pas la moindre faute. Dès l’engagement, ils se rattrapent en pénalisant Stefanka, qui s’est fait prendre de vitesse et fait trébucher son vis-à-vis. Angers a énormément de peine à s’installer, et envoie au fond sans grand espoir. Fabrice Lhenry se dirige derrière sa cage pour s’emparer tranquillement du palet, mais celui-ci a un rebond bizarre contre la balustrade et revient devant le but vide où Éric Fortier n’a plus qu’à le pousser (1-0, 04’27 »). Le destin a-t-il choisi son camp avec ce coup de billard ? Pas totalement : sur un engagement gagné en zone offensive par Brian Henderson devant Éric Castonguay, l’intérieur du poteau fait obstacle au tir de Julien Albert qui a failli doubler la mise…

La pause est consacrée au tirage au sort des demi-finales de la Coupe de France : Briançon accueillera Grenoble et Rouen recevra… Angers. On ne se quitte plus !
Une chose à la fois. Avant de penser à Bercy, il faut déjà conquérir Méribel. Et dans ce match-ci, Rouen semble avoir maté les prétentions angevines en se comportant en patron sur la glace : le RHE maîtrise constamment le palet et sort vainqueur des duels dans les bandes. Hardy arrête difficilement un tir côté mitaine de Desrosiers. La domination est totale et aboutit à une faute de Campbell, qui accroche Benoît dans le slot. Angers, actuelle meilleure équipe de Ligue Magnus en infériorité numérique, confirme son statut sur cette première pénalité. La meilleure occasion est une contre-attaque de Walls et Bélanger à 2 contre 1, mais Lhenry a bien lu le mouvement.
La pénalité met paradoxalement fin au temps fort rouennais. Brian Henderson, seul dans le slot, oblige Lhenry à un bon arrêt de la mitaine, et sur sa présence suivante, il réussit à le transpercer… mais François-Pierre Guénette sauve le palet sur la ligne ! Sur la contre-attaque Loup Benoît sert une passe par dessous la crosse de Jeff May vers Marc-André Thinel, mais le déplacement de Florian Hardy assure le coup.
Une obstruction de Desrosiers sur Fortier peu avant la pause est annulée par une contre-attaque de Thinel dans les dernières secondes qui provoque une faute de Busto (et une méconduite d’un Lhenry râleur que substituera Lahesalu). La troisième période débute donc à 4 contre 4. Rouen paraît maîtriser la rondelle, mais Jonathan Harty récupère le palet et lance en contre-attaque Jonathan Bellemare qui perd son duel avec Hardy.
La dynamique semble angevine en ce début de troisième tiers, mais Busto pousse Rech en zone offensive pour provoquer un hors-jeu : obstruction. Une crosse haute involontaire de Fortier touche ensuite Stefanka au visage. Ces deux pénalités seront tuées par une remarquable ténacité angevine sur le palet en infériorité numérique. On revient à cinq et Rouen frôle le pire quand Castonguay glisse en zone neutre et voit Campbell partir seul en contre : d’un bon poke-check, le défenseur Jonathan Janil signe un retour salvateur.

On pense que les Dragons ont fait une indigestion de soupe Campbell, mais les vrais artistes ont toujours faim. Jeff May et Pavol Mihalik se font prendre à revers par une longue relance axiale du vétéran Juraj Stefanka pour Ilpo Salmivirta. Le Finlandais feinte Hardy et réduit le score (3-2, 55’59 »). Julien Desrosiers, encore face à May, tire dans la lucarne de Hardy, côté plaque (3-3, 58’19 »).
Marc Bélanger relance immédiatement Angers par un dribble en zone offensive qui envoie Åkerman en prison. Marc-André Thinel gagne cependant de précieuses secondes en infériorité en volant le palet dans la crosse de Jonathan Bellemare.
La prolongation à 4 contre 4 n’est pas exemple d’erreurs défensives : May laisse Thinel attendre seul face au but, Lahesalu est pris de vitesse deux fois par Bélanger. Les Angevins sont plus vifs, mais ne parviennent pas à faire la différence. Et c’est maintenant contre le cours du jeu que Julien Desrosiers hérite d’un rebond et donne la victoire à Rouen (3-4, 68’34 »).
Longtemps dominé en milieu de match, les Angevins pensait avoir résisté grâce à sa détermination en infériorité autour de l’infatigable Henderson, puis posé une main sur le trophée grâce au talent de Campbell, Mais le métier rouennais a parlé ce soir. Les Dragons ont l’expérience des finales, et les Ducs pas encore. Le président Juret a densifié sa défense comme jamais avec des Nord-Américains, mais certaines des recrues estivales – Jeff May et Michael Busto – ont été assez décevantes pour ce premier grand rendez-vous.
Commentaires d’après-match (sur Sport+)
Rodolphe Garnier (entraîneur de Rouen) : « On était mené sur des petites bêtises individuelles et un but chanceux en première période. Mais mes joueurs ne font pas de complexes, même contre une équipe expérimentée et soi-disant favorite. Desrosiers est un joueur de caractère qui met beaucoup d’envie de ce qu’il fait, parfois trop. Il y a trois ans, il avait déjà été décisif ici. »
Julien Desrosiers (attaquant de Rouen) : « Je suis content de la tournure des évènements pour moi. Le troisième but d’Angers est de ma faute, mais j’ai ramené l’égalité. »
Angers – Rouen 3-4 après prolongation (1-1, 0-0, 2-2, 0-1)
Mercredi 26 décembre 2012 à 20h30 à la patinoire olympique de Méribel. 2499 spectateurs.
Arbitrage de Nicolas Barbez et Damien Bliek assisté de Yann Furet et Gwilherm Margry.
Pénalités : Angers 8′ (0′, 4′, 4′, 0′), Rouen 18′ (4′, 2’+10′, 2′, 0′).
Tirs : Angers 32 (7, 8, 12, 5), Rouen 40 (16, 13, 8, 3).
Évolution du score :
1-0 à 04’27 » : Fortier assisté de May (sup. num.)
1-1 à 12’14 » : Thinel assisté de Benoit et Åkerman
2-1 à 51’16 » : Campbell assisté de Bélanger et Fortier
3-1 à 54’42 » : Campbell assisté de Bellemare
3-2 à 55’59 » : Salmivirta assisté de Stefanka et Lahesalu
3-3 à 58’19 » : Desrosiers assisté de Tavzelj
3-4 à 68’34 » : Desrosiers
Angers
Gardien : Florian Hardy.
Défenseurs : Pavol Mihálik – Jeff May ; Gary Lévèque (A) – Michael Busto ; Jonathan Harty – Michael Steiner.
Attaquants : Marcello Ranallo – Éric Fortier – Cody Campbell ; Marc Bélanger – Jonathan Bellemare (C) – Braden Walls ; Julien Albert (A) – Brian Henderson – Valentin Michel ; Juho Jokinen.
Remplaçants : Alexis Neau (G), Charlie Doyle, Paul Bahain, Nicolas Hébert, Léonard Nalliod-Izacard. Absents : Robin Gaborit (genou), Tomáš Balúch (convalescent/surnuméraire).
Rouen
Gardien : Fabrice Lhenry
Défenseurs : Andrej Tavzelj – Johan Åkerman (A) ; Miroslav Durak – Lauri Lahesalu ; Florent Aubé – Jonathan Janil.
Attaquants : Loup Benoit – François-Pierre Guénette (A) – Marc-André Thinel (C) ; Ilpo Salmivirta – Juraj Stefanka – Romain Gutierrez ; Julien Desrosiers – Éric Castonguay – Anthony Rech.
Remplaçants : Sebastian Ylönen (G), Léo Guillemain-Paillie, Raphaël Faure, Dimitri Thillet, Maxime Joly. Absent : David Fredriksson (entorse acromio-claviculaire).







































