
Les clubs norvégiens seront plus facilement acceptés, puisque cette ligue européenne est issue initialement de la volonté de leurs cousins nordiques toujours solidaires, mais ils connaissent surtout le club de la capitale (Vålerenga). Financés par l’argent du pétrole de la Mer du Nord, les Oilers de Stavanger n’ont jamais caché que leurs ambitions déborderaient de leurs frontières nationales. Ils ont maintenant la meilleure patinoire, toute neuve, et la meilleure équipe. Frustrés l’an passé par Zhlobin en demi-finale, ils sont cette fois devenus le premier club norvégien qualifié pour une Superfinale. Ils sont directement dans le grand bain en affrontant un adversaire de très haut niveau : le Donbass, tenant du titre, est chaque année plus riche et plus fort. Il est maintenant devenu un cador de la KHL, troisième de la conférence ouest.
La patinoire est déjà bien pleine pour ce premier match de vendredi après-midi sans le club organisateur : à Rouen, on aime le hockey de haut niveau.

Le gardien norvégien de père britannique Ruben Smith s’en donne donc à coeur joie. Lui qui est sorti des listes de l’équipe nationale après des apparitions ratées tient ce week-end une occasion en or de démontrer sa valeur au niveau international. Il multiplie les arrêts, détournant notamment un lancer de la bleue d’Oskars Bartulis ou encore une déviation dans le slot de Petteri Wirtanen. Chaque pénalité ne fait qu’élever la pression ukrainienne quand on revient au complet. Maksim Yakutsenia tente de forcer la rondelle sous la botte du gardien et lève les bras, mais l’arbitre bien placé derrière la cage indique aussitôt que la rondelle a été bloquée sans franchir la ligne. La photo ci-dessous le démontre si besoin.
À l’usure, la défense norvégienne tire la langue en fin de tiers-temps, mais le champion du monde 2010 Lukas Kaspar, arrivant seul à mi-distance, ne cadre pas son tir. Mieux encore : l’impensable se produit. Michael Leighton laisse retomber entre ses bottes un dernier lancer désespéré de Nick Schaus, et Juha-Pekka Loikas vient pousser le palet au fond dans son dos (0-1). Stavanger mène au score sans s’être procuré la moindre occasion. Sur un malentendu, ça peut marcher ! Et leurs supporters, qu’on n’avait entendu de toute la période, se mettent soudain à s’écrier « Oilers » en direction des rangs disciplinés de partisans ukrainiens à l’opposé de la patinoire, qui avaient entonné leurs « Donbass » avec enthousiasme mais font maintenant grise mine.

Encore une fois, le cours du jeu est surprenant. Alors que Stavanger a desserré l’étreinte et équilibré le jeu en fin de période, voilà qu’un nouveau lancer de la ligne bleue Jan Kolar finit au fond des filets : cette fois, le gardien était masqué (1-1, 37’05 »). Les Oilers n’ont cependant pas dit leur dernier mot avec une contre-attaque de Martin Strandfeldt, qui ne parvient pas à déjouer Leighton en face-à-face.

Chaque fin de tiers réserve décidément une surprise : Stavanger s’installe à trois minutes de la fin au moment où Tommy Kristiansen sort de prison, et celui-ci va se placer devant la cage où il dévie de son corps un lancer de la bleue de Kurt Davis (2-2, 57’12 »). Toute la patinoire applaudit, sauf bien sûr le clan ukrainien.
Le Donbass tente une dernière attaque dans les dernières secondes, mais Kristiansen contre de la crosse le lancer de l’international letton Oskars Bartulis. Sur cette action en zone offensive, c’est Yakutsenia qui est pénalisé. L’unique indiscipline survient donc au pire moment… puisque les Oilers pourront commencer la prolongation à 4 contre 3.

Ils devront cependant passer par les tirs au but, théoriquement favorables aux techniciens ukrainiens. Le premier à tricoter est pourtant Christian Dahl Andersen, et son aiguille finit dans les mailles du filet de Leighton. Parti beaucoup plus rapidement mais avec autant de maîtrise du geste, Evgeni Dadonov réplique aussitôt (photo ci-dessous à gauche).

On change d’ordre des tireurs après cette première égalité. Vaclav Nedorost marque dans le haut du filet et met la pression sur Dahl Andersen, qui ne réussit pas deux fois : arrêt décisif de Leighton, le seul de cette séance finale où les gardiens n’ont pas été à la fête, même s’ils sont élus joueurs du match.
Le Donbass, qui pensait gagner en touriste, a bien failli se faire surprendre. Mais après ce rappel à l’ordre, il sera encore plus difficile à battre. Pour Stavanger, ce sera le contraire, car les Norvégiens semblent sincèrement persuadés d’être la deuxième meilleure équipe et devront se remettre à la tâche face à Rouen – qui pense autrement – demain.
Désignés joueurs du match : Michael Leighton pour Donetsk et Ruben Smith pour Stavanger.
(photos de Christophe Delaville)
Commentaires d’après-match
Petter Thoresen (entraîneur de Stavanger) : « Nous affrontions une forte équipe et n’étions pas favoris, nous avons essayé de jouer un bon système défensif. Nous l’avons très bien fait en première période, mais nous avons laissé plus d’occasions en deuxième période. Je suis fier de mes joueurs. Toute la semaine, nous avions parlé de nos chances de victoire. Le match-clé était aujourd’hui. Je ne pense pas qu’ils perdront d’autres points. Les Oilers ont toujours eu de bons joueurs, mais il y a quatre-cinq ans, ils ne jouaient pas en équipe. Comme j’avais gagné le championnat avec d’autres clubs, c’est pour ça qu’on m’a engagé, pour leur apprendre à jouer collectif. »
Ruben Smith (gardien de Stavanger) : « Bien sûr, nous sommes déçus à présent. Le palet a rebondi en ma faveur durant tout le match, mais contre moi aux tirs au but. Nous avons fait un très bon match contre une très bonne équipe de KHL. Nous pouvons être fiers de nous. Il faut maintenant nous assurer d’être deuxièmes dans cette finale. Je ne suis pas sûr que Donbass puisse perdre un match, même si tout peut arriver. J’espère que cette expérience internationale me servira, mais Haugen joue en KHL, Volden en élite finlandaise, et il n’y a qu’une place de titulaire en équipe de Norvège. »
Donbass Donetsk – Stavanger Oilers 3-2 après tirs au but (0-1, 1-0, 1-1, 0-0)
Vendredi 10 janvier 2014 à 16h30 sur l’île Lacroix, Rouen.
Arbitrage de Jean-Philippe Sylvain (CAN) et Viki Trilar (SLO) assistés de Pierre Dehaen et Gwilherm Margry (FRA).
Pénalités : Donetsk 2′ (0′, 0′, 2′, 0′) ; Stavanger 6′ (4′, 0′, 2′, 0′).
Tirs : Donetsk 37 (17, 12, 8, 0) ; Stavanger 29 (7, 12, 6, 4).
Évolution du score :
0-1 à 19’36 » : Loikas aassisté de Schaus et Dahl Andersen
1-1 à 37’05 » : Kolar assisté de Piganovich
2-1 à 48’43 » : Dadonov assisté de Yakutsenya et Podhradsky
2-2 à 57’12 » : Kristiansen assisté de Davis
Tirs au but :
Stavanger : Dahl Andersen (réussi), Lorentzen (réussi), Strandfeldt (transversale).
Donetsk : Dadonov (réussi), Kaspar (raté), Yakutsenia (réussi).
Tireurs supplémentaires : Nedorost (D, réussi), Dahl Andersen (S, arrêté).
Donbass Donetsk
Gardien : Michael Leighton.
Défenseurs : Jan Kolar – Oleg Piganovich ; Peter Podhradsky – Clay Wilson ; Oskars Bartulis – Gennadi Razin.
Attaquants : Teemu Laine – Ruslan Fedotenko (C) – Petteri Wirtanen ; Evgeni Dadonov (A) – Vaclav Nedorost – Maksim Yakutsenia (A) ; Dmitri Kagarlitsky – Randy Robitaille – Lukas Kaspar ; Oleksandr Toryanyk – Sergi Varlamov – Tuomas Kiiskinen.
Remplaçants : Jan Laco (G), Denys Petrukhno, Roman Blagy.
Stavanger Oilers
Gardien : Ruben Smith.
Défenseurs : Kurt Davis – Nick Schaus ; Dennis Sveum – Henrik Solberg ; Travis Ehrhardt – Mats Mostue.
Attaquants : Christian Dahl Andersen – Juha-Pekka Loikas – Martin Strandfeldt (A) ; Dan Kissel – Jean-Michel Daoust – Tommy Kristiansen ; Stian Høygård – Lars Peder Nagel (A) – Snorre Hallem (C) ; Peter Lorentzen ou Petter Roste Fossen – Mathias Trettenes – Erik Boisvert.
Remplaçants : Henrik Holm (G), Daniel Rokseth.







































