Et si l’on croyait aux séries ? Le record de victoires consécutives aux Championnats du monde de la Russie s’était arrêté à treize succès en 2013, à cause d’une victoire française. Cette fois-ci, à Saint-Pétersbourg, le Canada a porté la série à quinze victoires. Les Bleus éteindront-ils encore une fois une équipe en feu ?
C’est que le Canada, la France aime bien le jouer ces dernières années. A Minsk il y a deux ans, Pierre-Édouard Bellemare avait signé le but gagnant en fusillade. Stéphane Da Costa avait lui inscrit un doublé. Sauf que ce dernier est absent, ainsi qu’Antoine Roussel et cinq défenseurs titulaires habituels… Dave Henderson doit par ailleurs se passer de Yorick Treille, ménagé au troisième tiers-temps samedi. Laurent Meunier prend pour sa part le rôle de treizième attaquant – il n’entrera pas en jeu – et les lignes s’en trouvent chamboulées : Jordann Perret change de partenaires et jouera avec Loïc Lampérier et Charles Bertrand. Damien Fleury tient pour sa part sa place après son aller-retour à Minsk pour voir sa fille, née jeudi dernier. Ronan Quémener, qui avait bien paru dans la défaite 3-2 contre le Canada l’an dernier à Prague, tiendra la cage tricolore aujourd’hui.
Pour ne rien arranger, ce Canada-là est désormais rodé par cinq matchs bien menés. Aura-t-il déjà la tête au choc contre la Finlande demain soir ? Bill Peters bénéficie en tout cas du renfort en défense de Ryan Ellis, tout juste arrivé sur place après l’élimination de Nashville jeudi soir. Les lignes restent les mêmes qu’au dernier match à l’exception d’une inversion : Max Domi rejoint la ligne McDavid et Brad Marchand le duo Scheifele-Stone.
Fleury manque le coche
La France entre bien dans le match, avec un premier tir de Sacha Treille du cercle gauche. Les Bleus cherchent les passes longues dans la neutre pour étirer le Canada. Quemener bloque pour sa part deux tirs peu dangereux, histoire de se chauffer. Il doit en revanche se montrer concentré sur une montée de Duchene. Béron revient bien pour bloquer un attaquant au rebond. Le gardien bleu sauve ensuite une occasion de près sur Jenner et Bellemare récupère pour envoyer Fleury en échappée. Le tir du buteur de DEL frappe le poteau !
À la quatorzième minute, Perry se fait prendre par la patrouille et le jeu de puissance peine à s’installer. L’agressivité canadienne sur le porteur de palet suffit à tuer la supériorité. De retour à cinq contre cinq, Sacha Treille intercepte en entrée de zone et force Pickard à l’arrêt. Puis, la ligne Perret-Lampérier-Bertrand effectue une très bonne présence offensive avec quelques situations dans l’enclave. Un ultime tir de Béron clôture ce premier tiers. Le Canada a compté 10 tirs, la France 4, faute d’avoir cadré ses chances. Mais sur le plan du jeu, beaucoup de positif chez les joueurs de Dave Henderson.
Encore un problème de réalisme

Qu’importe, les joueurs de Dave Henderson prennent confiance et s’octroient quelques bons tirs sur Pickard avec du trafic devant la cage. Les déviations ne sont pas toujours cadrées, mais le danger se rapproche. Le temps fort français se brise sur une pénalité de Fleury, même si Bellemare intercepte et déborde à gauche pour un tir de l’aile bloqué par Pickard. La défense reste bien en place et ne concède guère d’occasions aux Canadiens.
La France reprend son temps fort et Gallagher vient toucher Auvitu au visage. Le jeu de puissance s’installe et Desrosiers dévie un tir de Bellemare au ras du poteau. 
Quemener bombardé
Le troisième tiers reprend à petit rythme, et les Bleus se font punir après quatre minutes. Profitant d’un changement de ligne trop lent, Marchand déborde, sert en retrait Stone qui lance. Quemener repousse, Scheifele arrive lancé et le rebond est au fond (3-0).
Malgré tout, le danger reste principalement Canadien, à l’image d’un tour de cage de McDavid, sur lequel Quemener et Béron, couchés au sol, sauvent le coup. Le Canada laisse beaucoup d’espaces en contre, et Berthon démarre à tout vitesse sur l’aile. Teddy Da Costa a suivi et sa reprise file hors cadre !
À cinq minutes du terme, Perry fait étalage de sa puissance et élimine son défenseur en sortant de la bande. O’Reilly, dos au but, lui remet doucement le palet et le capitaine canadien finit le travail (4-0).
La fin de match se révèle difficile entre des Bleus clairement fatigués et des Canadiens en gestion, qui tournent de longs instants dans la zone défensive. Quemener signe dix-huit arrêts dans ce tiers, portant son total à 42 dans le match.
La France s’incline donc logiquement, mais ce match laisse un petit parfum de regret. Les joueurs de Dave Henderson ont certes été copieusement dominés dans leur zone, concédant le plus haut total de tirs de leur Mondial, mais ils se sont pour autant créé des occasions très franches tout au long du match. Disciplinée et courageuse, cette équipe de France a bataillé jusqu’à la fin et continue de progresser au fil du tournoi. Il faudra bonifier ces progrès demain contre la Biélorussie.
Désignés joueurs du match : Mark Scheifele (Canada) et Ronan Quemener (France – photo, remise du trophée par Vladislav Tretiak)
Commentaires d’après-match :
Nicolas Ritz (attaquant de la France) : « À chaque fois, le Canada aligne une grosse équipe de classe mondiale, donc on avait une bonne idée de ce qui allait se passer. Nous avions les mêmes idées que contre la Finlande, c’est à dire verrouiller derrière et être opportunistes. Nous avons eu de grosses occasions, avec le break de Fleury, le pénalty avec le palet qui saute… Ce sont des petits détails, mais ils changent la donne du match. A quatre contre cinq, c’est difficile contre ces équipes mais c’est le jeu. On peut difficilement nous comparer à eux, qui sont formés depuis l’âge de quatre ans et demi, avec des heures de glaces… Nous, chaque club fait le maximum. Demain, c’est un match très important, il ne faudra pas de relâchement. Reléguer la Biélorussie serait sympa ! »
Pierre-Edouard Bellemare (attaquant de la France) : « Une partie de nos joueurs n’a pas l’habitude de jouer des matchs aussi rapprochés. En NHL, c’est plus de 80 matchs, alors que la plupart de notre équipe n’en joue qu’une quarantaine, ce qui va changer l’année prochaine et permettre de mieux progresser, d’avoir plus d’entraînement en match. Ce soir, nous avons eu nos chances, un but pouvait tout changer. Après, ils ont tourné et tourné autour de notre cage, et cela a fini par nous couper les jambes. »
Ronan Quémener (gardien de la France) : « Comme prévu, une grosse équipe, qui aime garder le palet en zone offensive, tourner autour de la cage, mettre le palet au but… Nous n’avons pas eu beaucoup d’occasions mais il y en a eu des belles, et quand on échoue, cela pose problème. Leur gardien a été très solide, c’est un gardien de haut niveau dans une équipe de haut niveau. C’est un plaisir de jouer des grands joueurs comme cela, même si on préfère toujours gagner. On travaille tous les jours pour rivaliser avec des joueurs de ce niveau, donc quand on y arrive, ça fait plaisir. »

Dave Henderson (entraîneur de la France) : « L’objectif était de rester discipliné et de travailler dur pour essayer de voler le match. On voit qu’il y a une grosse différence juste avec le compteur de tirs, 46-13. Mais je suis content du travail des joueurs, de leur niveau de discipline et de leur éthique de travail. Nous avons été mieux que dans les deux autres matchs (Etats-Unis, Finlande). Le jeu de transition, le palet qui bouge vite et bien, les joueurs très disciplinés et très alertes. Il a manqué l’étincelle devant le but pour les mettre en doute. Il y a l’échappée de Fleury, celle de Perret, qui sont des occasions en or pas converties. Avec de la chance ou de la réussite, on recolle au score et cela change la donne. À 2-0, on doit encore se montrer vigilants qu’ils ne prennent pas le large. Cette non-réussite vient du fait que l’on est pas assez « relax », on serre trop les mains…
Je suis content de la discipline aujourd’hui, les gars n’ont rien lâché pendant soixante minutes. Ronan a fait un grand match et nous avions besoin de ça, de discipline et de tenacité contre un top-6. 
Elle est de mieux en mieux. Il y a moins d’erreurs répétitives par rapport aux premiers matchs. Elle prend de l’expérience, à l’image de Max (Moisand), Béron, Raux. Ils jouent des attaquants qui vont plus vite, qui sont plus forts, plus robustes avec une meilleure lecture de jeu, et ils répondent de mieux en mieux. C’est en jouant contre les meilleurs qu’on acquiert cette expérience. Leurs décisions sont meilleures au fil des matchs. Si ça continue comme ça, certains auront tirer leur épingle du jeu et saisi leur chance. C’est très important pour le hockey français, ce renouvellement et cette concurrence en défense. On a besoin de cette profondeur, quand on a cinq défenseurs blessés sur six. Ils ont eu besoin de quelques matchs pour prendre le rythme du groupe A. La concurrence, c’est important, car cela permet de reposer certains joueurs au cours de la saison. Certains jouent soixante-dix matchs, les matchs d’équipe nationale, les playoffs… Quand on a un réservoir, on peut s’appuyer dessus en préparation et économiser ses meilleurs joueurs en ayant encore des résultats. Plus les joueurs jouent au niveau « équipe nationale », mieux c’est.
Un mot sur les équipes spéciales, en difficulté dans ce tournoi ?
C’est une philosophie de jeu, avec beaucoup d’éléments à prendre en compte, donc la qualité de l’adversaire. Nous sommes habitués dans nos ligues à contrôler le palet, et nous n’allons pas assez à la cage. En infériorité, cela joue plus vite, plus fort, et nous prenons logiquement des punitions car nous sommes en retard. Les mêmes joueurs jouent encore et encore sur ces unités et la fatigue monte. Il y a aussi un manque d’expérience. Mais on travaille ces jeux tout le temps. Les blessés ne sont pas une excuse de toute façon. Oui, parmi les absents il y a des joueurs qui sont habiles offensivement et qui savent finir, mais on doit faire avec.
Ce mondial prépare bien le TQO ?
La préparation commencera le 15 août, mais on ne connait pas encore la limite de joueurs. Les tournois à trois matchs sont souvent vingt et trois gardiens, à plus de quatre matchs c’est vingt-cinq joueurs. Nous verrons, et nous débuterons sans doute sans certains joueurs de Gap et Rouen qui joueront la CHL, et ceux de l’étranger qui joueront aussi la CHL.
Quels sont les points positifs du tournoi ?
On verra demain, mais il y a eu des individualités, comme Perret qui a montré du talent mais qui là, commence à fatiguer, faute d’habitude à jouer sept matchs en dix jours. Mais c’est un ensemble de toute façon, les individualités doivent aider l’équipe, avec un tir, une mise en échec, un repli défensif… Tout cela avance bien, et doit continuer. »

Canada 4-0 France (1-0, 1-0, 2-0)
Lundi 16 mai 2016, 16h15. Yubileyni Arena de Saint-Pétersbourg. 5219 spectateurs.
Arbitrage de Antonin Jerabek (TCH) et Linus Ohlund (SUE) assistés de Jon Kilian (NOR) et Sakari Suominen (FIN).
Tirs : Canada 46 (10, 16, 20), France 13 (4, 4, 5)
Pénalités : Canada 4′ (2′, 2′, 0′), France 8′ (2′, 6′, 0′)
Récapitulatif du score
1-0 à 08’32 » : Stone assisté de Hall et McDavid (sup. num.)
2-0 à 35’26 » : Duchene assisté de Perry et Ellis
3-0 à 43’51 » : Scheifele assisté de Stone et Marchand
4-0 à 54’45 » : Perry assisté de O’Reilly et Gallagher
Composition des équipes
Canada
Attaquants
Taylor Hall – Derick Brassard (+1) – Corey Perry (C, 2′, +2)
Brad Marchand (+1) – Mark Scheifele (+1) – Mark Stone (+1)
Max Domi – Connor McDavid (4′) – Matt Duchene (A, +1)
Boone Jenner – Ryan O’Reilly (A, +2) – Brendan Gallagher (2′, +1)
Sam Reinhart
Défenseurs
Morgan Rielly – Chris Tanev
Ryan Ellis (+2) – Ryan Murray (+1)
Cody Ceci – Matt Dumba (+1)
Mike Matheson (+1)
Gardien : Calvin Pickard
Remplaçant : Cam Talbot
Réserviste : Ben Hutton (D)
France
Attaquants
Sasha Treille (-1) – Pierre-Édouard Bellemare (A) – Damien Fleury (A, 2′)
Jordann Perret (-1) – Loïc Lampérier (2′, -2) – Charles Bertrand (-2)
Eliot Berthon (-1) – Teddy Da Costa – Tim Bozon
Valentin Claireaux – Nicolas Ritz (-1) – Julien Desrosiers
Défenseurs
Yohann Auvitu (A, -2) – Maxime Moisand (-2)
Grégory Béron (-1) – Benjamin Dieudé-Fauvel (2′, -1)
Jonathan Janil (2′, -1) – Damien Raux
Gardien : Ronan Quemener
Remplaçant : Florian Hardy
En tenue mais n’a pas joué : Laurent Meunier (C)
Réserviste : Cristobal Huet (G)
Blessé : Teddy Trabichet, Florian Chakiachvili (D), Yorick Treille (A)













































