Choc au sommet pour ouvrir le Mondial

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Le championnat du monde 2017 commence par un grand match entre deux des favoris de la compétition, dans une patinoire déjà pleine (à Cologne…) avec 18 500 spectateurs. Les organisateurs de paris ne font pencher la balance ni d’un côté ni de l’autre, preuve de l’incertitude qui règne.

La Russie a réuni cette semaine sa première ligne Panarin-Shipachyov-Dadonov et les trois anciens coéquipiers du SKA Saint-Pétersbourg ont repris leurs automatismes ensemble. Leurs parcours vont encore plus diverger.

Artemy Panarin, parti depuis deux ans en NHL à Chicago, vient de déclarer qu’il penser les joueurs russes encore en KHL devraient y rester pour participer aux Jeux olympiques puisque la NHL ne libèrera pas ses joueurs par l’évènement. Et pourtant, au même moment, son partenaire Vadim Shipachyov a signé pour deux ans – et pour moins cher selon l’aveu même du président du SKA – dans la nouvelle franchise NHL de Las Vegas, en quête de joueurs tous azimuts. À 30 ans, c’était sans doute la dernière chance de Shipachyov pour se tester outre-Atlantique. La rumeur dit que Dadonov pourrait le rejoindre… C’est un coup dur pour le SKA Saint-Pétersbourg et pour l’obsession olympique de la Russie, qui n’a jamais remporté les JO sous ce nom.

RASK Victor 150511 666La Suède, médaillée d’or olympique deux fois dans le même intervalle, ne se préoccupe pas de ce qui se passera l’an prochain dans le tournoi aux anneaux. Elle vit l’instant présent, et ne voit pas le problème à avoir assemblé seize joueurs de NHL. L’entraîneur-adjoint de la Russie, Harijs Vitolins, a voulu superposer un second enjeu à la partie : « ce match comparera clairement les niveaux de la NHL et de la KHL, et en cas de succès nous montrerons que le niveau de la KHL n’est pas inférieur ». Discours de plus en plus difficile à tenir si la NHL happe les meilleurs joueurs russes…

C’est cependant un gardien de KHL qui garde la cage suédoise : Viktor Fasth, titulaire en sélection mais souvent doublure de Sorokin au CSKA Moscou, a été choisi pour ce premier match. Son principal arrêt de la première période, il l’effectue devant Ivan Provorov monté sur une très belle passe du coin opposé de Dadonov.

La Suède pratique un jeu direct vers l’avant. Elle se lance souvent en zone neutre par le patinage rapide d’arrières comme Ekman-Larsson, mais fait la différence d’une autre manière, par une longue passe diagonale de Victor Hedman : Victor Rask reçoit le palet à l’aile droite, le protège avec fermeté face au jeune défenseur Artyom Zub pendant que le reste de ses équipiers changent de ligne, puis sert Elias Lindholm qui arrive dans l’axe. Le lancer passe au-dessus de la botte droite de Vassilievsky qui aurait pu l’arrêter (1-0, 14’40 »).

Quand la Suède oublie sa priorité « verticale » en zone neutre, cela ne lui réussit pas : une passe transversale de William Karlsson y est interceptée par Shipachyov, et Hedman donne alors un coup de crosse pour arrêter la contre-attaque (24’42 »). Gênée lors du premier avantage numérique en première période par le harcèlement de la boîte suédoise autour de Nordström, la ligne historique du SKA installe son traditionnel jeu de puissance en carré. Les Scandinaves parviennent intelligemment à serrer de très près le point central Evgeni Dadonov dans l’enclave, afin que le palet ne quitte pas les côtés du carré. La Russie se montre ensuite performante elle aussi en infériorité numérique, où Telegin et Barabanov arrivent même à porter le danger en zone adverse.

Plutôt en progrès au fil du match, la Russie part très fort au troisième tiers-temps. Les attaques se succèdent et la réussite ne vient pas des stars, mais de la ligne des prolétaires : Aleksandr Barabanov remet le palet de derrière la cage pour la reprise de Sergei Andronov (2-0, 43’58 »). Les Russes sont complètement transfigurés et dominent complètement la période : 14 tirs à 3 ! Fasth maintient la parité jusqu’à la fin.

PANARIN Artemi 150516 931C’est donc la première prolongation à 3 contre 3 en championnat du monde. La vitesse de la Russie lui donne un net avantage. Telegin et Antipin partent à 2 contre 1 dès la mise au jeu. Puis un contre favorable permet à Nikita Kucherov de partir en un contre un face au gardien : il feinte à droite et… tire à côté ! Ivan Provorov, parti avec un temps d’avance sur les Suédois, rend le palet à l’adversaire par une passe-abandon trop compliquée. Les Suédois sont dépassés mais s’en sortent.

Après la vitesse en prolongation, c’est la technique qui est à l’honneur dans les pénaltys. Les piètres tentatives suédoises ne trouvent pas d’angle de tir face au grand gabarit de Vasilievsky. Artemi Panarin, après un magnifique mouvement, transperce Fasth et donne un deuxième point à son équipe.

Que penser de ce match initial, qui a tenu ses promesses par son intensité ? La Suède a longtemps semblé faire une démonstration de bonne défense, en pressant les attaquants russes juste quand il le fallait, sans jamais laisser d’espaces et de lignes ouvertes. Mais, lorsque les Russes ont égalisé grâce à leurs joueurs d’énergie, elle n’a pas semblé capable de repartir de l’avant. Elle n’a pas trouvé de leader offensif. Le grand espoir William Nylander a été discret pour son premier match international, comme ses partenaires de première ligne. Laissons lui le temps, comme à l’ensemble de ces deux équipes sur lesquelles il faudra compter dans ce tournoi. Au-delà du succès, ce match en crescendo a surtout rassuré la Russie : elle a pris progressivement le dessus sur une défense suédoise annoncée redoutable.

Désignés joueurs du match : Viktor Fasth pour la Suède et Sergei Andronov pour la Russie.

 

Suède – Russie 1-1 (1-0, 0-0, 0-1, 0-0) / 0-1 aux tirs au but
Vendredi 5 mai 2017 à 16h15 à la Lanxess Arena de Cologne. 18537 spectateurs.
Arbitrage d’Anssi Salonen (FIN) et Daniel Stricker (SUI) assistés de Roman Kaderli (SUI) et Nathan Vanoosten (CAN).
Pénalités : Suède 4′ (2′, 2′, 0′, 0′), Russie 2′ (0′, 2′, 0′, 0′).
Tirs : Suède 23 (10, 7, 3, 3), Russie 29 (9, 4, 14, 2).

Évolution du score :
1-0 à 14’40 » : Lindholm assisté de Rask et Hedman
1-1 à 43’58 » : Andronov assisté de Barabanov et Provorov

Tirs au but :
Suède : Lindholm (à côté), Ekman-Larsson (arrêté), Nylander (arrêté).
Russie : Gusev (arrêté), Panarin (réussi).

Suède

Attaquants :
William Karlsson – Carl Söderberg – William Nylander
Gabriel Landeskog (A) – Victor Rask – Elias Lindholm (+1)
Joel Eriksson Ek – Marcus Krüger – Linus Omark (-1, 2′)
Joakim Nordström – Joel Lundqvist (C) – Carl Klingberg

Défenseurs :
Victor Hedman (A, 2′) – Anton Strålman
Oliver Ekman-Larsson – Jonas Brodin
Alexander Edler – John Klingberg

Gardien :
Viktor Fasth

Remplaçant : Eddie Läck (G).

Russie

Attaquants :
Ivan Telegin (+1) – Sergei Andronov (+1) – [Plotnikov puis] Aleksandr Barabanov (+1)
Artemi Panarin – Vadim Shipachyov (A) – Evgeni Dadonov
Nikita Gusev – Vladislav Namestnikov (-1) – Nikita Kucherov (-1)
Sergei Mozyakin (C) – Vladimir Tkachyov – [Barabanov puis] Sergei Plotnikov

Défenseurs :
Viktor Antipin (-1) – Anton Belov (A)
Ivan Provorov (2′) – Andrei Mironov
Vladislav Gavrikov – Bogdan Kiselevich
Artyom Zub

Gardien :
Andrei Vassilevski

Remplaçant : Ilya Sorokin (G).

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