Rouen – Nuremberg (CHL, groupe F, 5e journée)

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Rouen aborde cette dernière ligne droite de la Ligue des Champions avec son destin entre ses mains, puisque Hradec Králové a perdu hier soir. Pour obtenir une qualification historique, les Dragons « n’ont qu’à » battre deux fois Nuremberg dans le temps réglementaire. Plus facile à dire qu’à faire…

L’adversaire présente pourtant une particularité étonnante : le directeur sportif Martin Jiranek a viré son entraîneur Kevin Gaudet – et pris sa place sur le banc – après seulement quatre journées de championnat, moyennes mais pas catastrophiques (4 points). Depuis, les Thomas Sabo Tigers ont fait à peine mieux (7 points sur les cinq journées suivantes) et ont même reculé d’une place. Surtout, Gaudet avait pour lui de très bonnes performances en CHL avec 9 points sur 12 possibles malgré cinq blessés. Autant dire qu’un faux-pas en France ferait tâche dans la comparaison et susciterait beaucoup de questions… Mais que reprochait-on donc à Gaudet ? Un style qui ne passait pas, une faible confiance aux jeunes et une obstination à ne pas tourner à quatre lignes. On lui a donc reproché des caractéristiques que tout le monde pouvait prévoir à l’avance, au point que nous avions alerté sur le sujet dans notre présentation de DEL !

Rouen commence la partie avec détermination et enthousiasme, mais donnent parfois des espaces en contre-attaque. Heureusement que Florian Chakiachvili se couche sur une contre-attaque à 3 contre 1. Même s’ils subissent quelques séquences sous pression dans leur zone, les Dragons sont dangereux et bénéficient eux aussi de pas mal d’espaces. On voit ainsi le jeune attaquant Fabien Colotti traverser les lignes adverses dans l’axe. Après une récupération de palet en zone neutre, Nicolas Deschamps est même proche de piéger Andreas Jenike sur un tir en angle qui file sous le bras du gardien.

Le score est vierge, mais il pourrait ne pas l’être tant le jeu est ouvert. Fabrice Lhenry a raison d’alerter ses joueurs sur le marquage défensif pendant la pause publicitaire, ce que ne fait pas Dusseau sur la présence en laissant trop d’écart à Christopher Brown servi à la ligne bleue avec du champ pour lancer. Des occasions, Rouen en a aussi : Marc-André Thinel passe d’abord de derrière la cage à Nicolas Ritz, puis dans la continuité de l’action, il vient cueillir le palet devant Jenike et – gêné par le défenseur – il tire du revers juste à côté du but grand ouvert ! Chaque équipe est pénalisée en fin de première période, le grand défenseur slovaque Milan Jurcina pour avoir retenu Guttig en entrée de zone (photos ci-dessus et ci-dessous), puis Juha Koivisto – pris de vitesse – qui accroche Daniel Weiss dans la zone neutre. Les deux jeux de puissance sont infertiles.

Le deuxième tiers-temps commence par une blessure au genou Mike Mieszkowski, mal tombé mais poussé sans intention de faire mal. C’est même son coéquipier Max Kislinger qui est pénalisé pour dureté après sa réaction violente. Rouen ne profite pas de la pénalité mais a un élan favorable. Nicolas Deschamps s’échappe en solitaire, mais le palet lui échappe au moment de tirer.

La partie, jusqu’ici correcte, semble prendre une autre tournure quand une charge un peu haute de Shawn Lalonde propulse Florian Chakiachvili contre la bande. Le défenseur de l’équipe de France se relève avec difficulté et ne pourra pas reprendre le jeu. Lampérier ayant été pénalisé pour un cinglage survenu deux secondes plus tôt dans l’action, le jeu reprend à 4 contre 4. Dusseau ne parvient pas à écarter le palet de la crosse de Chris Brown, qui l’envoie au fond, sous la bronca (0-1). Les supporters de Nurmeberg chantent, mais le public rouennais aura sa revanche : plusieurs fois frustré, Nicolas Deschamps a raison de Jenike sur un tir du poignet fulgurant, au niveau de sa botte droite (1-1). Nicolas Ritz passe tout près de donner l’avantage à Rouen dans la minute qui suit.

Les Dragons tuent une pénalité évitable de Colotti en zone neutre et repartent de l’avant. Bedin vole le palet à Acton dans la zone allemande. Puis c’est Bender qui part en prison pour avoir accroché Lampérier dans le slot, mais la pénalité est annulée quand Thinel accroche Festerling en zone offensive. La courte phase d’infériorité est passée sans encombre. Thinel reçoit même un beau palet de contre à sa sortie de prison, mais n’a plus ses jambes de vingt ans. Rouen domine. À une minute de la pause, Nicolas Deschamps se procure un nouveau face-à-face avec Jenike, mais sa tentative de tirer sous ses bottes échoue. Sur l’engagement, c’est Aleardi qui, grâce à sa maîtrise du palet, se présente seul devant le gardien. Si Nuremberg avait mené aux tirs en première période (par des tirs de la bleue), le compteur donne Rouen vainqueur 19-8 « aux points » dans ce tiers médian.

Mais à la reprise, un lancer flottant de Brett Festerling est dévié par Will Action qui s’est imposé dans le slot devant Enzo Cantagallo, le jeune substitut de Chakiachviki (1-2). Trois minutes plus tard, Nicolas Ritz obtient deux tirs dans le slot sur la même action : le premier a même frappé la transversale ! Hormis cette action, le feu normand semble un peu éteint et Nuremberg a plusieurs occasions de tuer le match. La perspective de qualification semble s’éloigner… Servi en zone neutre par une relance croisée de Chad Langlais, Joël Caron accélère sur l’aile gauche, repique au centre et égalise à mi-distance d’un tir parfait en lucarne (2-2). Tout est donc relancé à dix minutes de la fin.

Sommé de se mettre en place en 1-2-2 par son coach Jiranek, Nuremberg se regroupe défensivement et attend les contre-attaques, de manière longtemps efficace. À deux minutes de la fin, une crosse haute de Brandon Buck est sanctionnée. Fabrice Lhenry prend son temps mort pour préparer son powerplay. Nicolas Ritz brise sa crosse sur la mise au jeu, l’installation est retardée. Mais les Dragons font preuve de patience, Pintarič sort pour un sixième joueur. À 24 secondes de la sirène, Loïc Lampérier, dans le cercle droit, trouve au poteau opposé Nicolas Deschamps, laissé seul dans son dos par Jurcina (3-2). Un but en cage ouverte libérateur pour le Québécois qui a eu tellement d’occasions ce soir. Anthony Guttig intercepte un dernier palet en zone neutre et l’envoie aussitôt dans les filets déserts (4-2).

Une victoire méritée pour l’ensemble du travail accompli. Le clapping des supporters avec toute l’équipe en cercle plus un invité spécial (le fils de Michel Miklik) salue des champions de France légitimement fiers. Seul club français à avoir jamais abordé cette compétition avec l’intention résolue de se qualifier, Rouen est parfaitement au niveau dans cette CHL et est toujours en course à une journée de la fin. Prévenu, Nuremberg sera évidemment redoutable chez lui.

Commentaires d’après-match

Fabrice Lhenry (entraîneur de Rouen) : « Comme je l’avais dit, c’était un petit peu un match 6 de play-offs pour aller jouer la finale à Nuremberg. Chaque fois qu’on a été mené, on a réussi à revenir. On prend un but dès l’entame du troisième tiers, mais les joueurs su rebondir et travailler jusqu’au bout, avec un public qui nous a poussés. Ce dernier match aura une bonne valeur, on est encore vivant dans cette compétition et on veut sortir de cette poule. Sur soixante minutes, tout est possible. On a eu beaucoup d’occasions au deuxième tiers et on n’a pas su les concrétiser. Ce sont deux équipes qui se valent et on verra qui pourra continuer cette compétition. »

Martin Jiranek (entraîneur de Nuremberg) : « Rouen voulait vraiment gagner devant ses supporters. Nous avons bien joué par moments, mais parfois nous avons été trop arrogants, nous avons perdu trop de palets aux deux lignes bleues. Nous devons jouer plus simple, nous avons fait trop de petites passes dans des situations dangereuses. Nous avons souffert d’une pénalité en fin de match qui leur a permis de jouer à 6 contre 4. Cette dernière pénalité n’était pas cohérente avec la façon dont le reste du match avait été arbitré. »

 

Rouen – Nuremberg 4-2 (0-0, 1-1, 3-1)
Mercredi 10 octobre 2018 à 20h00 au centre sportif Guy Boissière. 2742 spectateurs.
Arbitrage de Mark Lemelin (USA) et Pierre Dehaen (FRA) assisté de Clément Goncalves et Jérémie Douchy (FRA).
Pénalités : Rouen 8′ (2′, 6′, 0′) ; Nuremberg 10′ (2′, 6′, 2′)
Tirs : Rouen 42 (9, 19, 14) ; Nuremberg 34 (14, 8, 12).

Évolution du score :
1-0 à 26’57 : Brown
1-1 à 28’17 : Deschamps
1-2 à 42’26 : Acton assisté de Festerling
2-2 à 49’26 : Caron assisté de Langlais et Miklik
3-2 à 59’37 : Deschamps assisté de Lampérier et Roy (sup.num.)
4-2 à 59’48 : Guttig (cage vide)

Rouen

Attaquants :
Nicolas Deschamps (+1) – Anthony Guttig (A) – Alexander Aleardi (+1)
Loïc Lampérier (A, -1, 2′) – Nicolas Ritz (-1) – Marc-André Thinel (-1, 2′)
Joël Caron – Juha Koivisto (+1, 2′) – Michel Miklik
Joris Bedin – Fabien Colotti (2′) – Vincent Nesa

Défenseurs :
Florian Chakiachvili puis à 26’36 Enzo Cantagallo – Mathieu Roy (C)
Mathieu Brodeur (+1) – Atte Mäkinen (+1)
Kévin Dusseau (-1) – Chad Langlais (-1)

Gardien :
Matija Pintarič [sorti de 58’45 à 59’37]

Remplaçants : Quentin Papillon (G), Joran Reynaud.

Nuremberg

Attaquants :
Eugen Alanov (-1) – Philippe Dupuis (-2) – Leo Pföderl (-1)
Patrick Reimer (+1) – Will Acton (+2) – Daniel Weiß (-1)
Jason Bast – Brandon Buck (2′) – Chris Brown (+1)
Max Kislinger (2′) – Chad Bassen – Mike Mieszkowski

Défenseurs :
Brett Festerling – Shawn Lalonde (+1, 2′)
Marcus Weber (+1) – Milan Jurcina (+1, 2′)
Eric Stephan (-1) – Tim Bender (-2, 2′)
Pascal Grosse

Gardien :
Andreas Jenike [sorti de 59’37 à 59’48]

Remplaçant : Niklas Treutle (G). Absents : Tom Gilbert (problèmes musculaires), Oliver Mebus (opération de la clavicule), Taylor Aronson (suspicion de commotion), Colten Teubert (dos), Dane Fox (épaule), Brandon Segal (aine), Petr Pohl (commotion).

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