La Chronique des Habs : l’attitude n’est pas un humanisme

(Paul Chiasson/CP)
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Aujourd’hui je n’avais pas envie de vous parler statistique ou tactique, enfin si, on y viendra, mais plutôt philosophie. Pour emprunter au bon vieux Jean-Paul, je vais plutôt tenter de décortiquer ce fléau qui gangrène la communication des Canadiens de Montréal depuis quelques années maintenant. Notez que ce n’est pas juste Montréal, cela pourrait s’appliquer à de nombreux clubs et beaucoup de sports, mais nous sommes dans la Chronique des Habs, alors…

 

L’attitude. Marc Bergevin n’a que ce mot à la bouche depuis la saison 2015-16, lorsque le club a plongé au classement suivant la blessure de Carey Price… Perdre le meilleur joueur du monde, celui sur qui l’édifice défaillant de Michel Therrien reposait depuis le début, n’avait rien à voir avec la fin de saison désastreuse. Non, c’est l’attitude des joueurs qui n’était pas bonne. Ils ne détestaient pas assez perdre… Rebelote l’an passé. Hécatombe de blessures ? Recrutement défaillant ? Que nenni. L’attitude n’était pas bonne. En résumé, l’attitude est un truc magique qui peut compenser tous les défauts, du collectif jusqu’à la stratégie. Et en ce début de saison radieux des Canadiens, voilà forcément que l’attitude explique désormais les victoires. C’est logique, les joueurs ont changé d’attitude. Les mauvais garçons ont repris leur sérieux.

Attendez une seconde… Doit-on vraiment croire cette communication creuse ? Croire que l’envie et l’attitude changent le cours d’une saison est un sophisme sans nom. À son niveau, un joueur professionnel croira toujours qu’il peut faire mieux s’il en donne plus. Ces gens là ont une confiance en eux débordante. Ils ne seraient pas arrivés là sans ça. Ils sont donc heureux de croire et répéter à l’envie qu’à force de travailler fort, le travail paie. C’est ce qui se cache derrière la philosophie des Marc Bergevin de ce monde, des ex-joueurs au talent limité et qui ont fait leur trou à force de sacrifices. Nul ne conteste cela. Mais c’est bon pour des joueurs de fond d’alignement que l’on remplace chaque année comme des écouteurs de téléphone. Et qui jouaient à une époque où les joueurs de profondeur se devaient de faire des choses très très simples sur la glace…

Revenons au présent. La saison passée nous a fourni un exemple faisant voler en éclats le sophisme de l’attitude. Je veux bien entendu parler de Vegas. Quelle histoire… Mais pensez-vous vraiment que cette bande de rejetés, unis dans une quête envers et contre tous, arrivés à portée de mains du Graal… a soudainement perdu sa belle attitude ??? Vraiment ? On a bien entendu les joueurs (et des médias) dire que Vegas n’avait pas assez envie, de gnac, face aux Caps. Vraiment ? Se farcir une centaine de matchs pour laisser tomber si près du but ? Ou bien plutôt est-ce dû au fait que Washington, par son pressing en zone neutre, a coupé les jambes des Knights, brisant leur jeu de contres et les faisant passer pour une équipe sans vitesse ?

 

L’attitude est une conséquence

Nos attentes envers un match et son résultat final modifient notre vision des événements antérieurs à celui-ci. Voilà pour la déclaration philosophique. En gros, nous réécrivons constamment l’histoire pour trouver des explications simplistes au lieu de creuser les vraies questions. Ce serait bien trop compliqué pour faire de l’audience à la télé et pour Bergevin ce serait avouer une partie des responsabilités… Carey Price vole des matchs tout en ayant l’air ailleurs : quel calme ! Quel sang-froid ! Carey Price perd des matchs tout en ayant l’air ailleurs: aucune implication, faut qu’il change son attitude… Peut-être qu’avoir l’air ailleurs est tout simplement le caractère de Carey Price.

S’imaginer que des athlètes de haut niveau se contrefichent de perdre, c’est comme penser qu’un homme politique peut ne pas être ambitieux… Essayez de jouer aux cartes avec un sportif pro et vous verrez que ces gens ont la compétition dans le sang. Ils gagnent, ils sourient. Ils perdent, ils font la tronche. Mais penser qu’ils faisaient déjà la tronche avant le match, c’est du révisionnisme. Honnêtement, si Vercingétorix avait eu une meilleure attitude, il aurait gagné à Alésia… Oui, malgré l’encerclement, malgré les fortifications romaines, malgré la faim et l’épuisement. Avec la bonne attitude ça passait !

 

Alors qu’est-ce qui a changé ?

Revenons au concret. Ce qui donne aux Canadiens un autre visage cette saison tient en un mot: vitesse. Ou plutôt vitesse d’exécution. Claude Julien a passé une décennie à bâtir des équipes qui posaient le jeu une fois en contrôle du palet. L’an dernier encore, Montréal cherchait la bonne combinaison de passes, tournait dans la zone offensive avant de finalement prendre des tirs lointains faute de meilleure solution. D’où l’impression légitime d’une équipe au potentiel offensif limité. Sans attitude ? Pas de commentaire.

Les Canadiens 2018-19 ont lâché cette manie de calmer le jeu. Ce jeu qui a fait la recette de Claude Julien tant d’années ne fonctionne plus. Elle ne fonctionnait déjà plus à Boston. Les défenses de la NHL ont compris qu’il fallait protéger le centre de la glace, et que le reste était des pétards mouillés. La solution est donc de prendre ces défenses de vitesse. Une philosophie qui a mené Montréal a rajeunir son effectif, et qui pousse les Karl Alzner et Tomas Plekanec en tribune, et tant pis pour le respect des vétérans. Mike Reilly ou Matthew Peca sont bien plus aptes à suivre le nouveau plan de match.

Une chose frappante de ce début de saison concerne les sorties de zone. Éléments essentiels du jeu, les études ont prouvé le lien entre des sorties en contrôle du palet et une augmentation des tirs tentés.
Exemples ci-dessous.

Les Habs de Michel Therrien auraient envoyé la puck au fond, quitte à risquer le dégagement interdit. Les Habs de l’an passé auraient freiné pour repasser par le défenseur, laissant à l’adversaire le temps de se regrouper. Non, les Habs cette saison font l’effort pour passer immédiatement la ligne bleue, bousculant l’adversaire et propulsant l’attaque. Voilà le secret d’une équipe d’apparence dynamique, à l’attitude retrouvée.

Cela est bien agréable à regarder et Montréal risque en fait de causer bien des soucis aux autres formations de la ligue. Alors la prochaine fois que quelqu’un essayera de vous faire croire que Montréal a changé d’attitude cette saison, pensez plutôt aux sorties de zone.

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