Cergy-Pontoise – Neuilly-sur-Marne (Division 1, demi-finale, match 5)

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Un derby francilien devant une véritable foule ? C’était jusque là un souvenir remontant aux débuts des Français Volants à Bercy. En octobre 1984, 4000 spectateurs avaient assisté au deuxième match des Volants au POPB, un derby contre Viry-Châtillon qui s’était déroulé dans une ambiance passionnée sous les encouragements des supporters des deux camps (8-6). Ils étaient encore 3000 la saison suivante pour le derby, mais guère plus de mille ensuite, au fur et à mesure que la domination du club parisien et de Saint-Gervais-Mont-Blanc enlevait de l’intérêt aux autres rencontres trop déséquilibrées.

Cela fait maintenant trente ans que les Volants ont été chassés de la grande salle, et l’Aren’Ice, outil mieux aménagé pour le hockey, s’avère bien dimensionné pour les besoins de la fédération mais aussi du hockey francilien. Le record d’affluence des Jokers de Cergy a eu lieu lors du derby de saison régulière contre Neuilly-sur-Marne. L’affrontement des deux clubs en play-offs, où ils sont les mieux classés dans la hiérarchie après l’élimination de Brest jeudi, a également fait recette. Il se termine en apothéose par un cinquième match. Les hommes de Frank Spinozzi ont sans doute plus d’expérience de ces rendez-vous. Mais pour sa première saison à viser le haut du tableau, Cergy a montré la force de ses nerfs au tour précédent contre Cholet en gagnant trois fois de suite à domicile après avoir dû commencer la série à l’extérieur car l’Aren’Ice était prise par une compétition de patinage artistique.

Après le show d’entrée dont la cadence était donnée au public par les mascottes des deux clubs, on attend l’aboutissement d’une demi-finale intense entre deux équipes très proches. Cergy commence avec plus d’activité, mais la meilleure situation de jeu est pour Neuilly à la huitième minute quand Maxime Dordet se fait oublier seul dans l’enclave et y reçoit un palet de Radek Mika qu’il ne peut correctement dévier. Les Jokers intensifient leurs attaques, avec une reprise d’Alexandre Lubin, mais Ramon Sopko est solide dans la cage nocéenne. C’est contre le cours du jeu que les Bisons ouvrent le score sur une contre-attaque de Pierre-Charles Hordelalay, qui parvient à piéger Lino Chimienti (0-1, 17’21). Celui-ci se rattrape en captant en deux temps un tir de Kirils Galoha sur un 2 contre 1 dans la minute qui suit. Neuilly se jette sur les palets en cette fin de premier tiers, alors que Cergy s’est visiblement mis à douter après le but.

La playlist pendant la pause est de circonstance puisque la sono diffuse « I still haven’t found what I’m looking for« . Il s’agit en effet pour les Jokers de trouver ce but qu’ils cherchent pour le moment en vain. Mais ce n’est pas facile contre une équipe au système défensif bien en place, et qui a sans doute aussi un avantage de profondeur de banc. Leyland Plaire quitte souvent la quatrième ligne dans cette deuxième période pour un temps de jeu plus conséquent sur les autres blocs car Frank Spinozzi a réduit sa rotation à trois lignes. Et c’est au moment où le quatrième trio revient en piste que Plaire, bien en jambes, double la mise en marquant d’un tir axial à mi-distance, sur un palet que James Robinson n’avait pas su dégager (0-2, 31’40).

Cergy a de moins en moins le palet, la zone neutre lui est de plus en plus fermée. Robinson a l’occasion de se rattraper en reprenant un centre juste à côté du cadre… et Neuilly inscrit un troisième but sur la contre-attaque. Un but invalidé en raison de la présence d’un joueur dans le demi-cercle du gardien. Peut-être un signe pour que les Jokers gardent espoir alors qu’ils paraissent de plus en plus fébriles, gardien inclus.

Hordelalay reste un temps au sol – pour la seconde fois de l’après-midi – après une charge contre la bande, juste devant le virage occupé par les supporters des Bisons scandalisés. Rien n’a été sifflé, mais dès que le jeu reprend, James Robinson prend la première pénalité du match (!) pour un cinglage. Elle est bientôt suivie de la seconde, pour un autre coup de crosse de Dana. M. Fabre doit redoubler de vigilance car la partie se tend pendant quelques minutes. Durant la courte infériorité numérique des Bisons, l’enclave est défendue avec beaucoup de férocité, mais en restant à la limite. L’arbitre ne va pas dévier de sa ligne maintenant et ne sifflera que les fautes les plus nettes.

Sans bénéficier d’avantage numérique, les Cergypontains ne devront donc compter que sur eux-mêmes au troisième tiers-temps. Ils partent encore à l’assaut de la cage de Sopko, mais le vétéran slovaque est décidé à ne toujours lâcher aucun rebond. Au contraire, Chimienti laisse un rebond axial sur un tir de Galoha, et Thorogood le manque de peu alors qu’il aurait déjà pu tuer le match.

Jonathan Paredes a certes remixé ses lignes pour revenir à une configuration déjà connue (deux lignes étrangères et un troisième trio français), mais ses joueurs ne trouvent toujours pas de solution. Il faut dire que Neuilly livre un très bon match défensivement, avec un bel esprit de sacrifice. Plus les minutes passent, plus le sort du match paraît scellé. Pour le cacheter tout à fait, un tir en feuille morte de Thorogood depuis la ligne bleue est superbement dévié dans les airs par l’attaquant letton Kirils Galoha (0-3, 51’29). Léo Cuzin est envoyé en prison treize secondes plus tard, et Gabaj enfonce un peu plus le clou (0-4, 52’11). La réussite fuit les Jokers jusqu’à la fin puisqu’un tir de la bleue de Bureau-Blais frappe le haut de la transversale.

Tandis que les supporters de Bisons sautent de joie en chantant « On est en finale » pour les dernières secondes, le public de Cergy salue et applaudit son équipe pour la belle saison accomplie, même si elle se termine par cette ultime défaite.

Le score est bien lourd pour Cergy. Faute d’avoir su concrétiser leur domination initiale, les Jokers ne se sont jamais remis de la contre-attaque fatale plantée par Hordelalay. Le plan de jeu s’est ensuite déroulé idéalement pour Frank Spinozzi et ses hommes. Ils ont bénéficié d’un meilleur gardien, et d’une meilleure fraîcheur physique et mentale. Ils retrouveront Briançon en finale et auront l’avantage de la glace.

Désignés joueurs du match : Tommy Olczyk pour Cergy-Pontoise et Gianni Mangone pour Neuilly-sur-Marne.

Commentaires d’après-match

Frank Spinozzi (entraîneur de Neuilly-sur-Marne) : « Les deux équipes étaient totalement égales. Tous les matches se sont déroulé pareil : eux dominaient en début de match, puis on devenait plus fort au fur et à mesure que le match avançait, notamment parce qu’on jouait à quatre lignes.

La réduction de la rotation et la hausse du temps de jeu de Plaire, ce sont des choses qui se sont faites au feeling. Dernièrement, Plaire joue très bien défensivement, il a trouvé le moyen de chercher un gros but au bon moment.

Sopko ? Il n’y a pas d’équipe qui gagne sans performance d’un gardien, il est très calme dans les moments comme ça. Cette année j’ai beaucoup de joueurs qui n’ont pas gagné de championnat, on a fait beaucoup de travail individuel pour leur dire de garder la concentration, de ne pas se laisser envahir par l’émotion, de rester disciplinés.

La ligne arbitrale a été claire ce soir. Il [M. Fabre] l’a gardée tout au long du match. Il n’a sifflé que ce qu’il fallait, ce sont les joueurs qui ont décidé du résultat. C’est rassurant pour les joueurs d’avoir cette qualité d’arbitrage.

Briançon a pris un rythme incroyable dans la seconde moitié de saison. On n’a pas la même offensive qu’eux, mais on est structuré défensivement et on peut trouver le bon système. Je ne crois plus à l’avantage de la glace quand les équipes sont si égales. Ce qui fait vraiment la différence, c’est de capitaliser le momentum de l’autre équipe et de capitaliser notre momentum. »

Jonathan Paredes (entraîneur de Cergy-Pontoise) : « C’était une bonne série, très proche. On espérait une meilleure fin. Neuilly a très bien joué. On a vécu des ascenseurs émotionnels. Le mental joue quand la valeur technique des deux équipes est si proche.

J’ai essayé d’allumer un peu la flamme [en changeant les lignes en cours de match]. Cela n’a pas marché, mais il fallait bien changer quelque chose et essayer.

On est au-dessus de l’objectif de début de saison, mais on s’est pris à rêver. Avoir beaucoup de monde dans la patinoire, c’est aussi un élément positif. Comme je l’ai dit aux joueurs, on n’amène pas autant de monde juste en jouant au hockey. C’est que cette équipe a amené quelque chose au public.

Tout le monde a apporté à l’équipe cette année. Ils ont incarné ce qu’on voulait, des hommes avec des valeurs, des hommes avant des joueurs. Il ne faut pas oublier qu’on a 8 joueurs amateurs cette saison. On est une des rares équipes qui s’entraîne le soir en D1, trois fois tard avec tout le monde et deux fois le matin avec les pros. À la fin de cette série, on sentait d’ailleurs que ça devenait plus dur pour les gars qui étaient au taf tous les jours.

L’objectif est que l’équipe soit professionnelle l’an prochain. Il y a des joueurs qui arrêtent leur carrière ce soir, Arthur Cuzin et les Guillon. J’ai appris à connaître les Franciliens, il y a ici des hockeyeurs qui ont été oubliés étant jeunes. Peut-être ont-ils privilégié leurs études, et tant mieux pour eux car je n’ai que des ingénieurs. Avant sa tuile, Sébastien Guillon était un des meilleurs joueurs de D1, j’ai été étonné de ne pas le voir plus haut.

Si on avait gagné les play-offs, on serait monté. Après avoir fini deuxième de la saison régulière, on s’est forcément posé la question. On serait allé en Magnus, même si on n’y aurait bien sûr pas joué le titre. On ne se met pas la pression, c’est encore un jeune club. On ne se focalise pas sur les objectifs mais sur le process pour y arriver. On investit dans toute la structure et pas que dans l’équipe première.

On doit prendre sa chance car c’est tellement dur de monter. Les play-offs sont très serrés. Il est impossible de dire qui gagnera la finale. Briançon a le vent en poupe et a la meilleure ligne offensive du championnat. Mais je mettrais peut-être une pièce sur Neuilly qui a plus de profondeur de banc et un Sopko énorme.

Cergy-Pontoise – Neuilly-sur-Marne 0-4 (0-1, 0-1, 0-2)
Dimanche 31 mars à 16h00 à l’Aren’Ice. 2765 spectateurs.
Arbuitrage de Savice Fabre assisté de Samuel Fessier et Cyril Debuche.
Pénalités : Cergy 4′ (0′, 2′, 2′) ; Neuilly 2′ (0′, 2′, 0′).
Tirs : Cergy 39 (13, 14, 12) ; Neuilly 26 (5, 16, 5).

Évolution du score :
0-1 à 17’21 : Hordelalay assisté de Saliji
0-2 à 31’40 : Plaire assisté de Mangone et Dordet
0-3 à 51’29 : Galoha assisté de Thorogood
0-4 à 52’11 : Gabaj assisté de Dubé et Mangone (sup. num.)

Cergy-Pontoise

Attaquants :
61 Tommy Olczyk (C) – 8 Léo Cuzin – 81 Ben Greiner (-1)
64 Bastien Lardière – 28 Dylan Hood (-1) – 14 Kevin Irwin (-2)
77 James Robinson (-2) – 91 Alex Botten (A, -2) – 19 Alexandre Lubin (-1)
17 Noé Gersanois – 74 Alexis Dicharry – 21 Tristan Lemaire

Défenseurs :
41 Sean Robertson (-1) – 65 Philippe Bureau-Blais
7 Braden Pears – 46 Toni Kluuskeri (-1)
86 Antonin Marcelle (-1) – 89 Arthur Cuzin (A, -3)

Gardien :
Lino Chimienti

Remplaçants : Pierre Pawelek (G), 11 Mathieu Buttin, 9 William Guillon. Absents : Sébastien Guillon, Pierre Joseph.

Neuilly-sur-Marne

Attaquants :
57 Pierre-Charles Hordelalay (+1) – 19 Ryan Gouveia (+1) – 88 Samir Saliji (A, +1)
92 Joe Dubé (C) – 23 Dominik Gabaj – 91 Quentin Jacquier
11 Benoît Valier – 13 Derek Thorogood (+1) – 71 Kirils Galoha (+1)
14 Maxime Dordet (+1) – 46 Leyland Plaire (+2) – 8 Alan Dana (+1)

Défenseurs :
93 Gianni Mangone (+2) – 44 Radek Mika (A, +2)
22 Edgars Dikis (+1) – 24 Jan Safar (+1)
17 Martin Ropert – 12 Thomas Giorgi

Gardien :
Ramon Sopko

Remplaçants : Rémi Husson (G), 10 Maxence Auvitu, 18 Romain Neil.

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