Les Tchèques forcent le verrou allemand

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Les Tchèques sont en quart de finale : encore dirait-on, car ils sont des habitués du genre. Il s’agit d’un des rares pays qui n’a jamais manqué ce rendez-vous. Le problème ? La route des demi-finales ne s’est pas souvent ouverte. Les dernières médailles datent de 2011 et 2012, le dernier titre de 2010. Depuis ? Quatrièmes en 2014 et 2015, battus en quarts les trois tournois suivants.

Dans le grand chambardement du premier tour – quelques favoris piégés, quelques résultats étonnants – les Tchèques, deuxième attaque du tournoi, se voient offrir l’adversaire le plus accessible de tous les engagés. L’Allemagne a décroché la troisième place de sa poule, profitant d’une Finlande moyenne et d’Américains en rodage.

En effet, si le top-7 semble extrêmement solide (Russie, Canada, États-Unis, Finlande, Suède, République Tchèque et désormais Suisse), la 8e place change à peu près tous les ans. Les Allemands se sont montrés les plus réalistes au cours du premier tour justifiant leur ranking n°8 de l’IIHF. Toutefois, l’Allemagne n’a pas fait mieux que 4e (en 2010) et il faut remonter à 1953 pour dénicher une médaille (argent).

Si le tirage est donc accessible pour les Tchèques, il l’est peut-être aussi pour les Allemands, face à une équipe d’Europe centrale particulièrement indisciplinée : pas moins de 40 pénalités, ce qui pourrait offrir au jeu de puissance d’amples opportunités de capitaliser (le 3/23 allemand reste cependant médiocre).

De l’autre côté, museler la ligne Frolík-Simon-Voráček s’annonce une mission difficile. Jakub Vrána, très critiqué à cause de son attitude, a pour sa part été écarté lors de l’entrainement du mercredi, et ne sera même pas aligné ce soir. Le gardien remplaçant Pavel Francouz manquera la partie, blessé.

Dominik Kahun – Photo Nicolas Leborgne

Les Tchèques tournent autour

Les Tchèques entament pied au plancher. Un tir de Musil, un relais de Kovář : le palet passe au ras du poteau et le rebond de Kubalík n’est pas cadré, alors que Grubauer était hors de position les deux fois…

Dans la foulée, Marco Nowak se rend coupable d’une crosse haute sur Tomáš Zohorna. Le palet tourne, mais il y a toujours une petite erreur qui prive les Tchèques d’occasions.

Le palet quitte peu la zone allemande : 6-0 au tir en presque huit minutes. Chytil manque de peu de compter le septième, mais il manque le cadre, servi en position idéale entre les cercles.

L’Allemagne met neuf minutes à tenter un tir, mais sa rigueur défensive lui épargne bien des soucis. Mieux, les arrières remontent bien le palet et, sur un jeu précis, avec une belle technique, Draisaitl reçoit le palet dans le dos des Tchèques et échappe à Moravčík. Seul devant Bartošák, il tente le tir mais le gardien étire la jambière.

Ondrej Palát puni pour cinglage, l’Allemagne reçoit une chance de faire la différence. Incapable de s’installer cependant, elle voit Hager sanctionné pour avoir retenu une crosse.

Le quatre-contre-quatre est fermé, sans occasion. Le reliquat de jeu de puissance ne profite pas plus aux Tchèques, qui frappent un véritable mur. La zone neutre est étroitement barrée, presque trop : Hager fait trébucher Voráček dans la dernière minute.

Après vingt minutes, l’Allemagne tient son plan de match au millimètre : casser le rythme, contre-attaquer. Un jeu peu spectaculaire mais diablement efficace.

Un manque de précision

Les Tchèques disposent de 1’03 de supériorité à la reprise. Hronek allume de la bleue, avec du trafic devant la cage, sans réussite. Lorsque Hager sort, un tir contré permet à Frank Mauer d’initier un deux-contre-un. Il ne cherche pas Hager et tente le tir, repoussé par Bartošák.

Les Tchèques, empruntés, n’arrivent pas à produire leur jeu et tombent dans l’indiscipline, à l’image d’une intervention complètement ratée de Gudas sur Hager qui lui coûte deux minutes.

En infériorité, Tomáš Zohorna déborde et cherche son frère Hynek – qui n’avait pas joué au premier tiers – un poil trop court devant le gardien. De retour à cinq-contre-cinq, Ehliz, servi entre les cercles, manque le cadre sur une bonne chance allemande. Les buts semblent tout petits dans ce match : Palát, bien servi en profondeur, touche le disque du bout de la crosse… à côté aussi.

Le danger se rapproche avec Moravčík de la bleue et Chytil au rebond, bloqués par Grubauer. Gudas tente sa chance à son tour sans plus de succès.

Le match est cadenassé, les occasions rares. Lorsque Palát récolte un palet contré face au but, il obtient la meilleure chance du tiers, et Grubauer a suivi.

La patinoire explose enfin à six minutes de la pause. Sur un palet perdu par Draisaitl en zone offensive, Kovář exploite le changement de ligne, fixe Müller et envoie un tir laser derrière Grubauer (1-0). La patinoire explose…

Alors que des « Ceško-Slovensko » retentissent en tribunes, l’Allemagne éteint le public. Bartošák sort derrière son but, mais Tiffels intercepte son dégagement dans le coin. Pendant que le gardien se précipite devant son but, Tiffels trouve Mauer devant la cage. Bartošák est à peine en position sur le tir (1-1).

Réaction immédiate avec une action de Frolík dans les dernières secondes, qui trouve Voráček à ses côtés. Le joueur des Flyers reprend de volée, et croise trop son tir.

Score nul de 1-1 après deux tiers : la partie est cadenassée, et les deux équipes se livrent un joli duel pour savoir laquelle des deux ratera le plus souvent le cadre..

Les Tchèques font sauter le verrou

Les premières minutes du tiers sont tout aussi closes. L’Allemagne mène les Tchèques dans un faux rythme soporifique. Sauf qu’il ne faut pas commettre d’erreur. Un revirement en entrée de zone tchèque permet à Simon de lancer Voráček à droite. Le capitaine mène un 3-contre-1, lance sur Grubauer qui repousse, mais le joueur des Flyers prend le rebond (2-1).

Dans la foulée, l’Allemagne perd Eisenschmid, touché à l’épaule, dans un contact avec Musil. Mais elle ne perd pas l’espoir et prend le jeu à son compte. Le coach Söderholm chamboule ses lignes, et Draisaitl accumule les minutes, de même que Kahun. Ehliz, ligne de fond, trouve ainsi Hager dans l’enclave et contraint Bartošák à un arrêt difficile.

Évidemment, la Nationalmannschaft s’expose. Kubalík en profite : lancé sur la gauche, il ne se pose aucune question. Son tir surpuissant creuse l’écart (3-1).

Libérés, les Tchèques assoment le match. Grubauer, surpris par un mauvais rebond dans le coin, contrôle mal de la crosse un palet envoyé au fond et Ondřej Palát saute sur l’occasion (4-1).

Cette fois le public respire. Même une pénalité de Jaškin n’altère pas la bonne humeur d’une patinoire totalement acquise à la cause tchèque. La sortie de Grubauer pour un attaquant durant ce jeu de puissance, ne donne pas grand chose. Les derniers assauts allemands font briller Bartošák, et lers Tchèques finissent, après plusieurs tentatives, à réussir à marquer cage vide, par Jan Kovář (5-1).

Les Tchèques auront mis un temps fou pour faire sauter le verrou allemand, mais ont fini par faire respecter la logique. Portés par leur public, ils ont finalement exploité des revirements inhabituels et quelques bons rebonds avec opportunisme. La quête d’une première médaille depuis 2012 est encore vivante.

Désignés joueurs du match : Patrik Bartošák (Rép. Tchèque) et Frank Mauer (Allemagne)
Désignés meilleurs joueurs du tournoi pour l’Allemagne : Mathias Niederberger (G), Korbinian Holzer (D) et Markus Eisenschmid (A)

Commentaires d’après-match :

Frank Mauer (attaquant de l’Allemagne) : « Nous avons de bons jeunes qui arrivent. L’Allemagne adore le sport, et le hockey trouve de plus en plus sa place après quelques années sombres. Le développement des jeunes joueurs s’améliore d’année en année et de nombreux jeunes talents vont continuer à arriver. J’espère que cette année ne sera qu’une étape avant un tournoi encore meilleur l’an prochain. »

Radko Gudas (défenseur de la République Tchèque) : « La défense allemande a de gros gabarits, qui nous ont posé des problèmes. Leur échec-avant nous a gêné, mais petit à petit ils sont devenus plus passifs et nous en avons tiré parti. Le public était exceptionnel. Cela fait du bien de jouer tout près de la maison. Ils étaient déjà nombreux l’an dernier au Danemark et cela fait vraiment plaisir de jouer dans des patinoires à guichets fermés. »

République Tchèque – Allemagne 5-1 (0-0, 1-1, 4-0)
Jeudi 23 mai 2019 à 16h15 à la Ondrej Nepela Arena de Bratislava. 9085 spectateurs.
Arbitrage de Linus Ohlund (SUE) et Jeremy Tufts (USA) assistés de Dmitri Golyak (BLR) et Lauri Nikulainen (FIN)
Pénalités : République Tchèque 6′ (2′, 2′, 02), Allemagne 6′ (6′, 0′, 0′).
Tirs : République Tchèque 34 (11, 8, 15), Allemagne 22 (6, 8, 8).

Récapitulatif du score 
1-0 à 33’41 : Kovář
1-1 à 37’46 : Mauer assisté de Tiffels
2-1 à 44’19 : Voráček assisté de Simon
3-1 à 51’41 : Kubalík assisté de Kovář et Hronek
4-1 à 53’08 : Palát assisté de Kolář
5-1 à 59’50 : Kovář assisté de Moravčík (cage vide)

République Tchèque

Attaquants :
Michael Frolík (A, +1) – Dominik Simon (+1) – Jakub Voráček (C, +2)
Dmitrij Jaškin (2′, +2) – Radek Faksa (+1) – Filip Chytil
Dominik Kubalík (+1) – Jan Kovář (+2) – Milan Gulaš (+1)
Ondřej Palát (2′, +1) – Tomáš Zohorna – Michal Řepík
Hynek Zohorna

Défenseurs :
David Musil – Filip Hronek
Michal Moravčík (+1) – Jan Rutta
Jan Kolář (+4) – Radko Gudas (A, 2′, +3)
David Sklenička

Gardien :
Patrik Bartošák

Remplaçant : Šimon Hrubec (G). Réservistes : Pavel Francouz (G, blessé), Jakub Vrána (A, choix), Petr Zámorský (D).

Allemagne

Attaquants :
Yasin Ehliz (-1) – Leon Draisaitl (A, -5) – Patrick Hager (A, 4′, -1)
Matthias Plachta (-1) – Marc Michaelis – Markus Eisenschmid
Frederik Tiffels (-2) – Dominik Kahun (-4) – Frank Mauer (+1)
Stefan Loibl – Marcel Noebels – Leo Pföderl (-1)
Gerrit Fauser

Défenseurs :
Moritz Müller (C, -1) – Korbinian Holzer (-1)
Yannick Seidenberg (-2) – Moritz Seider (-1)
Jonas Müller (-1) – Marco Nowak (2′, -1)
Denis Reul

Gardien :
Philipp Grubauer

Remplaçant : Niklas Treutle (G). Réservistes : Mathias Niederberger (G), Benedikt Schopper (D), Lean Bergmann (A).

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