Les petits, les obscurs, les sans-grades

Finlande - Suède (23 mai 2019), photo de Michel Bourdier
356

La Finlande a fini deuxième de sa poule et a pu rester dans la ville où elle a joué en poule (Košice), où elle « reçoit » la Suède. Pourtant, la Tre Kronor, avec beaucoup plus de noms ronflants, reste favorite envers et contre tout, même si elle a moins bien joué jusqu’ici dans ce Mondial. Pour l’instant, Jukka Jalonen a fait un excellent travail avec une équipe peu relevée sur le papier, même si elle manque sans doute de talent pour concrétiser offensivement.

Le talent, la première ligne suédoise n’en manque pas, mais elle encaisse un but sur sa première présence. Le rookie de la saison NHL Elias Pettersson n’arrive pas à sortir le palet de sa zone, et peu après, un lancer de Niko Mikkola passe au-dessus de la jambière droite de Henrik Lundqvist, qui n’était pourtant pas voilé (1-0). Un mauvais but qui ravive les doutes sur le déclin du gardien mythique, en difficulté cette saison à New York.

Finlande – Suède (23 mai 2019), photo de Michel Bourdier

La Suède n’a même pas le temps de douter. Les Finlandais sont tout de suite sanctionnés pour surnombre. En supériorité numérique, John Klingberg trouve d’abord une superbe passe vers William Nylander. Celui-ci ne convertit pas… mais rend la pareille au défenseur de Dallas en lui offrant une reprise en cage ouverte (1-1). Nylander devient ainsi, avec 18 points, le meilleur marqueur suédois de l’histoire sur un championnat du monde !

Même si Manninen prend une pénalité évitable, la Finlande, bien en place, rivalise à 5 contre 5 et laisse peu d’espaces pour s’exprimer à la Suède. Mais celle-ci prend quand même l’avantage avec un peu de réussite : un lancer d’Oliver Ekman-Larsson dévié par Hörnqvist, ricoche sur le patin du malheureux Henri Jokiharju, au marquage de Nylander, et prend la direction des filets (1-2). Dans la foulée, Adrian Kempe déborde avec sa vitesse et sert le défenseur Mattias Ekholm monté au poteau opposé, mais le gardien Kevin Lankinen se déplace vite et empêche ce but.

Finlande – Suède (23 mai 2019), photo de Michel Bourdier

Après avoir commencé le match par une erreur, Elias Pettersson commence la deuxième période par un geste de génie. Entré en zone, il freine devant le défenseur Koivisto pour éviter sa crosse et signe un tir magistral en lucarne (1-3).

Le match est-il déjà fini ? Cette équipe finlandaise à configuration défensive a-t-elle les moyens offensifs de remonter deux buts ? Elle travaille pour cela et prend sa chance. Un lancer anodin de la bleue de Petteri Lindbohm fait mouche en étant dévié sur le corps de Klingberg (2-3). Pas si illogique. Le match reste après tout équilibré en tirs.

Les Suédois se remettent à l’offensive, se rendant compte qu’ils ne peuvent pas prendre l’adversité à la légère. Mais le capitaine Ekman-Larsson se fait intercepter une relance en zone neutre, une erreur que la Finlande exploite immédiatement : le lancer de la ligne bleue de Jani Hakanpää bat Lundqvist, qui a vu partir le palet avant que Pesonen ne vienne sauter dans son champ de vision (3-3).

Finlande – Suède (23 mai 2019), photo de Michel Bourdier

La confiance a changé de camp. Les Finlandais patinent avec beaucoup plus de vigueur et mettent le feu à la patinoire. Ils font un récital, multipliant les incursions en zone offensive et lançant dans toutes les positions pour tester un Lundqvist dont la fébrilité ne leur a pas échappé. Ce sont eux qui pratiquent un beau hockey désormais, avec du mouvement et de l’assurance technique face à une équipe dépassée en vitesse.

Après avoir subi sept tirs d’affilée, la Suède réagit pourtant dans les dernières minutes du tiers. Et juste avant la pause, un slap de la ligne bleue d’Erik Gustafsson fait un bruit inhabituellement fort pour un poteau : il a en fait explosé la caméra au fond de la cage après avoir frôlé l’intérieur du montant. Les arbitres reviennent sur l’action après coup et le banc suédois explose de joie en prenant connaissance de ce but que personne n’avait vu à vitesse réelle (3-4).

Finlande – Suède (23 mai 2019), photo de Michel Bourdier

La Finlande a pris un coup de massue sur la tête alors qu’elle semblait soudain avoir des ailes. Mais au retour des vestiaires, elle se remet au travail et fait le siège permanent de la zone offensive. Lundqvist ne donne toujours pas de gages de sérénité et relâche tardivement un palet lancé de la ligne bleue par Oliwer Kaski, sur lequel Kaapo Kakko se jette sans pouvoir l’envoyer du revers entre les bottes. Un Kakko qui effectue de très belles séquences de conservation de palet en zone offensive.

La Suède ne fait que subir contre cet adversaire présumé dépourvu de talent, ne sortant la tête de l’eau que sur une contre-attaque de William Nylander qui a intercepté le palet à la ligne bleue mais qui rate ensuite le cadre. Mais les minutes passent et cette domination territoriale finlandaise n’aboutit à rien. Les arbitres mangent leur sifflet et ne veulent pas décider de ce duel éternel malgré plusieurs actions litigieuses.

Finlande – Suède (23 mai 2019), photo de Michel Bourdier

Jukka Jalonen demande son temps mort à deux minutes de la fin avant un engagement en zone offensive et sort son gardien. La Suède gagne la mise au jeu et Patric Hörnqvist part en contre… mais manque la cage vide. La Finlande peut reconstruire. Le capitaine Marko Anttila est à l’origine de l’action en bloquant le palet contre la bande, puis à la conclusion en prenant le second rebond (4-4). Rikard Grönborg utilise son challenge pour un hors-jeu : refusé, mais il s’en est fallu de quelques millimètres…

Dominées depuis la mi-match, les stars suédoises vont-elles enfin faire parler leur talent à 3 contre 3, pendant la prolongation ? Elles se font presser d’entrée avant de jauger leur adversaire dans un moment d’attente. Un atout possible est la vitesse d’Adrian Kempe, qui déborde et remet dans le slot, mais Loui Eriksson n’arrive pas à reprendre le palet et se retrouve derrière la cage. Forcément, la Finlande repart dans l’autre sens. Sakari Manninen marque alors le but vainqueur sur un tir croisé parfait en pleine lucarne (5-4).

Finlande – Suède (23 mai 2019), photo de Michel Bourdier

La Finlande a gagné comme on n’aurait jamais cru qu’elle pourrait le faire : en remontant un retard de deux buts au passage ! Avoir réussi cette performance face au « grand frère » l’a totalement transformée à partir de la mi-match. L’équipe à moins de 10% NHL (en comptant large) n’a plus fait aucun complexe devant l’équipe à plus de 90% NHL, et n’avait d’ailleurs plus aucune raison d’en faire au vu de ce qui se passait sur la glace. Le meilleur collectif a alors totalement pris le dessus.

Les buts marqués sont tout un symbole : trois buts de défenseurs, un but du géant Anttila (203 cm, 104 kg), joueur de quatrième ligne par excellence, et enfin un but du minuscule Sakari Manninen, talent dont le gabarit défie tous les standards du hockey (170 cm, 71 kg). Oui, Edmond, ce soir, « les petits, les obscurs, les sans-grades » ont battu les têtes triplement couronnées. Ce Suède-Finlande va se placer très haut dans la légende des confrontations nordiques !

Désignés joueurs du match : Sakari Manninen pour la Finlande et Erik Gustafsson pour la Suède.

Trois meilleurs Suédois du match selon leur entraîneur : Oliver Ekman-Larsson, Patric Hörnqvist, William Nylander.

Finlande – Suède (23 mai 2019), photo de Michel Bourdier

Finlande – Suède 5-4 après prolongation (1-2, 2-2, 1-0, 1-0)
Jeudi 23 mai 2019 à 20h15 à la Steel Arena de Košice. 6304 spectateurs.
Arbitrage de Roman Gofman (RUS) et Brett Iverson (CAN) assistés de Bill Hancock (USA) et Dmitri Shishlo (RUS).
Pénalités : Finlande 4′ (4′, 0′, 0′, 0′), Suède 0′ (0′, 0′, 0′, 0′).
Tirs : Finlande 32 (7, 13, 11, 1), Suède 18 (7, 7, 3, 1).

Évolution du score :
1-0 à 01’00 : Mikkola assisté de Pesonen et Manninen
1-1 à 02’38 : Klingberg assisté de Nylander et Wennberg (sup. num.)
1-2 à 16’57 : Hörnqvist assisté d’Ekman-Larsson et Larsson
2-2 à 20’25 : E. Pettersson assisté de Landeskog et Ekman-Larsson
3-2 à 25’04 : Linbohm assisté de Manninen et Pesonen
4-2 à 29’08 : Hakanpää assisté de Manninen
4-3 à 39’55 : Gustafsson assisté de Landeskog et Wennberg
4-4 à 58’31 : Anttila assisté d’Ojamäki et Lehtonen
5-4 à 61’37 : Manninen assisté de Lankinen

Finlande (2′ pour surnombre)

Attaquants :
Toni Rajala – Juhani Tyrväinen – Niko Ojamäki (+1)
Harri Pesonen (+3) – Sakari Manninen (+3, 2′) – Kaapo Kakko (+3)
Veli-Matti Savinainen – Jere Sallinen – Kristian Kuusela
Joel Kiviranta (-2) – Juho Lammikko (-1) – Marko Anttila (-1)

Défenseurs :
Mikko Lehtonen (+1) – Atte Ohtamaa
Petteri Lindbohm – Henri Jokiharju (-1)
Niko Mikkola – Oliwer Kaski (+2)
Miika Koivisto – Jani Hakanpää (+1)

Gardien :
Kevin Lankinen [sorti de 57’55 à 58’31]

Remplaçant : Jussi Olkinuora (G). En réserve : Veini Vehviläinen (G), Arttu Ilomäki (A), Eetu Luostarinen (A, blessé au genou).

Suède

Attaquants :
Gabriel Landeskog – Elias Pettersson – Elias Lindholm (+1)
William Nylander (+1) – Alexander Wennberg (+1) – Patric Hörnqvist (A, +2)
Loui Eriksson (-3) – Anton Lander (-1) – Adrian Kempe (-2)
Dennis Rasmussen (-1) – Marcus Krüger (-2) – Jesper Bratt (-1)
Oskar Lindblom [1 présence]

Défenseurs :
Oliver Ekman-Larsson (C) – Adam Larsson
Mattias Ekholm (A, -1) – John Klingberg (-3)
Marcus Pettersson – Erik Gustafsson (+1)

Gardien :
Henrik Lundqvist

Remplaçants : Jacob Markström (G), Robert Hägg. En réserve : Jhonas Enroth (G), Philip Holm (D), Mario Kempe (A).

Les commentaires sont fermés.

felis risus ultricies adipiscing id sit id, pulvinar Donec vulputate,