Échec et mat

Photo Jonathan Vallat
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Grandissime favorite, la Russie a remporté ses huit matchs depuis le début du tournoi. La tête de série n°1 bénéficie donc du calendrier favorable : celui de jouer à 15h15, qui octroie quelques heures de repos supplémentaires au vainqueur avant la finale du dimanche.

Mais encore faut-il passer l’obstacle finlandais, véritable bête noire de la Russie. Les Nordiques se sont imposés en quarts de finale aux Jeux olympiques de 2014 à Sochi, et durant les demi-finales des JO de 2006, des Mondiaux 2007 (à Moscou), 2011 (à Bratislava, déjà) et 2016 (à Moscou)…

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La Finlande ne se laisse pas faire

Et les hommes de Jalonen n’ont pas l’intention de se laisser marcher dessus. Anttila est le premier en action et son tir trouve Vasilevskiy, collé au poteau. Les premières minutes correspondent ainsi au plan de match : ne laisser aucun espace aux attaquants russes, et ne pas non plus leur laisser la rondelle.

Après quatre minutes, Ovechkin bataille dans le coin. Un, deux, trois, quatre coups de crosse plus tard, il est puni de deux minutes. Étrangement, le défenseur victime, Kaski, sort lui aussi, pour un demi-geste de réponse. Le jeu reste fermé, et Kucherov sort pour faire trébucher, offrant trente secondes de quatre-contre-trois, avant de revenir à une supériorité numérique traditionnelle. La défense reste bien en place et ne cède pas un pouce de terrain.

La Finlande continue à dominer les débats, confisquant le palet et lançant dès que possible au but. Vasilevskiy est contraint à plusieurs arrêts difficiles, devant Kuusela et Lehtonen notamment. Côté russe, il n’y a pas vraiment de séquence soutenue en attaque. Seul Ovechkin démarre comme un bulldozer sur l’aile gauche, et force Lankinen à l’arrêt : un contre rondement mené, après une séquence défensive tendue – un tir de Kaski sur lequel Vasilevskiy avait perdu le palet de vue. La présence suivante permet à Kucherov de se mettre en avant avec un tir du cercle gauche.

Globalement, la Finlande a déplacé le jeu sur son propre terrain : celui du combat physique, du un-contre-un contre la bande. Son travail pour empêcher la Russie de prendre de la vitesse est remarquable. Une organisation précise et appliquée à la lettre, qui limite les espaces et laisse toujours un chien de garde sur les attaquants adverses.

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Il faut attendre quatorze minutes pour qu’une ligne russe arrive enfin à installer une présence durable – le trio d’Ovechkin – sans réussir pour autant à franchir le rideau pour menacer Lankinen.

Dans la foulée, les joueurs de Jalonen trouvent un espace et attaquent la cage : Sallinen, Kuusela tentent de dénicher la rondelle libre dans les patins de Vasilevskiy au sol, sans réussite : dans une position improbable, le portier du Lightning tient la ligne. Lindbhom paie le prix du sang pour approcher la cage, et sort coupé au visage, sans qu’une pénalité soit appelée.

En difficulté dans le jeu, les Russes s’en remettent à un contre favorable qui permet à Kaprizov de s’infiltrer et de tester Lankinen. Le gardien finlandais subit de multiples assauts dans la continuité, mais cela ne rentre pas.

Le palet file d’un but à l’autre et Rajala, seul entre les cercles après une perte de palet d’Ovechkin, expédie un tir puissant, mais hors cadre, gaspillant une bonne position. La Russie finit mieux, et obtient pour sa part un tir du cercle gauche de Kuznetsov capté sans rebond par Lankinen.

Pas de but après vingt minutes : le maître tacticien Jalonen a trouvé un système idéal pour bloquer son adversaire. Solidaires, compacts et limitant les erreurs, ses joueurs répondent plus que présents dans ce premier tiers. La Russie n’arrive pas à imposer son jeu collectif et tombe dans le piège des exploits individuels, sans parler des mauvais gestes de frustration, de Kovalchuk, Ovechkin ou Kucherov, qui ont souvent échappé à la sanction.

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La Russie secoue ses chaînes

Andronov rejoint le cachot dès la reprise, mais le jeu de puissance finlandais se montre assez pauvre. Après vingt-trois minutes de jeu, la Russie n’a toujours pas marqué – un record dans ce tournoi.

La menace finlandaise se précise. Alors qu’un geste défensif privait la Russie d’un rebond, la Leijonat déboule en contre à trois, et Ojamäki voit sa volée percuter le poteau.

Le jeu s’anime : Grigorenko du cercle droit d’un côté force Lankinen à étirer la jambière ; Lehtonen de l’autre et une furia de Pesonen, Manninen et Kakko dans l’enclave, qui poussent Vasilevskiy à se coucher. On se rend coup pour coup, et les deux gardiens brillent.

Après un jeu précis dans la neutre, Anttila, libéré sur l’aile droite, s’avance et trouve la botte du portier russe, témoignage de la domination finlandaise (22-14 aux tirs avant la mi-match). La Russie n’arrive pas à passer la muraille adverse : il y a toujours une crosse, un retour défensif, pour bloquer leurs tentatives. L’inverse est assez vrai aussi…

À quatre minutes de la sirène, les Russes trouvent enfin un espace. Kaprizov, servi au cercle droit, peut reprendre de volée, sans réussir à surprendre Lankinen dans son déplacement latéral.

Après quarante minutes, les défenses et les gardiens ont leur heure de gloire : 0-0.

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Anttila, le géant décisif

La Russie joue plus haut dès la reprise et insiste, à l’image d’une percée d’Ovechkin. La Finlande réplique par Savinainen : chaque équipe déplace ses pions, telle une partie d’échecs.

Le jeu se déroule de plus en plus dans le camp finlandais, où Mikko Lehtonen s’active en défense. Après un faire trébucher russe oublié sur une sortie de zone, les officiels sanctionnent sévèrement Kaski pour cinglage. Patient, le jeu de puissance combine : Gusev au cercle, Malkin ligne de fond, Dadonov entre les cercles, et Lankinen sauve. Kuznetsov, du cercle droit, échoue lui sur l’épaule du gardien.

De retour au complet, la Finlande bénéficie d’une solide chance lorsqu’un tir contré d’Anttila revient sur Savinainen. Il ne peut contrôler mais cela se transforme en chance repoussée par la jambière de Vasilevskiy.

Les joueurs de Jalonen, qui avaient subi une partie du tiers, commencent à ressortir de leur boîte et à tourner autour de la cage adverse. D’abord cantonnés à la périphérie, ils percent le coffre-fort à dix minutes de la fin. Sur un revirement, un tir de la bleue signé Henri Jokiharju, contré par Zaitsev, revient sur le capitaine Anttila, qui glisse le rebond entre les jambières de Vasilevskiy (0-1).

La Russie part à l’abordage. Ovechkin teste encore en angle fermé Lankinen, qui ferme la porte. Dadonov, suite à un rebond favorable, ne trouve pas l’espace entre le patin de Lankinen et le poteau.

Derrière, les Nordiques cadenassent, barrent, mettent les barbelés… sans trop subir non plus, mais en conservant le palet en zone offensive autant que possible.

La Russie accentue la pression. Gusev échoue à son tour sur Lankinen sur le côté du but à la récupération de tirs contrés. Vasilevskiy sort à deux minutes du terme, et un temps mort est appelé à 1’45 de la fin.

Et pendant ces 1’45, les cinq Finlandais ne parviennent pas à sortir. Ils reculent, contrent des tirs, poussent leur bâton pour gêner, se sacrifient au bloc, devant Kucherov, devant Malkin, devant Ovechkin. Un dernier arrêt de Lankinen, un dernier bloc – sans gant, perdu depuis longtemps – et la Finlande exulte : elle s’impose 1-0, et passe en finale !

L’attaque russe blanchie : la pléiade de stars NHL russes a échoué dans sa mission face à une équipe presque exclusivement composée de joueurs de Liiga. Un plan parfait du maître d’échecs Jalonen, appliqué avec rigueur, discipline et précision par une équipe collective, physique et solidaire. Oui, le hockey est un sport d’équipe.

Désignés joueurs du match : Kevin Lankinen (Finlande) et Kirill Kaprizov (Russie).

Trois meilleurs Finlandais du tournoi selon leur entraîneur : Sakari Manninen (A), Kaapo Kakko (A), Niko Mikkola (D)

Trois meilleurs Russes du tournoi selon leur entraîneur : Andrei Vasilevski (G), Dmitri Orlov (D), Nikita Kucherov (A)

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Commentaires d’après-match :

Joel Kiviranta (attaquant de la Finlande) : « Lankinen… je ne sais pas comment c’est arrivé. C’est la plus belle performance d’un gardien que j’ai jamais vu. La Russie a une équipe meilleure que nous sur le papier, avec des superstars. Nous voulions en face jouer un hockey humble. Chaque joueur s’est sacrifié pour son coéquipier. Les tirs bloqués à la fin… Cela faisait partie du plan ! »

Kristian Kuusela (attaquant de la Finlande) : « Les deux équipes ont eu leurs chances. Les gardiens ont été extraordinaires. En finale, peu importe, ce sont deux grandes équipes. Oui, nous n’avions pas une grande cote au début du tournoi, mais vous ne venez pas aux Mondiaux battus d’avance, non ? Nous avons pris les matchs les uns après les autres et ce qui compte, c’est la vérité de la glace, comment vous vous comportez en équipe. L’humilité, le travail sur chaque bataille, avec un coéquipier prêt à vous aider. Nous n’avons pas réfléchi à ce qui pourrait arriver, nous avons exécuté le plan de match. »

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Russie – Finlande 0-1 (0-0, 0-0, 0-1)
Samedi 25 mai 2019 à 15h15 à la Ondrej Nepela Arena de Bratislava. 9085 spectateurs.
Arbitrage de Tobias Björk (SUE) et Martin Frano (TCH) assistés de Brian Oliver (USA) et Nathan Vanoosten (CAN)
Pénalités : Russie 6′ (4′, 2′, 0′), Finlande 4′ (2′, 0′, 2′).
Tirs : Russie 32 (11, 11, 10), Finlande 29 (15, 8, 6).

Récapitulatif du score
0-1 à 50’18 : Anttila assisté de Jokiharju et Kiviranta

Russie

Attaquants :
Mikhail Grigorenko – Evgeni Malkin (A, -1) – Evgeni Dadonov (-1)
Aleksandr Ovechkin (A, 2′) – Evgeni Kuznetsov – Kirill Kaprizov
Nikita Gusev – Artyom Anisimov – Nikita Kucherov (2′)
Ilya Kovalchuk (C, -1) – Sergei Andronov – Aleksandr Barabanov
Ivan Telegin

Défenseurs :
Mikhail Sergachyov – Nikita Nesterov
Dmitry Orlov (-1) – Nikita Zaïtsev (-1)
Dinar Khafizullin – Vladislav Gavrikov
Nikita Zadorov

Gardien :
Andrei Vasilevsky

Remplaçant : Aleksandar Georgiyev (G). Réservistes : Ilya Sorokin (G), Artyom Zub (D), Sergei Plotnikov (A)

Finlande

Attaquants :
Toni Rajala – Juhani Tyrväinen – Niko Ojamäki
Harri Pesonen – Sakari Manninen – Kaapo Kakko
Veli-Matti Savinainen (A) – Jere Sallinen – Kristian Kuusela
Joel Kiviranta (+1) – Juho Lammikko (+1) – Marko Anttila (C, +1)

Défenseurs :
Mikko Lehtonen (A) – Atte Ohtamaa
Petteri Lindbohm (+1) – Henri Jokiharju (+1)
Niko Mikkola – Oliwer Kaski (4′)
Miika Koivisto – Jani Hakanpää

Gardien :
Kevin Lankinen

Remplaçant : Juho Olkinuora (G). Réservistes : Veini Vehviläinen (G), Arttu Ilomäki (A), Eetu Luostarinen (A, blessé au genou)

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