Les Devils en fête

575

La draft NHL s’est achevée samedi. 217 jeunes joueurs de 18 à 20 ans ont donc rejoint les listes des équipes nord-américaines pour la première étape de leur parcours vers la plus grande ligue du monde.

New Jersey grand gagnant

Photo Nicolas Leborgne

Les Devils du New Jersey piochaient en tout premier pour la deuxième fois en trois ans. Après Nico Hischier en 2017, Ray Shero et son staff ont fait confiance à un autre centre, la star de l’équipe américaine des moins de 18 ans, Jack Hughes.

Le choix n’a surpris personne. Outre sa saison sportive exceptionnelle – record de points pour le programme de développement, record de points au mondial U20 – Hughes et les Devils avaient déjà des liens très forts. Shero fut l’agent du père de Jack Hughes, Jim, et la famille a vécu dans le New Jersey quelques temps. De nombreux anciens du staff des Devils – Ftorek, Carpenter, Clemmensen – sont des proches de la famille. On connaît les liens de Shero et de l’entraîneur John Hynes avec la fédération américaine… La chanson choisie par Jack Hughes, I’m Coming Home, semblait donc particulièrement adaptée.

Le choix de Hughes en numéro un donne immédiatement aux Devils un duo de centres au potentiel exceptionnel, et un argument de plus pour convaincre Taylor Hall de rester à long terme. Mais Shero n’avait pas fini son week-end sur ce seul premier choix.

Le deuxième jour, il réalisait le coup parfait. L’immense place dans la masse salariale était mise à profit en exploitant les contraintes d’autres équipes. Nashville se débarrassait ainsi des 9 millions du contrat de P.K. Subban, entièrement pris en charge par le New Jersey. Shero obtient là un défenseur d’impact, encore sous contrat pour trois ans. À 30 ans, Subban reste sur une saison sans relief, gêné par des pépins physiques, mais même là, il rend la friable défense des Devils meilleure. Sa personnalité unique et ses actions caritatives hors glace en feront rapidement un favori du public.

En retour, Shero n’aura finalement pas cédé grand chose : le défenseur de complément Steven Santini, le prospect défensif Jeremy Davies et deux deuxièmes tours de draft.

Ajoutons à Hughes et Subban l’ailier John Hayden, échangé contre John Quenneville à Chicago, ainsi qu’une dizaine de prospects – trois Russes, et deux coéquipiers de Hughes en équipe américaine U18, McCarthy et Moynihan – Ray Shero apparaît comme le grand gagnant du week-end. Et il lui reste 35 millions de marge salariale…

Un premier tour secoué

Derrière Hughes, les Rangers n’ont évidemment pas laissé passer Kaapo Kakko, le prodige finlandais. Champion du monde U18 l’an dernier, U20 en janvier et senior au printemps, le buteur de TPS a déjà tout gagné. Physiquement prêt, il devrait rapidement s’imposer et offrir une nouvelle page à la rivalité entre les Rangers et les banlieusards des Devils. Obtenir le défenseur Matthew Robertson au deuxième tour apparaît aussi comme une bonne affaire.

Tout était possible à partir du troisième choix. Chicago a misé sur un centre technique de grand gabarit, Kirby Dach, auteur de 73 pts avec Saskatoon.

Du pain béni pour Colorado qui s’est emparé du meilleur défenseur disponible, le grand Bowen Byram, 71 pts avec les Vancouver Giants en ligue de l’Ouest. Il rejoint Cale Makar, Samuel Girard et Conor Timmins pour former l’une des défenses les plus prometteuses de la ligue.

Le centre annoncé en troisième dans beaucoup de listes est parti cinquième à Los Angeles : Alex Turcotte, coéquipier de Hughes, comparé à Jonathan Toews.

La première surprise est venue de Detroit où le néo-manager général Steve Yzerman a choisi le défenseur allemand Moritz Seider, premier surpris d’être appelé si tôt (n°6). Un véritable pari pour les Red Wings, impressionnés par la performance du joueur au mondial junior de D1A puis au mondial senior en Slovaquie.

Buffalo a ensuite choisi un centre, Dylan Cozens, premier joueur originaire du Yukon drafté au premier tour. Edmonton est passé en défense (Philip Broberg), Anaheim a misé sur Trevor Zegras, troisième joueur de l’équipe américaine U18 appelé. L’énigmatique Russe Vasili Podkolzin a reçu l’ovation du public local lorsqu’il a été appelé par les Canucks.

Après le défenseur Victor Söderström en Arizona, l’équipe nationale américaine U18 a vu quatre joueurs appelés consécutivement : l’ailier Matthew Boldy (Minnesota), le premier gardien du jour, Spencer Knight (Florida), gardien choisi le plus haut depuis 2010, puis l’arrière offensif Cameron York (Philadelphie) et Cole Caufield à Montréal. Le petit gabarit de ce dernier a peut-être rendu frileux certaines équipes, en dépit de son hallucinante production devant la cage (72 buts cette saison).

via Eliteprospects

Voici la suite du premier tour, avec notamment plusieurs Québécois (Samuel Poulin à Pittsburgh, Jakob Pelletier à Calgary) et deux petits frères : Nolan Foote, qui rejoint son frère Cal à Tampa Bay, et Ryan Suzuki (Carolina), le frère de Nick (Montréal). John Beecher au 30e rang, par les Bruins, fut pour sa part le septième joueur de la même équipe, celle des U18 américains, choisi au premier tour !

Un deuxième jour plus animé

Privé d’échange phare au premier tour, le public a bénéficié d’un peu plus de spectacle au deuxième jour. Outre l’échange de PK Subban, les supporters de Vancouver ont vibré sur l’acquisition de JT Miller en provenance de Tampa Bay. Le Lightning réalise une économie substantielle pour un joueur remplaçable, ce qui lui permettra de financer l’augmentation de Brayden Point notamment. Les Canucks surpaient sans doute pour un joueur secondaire, sacrifiant un premier choix de draft 2020 en pleine reconstruction.

Puis, Toronto cédait un premier choix conditionnel aux Hurricanes pour y envoyer le gros contrat de Patrick Marleau. Là aussi, le mouvement visait à alléger la masse salariale en vue du nouveau contrat de Mitch Marner entre autres.

On le constate, disposer de place sous le salary cap devient une arme d’échange massive, qui permet aux équipes économes de récupérer de bons joueurs ou de nombreux choix de draft en échange de quelques millions…

Année record pour les Russes

Cette draft 2019 restera comme la plus prolifique pour la Russie avec 28 joueurs choisis. C’est le premier pays d’Europe, devant les 26 Suédois et les 22 Finlandais, lesquels frôlent pour leur part leur record.

Avec 57 joueurs, les États-Unis confirment leur solide place de deuxième, mais s’approchent du Canada : les 69 Canadiens sont le plus bas total des douze dernières années.

Parmi les 57 Américains, 17 joueurs du programme de formation ont été appelés…

Le reste de l’Europe n’a pas vraiment brillé :
7 Tchèques
2 Biélorusses (Kolyachonok, 52e en Floride, et Protas, 91e à Washington)
2 Danois (Sogaard, 37e à Ottawa et Dichow, 138e à Montréal)
1 Allemand (Seider 6e à Detroit)
1 Letton (le gardien Silovs, 156e à Vancouver)
1 Slovaque (Cajkovic, 89e à Tampa Bay)
1 Suisse (Nussbaumer, 207e en Arizona).

Pour tous ces jeunes, le plus difficile reste à faire : percer l’alignement en NHL. De longs mois de développement en vue, à commencer par les camps de fin juin, qui leur donneront les premières orientations de la vie professionnelle dans le hockey nord-américain. L’été sera studieux, avant les rookie camps et tournois de jeunes en septembre, le camp NHL… Bien peu d’entre eux débuteront dans la grande ligue en octobre.

Les scouts se sont arraché les cheveux afin de projeter le développement de tous ces jeunes. Les 31 équipes sont pour l’instant convaincues de la justesse de leurs choix…

Les commentaires sont fermés.

pulvinar libero Curabitur commodo leo. diam Phasellus