Bilan KHL (II) : difficile de s’intégrer

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Dans ce deuxième volet du bilan KHL, consacré au dernier qualifié en play-offs et aux premiers éliminés, on découvre les conditions de la difficile intégration en KHL : selon le club, le moment et le contexte, tout peut très mal se passer (comme pour Charles Bertrand) ou très bien (comme pour son ancien compagnon de ligne).

 

Traktor Chelyabinsk (16e) : beaucoup de mauvaises décisions

Médaillé de bronze la saison passée, le Traktor Chelyabinsk n’avait pourtant pas souhaité renouveler le contrat de son entraîneur Anuar Gatiyatullin, qui réclamait une augmentation et sont mot à dire dans le recrutement. Le nouveau coach German Titov a déverrouillé le système défensif ennuyeux et donné plus de liberté à ses joueurs. Mais après le départ à l’intersaison des vétérans Yuri Petrov et Aleksandr Chernikov (deux spécialistes d’infériorité numérique formés à l’école de maçonnerie du Lada), il ne restait que des attaquants pas toujours pressés de venir au soutien de leurs défenseurs.

Le début de saison a donc été catastrophique. La direction avait annoncé qu’il n’y aurait aucun changement sur le banc avant décembre, afin de se laisser le temps de tirer les bonnes conclusions. Des bonnes résolutions vite remisées au placard. Dès le mois de septembre, l’ancien entraîneur chargé des défenseurs, Andrei Sokolov, a été rappelé à la rescousse. Début octobre, Titov annonçait son départ pour raisons familiales. L’adjoint Aleksei Tertyshny prenait sa place. Facilement, la saison paraît sauvée : le Traktor a finalement raccroché le wagon des play-offs. Mais il n’y est parvenu que par la faiblesse de ses adversaires à l’Est, et il n’y a servi que de faire-valoir, balayé en quatre manches dans le derby ouralien contre Ekaterinbourg.

Le manager général Evgeni Gubarev (père d’un joueur de quatrième ligne de l’équipe) a donc entendu ses oreilles siffler. En plus des mauvais choix managériaux, sa gestion du grand espoir local Vitali Kravtsov a fait controverse : il lui a refusé de le laisser finir la saison en NHL après l’élimination, en expliquant que le club risquait de perdre ses droits dans ce cas (selon un règlement qu’il est apparemment le seul à interpréter ainsi). Il risque ainsi de s’aliéner le principal talent du club – qui n’en est parti que plus vite à New York dès le début de l’été – au lieu de montrer qu’il cherche le meilleur accord pour le joueur en bonne intelligence.

 

Dinamo Riga (17e) : une année plus rock

Le Dinamo Riga a manqué les play-offs pour la cinquième saison consécutive, mais il ne les a ratés que pour un petit point, dans une conférence ouest à la qualité relevée. Contrairement aux saisons précédentes où le club letton s’enfonçait dans les profondeurs du classement, il a donc démontré qu’il était compétitif.

Et s’il l’a été, c’est parce qu’il a retrouvé des joueurs étrangers dominants, ce qui lui manquait depuis un bout de temps. Le percutant attaquant suédois Linus Videll est ainsi le premier étranger à finir meilleur marqueur du Dinamo depuis… Videll lui-même en 2014/15 ! De fait, un apport « extérieur » était rendu nécessaire après le départ d’Indrasis, sans que ça ne nuise au rendement du capitaine Lauris Darzins, qui a signé la meilleure saison de sa carrière dans le sillage de Videll en inscrivant 44 points.

Mais la figure marquante de la saison, avec ses longs cheveux et sa barbe, aura été Matthew Maione. Ce défenseur offensif, ancien partenaire d’Alex Pietrangelo en lycée et en université, aime tellement se joindre à l’attaque qu’il a fini deuxième pointeur parmi les arrières de KHL. Il a été la « rock star » de la ligue cette saison, au sens propre puisqu’il a interprété à la guitare la chanson Ho Hey des Lumineers lors du All-Star Game de la ligue qui s’est déroulé à Kazan.

 

Sibir Novosibirsk (18e) : un film d’horreur d’une durée d’un mois

Le début de saison du Sibir a ressemblé à un film d’horreur. Plus précisément le moment où les protagonistes sont sacrifiés impitoyablement, un à un, au fil des scènes. Après 5 défaites, Julius Junttila – arrivé en tant que meilleur joueur de Liiga finlandaise – était viré. Après 6 défaites, l’entraîneur Vladimir Yurzinov était mis à la porte. Après 12 défaites d’affilée, le centre canadien Cory Emmerton, retiré de la composition avec une fiche atroce de 0 point et -10, était prié de retourner en Suisse (où ses performances redevenaient normales). À ce moment-là, l’ambiance était à fleur de peau dans l’équipe, au point que les joueurs avec la plus grande ancienneté au club, Maksim Ignatovich et Konstantin Alekseev, ont failli en venir aux mains pour une passe manquée… lors d’un échauffement avec un ballon de football !

Le pire est que le Sibir n’était pas franchement largué dans le jeu. La plupart du temps, il restait dans le match et était proche de prendre des points. Mais la faible efficacité de ses gardiens (Danny Taylor et Aleksei Krasikov) comme de ses attaquants l’ont laissé bredouille et ont peu à peu miné son moral. Le seul qui surnageait était le débutant en équipe senior Nikita Mikhailov (20 ans), qui a même été appelé en équipe de Russie B. Arrivé dans une belle galère, le Français Charles Bertrand, rapidement privé de Junttila avec qui il avait été recruté en duo, n’a pas eu la réussite escomptée avec 3 maigres points en 23 parties. Il a fini par être renvoyé à son tour fin novembre et par se recaser à Fribourg-Gottéron.

Le Sibir avait entre-temps recruté des joueurs qui présentaient l’avantage de ne pas avoir connu les semaines noires, tels Gilbert Brulé ou encore Shane Prince : ce dernier a pour sa part fait le chemin inverse des autres étrangers du club puisqu’il a quitté un club suisse en crise (Davos) pour se « ressourcer » en Sibérie. Le retour de l’attaquant formé au club Yegor Milovzorov a fait le plus de bien puisqu’il a mis 22 points en 24 matches. Une bonne pierre pour… rebâtir l’équipe pour la suite, car la saison était évidemment déjà fichue. Même si le Sibir a connu une fin de championnat très correcte, le retard accumulé pendant la série de défaites était évidemment impossible à rattraper.

 

Neftekhimik Nijnekamsk (19e) : le contre-exemple de l’intégration finlandaise

L’intégration des joueurs de Liiga finlandaise en KHL donne des résultats assez aléatoires. La saison passée chez les Kärpät, Mikael Ruohamaa était le centre de Julius Junttila et Charles Bertrand (il continuait de jouer cet hiver avec le Français… au jeu vidéo Fortnite pendant les longues nuits d’hiver à Nijnekamsk). Mais contrairement à ses collègues passés au Sibir, il a parfaitement réussi ses débuts en KHL, entre deux ailiers qui évoluaient ensemble au JYP, Juuso Puustinen et Joonas Nättinen. Après un excellent début de saison, le trio finlandais a un peu ralenti ensuite. Il ne sera pas conservé et changera de club. Et devinez où ira le duo Puustinen-Ruohomaa ? Au Sibir !

Les Finlandais n’ont pas suffi et n’ont pas vraiment été satisfaits de la performance collective. Après sa très bonne saison précédente, le Neftekhimik est retourné dans l’anonymat. La raison se situe aussi dans les cages. Ilya Ezhov est resté le gardien russe le plus utilisé de la ligue (de nouveau 50 matches joués), mais alors qu’il arrêtait 93% des tirs la saison passée, son pourcentage est tombé à la plus faible valeur de sa carrière en KHL, à 91,1%.

Les étrangers restent rarement longtemps dans le « trou perdu » de Nijnekamsk, qui a besoin de cadres locaux. Deux juniors (Timirov et Khasanov) ont été sacrifiés au « grand frère » tatar Kazan pour faire venir Pavel Padakin, l’ex-Superman qui n’a pas eu la même réussite qu’à Sotchi l’an dernier mais a au moins pu avoir du temps de jeu. En fin de compte, un seul homme a empêché de justesse que les cinq étrangers soient aussi les cinq meilleurs marqueurs, c’est Damir Sharipzyanov. Ce défenseur de 23 ans formé au club est un pilier de plus en plus important, et d’une saison à l’autre, il est passé de la plus mauvaise fiche (-17 dans une équipe à la différence de buts équilibrée) à la meilleure fiche de l’équipe (+6 dans une formation au bilan négatif).

 

Red Star Kunlun (20e) : plus nord-américain, (un peu) plus chinois

L’affaiblissement de la concurrence à l’Est n’a finalement pas permis au Kunlun Red Star de retourner en play-offs. L’équipe chinoise a connu une saison assez médiocre. Quand Curt Fraser a remplacé l’entraîneur finlandais Jussi Tapola le 19 janvier, il a déclaré avoir trouvé des joueurs « se laissant glisser » sur la glace et leur a demandé de tous patiner à cinq pour montrer plus de solidarité sur la glace.

Fraser a signé pour deux ans et sa signature doit être suivi d’autres changements structurels. Le club veut passer d’un effectif cosmopolite très européen à une équipe plus nord-américaine qui sera peut-être plus homogène. L’effectif « à moitié chinois » reste toujours l’objectif officiel, mais il s’agira essentiellement de doubles nationaux à l’instar de Brandon Yip, capitaine et meilleur marqueur de l’équipe. On a tout de même assisté à un évènement avec deux premières apparitions d’un authentique Chinois, le gardien de l’équipe nationale Sun Zehao, qui s’est formé en autodidacte devant des vidéos de gardiens au vu des méthodes d’entraînement peu développées en Chine.

L’autre enjeu majeur, à trois ans des Jeux olympiques, est de se conquérir un public. C’est peine perdue à Shanghai, où l’équipe a joué presque toute la saison. Le but est surtout d’attirer les spectateurs de la capitale et ville olympique Pékin, où elle n’a disputé que deux rencontres dans ce championnat. Le club a décidé d’y revenir, mais il sera difficile d’occuper la salle de basket des JO 2006 (maintenant « Cadillac Arena ») qui a accueilli un match NHL en ouverture de saison si son gestionnaire continue d’exiger des coûts de location exorbitants (en millions de dollars).

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