Le regard des Bleus : Valentin Claireaux (4/5)

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Quatrième volet de nos cinq interviews de joueurs de l’équipe de France : le 15 mai dernier, Valentin Claireaux répondait aux questions d’Hockey Archives.

Retrouvez les épisodes précédents : Anthony Rech | Thomas Thiry  | Damien Fleury

Comment as-tu débuté ?

Je suis originaire de Saint-Pierre. C’est le sport phare sur l’île, que l’on pratique tout l’hiver. Et l’été, c’est foot. Je devais avoir quatre ans et des amis jouaient au hockey. Mon père était plutôt foot, mais j’ai essayé le hockey et cela m’a plu dès le premier entraînement.

Nous avions la NHL tous les soirs à la télévision à 21h, cela a eu un impact.

Quand as-tu su que tu voulais en faire ton métier ?

Vers douze-treize ans j’ai dit à mes parents que je voulais partir pour en faire mon métier. À quinze ans, j’ai eu une opportunité au Nouveau-Brunswick à l’école Charlie Bourgeois. On me voulait dans le circuit AAA. Cela a été le déclic pour partir. Derrière, cela a été un choix personnel : les diplômes canadiens ne sont pas reconnus en France, donc je suis parti en métropole et je suis arrivé à Amiens.

Cela n’a pas été trop dur ?

Une découverte c’est sûr ! Le TGV, le bus, le tram, wow ! Il y a eu un choc culturel. Saint-Pierre, c’est une petite île, tout le monde se connaît. Il a fallu se faire de nouveaux amis.

Puis, tu es parti en Finlande. Que tires-tu de cette expérience ?

En Mestis, le niveau du hockey est plus intéressant que la Magnus. J’y ai beaucoup appris. Amiens était plus structuré cependant et la première saison en Mestis était compliquée. Je n’étais pas payé, nous n’avions pas de matériel… C’était un retour en arrière mais pour mon bien. La deuxième année était meilleure : le club avait peu de moyens mais prenait soin de ses joueurs. Une fois arrivé en Liiga, il n’y a pas photo : c’est un autre monde. Le hockey est le sport n°1 en Finlande.

Comment se passe une préparation physique de haut niveau ?

Du lundi au vendredi, nous travaillons la matinée de 9h à midi. Les sessions varient : cardio, musculation. Parfois, encore du cardio l’après-midi. Le week-end est de repos afin de garder de l’énergie. À Saint-Pierre, je ne fais que du hors glace. C’est le problème, car je repars à zéro sur la glace à chaque intersaison. Cela fait deux ans avec Lukko et le préparateur physique me donne un programme. Je m’entraîne en Finlande jusqu’au 20 juin, puis six semaines avec un programme intense pour gagner en force, vitesse, endurance. Pas mal de prise de masse aussi. Le programme ne plaît pas à tout le monde, mais il me fait du bien.

Et la nutrition ?

Nos repas sont adaptés en cours de saison via le restaurant de la patinoire. On mange bien : salades, entrées, viande qui reste un besoin pour les sportifs.

Des superstitions ?

Non, pas du tout. La veille de match, je fais les mêmes exercices car je me sens bien avec. Je respecte mes journées normalement, mais tout le monde est différent.

Un DJ chez les Bleus ?

Non, mais il va en falloir un, et un seul !

Comment s’adapte-t-on à un nouveau pays, une nouvelle culture ?

J’ai la chance de bien parler anglais en venant de Saint-Pierre car on faisait beaucoup de tournois au Canada en famille d’accueil. Et je suis parti avec ma femme, je n’étais pas tout seul. L’anglais suffit. Je comprends quelques mots de finnois, je comprends des idées générales mais pas les détails. L’entraîneur ne parle que finnois, mais il y a des assistants dont un échange avec les imports en anglais pour comprendre les systèmes, les messages. C’est très différent de la France où les étrangers sont beaucoup choyés.

Quel regard portes-tu sur l’évolution du hockey en France ?

On va dans le bon sens, même si les résultats sont compliqués. Il faut rester lucide : notre équipe compte cette année beaucoup de jeunes qui découvrent leur premier mondial. Nous avons de bonnes phases, mais pas sur soixante minutes. Nous pêchons défensivement, mais il y a du positif avec des jeunes prometteurs.

Quelles valeurs voudrais-tu transmettre à ces jeunes ?

C’est surtout envers les clubs. La formation doit primer, et il ne faut pas bâcler le développement. Tout le monde est capable d’atteindre le haut niveau, mais il faut avoir les bonnes personnes autour de soi pour transmettre les bonnes valeurs.

Par exemple, le jeu sans palet que j’ai appris à Saint-Pierre avec Andy Foliot. Du coup, je suis responsable défensivement et je reste alerte sur ce plan même en phase offensive. À Amiens c’était bizarre, on ne disait rien aux meilleurs de 15 ans, il y avait pourtant tout à apprendre. Ils ne sont ni Crosby ni McDavid et de toute façon, on a tous à apprendre ! La mentalité du hockey n’était pas celle que j’ai apprise à Saint-Pierre, un milieu à fond dans le hockey.

Foliot ne faisait aucun cadeau et traitait tous les joueurs pareil. Il fallait respecter les fondamentaux.

Vidéo, stats avancées… Le hockey se modernise. Qu’en penses-tu ?

Il y a un seul chef, c’est l’entraîneur. S’il veut que l’on regarde une séquence vidéo, il faut l’écouter. Ce qui vient de l’extérieur de l’équipe en revanche…

Avec ton parcours varié et ton expérience de plusieurs cultures hockey, que dirais-tu de la formation française ?

Je dirais qu’on apprend tout sur le tard. Les clubs ne sont pas assez… stricts ? Ils bâclent la formation. En Finlande, ils n’ont que 5 millions d’habitants mais il faut voir ce qu’ils sortent comme joueurs de NHL chaque saison.

Nous avons moins de licenciés, mais eux leur formation débute tout petit : la course à pied, la musculation c’est déjà enregistré dès le jeune âge. Ils vont grandir avec ce niveau d’exigence et ils ne vont pas râler quand on va leur demander. C’est programmé.

Nous, on grandit avec l’idée que le hors glace n’est pas important. Et que, si le score final est 8-7, c’est bon… L’apprentissage de l’attaque, de la défense, des temps forts et faibles est ancré là-bas.

L’émergence de Texier, drafté par la NHL depuis la France, est un bon pas ?

Ce n’était jamais arrivé avant lui. Et est-ce que ça se reproduira dans les trois-quatre ans ? La fédération veut aller dans ce sens, avoir plus de jeunes. Mais cela doit venir des clubs, de la volonté des clubs. Se fixer des objectifs et ne plus forcément mettre les meilleurs en attaque, par exemple. Nous devons sortir des défenseurs et des gardiens, aussi.

Pour finir, un mot sur le nouveau système avec Philippe Bozon ?

C’est un peu compliqué au début car c’est nouveau. Il faut s’habituer à de nouvelles façons de faire. Mais nous avons eu plusieurs stages pour avoir les idées globales en tête, puis un mois de préparation. Le système n’est pas compliqué. Nous sommes encore trop passifs en zone défensive, et nous respectons trop les adversaires. Nous devons y aller ! À force de vouloir contenir l’adversaire, cela nous coupe le souffle et nous manquons d’agressivité.

Saint-Pierre ne te manque pas trop ?

L’été, j’aimerais y rester plus longtemps c’est sûr ! Depuis Lukko je mets 2-3h vers Helsinki, puis 4h vers le Canada et 45 minutes pour aller chez moi.

Valentin Claireaux explique par la suite qu’il aimerait rester en Finlande, où il joue depuis cinq ans. Il est en fin de contrat.

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