Bilan KHL (III) : tristes fins et renaissance

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Jokerit Helsinki (11e) : plusieurs bilans désastreux

Les Jokerit n’étaient la tête de série que sur le papier au premier tour des play-offs de KHL. Ils restaient en effet sur 11 défaites consécutives (!) contre leur adversaire désigné, le Dynamo Moscou. Un record qui est même monté à 13 avant que les Finlandais ne retournent le troisième match par deux buts du petit attaquant de 170 cm Sakari Manninen, l’indubitable star du club cette saison (en partance pour Ufa).

Les Jokerit se sont finalement inclinés en six manches face au Dynamo malgré une nette domination aux tirs. Première explication : leurs gardiens Ryan Zapolski et Janis Kalnins n’ont pas soutenu la comparaison. Deuxième explication : le système de jeu de l’ex-sélectionneur Lauri Marjamäki ne déclenchait que des tirs extérieurs sans jamais se remettre en question au cours de la série. D’où le pourcentage d’efficacité aux tirs en dessous de 5%, que l’on pourrait qualifier de désastreux. Mais dans ce cas, quel vocable employer pour les statistiques en supériorité numérique (0 but en 26 occasions durant la série) ? Cataclysmique, peut-être ?

À moins que ces mots ne doivent servir à commenter le bilan financier. Les Jokerit ont perdu 15 millions d’euros cette saison, ce qui fait un trou cumulé de 70 millions en cinq années de KHL. Si la Russie a l’habitude des clubs sportifs à fonds perdus, la presse finlandaise a dénoncé cette incurie financière en indiquant que les Jokerit étaient « captifs des Russes ». L’aventure russe des jokers intéresse de moins en moins la Finlande, qui est devenue championne du monde avec une majorité de joueurs de Liga. Heureusement, le nouveau héros de toute une nation, le géant Marko Anttila, est bel et bien un joueur des Jokerit : le manager Jari Kurri avait eu le nez creux en prolongeant son contrat de deux années supplémentaires en décembre dernier, à un moment où l’improbable future vedette de la phase finale du Mondial était blessée.

 

HK Sotchi (12e) : une fin prématurée

Du point de vue français, la déception de la saison KHL est sans doute que Yohann Auvitu n’ait pu s’y imposer. Le défenseur avait tout pour y réussir, tant sur la glace avec son amour du jeu construit qu’en dehors puisqu’il comprend le russe. Malheureusement, le décès de son père fin octobre a coïncidé avec une galère sportive : il venait d’être sorti de la deuxième paire de défense, il s’est blessé quelques semaines plus tard, et le HK Sotchi a fini par rompre son contrat de deux ans par anticipation en janvier.

Le club de la Mer Noire a vite changé ses plans. Il a peu à peu renforcé sa défense. Fin octobre, il a fait resigner tardivement Yuri Aleksandrov qui n’avait pas réussi à trouver d’autre club. En décembre, il a fait revenir Ziyat Paygin, qui avait brillé pendant quelques mois à Sotchi en 2016/17 mais n’avait jamais confirmé ailleurs. Sotchi a alors changé ses plans en utilisant 4 de ses 5 licences d’étrangers en attaque, avec l’embauche de l’international slovaque Martin Bakos, revenu d’une tentative nord-américaine avortée.

L’objectif était de diversifier les atouts d’une attaque trop dépendante du duo composé du centre Robert Rosen et du capitaine Eric O’Dell, un ailier qui provoque des fautes et des buts par son fort engagement physique. L’offensive a cependant peiné à concrétiser en play-offs contre Yaroslavl, avec un certain manque d’impact offensif des défenseurs. Le gardien Dmitri Shikin, entré à la place de Konstantin Barulin dans le courant du match 2 alors qu’il avait été remplaçant depuis des semaines, a certes remporté les deux rencontres suivantes à domicile, mais a été chassé deux fois en cours de route lors des deux dernières manches. Les deux victoires constituent un record du club en play-offs, mais elles n’ont pas empêché une nouvelle élimination au premier tour.

 

Spartak Moscou (13e) : la renaissance d’un club d’émotions

Après des années dans l’ombre des clubs disposant de riches sponsors et d’argent public à foison, le Spartak Moscou renaît peu à peu. La saison ne s’est pourtant pas engagée sous les meilleurs auspices. L’équipe ne semblait pas donner le maximum de son effort. L’entraîneur Vadim Epanchintsev, que le club avait tardé à confirmer malgré l’objectif atteint les play-offs), ne semblait pas suffisamment conforté pour avoir des leviers de pression sur son groupe. Mi-octobre, le directeur général Aleksei Zhamnov l’a renvoyé et a pris sa place sur le banc. Un rôle d’entraîneur de nouveau pris par nécessité.

Coach « contre son gré », Zhamnov faisait bien son travail, mais le Spartak semblait avoir tout gâché en perdant 8 de ses 9 dernières rencontres de saison régulière. Il ratait l’occasion de récolter un adversaire prenable en play-offs et se retrouvait face au SKA, qui avait remporté les quatre dernières confrontations. Mais contrairement à l’an passé (1 but en 4 matches contre le CSKA), le Spartak ne rendait pas les armes. Bien en place pour éviter les contres surnuméraires, il frappait au bon moment pour remporter à la surprise générale les deux premières manches à Saint-Pétersbourg, la seconde au bout du suspense sur un but de Martins Karsums à cinq secondes de la fin. Dire que cela faisait neuf ans que le Spartak n’avait pas gagné un match de play-offs !

Deux manches à zéro : le public avide d’émotions ne demandait que ça pour s’enflammer, mais la série prenait une tournure houleuse à Moscou avec des fautes répétées et des débordements en tribunes (insultes et jets d’objets qui ont valu une amende). Un incident a mis le feu aux poudres : le gardien Shestyorkin en grand écart a accroché la cheville de Kaspars Daugavins avec sa crosse – trop loin du palet pour que ça puisse faire figure de tentative de poke-check – et le Letton s’est gravement blessé en heurtant la bande. Daugavins a été hospitalisé avec des côtes fracturées et un hémothorax… alors qu’il devait rentrer le soir même à Riga pour assister à la naissance de sa fille, survenue par conséquent en son absence. Cette blessure était celle de trop pour les rouge et blanc, déjà privés de Ben Maxwell, de la valeur montante de la saison Anatoli Nikontsev – 17 buts – et du défenseur fameux pour ses buts de la zone neutre – il a encore récidivé cette saison – Andrei Kuteikin. Obligé de compléter sa quatrième ligne avec des réservistes quasi-débutants, le Spartak ne pouvait plus résister aux millionnaires du SKA.

Mais le plus important est que la fièvre autour du Spartak soit revenue. L’hébergement dans la patinoire du parc des légendes occupée par le CSKA a été prolongée de deux ans, avec des ambitions en hausse et l’arrivée d’un coach de renom (Znarok). Le club a donc de quoi voir venir en attendant que se concrétise le projet de reconstruction de la patinoire historique de Sokolniki, présenté en novembre dernier au MAPIC de Cannes : 12500 places, glace modulable entre surface européenne ou nord-américaines, patinoire d’entraînement, piscine et courts de tennis…

 

Torpedo Nijni Novgorod (14e) : des libertés sur la glace… et avec la loi ?

Le Torpedo Nijni Novgorod est un cas rare en KHL : une équipe de milieu de tableau qui mise résolument sur l’offensive avec un jeu fondé sur la possession du palet. Qu’ils soient russes (Denis Parshin, Damir Zhafyarov, Anton Shenfeld) ou nord-américains (Andrew Calof, Andy Miele), ses attaquants déploient leur créativité dans ce système qui leur donne de la liberté pour déployer des actions complexes.

Le mérite en revient à l’entraîneur canado-russe David Nemirovsky qui a parfaitement mené cette équipe à la double culture. Il s’est appuyé pour cela sur le défenseur vétéran de NHL Anton Volchenkov qui a aidé à l’intégration des étrangers, y compris le gardien à chaud tempérament Barry Brust, engagé à la date limite des transferts pour pallier la blessure de Stanislav Galimov.

On espère que ce climat sportif favorable ne sera pas entaché par les investigations judiciaires en cours : la directrice financière du club Natalya Eremina et le directeur exécutif Sergei Malyutin ont en effet été soupçonnés de malversations et arrêtés par la police…

 

Vityaz Podolsk (15e) : victime de la nouvelle règle

La KHL a décidé juste avant le début du championnat d’adopter la victoire à 2 points. Cette façon de resserrer artificiellement le classement, qui traite le symptôme plutôt que la cause, n’a dupé personne. Mais curieusement, elle a effectivement entretenu le suspense à l’ouest puisque le Vityaz Podolsk a dû attendre la dernière journée pour être sûr de ne pas être dépassé par le Dinamo Riga et de se qualifier. Raboté du bénéfice de ses victoires plus nombreuses dans le temps réglementaire, le Vityaz est le principal perdant de la nouvelle méthode de comptage. Avec une victoire valorisée à 3 points, il aurait fini sixième et non huitième de la conférence ouest. Il aurait alors évité les deux cadors intouchables (SKA et CSKA).

Au cours de la série de sept victoires en décembre, qui l’avait fait grimper au-dessus de la barre de qualification, le Vityaz avait pourtant battu un CSKA Moscou invaincu depuis 18 rencontres. Il avait ainsi confirmé son statut de briseur de séries, pour le meilleur et pour le pire (le Vityaz avait été la première équipe à perdre contre le Sibir en début de saison). Mais en play-offs, le CSKA ne lui a laissé aucune chance. La différence de niveau était trop grande.

Le simple fait de participer aux play-offs reste une satisfaction pour le Vityaz, porté par une belle première ligne. Avec un troisième homme capable de travailler dans les deux sens de la glace (comme Gennadi Stolyarov), les deux grands techniciens Miro Aaltonen et Aleksandr Syomin ont fait merveille. Après une saison anonyme en VHL dans son club formateur du Sokol Krasnoïarsk, la Russie avait presque oublié Syomin, quia frappé à la porte du petit club de la région de Moscou pour avoir sa chance. L’ancien double champion du monde, à l’époque où il brillait à Washington aux côtés d’Ovechkin, a toujours la capacité de se démarquer pour un one-timer et a mis 19 buts (contre 8 l’an passé en division inférieure). Il a ainsi signé, à 34 ans, sa meilleure saison en Russie, la première qui l’a vu pointer aussi souvent qu’en NHL.

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