Présentation KHL (III) : Da Costa perd déjà son coach

Troisième partie de la présentation KHL : la division Tarasov dans la Conférence Ouest

Stéphane Da Costa (c) Jonathan Vallat
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Champion en titre, le CSKA Moscou est le candidat numéro 1 à sa succession : il est au moins aussi fort que la saison dernière. Il n’a presque pas connu de changements et ses joueurs-clés sont quasiment tous encore sur la pente ascendante. Sa défense, déjà la meilleure du pays, a été intégralement conservée et même renforcée, puisque Bogdan Kiselevich est rentré de NHL avec un contrat de 3 ans pour remplacer Pashnin qui n’était plus titulaire.

Le premier trio Kaprizov-Vey-Grigorenko est toujours aussi efficace, et l’international tchèque Jiří Sekáč est venu rejoindre Maksim Shalunov et Konstantin Okulov sur la deuxième ligne. L’effectif est bien fourni sans que les joueurs se marchent sur les pieds, es rôles sont bien répartis et le CSKA a toujours un bon contingent d’attaquants défensifs puisque le capitaine Sergei Andronov et Ivan Telegin, un temps tentés par un départ en NHL à l’époque du dernier championnat du monde, ont finalement re-signé pour 3 ans.

Le CSKA paraît même si fort que c’en est devenu une faiblesse de la KHL : le suspense y paraît disparu alors que le championnat russe de football devient de plus en plus médiatique avec des stars, du public et de la compétition. Le temps où la KHL était obnubilée par l’idée de concurrencer la NHL est révolu : c’est surtout de l’ombre du ballon rond dont elle doit aujourd’hui se méfier. Pour augmenter la concurrence, un plafond salarial sera instauré à partir de la saison 2020/21. À ce moment, le CSKA aura un problème pour conserver les deux meilleurs joueurs de la ligue (les ailiers Kirill Kaprizov et Mikhaïl Grigorenko), le meilleur gardien (Ilya Sorokin) ainsi que les défenseurs Nikita Nesterov et Aleksei Marchenko que l’on avait fait rentrer de NHL il y a deux ans avec l’argument des Jeux olympiques plus un salaire conséquent. Tous les cinq seront en effet en fin de contrat.

Le président du CSKA Igor Esmantovich a même proposé d’augmenter la limite autorisée de 5 à 7 étrangers (une idée non suivie) : c’est étonnant de la part du club qui s’est adjugé les meilleurs joueurs russes, mais cela montre qu’il s’attend à ne pas pouvoir les conserver avec le futur plafond salarial. En attendant cet été de tous les dangers, les Moscovites sont bien les grands favoris avant – peut-être – de devoir se disperser.

 

Le Lokomotiv Yaroslavl présentait la saison passée une équipe jeune et prometteuse, avec énormément de potentiel. Si elle pouvait être encadrée et développée, elle semblait destinée à devenir candidate au titre dans les prochaines années, avec les changements en vue dans la KHL. Le choix du coach avait donc intrigué tous les observateurs : Craig MacTavish, un Canadien considéré plutôt de la vieille école, qui n’a plus entraîné depuis sept ans et qui s’est grillé auprès des fans dans ses différentes fonctions à Edmonton malgré son passé de joueur. MacTavish au Loko, cela paraissait ne pas coller. Le scepticisme général était fondé : il avait signé pour deux ans, il a été congédié après huit rencontres (dont seulement trois victoires), remplacé en intérim par le directeur sportif Aleksandr Ardashev.

L’ironie de la chose est que c’est MacTavish qui avait convaincu Ty Rattie – joueur avec qui il s’entendait bien à Edmonton – de venir à Yaroslavl, alors que cela faisait deux ans que les clubs de KHL courtisaient cet attaquant. Rattie, dont le père avait fait installer une patinoire artificielle dans son sous-sol, avait tellement travaillé son lancer pendant toute son enfance qu’il était devenu le recordman de tous les temps des buts marqués en play-offs en WHL. Mais après ces années juniors et ses 31 buts à sa première saison pro en AHL, il n’a jamais obtenu de rôle offensif en NHL et a été convaincu de l’opportunité de se mettre en valeur en KHL par le discours de MacTavish. Et maintenant ?

La question se pose dans une moindre mesure pour Anton Lander : lui aussi apprécie humainement MacTavish qui l’avait aidé quand il était en difficulté chez les Oilers, mais le Suédois avait en fait signé avant, après s’être renseigné auprès de son compatriote Staffan Kronwall, le défenseur qui entame sa cinquième année comme capitaine du Lokomotiv. La seule recrue étrangère qui n’avait aucun rapport particulier avec le coach viré, c’est en fin de compte le Français Stéphane Da Costa. Les trois nouveaux attaquants étrangers devaient accroître le potentiel offensif de Yaroslavl, mais l’équipe a été poussive sous MacTavish avec peu de tirs et un powerplay défaillant (11%).

L’autre problème, qui a grandement compliqué le début de saison, c’est que le Lokomotiv a sacrifié son gardien étranger pour pouvoir engager ces trois recrues (l’attaquant russe majeur Loktionov n’ayant pas été remplacé). Il a misé à fond sur Ilya Konovalov, grande révélation de la saison dernière après avoir pallié la blessure du Tchèque Salak. Néanmoins, le gardien formé au club n’a que 21 ans et ce costume de titulaire semble difficile à assumer dans cette nouvelle saison. Ses premières sorties ont été catastrophiques et c’est l’expérimenté Aleksandr Lazushin – rentré dans sa ville d’origine après neuf ans d’une honnête carrière KHL – qui doit tenir le fort.

 

Les surprises sont encore possibles en KHL : le leader de la ligue après trois semaines n’est pas un des cadors mais l’inattendu Vityaz Podolsk, que personne ne s’attendait à voir tout en haut. C’est bien par l’objectif de viser plus haut que le président Mikhail Golovkov avait justifié la non-reconduction après trois ans de Valeri Belov, qui avait conduit l’équipe à ses deux premières participations en play-offs. Le nouveau coach Mikhaïl Kravets, sans expérience similaire en KHL sauf pendant deux semaines d’intérim au SKA, a été recruté pour amener – avec ses adjoints – la mentalité gagnante de l’organisation de Saint-Pétersbourg.

Les premières semaines ont dépassé les espérances. Kravets a trouvé un système de jeu équilibré. Le Vityaz enchaîne les victoires et a même gagné – pour la première fois depuis huit ans ! – chez le SKA, auquel il est officieusement affilié (recrutement de son staff et de ses joueurs au sein de la réserve du SKA-Neva, présence d’un sponsor gazier sur son maillot…). Et il est parvenu à cette première position malgré plusieurs absences sur blessures, la plupart courtes hormis la commotion de Pekka Jormakka.

Le vétéran de NHL Aleksandr Syomin poursuit sa résurrection et régale le public par ses pirouettes, alors que le défenseur tchèque Jakub Jerabek, après une expérience un peu décevante de deux ans en NHL, refait parler la poudre avec son lancer puissant. Mais l’homme en forme de ce début de saison, c’est l’habituel gardien numéro 2 Aleksandr Samonov, qui a remporté ses cinq premières titularisations avec un incroyable pourcentage d’arrêts de 97,8%.

 

Au-delà de l’euphorie initiale, le Vityaz n’est pas assuré d’aller en play-offs car il y a cette année un concurrent de plus dans la Conférence Ouest : le Torpedo Nijni Novgorod est évidemment plus fort que le Slovan Bratislava (qui a quitté la KHL) puisqu’il reste sur six qualifications consécutives pour les séries. L’entraîneur canado-russe David Nemirovsky a mis en place l’an passé un style de jeu offensif qui devrait survivre au renouvellement d’effectif (tous les étrangers ont par exemple changé).

Le départ du meilleur marqueur Denis Parshin n’a pas vraiment été compensé, mais c’est une chance pour Damir Zhafyarov : révélé la saison dernière au point d’être appelé en équipe de Russie, il est cette fois installé en première ligne aux côtés du vétéran du club Mikhaïl Varnakov et du nouveau centre américain Jordan Schroeder (165 matches de NHL avec 42 points mais jamais une saison complète). Recruter le meilleur attaquant russe du nouveau concurrent direct Sotchi (Stanislav Bocharov) paraît être un bon coup pour la deuxième ligne. Sans grande star, le Torpedo a une profondeur correcte.

Il faudra quand même que la défense tienne un peu mieux. Si la recrue Chay Genoway – qui a connu quatre ans de KHL avant sa dernière saison victorieuse avec Frölunda – est un petit défenseur à vocation offensive, le patron derrière doit se nommer Denis Barantsev, nommé capitaine à la place de Varnakov. Il faudra en effet moins abandonner ses gardiens que l’an passé, même si le géant de 1m99 Anders Lindbäck a souvent évolué dans des équipes en difficulté au cours de sa carrière.

 

Non content d’avoir été élu au Hall of Fame de la NHL en juin dernier, Sergei Zubov s’est taillé une bonne réputation d’entraîneur dans la KHL en qualifiant deux fois le HK Sotchi pour les play-offs en deux ans. L’ancien défenseur offensif s’est montré satisfait que le club ait eu les capacités techniques pour convertir sa patinoire aux dimensions 60×26, lui qui a joué toute sa carrière sur les petites glaces nord-américaines. La nouveauté tactique peut être un atout pour une équipe dont l’effectif semble limité.

Barulin parti, le gardien Dmitri Shikin est plus seul dans les cages et n’a jamais encore eu à 28 ans la responsabilité d’être le titulaire indiscutable. La défense ne fait pas rêver : les deux nouveaux étrangers Morgan Ellis et Simon Bertilsson ne semblent pas forcément en mesure de faire oublier un Jokipakka et le contingent russe a beaucoup perdu de sa superbe, d’autant plus que le capitaine Nikita Shchitov est blessé.

Le nouveau capitaine est le vétéran Ilya Krikunov, qui a pris place sur la première ligne toujours emmenée par le meneur offensif Robert Rosén : le Suédois a été aussi rejoint par son jeune ami Malte Strömwall, qui avait été son coéquipier à Växjö. L’avantage de Sotchi est d’avoir pu conserver tous ses centres et de garder ainsi une structure intéressante en attaque. Encore faut-il que les lignes de Rosen, Sean Collins et Nikita Tochitsky soient toutes performantes en même temps, ce qui n’a jamais été trop le cas.

 

Après avoir consommé deux entraîneurs l’an passé (Dwyer puis Sidorenko) et avoir échoué à se mettre d’accord avec le candidat pressenti Aleksandr Andrievsky, le Dinamo Minsk devait avant toute chose se trouver un nouvel entraîneur. « Le Dinamo prend un nouveau départ, nous voulons bâtir une stratégie de développement à long terme qui contribuera au progrès du hockey biélorusse en général, et ce ne sont pas des paroles en l’air. » C’est par ces mots que le directeur général du club Dmitry Baskov a annoncé la nomination de Craig Woodcroft. Un choix justifié par le fait que le coach canadien avait apporté au Dinamo un hockey offensif et spectaculaire en 2016/17, la dernière année où le club avait atteint les play-offs.

Si Woodcroft suscite la controverse chez les fans biélorusses, c’est parce qu’il s’était aliéné certains internationaux, notamment le naturalisé Nick Bailen qu’il avait viré en club. Mais a priori, les effets collatéraux négatifs ne devraient plus se produire. Un autre sélectionneur au profil on ne peut plus différent a été nommé – le très polarisant Mikhaïl Zakharov – et chacun suivra donc sa route. Cela pourrait éviter que les problèmes du club affectent la sélection, et inversement. Du moins en théorie. Abreuvés de « paroles en l’air » depuis des années, les amateurs de hockey biélorusses sont un peu échaudés.

Le Dinamo Minsk est moins pertinent comme base de la sélection maintenant que les joueurs biélorusses ne sont plus considérés comme étrangers en KHL. Cette loi était passée tardivement en début de saison dernière, mais cette fois les clubs russes concurrents ont pu s’y préparer. Deux défenseurs internationaux ont ainsi signé dans des formations de haut de tableau (Lisovets à Ufa et Khenkel à Kazan). Perdant/perdant ? Ils y auront moins de temps de jeu, et les lignes arrières du Dinamo semblent bien faibles sans eux, malgré le retour du défenseur offensif Marc-André Gragnani – présent à la première époque Woodcroft.

Au moins le buteur finlandais Teemu Pulkkinen a-t-il fini par resigner après un essai à Lausanne en août. Le Dinamo, de son côté, a mis énormément de joueurs à l’essai pendant la pré-saison, y compris des titulaires de l’an passé comme l’ex-champion du monde russe Tereshchenko. Il a été éjecté dans la volonté de rajeunissement. Woodcroft construit logiquement son offensive (sur l’inévitable Andrei Kostsitsyn et) sur trois recrures nord-américaines, l’ailier Shane Prince et les deux centres Francis Paré et Drew Shore. Si les deux autres ont déjà quelques mois d’expérience en KHL, Paré y a fait ses preuves (312 matches, 163 points) et il a déclaré vouloir représenter l’équipe nationale du Bélarus ! Cela prendra deux ans, mais cela fait juste à temps pour le Mondial 2021 à Minsk. Comme quoi les intérêts du club et de la sélection peuvent encore coïncider…

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