Les Boxers au crible des statistiques

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On l’a écrit plusieurs fois depuis le début de saison, les Boxers jouent mieux que l’an passé. Alors, évidemment, c’est peut-être trop catégorique, très subjectif, et sans doute pas suffisamment consensuel. Avec en figure de proue des résultats irréguliers, et en dessous des objectifs annoncés, il va donc falloir justifier tout ça en scrutant les statistiques avancées, et éventuellement apporter un bémol sur la situation actuelle. Alors, quel est le profil statistique des Boxers version Olivier Dimet ?

Lorsque l’on change de coach dans une intersaison, il est évident que les résultats sont prioritairement scrutés, sans doute même avant la manière de jouer. Mais comme le philosophe disait, le « processus » est sans doute plus important que les résultats de maintenant. Dans une certaine mesure.

Les Bordelais ont donc privilégié la sagesse dans leur recrutement, basé sur un effectif jeune, moins onéreux que par le passé, pour refaire des finances moribondes. Avec la réputation d’une équipe dure et défensive, les Boxers avaient donc l’occasion de remettre les compteurs à zéro sur le sujet, en devenant plus attractifs, notamment visuellement, tout en conservant un standing similaire au classement.

Créateurs de jeu

En observant de prime abord les statistiques avancées fournies par Magnus Corsi, on peut se rendre compte que les voyants sont au vert sur l’aspect offensif, ou du moins la domination globale. Un corsi à 54,9%, le quatrième de la ligue après Rouen, Grenoble et Angers (dans cet ordre), 52,3% aux buts anticipés, au cinquième rang derrière les quatre précités, et Gap. Bordeaux domine donc la plupart de ses matchs, et tire plus aux buts que ses adversaires, en règle générale.

En poussant un peu, on peut s’intéresser à la corrélation entre les occasions franches, et les occasions réelles de marquer. Par exemple, Magnus Corsi révèle que les Boxers ont 4,6 chances (par 60 minutes) de marquer très dangereuses, ce qui représente le troisième montant du classement, devant Rouen Angers ou Gap. Seuls Grenoble et Chamonix font mieux. Les occasions sont donc là, et franches en plus.

Ensuite, avec un PDO autour de 100, les Boxers sont dans des temps de passages corrects. On ne sous-performe pas (ça, c’est pour les éternels négatifs), et on ne sur-performe pas non plus, il n’y a donc pas de raison que l’on s’écroule dramatiquement plus tard dans la saison (sauf blessures évidemment…)

En ce qui concerne la vitesse du jeu, est-ce que l’équipe de cette année est agréable à suivre, fluide et créative ? Les entrées et sorties de zones sont un indicateur qui peut être très révélateur. En l’occurrence si les Bordelais ne sortent pas spécialement en contrôle de la zone défensive, mais plutôt en passes, leur 55% d’entrées en zone offensive en contrôle fait partie du haut du panier en Ligue Magnus. Grenoble est par exemple un peu moins bien loti en la matière.

Ce qui change par rapport à l’an passé est l’utilisation du dump. Il est dit qu’en moyenne, 50% des entrées en zone en contrôle débouchent sur une occasion de but, tandis que cela descend à 25% pour les entrées en dump.

L’an passé, les Boxers étaient à la croisée des chemins dans ce secteur (au centre du graphique de droite), cette saison, les entrées en zone en dump n’existent quasiment plus (en bas à gauche du graphique de gauche) . D’où peut-être cette impression de jeu plus agréable …

Un rythme plus élevé ?              

Qu’en est-il du rythme déployé ? Si cela paraît plus fluide, est-ce également plus rapide ?  Le graphique ci-dessous a la particularité d’indiquer le rythme du jeu, en mettant en exergue le nombre total de tirs, par rapport au reste de la ligue. Cette année, les Boxers se trouvent dans un wagon intéressant, en plein milieu de la troupe.

Pour ceux qui ne souscrivent  pas à la théorie selon laquelle l’équipe « jouerait mieux » que les années précédentes, voici les versions antérieures…Si les taquins considèrent que ça ne signifie pas que cela joue mieux, en tous les cas il y a plus de rythme … 

Enfin, il est maintenant possible de mesurer les passes dangereuses effectuées. Juste derrière les Dragons de Rouen, Bordeaux en tente beaucoup (24 environ par 60 mn), sans la réussite. Mulhouse est dans un profil inverse, avec un peu plus d’une quinzaine de passes tentées, et surtout environ 50% de réussite, alors que les Bordelais culminent à guère plus de 30%.

Du réalisme donc dans le dernier geste, pour valider une création du jeu qui était sensiblement moindre l’an passé (environ 20 passes / 60 mn) mais nettement plus efficace. Est-ce la présence de buteurs l’an dernier dans l’effectif qui jouait en leur faveur ? Sans doute.

Trop permissifs en défense

Là où cela commence à clocher, c’est lorsque l’on s’attarde sur la défense. Les meilleurs tirs adverses placent Bordeaux dans le bas du classement. Avec 2,5 buts anticipés contre, ils sont au niveau d’Anglet par exemple, à égalité à la neuvième place. Seuls Chamonix et Briançon sont plus poreux avec plus de 3 buts anticipés par 60 minutes.

L’équipe ne concède pas forcément beaucoup plus de tirs en globalité que les autres équipes (CA/60 à 49,7) mais la plupart de ces tirs sont dangereux, voire très dangereux, avec notamment 4,3 chances très dangereuses contre, et 30,6% des tirs devenant des chances « grand danger » (taux le plus élevé de la Magnus).

Sur les passes dangereuses là encore, les Girondins n’étaient pas parmi les meilleurs élèves, figurant dans la partie du tableau indiquant une forte concession de passes vers le slot, et avec une faible résistance de la part de l’arrière-garde bordelaise. Cette saison procure pour le moment d’autres résultats avec une arrivée dans la catégorie des équipes en mal de tentatives et de réussite. La réussite est très moyenne en attaque, mais c’est également un souci en défense.

Si l’on est maintenant capables de mesurer les entrées en zone offensive, on le fait aussi en zone défensive. Et à cet exercice-là, les Boxers sont excellents, pour obliger l’adversaire à mettre le palet derrière la cage et à tenter un échec-avant pour récupérer le palet.

C’est également le cas dans le jeu en transition, où les pensionnaires de Mériadeck ont une forte capacité à fermer les transitions, pourrissant le jeu adverse, en n’empêchant son déroulement et sa fluidité.

Enfin, une place pour le duo de gardiens des Boxers qui réalisent une saison remarquable, l’un comme l’autre. Si on sent que les bonhommes sont touchés par les résultats en dents de scie, le duo en présence est réellement bon, malgré pas mal de travail, et des chances adverses souvent très franches. L’impression visuelle implique souvent que l’on a le sentiment que ces deux-là sortent un nombre assez incroyable de face-à-face. On sent par ailleurs que Julian Junca évolue à vitesse grand V, et que l’avenir du joueur est florissant s’il continue dans cette voie.

Du classique pour les unités spéciales

Le serpent de mer à Bordeaux ces derniers mois est l’inefficacité du jeu en supériorité numérique. Il a posé problème en fin de saison dernière notamment en playoffs, et ne semble pas s’améliorer cette année malgré un effectif, et un staff différent. A l’échelle de la ligue, cela reste crédible, avec aux alentours de 16% de réussite, ils sont au quatrième rang en Magnus, mais en comparant avec d’autres ligues, au niveau plus élevé, un tel taux de réussite est souvent l’apanage des équipes aux deux tiers du classement (22e/36 rang en NHL, dernier en SHL,  13e/15 en Liiga, 18e/24 en KHL …).

Avec 88,7% de corsi, les Boxers pointent au 9e rang en Magnus, pire encore, ils sont avant-derniers du championnat en nombre de tirs concédés en supériorité (13,4 ramenés à 60 mn). Ils ont également le plus faible taux de buts anticipés en « powerplay » de la Magnus, avec 81,6%, pareil en chances de marquer (79,7%). En somme, cela ne tire pas assez au but dans ces situations, l’œil humain peut d’ailleurs le confirmer si l’on regarde les matchs (Mais alleeez mais tiiiiire).

Le jeu en supériorité s’installe bien, le palet circule correctement, et souvent même de manière très fluide, mais à trop chercher la position idéale, les Bordelais en oublient parfois  de se créer des occasions.

En infériorité numérique, c’est en revanche l’inverse. C’est même l’équipe se procurant le plus de chances de marquer, le plus d’occasions de buts, et le plus gros corsi. Défensivement, ils sont troisièmes en nombre de tirs encaissés avec 104,4/ 60. Ils encaissent également moins de buts par 60 minutes que l’écrasante majorité de la ligue. En somme, si l’on dit que les équipes spéciales sont fidèles, c’est bien qu’elles ont gardé le même profil qu’auparavant.

Un bilan encourageant malgré les apparences

Si l’on veut tirer un premier bilan, on peut donc dire que le début de saison sous Olivier Dimet est loin d’être inquiétant. Tous les feux sont verts dans l’organisation du jeu offensif, sauf la capacité de l’équipe à marquer dans les temps forts, pour faire tourner les matchs dans leur sens.

D’ailleurs, les rares fois où les vannes se sont ouvertes aux bons moments pour les Boxers, cela a donné deux victoires retentissantes à Amiens, et contre Grenoble 6-4. Scorant de manière efficace, Bordeaux s’en est sorti avec une victoire dans ces deux matchs.

Lorsque c’est plus difficile, cela donne des matchs plus accrochés, des défaites aux tirs aux buts ou en prolongation, avec l’impression que si la réussite avait été au rendez-vous, le résultat aurait été tout autre. En majorité, peu de matchs se sont terminés avec le sentiment que l’adversaire avait surclassé l’équipe.

Et si les statistiques ne sont pas l’unique vérité, elles donnent malgré tout un aperçu réel de ce qui se passe sur la glace, indéniablement. Bordeaux a donc besoin d’efficacité dans les deux sens du jeu, d’un attaquant qui marque lorsque l’occasion se présente. Les défaites contre Anglet et Mulhouse à Bordeaux, à Clermont en coupe, voire à Anglet ou contre Rouen, se sont jouées sur des coups du sort, des mini-morceaux de matchs ratés, ou une pléiade d’occasions manquées. Autant de faits de match qui pourrissent le classement bordelais, amènent à avoir un jugement parfois négatif sur le nouveau staff, mais qui ne sont pas révélateurs du niveau de l’équipe.

Le retour d’Olivier Labelle est peut-être un réel plus en matière d’efficacité. Auteur de plus d’une vingtaine de buts en une quarantaine de matchs, le Canadien a la gâchette facile et peut ramener quelques buts importants, à des moments opportuns à l’équipe. Son profil ci-dessous montre bien sa propension à prendre sa chance, pour peu qu’il propage cette habitude en supériorité numérique, cela ne peut qu’être positif pour les Boxers. À comparer avec un cadre bordelais, le Jonathan Lessard d’il y a deux saisons, on peut se rendre compte de la qualité d’Olivier Labelle.

Les résultats ne sont pas idéaux pour Bordeaux, mais la conjoncture faisant du club une institution surveillée, il faudra s’habituer à évoluer avec des effectifs jeunes et imparfaits. Le système Dimet, pas parfait non plus, mais basé sur l’équilibre offensif, n’est pas très loin d’être positif pour un club souhaitant s’inscrire dans la durée dans une Ligue Magnus, que l’on sait très exigeante financièrement pour les clubs.

Si Bordeaux n’est pas taillé pour être champion de France tout de suite, le projet Dimet est en tout cas encourageant, surtout sur un début de saison avec encore beaucoup de matchs à jouer. À ce stade, l’adage selon lequel patience est mère de sûreté n’a jamais été aussi vrai.

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