Rétro Mondial 1994 (V) : la déchéance de la Russie

396

La Russie abordait l’année 1994 en étant championne olympique et championne du monde en titre de hockey sur glace, des titres qu’elle avait conservés malgré l’écroulement de l’Union Soviétique et le début de l’exode de ses joueurs vers la NHL. Le hockey entretenait ainsi l’illusion dans un pays qui ne sort pas d’une crise économique (781% d’inflation en 1993), politique (putsch manqué puis dissolution du parlement par le président Boris Eltsine pour adoption d’une nouvelle constitution) et morale (23% pour les ultranationalistes aux élections de décembre 1993) et qui semble alors en pleine recomposition : élection d’un opposant communiste à la tête de Douma en janvier 1994, démission du gouvernement des chantres de la privatisation à marche forcée, puis amnistie des putschistes en février.

C’est dans ce contexte trouble que la Russie a présenté depuis deux ans… deux équipes nationales différentes avec deux sélectionneurs différents, l’une « olympique » et l’autre « mondiale ». Une preuve d’un incroyable réservoir alors que les hockeyeurs émigrent en masse, mais aussi la preuve d’un affrontement interne. À l’heure d’ouvrir les Mondiaux contre la Grande-Bretagne, le président de la fédération de hockey Vladimir Petrov déclare donc que l’équipe [du comité olympique] « était une honte pour le hockey russe et pour le hockey en général. »

Si la « honte » avait terminé quatrième des JO, la fière équipe fédérale avait donc intérêt de faire mieux. Le début de tournoi semblait l’indiquer, ce qui avait conduit à ménager certains joueurs et à évoluer à trois lignes contre l’Autriche et contre l’Allemagne.

C’est lors du match Russie-Canada pour la première place de poule que la polémique surgissait : un changement de gardien curieux en cours de match conduisait les Canadiens à accuser ouvertement leurs adversaires de faire exprès de perdre !

C’est donc avec ce fardeau « moral » que la Russie abordait son quart de finale face à l’adversaire « choisi », les Américains, qui ne l’avaient jamais battue depuis le fameux Miracle de 1980. C’était donc un passage obligé pour atteindre au moins les demi-finales et faire aussi bien que les « honteux ».

Dans notre prochain épisode de la rétro des Mondiaux 1994 (le sixième sur huit), nous vous narrerons les autres quarts de finale.

Les commentaires sont fermés.

On vous envoie quelques cookies, c'est juste pour suivre notre audience, vous pouvez refuser de les recevoir si vous le voulez ! Accepter En savoir plus

commodo tempus porta. venenatis Donec massa consequat.