La NHL en pause indéterminée

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La pandémie qui frappe l’ensemble de la planète a contraint le monde du sport à une pause forcée. Le championnat nord-américain de hockey n’échappe pas à la règle. Cependant, contrairement à l’ensemble des ligues européennes, la NHL n’a pas jeté l’éponge. Elle compte bien terminer sa saison, d’une manière ou d’une autre…

Rappel des faits

Depuis le 12 mars, la NHL est en pause. Une décision qui a fait suite au cas positif du basketteur français Rudy Gobert en NBA, les deux ligues partageant la plupart des arenas. Il reste alors 189 matchs à disputer avant la fin de la saison régulière : celle-ci aurait dû se terminer samedi 4 avril avec une soirée de 15 rencontres, point d’orgue de la saison avant le début des playoffs.

Initialement, cette pause devait s’arrêter le 27 mars, mais l’évolution sanitaire catastrophique aux États-Unis a bien évidemment repoussé cette date limite. Officiellement, l’interruption a été prolongée jusqu’au 15 avril : elle sera logiquement reportée.

La ligue a autorisé les joueurs à rentrer chez eux, y compris les Européens – ce qui n’a pas forcément été simple avec les mesures prises par l’administration Trump aux frontières.

Mais la NHL n’a pas clôturé l’année. Là où les autres ligues ont décidé de mettre un terme à la saison, ce n’est pas le cas outre-Atlantique. La ligue a demandé aux 31 équipes de s’assurer de la disponibilité de leurs arenas jusqu’au mois d’août et multiplie les scénarios.

Le report des Jeux olympiques à 2021 libère en effet des créneaux horaires sur la chaîne américaine NBC, partenaire des JO, et le hockey sur glace espère en profiter.

Malgré tout, le chief medical officer de la NHL, Willem Meeuwisse, reste prudent et exhorte à ne pas reprendre la compétition trop tôt. Les décisions sont plus ou moins prises au jour le jour et le pessimisme règne.

ottawa senatorsDes joueurs contaminés

Les joueurs ont dans l’ensemble été épargnés par les contaminations au COVID-19, à l’exception de deux équipes. Les Senators d’Ottawa ont enregistré cinq cas parmi leurs joueurs, ainsi qu’un membre du staff et le commentateur radio Gord Wilson. Les analyses effectuées fin mars-début avril se veulent rassurantes. Dans une interview vidéo, Brady Tkachuk a assuré que ses coéquipiers se portaient bien. La contamination serait survenue lors de la tournée en Californie des Senators. À l’issue de deux matchs contre San José (le 7) et Anaheim (le 8), l’équipe a bénéficié d’un jour de repos.

Certains se sont rendus à Disneyland, d’autres ont assisté au match de NBA entre les Lakers et les Clippers, avant d’affronter le 11 mars les Kings de Los Angeles, au lendemain de l’annonce du cas positif de Gobert en NBA. Il faut noter que le comté de Santa Clara – celui de San José – avait pris des mesures pour déconseiller les rassemblements massifs, mais cela n’a pas empêché les Sharks de jouer trois matchs à domicile à ce moment-là. Le président Jonathan Beecher s’est justifié en expliquant avoir « pris la meilleure décision compte tenu des informations dont nous disposions à ce moment-là ». À quel moment les joueurs d’Ottawa ont-ils été contaminés ? Difficile à dire.

Il semble que les Senators aient partagé leur bus avec des joueurs de l’équipe de basket des Brooklyn Nets, qui ont compté quatre cas positifs. Le coach des Kings, Todd McLellan, a pour sa part expliqué qu’aucun joueur de son équipe n’avait été testé positif. Les Ducks ne comptent aucun cas non plus.

Le 28 mars, l’Avalanche du Colorado annonçait pour sa part un deuxième cas de joueur touché par ce coronavirus, sans donner plus de détails. Interrogé à ce sujet, Gabriel Landeskog a confirmé que ses deux coéquipiers se portaient bien. Le 7 avril, l’équipe publiait un communiqué de presse mentionnant un troisième cas positif.

Les contraintes d’une reprise

La NHL et la NHLPA – le syndicat des joueurs – explorent de multiples solutions pour une reprise de la saison. Personne n’envisage vraiment une reprise avant fin juin au mieux, compte tenu des décisions prises par les collectivités locales.

Le président Donald Trump a organisé une conférence téléphonique avec les commissionnaires des douze principales ligues sportives samedi 4 avril, pour un point sur la situation. Il souhaite vivement que le sport reprenne ses droits, notamment la NFL qui devrait reprendre comme prévu en septembre… provoquant le scepticisme de Gavin Newsom, gouverneur de Californie. Trump a par ailleurs incité les ligues à s’associer afin de développer des avantages économiques aux abonnés – par exemple des déductions fiscales. Le gouverneur de New York, Andrew Cuomo, n’a pas non plus été convaincu par cette déclaration de Donald Trump : « J’aimerai voir le sport reprendre avec beaucoup d’excitation. Mais à ce stade, les espoirs, les rêves et ce que vous voulez voir, ce n’est pas la réalité. » Vouloir n’est pas pouvoir : d’autant que 7 des 31 franchises sont au Canada, hors de portée des décisions de l’administration Trump.

Gary Bettman mène régulièrement des discussions avec le Board of Governors et la conversation avec le président des États-Unis ne change pas la donne. Dans tous les cas, seules les autorités sanitaires et les autorités locales ont les clés.

À Toronto, le maire John Tory a en effet annulé tous les événements jusqu’au 30 juin, avant de préciser que les matchs des ligues NBA, NHL, MLB et MLS n’étaient pas concernés. Cependant, cette non-interdiction n’échappe pas aux décisions prises à l’échelon supérieur : l’Ontario a interdit tout rassemblement de plus de cinq personnes jusqu’à nouvel ordre. Montréal, pour sa part, a supprimé tous les événements culturels et sportifs jusqu’au 2 juillet.

À Calgary, l’interdiction court jusqu’au 30 juin également et concerne bel et bien la CFL (ligue canadienne de football américain) et la NHL. Le maire Naheed Nenshi a ainsi expliqué : « Même si fin juin nous avons basculé sur l’autre versant de cette épidémie, même si le nombre de cas diminue… je ne suis pas épidémiologiste mais je ne pense pas qu’il soit sage de dire hey, tout le monde, si nous mettions 17, 20 ou 35 000 personnes dans un même endroit… Ce n’est pas raisonnable d’un point de vue de santé publique. D’ici à fin juin, je ne peux pas imaginer que des événements de ce type puissent se jouer. »

À l’opposé du spectre, il aura fallu attendre début avril pour voir la Floride enfin prendre des mesures de confinement. Le gouverneur Ron De Santis, proche de Donald Trump, s’y était fortement opposé, et l’État avait accueilli des milliers de jeunes pendant le Spring break, qui ont sans doute propagé ensuite le virus dans tout le pays. De Santis a donc plus ou moins confiné les 22 millions d’habitants de l’État le 3 avril mais avec une certaine souplesse : les lieux de culte ont été considérés comme des lieux « essentiels » et les regroupements dans les églises sont donc encore monnaie courante… (On ajoutera qu’en Californie, ce sont les armureries qui sont ouvertes comme « commerces de première nécessité », ce qui donne un certain tableau de l’Amérique).

L’État de New York, particulièrement touché par la pandémie, a mis un place des règles très strictes et des amendes importantes en cas de non respect du confinement. Le gouverneur Cuomo n’envisage aucunement une reprise de la normalité avant des semaines.

Autant dire qu’il semble impossible d’envisager du hockey d’ici fin juin au mieux. Enfin, reste le cas des joueurs rentrés en Europe : dans quelles conditions organiser leur retour en Amérique du Nord, selon l’évolution juridique de contrôle aux frontières ?

Un format inédit ?

La demande de la NHL de fixer des créneaux disponibles en juillet-août tend à indiquer qu’un scénario possible serait une phase de playoffs sur cette période, avant pourquoi pas une finale de coupe Stanley en septembre, une draft en octobre et une nouvelle saison qui débuterait en novembre. Une solution qui inquiète un peu les joueurs, soucieux du grand nombre de matchs que cela ferait jouer en un an, comme l’explique Nick Foligno (Columbus) : « Vous devez penser à la longévité des carrières, à la santé des joueurs. Tout est bon à étudier, mais il faut aussi penser au long terme et à prendre en compte à la fois l’aspect financier et la santé des joueurs. »

Interrogé à ce sujet, Gary Bettman a été très clair : « Nous étudions toutes les options. Nous voulons être prêts à jouer dès que nous aurons le feu vert. Ce feu vert n’est pas aussi clair de de l’eau de roche car il y a des endroits du pays où vous pouvez jouer et d’autre non. » En effet, les mesures de confinement ne s’appliquent pas partout : au 7 avril, l’Utah, le Wyoming, les deux Dakota, le Nebraska, l’Iowa, l’Oklahoma et l’Arkansas n’ont pris aucune mesure de confinement.

Il semble dans tous les cas peu probable que les 189 matchs de saison régulière interrompus soit effectivement disputés. L’option d’une reprise directement en playoffs semble la plus réaliste – si reprise il y a. C’est en tout cas l’envie déclarée de Sidney Crosby et Alexander Ovechkin, mais il faut dire que leurs équipes jouent les premiers rôles et seraient certaines de participer…

La ligue, pour sa part, aimerait encore que tout ou partie de ces 189 matchs puisse se jouer, mais l’horloge tourne et, bientôt, le calendrier deviendra intenable. Dans tous les cas, la NHLPA doit donner son accord à n’importe quel format.

Si la saison ne se joue pas en entier, reste à déterminer qui participerait à ces playoffs. À la coupure, les équipes ne comptent pas le même nombre de matchs, ce qui constitue un sacré casse-tête. Par exemple, Vancouver est actuellement battu par Nashville pour la deuxième wild-card à l’Ouest en nombre de points, mais passerait deuxième de la division Pacifique en pourcentage de victoires, et repousserait Winnipeg hors des playoffs. Arizona, qui compte quatre points de retard après 70 matchs joués sur 82, avait encore une chance de remonter et prendrait mal de ne pas être convié à la fête. Même chose à l’Est avec le duel entre Columbus (8e) et les Islanders (9e) qui inverseraient leurs places si l’on prenait en compte le pourcentage de victoires.

Les solutions fourmillent, de la plus simple à la plus radicale. PK Subban a proposé que les 31 équipes disputent les playoffs sous une forme ou une autre – une proposition fortement intéressée car le classement des Devils du New Jersey, 26e, les positionne plutôt en vacances…

Plus réaliste, le défenseur Mark Giordano estime qu’une solution « 12-12 » pourrait convenir. Il s’agirait de qualifier les 12 premiers de chaque conférence (au lieu de 8) et de créer un tour préliminaire dont seraient dispensés les équipes actuellement en tête de division.

Reste à savoir dans quel contexte disputer ces rencontres. L’idée de jouer les matchs sans public est explorée afin que le moins de monde possible – joueurs, staffs – ne soit impacté. La NHL analyse par ailleurs le processus de décision de la NBA. La ligue de basket réfléchit à des playoffs disputés entièrement sur terrain neutre, à Las Vegas. La NHL étudie également cette option : peut-être limiter à six ou huit villes selon les législations locales (Houston serait considérée), ou disputer entièrement un tournoi de playoffs au même endroit.

Ce lundi 6 avril, cette solution a bénéficié d’un peu d’attention lorsque plusieurs experts, dont Elliotte Friedmann de Sportsnet, ont mis en avant… le Dakota du Nord. La ville de Grand Forks abrite en effet l’une des patinoires les plus remarquables, la Ralph Engelstad Arena (12 000 places), qui a notamment accueilli le Mondial junior 2005. Avantage, des infrastructures hockey de niveau professionnel – l’équipe universitaire locale a envoyé une centaine de joueurs en NHL. Inconvénient, un parc hôtelier sans doute insuffisant. Mais cet État est très peu peuplé et les risques sanitaires y seraient donc réduits. Cependant, compte tenu de l’ampleur des staffs NHL par rapport à ceux du basket, l’idée de playoffs « régionaux » sur une poignée de sites semble plus réaliste. Buffalo, qui dispose d’une double piste pour son centre d’entrainement, reliée directement à la patinoire principale, avec de nombreux hôtels à proximité, fait aussi figure de solution envisagée. D’autres villes comme London, Windsor, des patinoires universitaires à Boston ou Minnesota pourraient aussi être étudiées : des structures plus petites, mais qui ont l’habitude de recevoir la télévision.

Une idée qui vient de Chine : la saison de basket devait reprendre sur deux sites devant des gradins vides. Les joueurs auraient été testés fréquemment. Mais la solution a finalement été abandonnée par peur des joueurs asymptomatiques, qui auraient pu déclencher une deuxième vague. Autant dire que cet exemple chinois n’est pas très encourageant pour la NHL…

Bref, du hockey en août, sur quatre, six, huit sites spécifiques, sans public, avec une retransmission uniquement télévisée – et peut-être du coup des caméras placées à des endroits inédits, puisque les filets de protection ne seraient plus utiles ?

Rien n’est décidé à ce stade car, dans tous les cas, seules les autorités de santé publique peuvent donner un feu vert à la reprise des compétitions sportives. Or, chaque État a son propre fonctionnement, comme on l’a vu.

Une partie des joueurs enfin se montre peu motivée à l’idée de reprendre directement par les playoffs, sans un minimum de préparation. Connor McDavid s’en fait l’écho : « Je ne pense pas qu’on puisse jouer directement les playoffs et hop, c’est match 1 entre Calgary et Edmonton, avec des joueurs qui se tournent autour pour se tuer alors qu’ils n’ont pas joué depuis deux mois. Cela donnerait un Stockton Heat – Bakersfield Condors (équipes AHL), or nous voulons que les joueurs restent en bonne santé. »

Bill Daly, n°2 de la ligue, assure que la NHL a pris en compte cet aspect et qu’il faudrait jouer une partie de la saison régulière, ou au moins installer un mini camp d’entrainement. En plein confinement, les joueurs n’ont pas accès aux patinoires et tous ne bénéficient pas de matériel de musculation ou d’espace pour conserver une condition physique satisfaisante. Un défi qui inquiète jusqu’au chief medical officier Meeuwisse.

Bettman l’a confirmé et envisage deux semaines de préparation avant la reprise : « Nous procédons à des consultations avec la NHLPA. La santé est le bien-être sont importants en ce moment, et c’est le cadre que nous voulons suivre dans les prochains mois, lorsque le sport reprendra sa place. Nous devons nous assurer à ce moment-là que nous ne mettons pas en danger les joueurs, et qu’ils soient dans une condition physique satisfaisante. Aucune option n’a été définitivement adoptée, et tout dépendra du temps dont disposons, car il y a aussi la saison prochaine à préparer, et bien sûr la santé publique aux Etats-Unis comme au Canada. » Le commissionnaire n’est pas inquiet de jouer du hockey en août, estimant que la qualité des arenas, notamment dans le sud des Etats-Unis, rend le problème de la chaleur très secondaire.

Bill Daly explique ainsi que la ligue travaille pour redonner accès aux arenas aux joueurs pour l’entrainement, mais que les réglementations locales sont si diverses que le risque de rupture d’équité entre les joueurs rend la problématique complexe.

La santé, seul élément qui bénéficie à tout le monde pendant cette pause. Les joueurs blessés ont le temps de se remettre (Stamkos, Tarasenko…) et, comme le dit Giordano : « Si nous revenons au jeu, ce sera l’un des plus beaux tournois de playoffs de tous les temps. Vous verrez la meilleure version de chaque équipe. »

 

Draft NHL 2020La draft dans l’attente

Prévue les 25-26 juin à Montréal, la draft NHL a été déjà reportée. La ligue en a fait l’annonce le 30 mars, et certifie que Montréal bénéficiera d’une organisation prochainement. On imagine mal que ce soit avant 2022, car Seattle est aussi candidat pour l’organisation 2021, parallèlement à sa draft d’expansion… si l’arena est terminée (lire ci-dessous).

Cette décision n’est pas celle qui complique le plus la tâche des recruteurs. Les scouts ont été confrontés à l’arrêt précoce des compétitions et à l’annulation pure et simple de nombreux événements importants de l’année de dépistage : playoffs des ligues juniors raccourcis, annulation de la coupe Mémorial, des playoffs NCAA, des championnats européens et des Championnats du monde U18 par l’IIHF.

Les staffs bénéficient fort heureusement de nombreuses données collectées depuis deux ans ou plus pour certains joueurs. Il n’y aura pas de données physiques ou d’entretiens psychologiques, puisque la Scouting combine prévue du 1er au 6 juin a été annulée également.

La ligue suit avec attention ce que fait la NFL, dont la draft est prévue du 23 au 25 avril. Celle-ci va se tenir de manière électronique. La NHL pourrait faire de même, comme en 2005 après le lockout. L’idée de tenir un événement restreint au public limité semble peu pertinente à ce jour.

Malgré tout, il reste un point majeur à définir : l’ordre des choix ! La loterie NHL ne se tiendra pas pour l’instant puisque, la saison seulement en pause, le classement définitif n’est pas connu.

Le nœud du problème surviendra en cas d’annulation de la saison : quid des « choix de draft conditionnels » échangés ces derniers mois ? À titre d’exemple, New Jersey a obtenu deux premiers tours de draft conditionnels : celui d’Arizona contre Taylor Hall, conditionné à la qualification en playoffs des Coyotes, et celui des Canucks via Tampa Bay contre Blake Coleman, lui aussi soumis à conditions. Un des nombreux casse-têtes de la ligue…

 

Une économie en question

L’interruption de la ligue constitue bien sûr une catastrophe économique pour les clubs et leurs employés.

Le plafond salarial était estimé entre 84 et 88 millions de dollars pour la saison prochaine, un chiffre qui pourrait être remis en cause et même… baisser. Si le plafond se retrouvait inférieur à celui de cette année, cela placerait certains clubs à la limite dans des situations intenables. Bill Daly, n°2 de la ligue, reste vigilant sur la question. Il ne faudrait pas que certains clubs soient contraints de brader des joueurs à cause de cette situation complexe. Parmi les pistes explorées, un gel du plafond salarial pendant trois ans.

Reste que les premières victimes sont les employés des clubs. Chacune des formations NHL a pris des dispositions différentes à ce sujet. Sont concernés les employés à temps complet des franchises, mais aussi les employés à temps partiel, notamment pour les arenas les jours de match.

La NHL elle-même est concernée : les salaires de ses employés ont été réduits de 25% à compter du 1er avril. Elle espère ainsi éviter des licenciements.

30 des 31 équipes ont créé un fond pour les employés à temps partiel. Une seule équipe a traîné des pieds pour y participer : Boston, où Jeremy Jacobs continue, depuis 1975, à mener une politique redoutable en termes de finances. Il a finalement consenti à participer… sur demande exprès du gouverneur du Massachussets. Jacobs versera donc 1,5 millions de dollars aux employés à temps partiel des Bruins en compensation, mais uniquement si la saison est annulée. Au total, 82 personnes, employés à temps plein, voient leurs salaires réduits pour une durée indéterminée, 68 ont été écartés à titre provisoire avec 1 semaine de salaire et 8 semaines d’avantages.

Les autres équipes ne se sont pas toutes montrées aussi strictes. New Jersey paiera ses employés à temps complet au salaire complet : les propriétaires, John Harris et David Blitzer (par ailleurs propriétaires des 76’s de Philadelphie en NBA) avaient tout d’abord annoncé une baisse de 20% des salaires, avant de faire machine arrière le lendemain après discussion avec le staff et les joueurs eux-mêmes.

Montréal a écarté 60% de ses personnels avec création d’un fonds d’assistance pour 8 semaines à hauteur de 6 millions de dollars. Le but est de couvrir 80% des salaires pendant cette période.

À Dallas, le manager général Jim Nill et le président Jim Lites se sont eux-mêmes diminués leurs salaires de 50% dans l’espoir de protéger leurs employés et éviter des licenciements. Le président de Florida Vinny Viola a décidé de conserver tout le monde au même tarif. Columbus a fait de même.

Des décisions qui contrastent avec celle de Carolina, où les employés ont appris qu’ils ne seraient plus payés après cette semaine… 55% des employés sont donc en congés jusqu’à début juin, avec compensations et peuvent réclamer les indemnités chômage du plan de relance du gouvernement Trump. Les droits à l’assurance santé collective du club sont maintenus.

Les disparités sont donc considérables de club en club. Les joueurs eux-mêmes réfléchissent à abandonner le versement du dernier chèque de leur salaire, soit 25%, chèque dont le versement était prévu le 15 avril. Cela représente au total 140 millions de dollars, qui pourraient être utilisés dans le complexe mécanisme « d’escrow » (lire l’article de Fabrice Blanchard à ce sujet). Rien n’est acté pour l’heure à ce sujet : la décision devait être prise au 7 avril, et le choix a finalement été reporté.

 

Source: NHL

Seattle, pétard mouillé

Pendant ce temps, la 32e équipe qui débutera dans quelques mois à Seattle a dû elle aussi se mettre en pause. La construction de l’arena n’a pris que 3 jours et demi d’interruption, le temps de mettre en place un certain nombre de procédures sanitaires, avant de reprendre – à 930 millions l’arena, l’enjeu est d’importance, même si le débat existe sur la pertinence de continuer ce chantier par les temps qui courent.

Ron Francis, son manager général, a répondu le 3 avril aux questions des fans sur Twitter. La principale question concernait le nom de la future franchise. Réponse : « Nous travaillons avec la ligue sur les questions légales et la propriété intellectuelle. Nous verrons à quel moment ce sera le bon moment de l’annoncer à la communauté. Beaucoup de gens sont très excités à cette idée, nous aussi. Mais nous savons aussi que nous voulons rester respectueux et à l’écoute de tous. Nous espérons pouvoir l’annoncer le plus tôt possible. » Seattle espérait profiter d’un maximum d’attention médiatique à l’annonce de son surnom, mais le contexte sanitaire actuel reléguerait l’information dans les profondeurs des informations. Patience… Les « Krakens » semblent favoris, mais rien n’est acté.

Ron Francis n’a pas exclu qu’un rappel de l’histoire du hockey à Seattle figure sur les uniformes : peut-être les couleurs des Metropolitans, qui évoluaient en Pacific Coast Hockey Association entre 1915 et 1924, et furent la première équipe américaine à soulever la coupe Stanley, en 1917.

Ironie de l’histoire, cette équipe de Seattle fut elle aussi confrontée à une épidémie : celle de la grippe espagnole de 1919, qui annula leur finale contre le Canadien de Montréal à deux victoires partout et un nul, lorsque 7 des 10 joueurs du CH tombèrent malade juste avant le match décisif. Le défenseur Joe Hall décédera même quelques jours plus tard.

Équipes et joueurs se mobilisent

En attendant une hypothétique reprise, joueurs et équipes se mobilisent en faveur des soignants et personnes en difficulté. Des millions de personnes aux États-Unis se sont retrouvées sans emploi avec l’explosion des cas de coronavirus et les nombreuses fins de contrat suite au confinement dans certains états.

Parmi les initiatives, Jonathan Toews a versé 100 000 dollars pour des banques alimentaires de Chicago. Même somme pour Henrik Lundqvist à New York. Les joueurs de Tampa Bay se sont cotisés pour offrir 500 000 repas, et aident par ailleurs financièrement les employés du Lightning. Matt Dumba contribue à un fonds du Minnesota pour l’aide scolaire à travers le programme Aces. John Klingberg et Jonathan Huberdeau entre autres participent à l’aide pour le Center of Disaster Philanthropy. Pittsburgh a fourni 35 ordinateurs portables à des familles à bas revenu afin d’aider les enfants dans leur scolarité à distance.

Artemi Panarin a fait don de 1500 masques N95 au service de chirurgie de l’hôpital de New York. Sergey Bobrovsky a donné 100 000 dollars pour les employés du BB&T Center des Panthers frappés par le chômage partiel, et distribue des milliers de masques aux hôpitaux de Fort Lauderdale. Semyon Varlamov mène une initiative avec ses coéquipiers des Islanders afin de fournir 3000 masques aux North Western Long Island hospital. Enfin, à Vegas, 7500 repas ont été offerts par les Golden Knights aux personnels des hôpitaux, un million à un fond contre le COVID-19 et 500 000 dollars à destination des employés de la T-Mobile arena.

À Montréal, ce sont là aussi 50 000 repas préparés par les cuisiniers du CH à destination des personnes en difficulté. Le propriétaire d’Ottawa Eugene Melnyk offre pour sa part le Canadian Tire Center et ses loges, ses 9 parkings adjacents et trois bâtiments collectifs affiliés (Sensplex Arena) au service du gouvernement de l’Ontario pour les utiliser en centres sanitaires temporaires.

Bien d’autres initiatives caritatives ont été proposées. Les équipementiers de hockey Bauer et Vaughn ont ainsi reconverti leurs sites de production afin d’offrir aux hôpitaux des matériels de protection – masques notamment. Bauer a même donné les plans de ses masques en libre accès, afin que d’autres fabriquants puissent les utiliser. L’expérience de Vaughn en masques de gardien, notamment au niveau des attaches, a joué un rôle.

Pendant ce temps…

Il faut bien s’occuper pendant cette pause forcée. Pendant que certains joueurs profitent de l’occasion pour accueillir leurs bébés (Blake Coleman, TJ Oshie…) dans des conditions inespérées par rapport à leurs voyages perpétuels en cours de saison, d’autres joueurs mènent des activités variées.

Certains, notamment les joueurs issus de NCAA, étudient afin de compléter leurs diplômes. D’autres préparent leur après-carrière. Michael Del Zotto par exemple apprend l’italien et prend des cours de marketing.

Avec autant de temps libre, les joueurs sont ravis de participer à de longs entretiens vidéos avec leurs staffs. A Anaheim, qui terminera dans les profondeurs du classement, l’équipe profite de l’occasion pour mener les entretiens individuels de fin de saison – un peu en avance. La plupart des équipes procède de manière similaire, sans appeler cela « fin de saison »… mais au moins des points d’étape, afin d’analyser ce qui a fonctionné et les erreurs de chaque joueur au cours de l’année.

Netflix, les jeux vidéos, occupent les journées, comme tout le monde. Les groupes WhatsApp, créés souvent par les plus jeunes joueurs, sont très actifs.

Bien sûr, tout dépend des conditions de vie : les joueurs les plus aisés bénéficient de grands espaces intérieurs, ce qui n’est pas le cas de tous les joueurs… Alexander Ovechkin profite par exemple de la présence de Pavel Burlachenko, son entraîneur particulier, qui lui donne un redoutable programme physique.

Enfin, il y a bien sûr les activités improbables, comme le poulailler de Ryan Getzlaf évoqué dans les anecdotes de mars.

Tous sont unanimes : vivement le retour sur la glace…

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