L’Admiral forcé de jeter l’ancre à cause du COVID-19

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Exclu de la saison 2020-2021, le club KHL de l’Admiral Vladivostok est la première équipe de hockey victime collatérale de la crise financière, qui s’apprête à déferler sur le monde en parallèle du virus COVID-19. Une exclusion qui met également en évidence la fragilité de la KHL et de son modèle.

Ce 1er avril 2020, beaucoup de gens auraient espéré que ce soit un poisson. Le capitaine de l’équipe Konstantin Glazachev était même persuadé qu’il s’agissait d’une blague. Il n’en est rien. Très tôt mercredi matin, au nom du Ministère des Sports du kraï du Primorié – la région russe au nord du carrefour asiatique – le gouverneur Oleg Kozhemyako a fait savoir qu’il réorientait le financement de toutes les équipes professionnelles de la région pour constituer un fonds de réserve afin de lutter contre la propagation du COVID-19, qui affecte désormais le monde entier.

Aucun financement ne sera alloué et aucun contrat professionnel ne sera conclu pour la saison 2020-2021 dans les équipes de sport collectif, basket, football, volley et évidemment hockey sur glace. D’emblée, les yeux se sont braqués vers le représentant de la KHL, l’Admiral Vladivostok, la principale équipe de la région. Si les équipes juniors, et donc l’équipe MHL du Taifun Primorsky Krai, sont hors de cause de ces mesures, le club senior de Vladivostok devient victime collatérale de la crise – sanitaire et économique – actuelle.

Une porte vers l’Asie se ferme

La décision est arrivée par surprise pour l’organisation de l’Admiral, qui a réagi par un premier communiqué : « Pour nous, ce message est une surprise, nous étions en train de préparer la prochaine saison. Cependant, une déclaration officielle à ce sujet se fera ultérieurement. » Et quelques heures après l’annonce du ministère, l’Admiral Vladivostok a finalement, et officiellement, annoncé son retrait de la saison 2020-2021.

L’annonce est un déchirement pour beaucoup, en particulier pour la légende Vyacheslav Fetisov, principal acteur de l’arrivée d’un club KHL à Vladivostok en 2013. À l’époque, il militait pour l’introduction d’un club en Extrême-Orient, sensible au développement de la région et avec l’idée d’en faire une porte vers l’Asie. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la patinoire et une école de hockey portent le nom de Fetisov dans cette ville de 600 000 habitants située à proximité de la Corée du Nord et de la Chine, et qui fait face au Japon. Si, dans une interview à Sport Express, « Slava » concède que tous les efforts doivent être menés pour faire barrage au COVID-19, l’actuel député à la Douma d’État a remis en cause le financement des clubs de KHL.

L’Admiral victime également du système

Comme le souligne Fetisov, il serait impensable de voir une franchise NHL exclue pour un tel motif. En KHL, comme d’autres ligues russes, le financement gouvernemental est massif, et l’Admiral Vladivostok ne déroge pas à la règle. Une fraction de son budget est certes en partie privée, grâce à la société de son président Zairbek Yusupov, PJSC, qui est la plus grande entreprise du port de Vladivostok. Mais le financement de cette société demeure minime par rapport aux investissements publics. Et il sera impossible à PJSC de pallier l’absence de financement public, l’entreprise étant déjà dans une situation économique délicate.

Beaucoup de clubs sont donc dépendants de l’investissement public, avec des fonds privés très limités. Il n’y a guère que les grands clubs, tel le SKA Saint-Pétersbourg ou le CSKA Moscou, qui profitent du soutien des grands groupes russes qui sont souvent des sociétés d’État. Fetisov critique justement ce système à deux vitesses, avec d’un côté les grands clubs privilégiés et ceux « en dehors de Moscou et Saint-Pétersbourg ». Il souhaiterait plutôt que Gazprom, Rosneft et cie financent directement la ligue, pour ensuite répartir les fonds de façon égalitaire entre les clubs.

Déjà sur la liste noire

Fetisov milite pour un système de redistribution, il l’a répété plusieurs fois à la ligue. Mais la KHL a campé sur ses positions, son président Dmitry Chernyshenko élaborant même un système à critères, sportifs et surtout économiques, que les clubs doivent continuellement respecter sous peine de se voir exclus.

L’année dernière, la KHL s’était simplement ravisée parce que le Slovan Bratislava s’était exclu lui-même, préférant repartir en Extraliga slovaque. Cela souligne d’ailleurs l’extrême difficulté de maintenir les clubs étrangers en KHL, les autres exemples du Medvescak et du Lev sont révélateurs, et la ligue a revu pour l’instant ses ambitions d’expansion internationale à la baisse.

Parmi les critères, la KHL a fixé son plafond de masse salariale à 900 millions de roubles, soit 10 millions d’euros, mais le minimum est à 270 millions de roubles, un total de 3 millions d’euros que Vladivostok peinait déjà à atteindre en temps normal. Le club était donc fragile, et même sur la liste noire de la KHL. Fin 2018, le président de la ligue Dmitry Chernyshenko avait envoyé un premier avertissement en soulignant la situation critique du club d’Extrême-Orient. L’Admiral a alors voulu changer sa forme juridique début 2019, mais il a dû toutefois rembourser plusieurs centaines de millions de roubles de dettes auprès de joueurs et de créanciers.

Un retour envisageable ?

Déjà en difficulté financière, est-ce la fin pour l’Admiral ? Pourra-t-il revenir la saison suivante, dans un contexte économique pour le moment imprévisible ? Beaucoup l’espèrent, dont l’ex-star Valeri Kamensky, vice-président au développement de la KHL, qui rappelle que la santé prime sur tout en ce moment, mais qu’il demeurera un espoir de retrouver le club de Vladivostok dans la ligue. L’ex-président Aleksandr Medvedev, toujours membre du conseil d’administration de la KHL, l’espère également, confiant à l’agence TASS : « Bien sûr, c’est très triste. Un club original et intéressant, l’arène était toujours pleine, le club était déjà bien enraciné dans la ligue. Vladivostok, avec Khabarovsk, c’est notre patrimoine. Le hockey est là-bas l’un des principaux centres d’attraction. J’espère qu’il s’agit d’une mesure temporaire et que l’Admiral reviendra.« 

Fondé en 2013, l’Admiral Vladivostok s’est qualifié en playoffs à trois reprises durant sept saisons, mais n’a jamais passé le cap des quarts de finale de conférence. Terminant à l’avant-dernière place de la Conférence Est cette saison, le club souhaitait un nouveau départ. Une restructuration sportive était déjà lancée avec l’arrivée (la semaine dernière !) d’un nouvel entraîneur (le dixième en sept ans !), le Letton Leonīds Tambijevs élu meilleur coach en VHL ces deux dernières années, et un nouveau directeur sportif, Sergei Nemchinov, double vainqueur de la Coupe Stanley en tant que joueur et qui était dernièrement derrière le banc de la sélection coréenne.

La lutte contre le COVID-19, malgré les longues tergiversations de la KHL qui a finalement suspendu à raison sa saison, est bien réelle en Russie, avec 3000 cas d’infection et 24 décès à ce jour. Si personne ne contestera la décision du Ministère des Sports de la région du Primorié, le cas de l’Admiral Vladivostok met en lumière la fragilité de la KHL et de son système. Et ce n’est qu’un début car, avec plusieurs clubs déjà fragiles et perfusés aux fonds d’état, il est peu probable que l’Admiral d’Extrême-Orient soit le seul à souffrir de cette situation. L’Amur Khabarovsk et d’autres pourraient suivre…

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