La fièvre de 1993

286

Le carré final NHL est désormais connu. La présence du champion Tampa Bay, de Vegas et des Islanders de New York ne constitue pas une grande surprise. Mais l’identité du quatrième champion de division, Montréal, donne la fièvre à toute une province…

Montréal Canadiens – Vegas Golden Knights

Dernier vainqueur canadien (1993), Montréal espère franchir le rideau des Vegas Golden Knights dans cette demi-finale. Il n’y a pas eu de finaliste du pays à la feuille d’érable depuis Vancouver en 2011. Autant dire que la pression sur les épaules des joueurs du CH est montée d’un cran.

Au premier tour, Montréal a tout d’abord disposé du favori de la division Nord, les Maple Leafs de Toronto. Après que les coéquipiers d’Auston Matthews eurent gagné le match 4 sur le score de 4-0, pour mener 3-1 dans la série, Carey Price et sa défense ont fermé la porte. Devant, le savant mélange jeunesse/expérience a su exploiter la fragilité mentale adverse pour renverser des montagnes : victoires en prolongations aux matchs 5 et 6 et blanchissage au 7e.

Le deuxième tour s’est déroulé comme un rêve face aux Jets de Winnipeg, balayés 4-0. Il est vrai que le mauvais geste du centre vedette Mark Scheifele, auteur d’une charge à retardement sur le but cage vide de Jake Evans, lui a coûté 4 matchs de suspension. L’attaque du Manitoba ne s’en est pas remise : le CH a survolé la série, et pu ainsi bénéficier d’un repos bien mérité avant de connaître son adversaire.

L’équipe s’appuie sur un carré défensif de haut calibre autour de Jeff Petry, Shea Weber, Ben Chiarot et Joel Edmundson. Carey Price réalise pour sa part les meilleurs playoffs de sa carrière.

Devant, Philipp Danault est l’un des meilleurs attaquants-défensifs de la NHL et a su éteindre les stars adverses dans ces playoffs. Les vétérans (Tyler Toffoli, Josh Anderson, Corey Perry, Eric Staal) ont produit, et les jeunes (Nick Suzuki, Jesperi Kotkaniemi, Cole Caufield) apportent eux aussi une contribution décisive, illustrée par plusieurs buts en prolongations.

Le carré final apparait toutefois presque comme une anomalie : les 24 victoires et 59 pts sont le plus petit total des 16 qualifiés en playoffs ! Un parcours de Cendrillon…

Dominique Ducharme le dit bien : « J’ai toujours aimé donner tort aux gens. Quand personne ne pensait que nous ferions quelque chose… c’est un carburant pour retrouver de l’énergie et se montrer à la hauteur du défi ».

Et défi il y aura : Vegas a tout de l’épouvantail. Les Golden Knights atteignent en effet le carré final pour la troisième fois en quatre saisons d’existence. Ils ont terminé en tête de la NHL cette saison avec 40 victoires et un +67 de différence de buts. Ils ont survécu à une accrocheuse équipe du Minnesota en sept matchs, avant de sortir Colorado 4-2, dont quatre victoires de rang, limitant la redoutable attaque de l’Avalanche à de maigres nombres de tirs.

Vegas a surtout brillé défensivement, avec 2,18 buts encaissés par match en saison régulière. Marc-André Fleury a obtenu une nomination pour le trophée Vézina, et tient le choc dans ces phases finales. Devant lui, tout le monde se sacrifie – 1er de la ligue en tirs bloqués -, et l’explosivité de l’attaque et notamment du capitaine Mark Stone, impressionne. Le retour de blessure de Max Pacioretty (ex-capitaine de Montréal) a lui aussi changé la donne (8 pts en 7 matchs).

Derrière ces deux vedettes, le trio Marchessault-Karlsson-Smith a l’habitude d’évoluer à ce niveau. Karlsson mène d’ailleurs son camp avec 11 pts. Janmark et Tuch apportent un danger sur la troisième ligne. Les lignes arrières, notamment Alex Pietrangelo et Shea Theodore, constituent de parfaites rampes de lancement. L’expérience est là.

Avantage Vegas, mais sous-estimer Montréal serait très risqué.

Tampa Bay Lightning – New York Islanders

L’an dernier, les deux équipes avaient bataillé six matchs au même stade : la finale de conférence Est. Tampa Bay avait fini par faire la différence, avant de remporter le titre contre Dallas.

New York cherchera à obtenir sa revanche et ce duel semble assez équilibré. Les Islanders se sont qualifiés en sortant le vainqueur de la saison régulière de la division Est, Pittsburgh, 4-2. Puis Boston a été effacé sur le même score. Dans les deux cas, New York a fait la différence par son homogénéité.

Les deux gardiens, Semyon Varlamov et Ilya Sorokin, comptent quatre victoires. La défense s’appuie sur des joueurs sous-estimés, tels Ryan Pulock et Matt Pelech. Le jeune Noah Dobson a pour sa part franchi un cap, et compte 7 pts en playoffs.

Le manager général Lou Lamoriello a travaillé fort afin d’étendre la variété offensive. Du coup, quatre des dix meilleurs marqueurs des playoffs cette saison jouent pour New York, qui dispose de la 2e meilleure attaque des playoffs (3,58 buts/match) : loin d’être une formation défensive, l’équipe entraînée par Barry Trotz sait se montrer diablement efficace devant la cage, y compris en prolongation – on se souvient de ce contre assassin de Cizikas contre Boston, ou de ce but en angle fermé de Palmieri contre Pittsburgh.

Matt Barzal reste le moteur de l’équipe et ne figure pourtant pas dans ces quatre marqueurs (9 pts). On y trouve ses acolytes Josh Bailey, Anthony Beauvillier (11 pts), Brock Nelson (10 pts) et surtout Jean-Gabriel Pageau (13). Le meilleur buteur ? Kyle Palmieri (7), décisif après une saison sans relief chez les Devils. On oubliera pas Jordan Eberle (8 pts) : chaque ligne est capable de faire la différence.

Dernier point fort, la discipline. Les Islanders sont l’équipe la moins pénalisée des playoffs. Et il faudra bien cela face au Lightning…

Logo TampaBay2 petitLe point fort de Tampa, c’est avant tout son expérience. Le Lightning atteint le carré final pour la cinquième fois en sept ans, et reste sur une victoire en finale de coupe Stanley. Le parcours n’aura pas été simple : finalement troisième de conférence, il aura fallu battre Florida (4-2) puis Carolina (4-1) malgré un désavantage de la glace. Impressionnant de rigueur et d’efficacité, le Lightning a donc éliminé deux formations qui semblaient dominantes sur la glace.

En effet, les Panthers comme les Hurricanes ont plutôt dominé le jeu à 5 contre 5. Mais à chaque fois, les chances de marquer les plus critiques (« high danger chances »), celles dans l’enclave, se trouvaient plutôt favorables à Tampa. Il faut dire que les joueurs de Jon Cooper ont su chasser les gardiens de ces deux équipes grâce à un jeu de passes cliniques et un avantage numérique dévastateur…

Le meilleur marqueur des playoffs est donc Nikita Kucherov, qui compte 18 pts. Le Russe a manqué toute la saison à cause d’une opération à la hanche. Son retour, juste à temps pour les playoffs, transforme radicalement son équipe. Un retour qui fait grincer des dents, tant l’équipe dépasse le plafond salarial – ce qui est autorisé en phase finale.

Pourtant, c’est oublier une chose importante : huit équipes étaient dans le même cas, dont… les Islanders, 3e masse salariale de ces playoffs !

Quoi qu’il en soit, Tampa compte quatre des cinq meilleurs marqueurs de ces playoffs. Derrière Kucherov, on trouve le capitaine Steven Stamkos (13 pts) et Alex Killorn (12), mais surtout Brayden Point (12), meilleur buteur de la NHL avec 8 réalisations (ex-aequo avec Brad Marchand et Nathan MacKinnon, désormais en vacances), dont un but lors des trois derniers matchs contre Carolina. Point est tout simplement n°1 en buts cumulés sur les quatre dernières saisons de playoffs (30), et a l’étonnante capacité de se montrer dès que l’enjeu monte. À 25 ans, il est tout simplement dominant, par ses qualités d’entrée en zone en contrôle, sa créativité à la passe et sa science du placement devant le but.

Derrière ces atouts, la troisième ligne Goodrow-Gourde-Coleman, décisive l’an dernier, a repris son travail de démolition. Tyler Johnson s’est lui réveillé contre Carolina et apparait comme un luxe en quatrième ligne.

Le « big four » en défense s’appuie sur Victor Hedman, qui mène la ligue avec 10 pts depuis les lignes arrières. Aux côtés de Ryan McDonagh, Mikhail Sergachev et Erik Cernak, le Suédois a élevé son niveau de jeu après une saison moyenne – qui lui a tout de même offert une nomination au trophée Norris que plusieurs experts trouvaient généreuse. Au vu des playoffs qu’il réalise, finalement… Le renfort de David Savard complète une défense solide.

Et évidemment, il reste ensuite à franchir le meilleur gardien du monde : Andrei Vasilevskiy. Secoué par Florida, il a su fermer la porte au meilleur moment, signant un blanchissage à chaque match décisif pour la qualification. Imperturbable, il réalise des arrêts routiniers, rend faciles des tirs difficiles. Un dernier rempart qui fait du Lightning de Tampa Bay l’équipe à abattre dans ces phases finales.

Tampa Bay pour le doublé ? Vegas enfin récompensé ? La renaissance des Islanders quarante ans plus tard ? Ou l’honneur du Canada pour une première depuis 1993 ? Faites vos jeux !

Les commentaires sont fermés.