Bilan KHL 2020/21 (I) : un flou chinois et un voleur de crosse

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Notre bilan de la saison de KHL et de ses histoires étonnantes se décomposera en trois parties. La première est consacrée aux clubs éliminés des play-offs.

 

Vityaz Podolsk (17e) : une ligne dominante n’a pas suffi

VityazDans une KHL soumise à un plafond salarial, une ligne dominante pouvait-elle la clé pour accéder aux play-offs ? Les autres équipes éliminées ne comptent aucun joueur dans les 20 meilleurs marqueurs de la ligue et enviaient souvent le Vityaz Podolsk, qui en compte deux avec Justin Danforth, cinquième (puis étonnamment champion du monde avec le Canada), et le capitaine letton Kaspars Daugavins, onzième.

De fait, le club de la région de Moscou a pu compter sur une très forte première ligne Tedenby-Danforth-Daugavins, capable de faire des ravages grâce à l’agilité et à la vivacité des deux petits gabarits (Mattias Tedenby et Danforth), complétés par l’intensité de leur collègue balte. Cela n’a pourtant pas suffi. Le Vityaz n’a même pas pu disputer une « finale » pour la qualification au dernier match de saison régulière contre le Spartak. Il a été éliminé juste avant en perdant ses rencontres précédentes. Certains ont pointé comme responsable de cet échec Linus Hultström, dont les erreurs auraient coûté les points décisifs, mais cela n’a pas empêché le défenseur – très – offensif suédois d’être embauché par un grand club (Magnitka).

D’autres fustigent donc plutôt l’entraîneur Mikhaïl Kravets, qui n’a pas répété la performance de sa première saison. Il n’aurait pas su suffisamment motiver l’équipe qui a trop souvent « décompressé » contre un adversaire plus faible après avoir réussi une grosse performance. Dans tous les cas, au vu des conditions dans lesquelles cet effectif a été assemblé (une baisse de salaire forcée de 25% au dernier moment en août), il est peu probable que le Vityaz puisse refaire le coup une seconde fois. Pas sûr que le premier trio soit aussi fort la saison prochaine…

 

Sibir Novosibirsk (18e) : mêmes ingrédients, résultat moins goûtu

Au printemps 2020, le Sibir Novosibirsk passait un tour de play-offs mais était interrompu dans son élan par l’arrêt forcé du championnat. Cette fois, il a franchement raté sa saison et a été éliminé. Il s’est pourtant appuyé sur les mêmes ingrédients, en remettant essentiellement son destin sur ses renforts finlandais. Il continuera de le faire pour ce qui est du gardien Harri Säteri et du défenseur Jyrki Jokipakka, même si leurs performances ont été décevantes en début de saison quand les Sibériens ont perdu de points qu’ils n’ont jamais rattrapés. En revanche, les attaquants Mikael Ruohomaa et Juuso Puustinen ne seront pas conservés.

Après une très belle première saison, l’entraîneur Nikolaï Zavarukhin a été la principale victime de cet seconde saison moins favorable. On ne lui a jamais proposé de prolongation. Le contrat du manager Kirill Fastovsky est en revanche toujours en cours, même s’il a échoué lui aussi (aucun des renforts arrivés en cours de saison n’a amélioré la situation).

Fastovsky a fui la presse, et a même paru fuir ses responsabilités. Le défenseur Vitali Menshikov – le joueur qui mettait le plus de mises en échec et une figure historique du club – a ainsi été surpris en octobre d’apprendre de la bouche de son coach que le manager ne voulait plus de lui, sans que celui-ci assume de lui annoncer et expliquer sa décision. Les résultats moins bons ont sans doute rejailli sur l’ambiance dans l’équipe. Lassé de ne plus jouer, Vladimir Pervushin a par exemple mis un terme à sa carrière à 34 ans en plein milieu de la saison pour devenir entraîneur de jeunes au sein du club, un poste mal reconnu de nos jours en Russie, et financièrement peu gratifiant.

 

Amur Khabarovsk (19e) : l’entraîneur qu’on savait condamné

La saison de l’Amur Khabarovsk semblait condamnée avant même d’avoir débuté. Après le départ de l’entraîneur Gulyavtsev pendant la pré-saison, l’adjoint Pavel Torgaev s’était vu confier l’équipe dans des conditions très difficiles : ses joueurs étaient tour à tour tombés malades du Covid-19, et lui-même l’a attrapé. Sa santé n’a pas suscité la moindre pitié. Après une victoire suivie de six défaites, il a été viré, et Sergei Svetlov a alors pris sa place. Il avait été envisagé d’embaucher celui-ci en août, et cela aurait finalement été plus simple et préférable pour tout le monde.

Arrivé fin septembre, Svetlov a sans doute manqué de temps pour travailler, même si son système de jeu est assez simple et dépend surtout de l’absence d’erreurs individuelles. Un système dans lequel Nail Yakupov n’avait plus vraiment sa place. Le club s’est démené pour échanger sa recrue-surprise et obtenir une compensation financière : Yakupov a été échangé à l’Avangard, un deal gagnant-gagnant, surtout pour l’ancien numéro 1 de draft NHL qui aura soulevé le premier trophée de sa carrière (sans vraiment y contribuer puisqu’il était blessé pour les play-offs).

Même l’international tchèque Tomas Zohorna, figure du club depuis six saisons et devenu capitaine, est rentré au pays fin janvier parce que sa femme accoucherait bientôt. Les honneurs qui lui furent alors rendus impliquaient clairement qu’il ne reviendrait plus. Le club s’est peut-être trouvé un nouveau leader plus local avec son nouveau meilleur marqueur Vladimir Butuzov, un Sibérien qui avait déjà passé trois ans à Vladivostok (dans l’autre équipe d’Extrême-Orient qui fera son retour la saison prochaine) et qui a récolté ses premières sélections en équipe de Russie grâce à cette bonne saison.

 

Neftekhimik Nijnekamsk (20e) : ce n’est finalement pas si horrible ici

Le Neftekhimik Nijnenamsk a fini avec la pire défense de la KHL. Le poste de gardien n’y est peut-être pas étranger. Konstantin Barulin, solide titulaire la saison passée, n’a joué qu’un tiers des rencontres cette fois, parce qu’il n’a obtenu que 3 des 19 victoires du club. Lui qui avait toujours eu de bonnes stats a fini sous les 89%, bien en dessous de son collègue (Evgeni Ivannikov). Ancien MVP des play-offs 2011, ce qui lui avait valu de garder la cage de l’équipe de Russie et d’être champion du monde en 2021, Barulin a connu une triste fin en étant viré par le club tatar le 11 janvier. À 36 ans, il ne souhaitait pas prendre sa retraite pour autant et a retrouvé un club en République tchèque (Pardubice) dix jours plus tard pour finir la saison.

Que la faible performance défensive provienne du système de jeu ou bien des joueurs et gardiens, la responsabilité en revient dans tous les cas à Vyacheslav Butsaev puisque l’entraîneur avait aussi la responsabilité du recrutement, un privilège rare en KHL. Il travaillait aussi avec un budget limité. Des négociations ont eu lieu en fin de saison, mais les parties ne se sont pas entendues sur une prolongation de contrat. On pouvait alors craindre que le Neftekhimik doive repartir à nouveau de zéro, car il avait annoncé le départ de tous ses étrangers… mais ce ne sera pas tout à fait le cas.

Parti finir la saison à Lausanne, Libor Hudacek a eu la malchance de se fracturer le tibia à son quatrième match. S’il espérait initialement rester en Suisse, le club vaudois préférait attendre de voir comment son os se reformerait lorsque le plâtre serait enlevé. L’international slovaque, qui n’avait jamais connu de blessure si grave, a préféré jouer la sécurité en signant un contrat sans attendre avec le Neftekhimik. Il s’est plutôt plu en expliquant aux journalistes slovaques que Nijnekamsk n’était « pas aussi horrible que nous le pensions ». Ce sera pris pour un beau compliment dans une ville souvent vilipendée… Sa famille ne se plaignait pas, en habitant à côté d’un joli parc, et lui-même parle maintenant bien le russe. Avec 17 points, 21 assists et une fiche positive (+3), Hudacek a connu une saison solide qui peut en faire un leader précieux.

 

HK Sotchi (21e) : beaucoup de jeunes mais peu de révélations

Il y a eu peu de licenciements d’entraîneurs cette saison en KHL, et ils étaient prévisibles dès l’intersaison. On a déjà évoqué le cas de Khabarovsk. Aleksandr Andrievsky, l’ancien capitaine de l’équipe nationale du Bélarus, a été viré après 13 matches, un peu moins d’un an après son arrivée. Les résultats (avec un calendrier difficile) expliquaient bien ce renvoi, mais ce n’était pas le seul motif. Une semaine plus tôt, un conflit interne avait éclaté dans l’effectif, et les autres joueurs s’étaient opposés à deux membres de l’équipe. L’entraîneur Andrievsky les avait soutenus, mais avait été désavoué par le directeur sportif Andrei Zyuzin. Celui-ci l’a remplacé par un coach plus malléable car inexpérimenté, Evgeni Starovsky, qui entraînait l’équipe junior à Cherepovets avec à peine quelques semaines d’expérience auprès de l’équipe première comme adjoint.

Zyuzin a totalement refondu l’équipe à sa façon. En quelques mois, il a remplacé 90% des joueurs et entraîneurs. Dans une équipe où les étrangers n’étaient pas performants, il avait beau jeu d’en rejeter la faute à son prédécesseur qui les avait recrutés. C’est bien Zyuzin qui a échangé le seul renfort étranger susceptible de mener l’offensive, Malte Strömwall, au SKA Saint-Pétersbourg en échange de trois jeunes. Une politique totalement assumée : Zyuzin ne fait pas mystère de ses liens forts avec le staff du SKA – qui est aussi celui de l’équipe nationale – et souhaite faire du HK Sotchi une plateforme pour donner du temps de glace aux jeunes joueurs russes en KHL, temps de glace qu’ils n’ont pas dans les grands clubs.

Le bilan de cette stratégie n’est toutefois pas totalement convaincant. Le contraste entre le discours et la réalité était béant aux yeux des supporters, dont certains appelaient même à boycotter le club. S’il est vrai que les leaders de l’équipe ont été russes, le meilleur marqueur Sergei Shmelyov – qui a obtenu ses premières sélections internationales en février – effectuait sa quatrième année à Sotchi. Ce n’est donc pas une découverte. Le jeune joueur qui a le mieux bénéficié du temps de jeu pour s’exprimer, c’est le défenseur offensif Daniil Miromanov avec ses 29 points. Mais comme les Vegas Golden Knights l’ont signé en mars pour la saison prochaine en le testant en AHL pour la fin de saison, il ne risque pas de profiter beaucoup au SKA et/ou à l’équipe de Russie. Les autres jeunes n’ont pas encore franchi un cap.

Si Sotchi a fini avec la pire attaque de KHL (2,01 buts par match), c’est aussi parce qu’elle manquait cruellement d’expérience au poste de centre, où seul Nikita Tochitsky avait assez de bouteille. En particulier, German Rubtsov, prêté par les Flyers de Philadelphie, n’a pas saisi l’opportunité de démontrer le potentiel qu’on lui prédisait : tant en buts (3), points (11), engagements gagnés (seulement 41%) ou passes réussies (à peine 68%), la saison de ses 22 ans n’a rien eu de folichon pour un ancien premier tour de draft NHL.

 

Kunlun Red Star (22e) : un projet un peu vidé de sens

En interdisant quasiment tout contact entre la Chine et l’extérieur, la pandémie mondiale semble avoir privé de sa raison d’être le Kunlun Red Star. Quel intérêt d’un club qui ne se présente pas devant le public chinois et qui évolue en Russie avec des joueurs russes ou nord-américains ? Il a encore un peu fait parler de lui, notamment en novembre lorsque Stephanie Klein – qui travaillait avec l’équipe féminine de l’organisation – est devenue la première femme responsable du matériel d’une équipe de KHL pour remplacer l’habituel titulaire du poste, malade (Dmitry Safonov). Ce n’est pas un poste si évident car l’argent manque même pour le matériel au sein du club.

Sportivement, Kunlun n’intéresse plus guère et a fini sans gloire à l’avant-dernière place. Financièrement, les salaires impayés ont rendu le club peu attractif. L’entraîneur Aleksei Kovalev a conclu que le challenge n’en valait pas la chandelle et refusé la proposition de prolongation.

Et le projet olympique dans tout ça ? C’est le flou total. Curt Fraser – viré du Kunlun Red Star l’an dernier sans recevoir ses indemnités – vient de démissionner de son poste de sélectionneur national pour raisons personnelles. L’équipe de Chine n’a plus joué depuis la pandémie, et personne ne sait à quoi elle ressemblera. On a une petite idée tout de même : maintenant qu’ils ont passé deux années complètes avec l’équipe du Kunlun Red Star restée sous licence chinoise, les Canadiens Spencer Foo et Tyler Wong sont maintenant éligibles à l’équipe nationale.

 

Dinamo Riga (23e) : des malades et un voleur de crosse

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Martins Dzierkals

Le Dinamo Riga a connu la pire saison de l’histoire de la ligue, et elle a été gâchée d’entrée. L’équipe a été infectée en deux vagues par la Covid-19, début septembre puis mi-octobre, perdant deux matches par forfait à chaque fois. Dans l’intervalle, les Lettons ont dû aligner des juniors pour ne pas subir d’autres défaites sur tapis vert. Le Dinamo Riga ne comptait que 2 victoires en 2 mois, et avait déjà commencé à dégraisser son effectif à la trêve de novembre en renvoyant les vétérans internationaux lettons Mikelis Redlihs et Gints Meija. En manque de vécu commun, le système de jeu n’a pas vraiment pu se mettre en place et le Dinamo Riga n’a jamais été compétitif, avec à peine 9 victoires en 60 rencontres.

Peteris Skudra continuait de mettre la pression sur ses hommes, en les clouant parfois sur le banc après une mauvaise présence, mais avec le budget en baisse du club letton, cette méthode de management tombait à plat faute d’alternative crédible pour mettre en place cette concurrence interne. Même si le Dinamo a utilisé 45 joueurs et 8 gardiens (!), les leaders ont été toujours les mêmes, Miks Indrasis et Lauris Darzins, plus le jeune Martins Dzierkals qui est aussi devenu une alternative offensive en équipe nationale de Lettonie. In fine, alors qu’une prolongation semblait un temps envisagée, le comité directeur a décidé de ne pas renouveler sa confiance en Skudra.

Il ne servait à rien de cherchait une responsabilité individuelle dans une équipe collectivement trop faible. Le duo de gardiens Galimov/Proskuryakov, que le coach Peteris Skudra avait eu sous ses ordres au Torpedo, n’a certes jamais eu de bonnes stats, en dessous de 89% d’arrêts… mais tous les jokers embauchés ensuite ont fait encore pire : il faut dire qu’Aleksandr Lazushin a gardé la cage derrière des juniors pendant l’épidémie et que Zane McIntyre ne s’était pas entraîné depuis quatre mois. Une interview de Stanislav Galimov à Sport Express explique la situation qu’il a vécue : « Je vais vous dire comment on était traité pour le Covid à Riga. Nous étions confinés dans notre appartement, on nous a apporté un thermomètre, de la vitamine C, et on nous a dit de commander nous-mêmes de la nourriture. Nous avons repris le jeu sans délai, et cela a entraîné des blessures. Une fois guéri, j’ai joué dix matches de suite. J’ai ressenti une douleur musculaire. Lors du match à Cherepovets, on m’a dit de me reposer et on a titularisé Ilya Proskuryakov. À la mi-match, Ilya a été remplacé après deux buts encaissés. Je suis entré à froid, j’ai dû faire des sauts et le muscle m’a fait mal. Après des traitements, cela semblait aller mieux. Puis, il ne restait que moi et le jeune Bruno Bruveris parmi les gardiens. Ils m’ont dit que je devait jouer. Je me suis fait une déchirure au bout de cinq minutes. J’ai dit à Peteris que je voulais être opéré en Allemagne, où cela coûtait 10 000 euros, et pas ici. Peteris m’a dit qu’on me rembourserait 2 000 € (le coût de l’opération équivalente à Riga). J’ai envoyé tous les documents et reçus, mais quand Peteris a été viré, j’ai compris que cela ne servirait à rien.

Il n’y a donc rien de bon à retirer de cette saison… sauf pour un homme qui en a gardé un souvenir. Le défenseur canadien Jordan Murray a choqué la KHL lorsqu’il a volé la crosse d’Ilya Kovalchuk lors d’un match contre l’Avangard. Un comportement étrange alors qu’il aurait pu la demander à la star s’il y tenait tellement…

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