Cinq jours après avoir annoncé qu’Oleg Znarok serait l’entraîneur de la Russie aux prochains Jeux olympiques, le président de la fédération russe (FHR) Vladislav Tretiak a été contraint à un rétropédalage : non, finalement il sera juste adjoint et le sélectionneur sera Aleksei Zhamnov ! Une volte-face qui ne fait pas sérieux pour un grand pays de hockey, mais qui s’explique par une lutte d’influences entre FHR et KHL qui a abouti à une solution de compromis.
Il y a quelques mois, déjà, Znarok avait déjà failli être nommé entraîneur du Dynamo avant que le club annule sa venue juste avant la conférence de presse d’annonce. Décidément, il y a souvent des retournements en KHL, et pas seulement en match : voici notre dernier volet de la présentation de la ligue russe, celle qui regroupe trois des principaux favoris au sein de la division Tarasov.

Pourrait-il revenir par une autre Coupe Gagarine ? Le Dynamo dispose d’un atout pour cela, le meilleur joueur du championnat Vadim Shipachyov. Certes, il n’aura plus ses ailiers Jaskin (Arizona) et Kagarlitsky (Kazan). Mais le club a jugé qu’il était plus facile de les remplacer que de trouver un centre du niveau de Shipachyov. Celui-ci était tout aussi convoité, mais pour contrer les propositions de l’Avtomobilist, les Moscovites ont mis les gros moyens : un contrat de trois ans à 95 millions de roubles comptabilisés dans le plafond salarial. En réalité, un « super-bonus », dans les règles, permettra de plus que doubler ce salaire si Shipachyov termine dans les trois meilleurs compteurs du championnat.
Shipachyov s’y applique, même avec des ailiers bien moins prestigieux. Il sert maintenant le buteur Stanislav Galiev (ex-Kazan), qui a nettoyé les lucarnes dès la présaison. Le troisième homme était initialement Aleksandr Petunin, de retour du Severstal, mais il a perdu sa place au profit de Dmitri Rashevsky, un quasi-débutant qui atteint tout juste 21 ans et qui brille soudain alors qu’il n’avait jamais été sélectionné dans les équipes nationales juniors. Il suffit d’être placé aux côtés de Shipachyov pour voir ses stats s’envoler !
La stratégie d’économiser sur les ailiers de première ligne a permis au Dynamo de renforcer la défense avec Vyacheslav Voinov, qui a compris en une année sabbatique qu’il était définitivement persona non grata en NHL après son affaire de violence conjugale, et Andrei Pedan, défenseur très physique qui a appris à se discipliner. De ce fait, les bleu et blanc, qui avaient deux étrangers à l’arrière, se sont séparés de celui qui restait, l’international slovaque Michal Cajkovsky, devenu superflu. Le Dynamo n’utilise donc pas ses cinq places d’étrangers : il n’en compte que trois, dont un blessé pour de longs mois (Oscar Lindberg). S’il est capable de tenir le haut du pavé comme cela, pourrait-il être encore plus fort s’il trouve des ouvertures sur le marché international (très bouché cet été) ? C’est un élément qui peut en faire un prétendant très sérieux au titre.

Certes, les nouveaux étrangers paraissent moins forts. Le défenseur offensif John Gilmour est plus jeune que son prédécesseur Mat Robinson, mais pas meilleur dans sa zone. Le gardien Adam Reideborn ne présente pas les mêmes gages de sécurité que son compatriote Lars Johansson. Les recrues suédoises ne font pas rêver, et Lucas Wallmark débarque au poste de centre numéro 1 (après le départ de Shalunov) après une dernière saison NHL plus difficile où il a peu de temps de jeu et n’a inscrit aucun but. Mais les économies réalisées sur les imports ont permis de faire revenir un Mikhail Grigorenko frustré en NHL – le manager Kekäläinen l’avait recruté à Columbus mais le coach Tortorella le dédaignait et l’avait vite relégué en quatrième ligne – avec un contrat de 3 ans pour les meilleures années de carrière.
Le CSKA a su réaliser quelques bons coups. Il a obtenu par échange Ivan Fedotov qui avait un contrat bon marché au Traktor et dispose ainsi d’un concurrent plus sérieux à Reideborn pour le poste de gardien titulaire. Le défenseur international Nikita Nesterov, qui avait refusé le contrat le plus cher de la KHL l’an dernier pour signer à Calgary, est piteusement revenu pour 20% du salaire proposé à l’époque (!). Ouvertement critiqué à Magnitogorsk pour son comportement, Sergei Plotnikov a été récupéré à bon prix et répond sur la glace sous ses nouvelles couleurs avec beaucoup d’engagement et un jeu très direct à la cage. Malgré le plafond salarial, l’effectif reste encore solide, même s’il a fallu que le vétéran Aleksandr Popov rempile encore à 41 ans pour conserver de la densité.
L’effectif n’est donc pas le sujet. Mais à une semaine du début de l’entraînement, le CSKA a renvoyé son entraîneur Igor Nikitin, qui avait pourtant deux ans de contrat. En quatre années, il avait pourtant amené une Coupe Gagarine et qualifié systématiquement son équipe en finale (sauf quand le coronavirus avait arrêté la saison). Mais son jeu qualifié de plus en plus souvent de robotique commençait à lasser. Un style plus offensif, plus dans la tradition du club, voilà les motifs qui ont conduit à la nomination de Sergei Fedorov, soutenue par plusieurs dirigeants influents du club dont la dernière légende des années 1970 Boris Mikhaïlov. Mais même s’il était considéré comme un des joueurs les plus intelligents de la NHL dans les deux sens de la glace, Fedorov peut-il automatiquement devenir un bon entraîneur ? Il récupère une équipe qu’il n’a pas choisie et s’est privé en plus de la possibilité de s’appuyer sur l’adjoint Dmitri Yushkevich, qui avait fait de la défense du CSKA la meilleure du pays mais qui a été viré à son tour fin août. Fedorov détricote le système de Nikitin, mais arrivera-t-il à proposer quelque chose de convaincant à la place ?

Si le Loko a si vite changé de coach, c’est que ses résultats (7 points en 9 matches) n’étaient pas du tout à la hauteur des attentes. Le club avait en effet sorti les gros moyens pour recruter le meilleur marqueur de l’Avangard champion en titre (Reid Boucher) et le meilleur centre du CSKA vice-champion, (Maksim Shalunov). Ils débarquent dans un effectif très stable, qui intègre comme aucun autre les nombreux joueurs formés au club qui constituent une base forte à un prix abordable, permettant d’investir dans des recrutements ciblés. Le Lokomotiv Yaroslavl est ainsi souvent cité comme favori en début de saison, au moment où les regards étaient fixés sur lui pour le dixième anniversaire de la tragédie aérienne qui avait coûté la vie à toute une équipe.
Cet anniversaire a donné lieu à des commémorations dans toute la KHL, mais n’a pas été exempt de polémiques. Le producteur d’un film sur la tragédie a accusé le président du club Yuri Yakovlev de tout faire pour que le film ne sorte pas et d’avoir « commandé » des mauvaises critiques. Ce film, tourné rapidement, a concentré sa dramaturgie sur des personnages de proches des joueurs et de fans, les hockeyeurs eux-mêmes étant souvent présentés de dos (ce qui permet d’incruster des vraies images de match). Bien des points peuvent prêter à la critique, comme l’accent tchèque « cliché » prêté à Rachunek et Vasicek.
Le « consultant hockey » de la réalisation Vyacheslav Fetisov – qui apparaît dans une scène – n’a aucun lien avec le Lokomotiv et l’autre consultant prévu Andrei Kovalenko s’est vite retiré du projet lorsqu’un document de consentement a été demandé aux proches des disparus. Ceux-ci sont parfois aussi virulents contre le film que le club, qui a publié le communiqué suivant : « D’abord, nous croyons que la production d’un tel film arrive à un moment inopportun. De plus, le script est extrêmement superficiel et ne représente pas au public l’échelle, la profondeur et l’irréversibilité de la tragédie de l’équipe du Lokomotiv, reconnue par la communauté mondiale comme une des plus terribles de l’histoire du sport. […] Nous soutenons l’initiative de la réalisatrice Elena Mikheeva d’une série de documentaires de 30 minutes sur chacun des membres décédés de l’équipe. Nous sommes absolument sûrs que la catastrophe monstrueuse du Lokomotiv ne peut pas et ne devrait pas devenir une occasion de réaliser les ambitions créatives et financières de quelqu’un, dans une approche peu scrupuleuse des sentiments et opinions des gens qui ont souffert d’un deuil douloureux. »

Après l’échec du dernier championnat du monde, l’équipe nationale du Bélarus a changé d’entraîneur et Craig Woodcroft a été nommé à sa tête. Le Canadien cumule donc les fonctions en club et en sélection, et on a craint le pire pour son avenir quand le Bélarus a perdu contre la Pologne en qualification olympique en subissant les foudres présidentielles dès le lendemain. À défaut de qualification, le pays a mieux fini le tournoi et est sorti la tête haute. Woodcroft est donc encore en poste.
Lors du dernier Mondial, le précédent sélectionneur Zakharov avait jeté une pierre dans le jardin de Woodcroft en accusant le Dynamo Minsk de n’avoir pas préparé les gardiens pour l’équipe nationale. Maintenant qu’il a des responsabilités étendues, le Canadien prend bien soin de ne pas commettre la même erreur. Au contraire, il fait pleinement confiance au prometteur Aleksei Kolosov qui se retrouve titulaire à seulement 19 ans. C’est la grande surprise et la meilleure nouvelle pour l’avenir du Bélarus, à un poste qui était son grand point faible.
Aux autres positions, le Dynamo Minsk s’était donné les moyens d’être compétitif par son recrutement estival. Il a certes cédé son défenseur international Stepan Falkovsky au SKA, mais en retour du très bon Lukas Bengtsson, sachant qu’il n’a pas de nombre limite de joueurs étrangers contrairement aux clubs russes. Tout comme le Bélarus peut compter sur la Russie pour le défendre contre les sanctions, Saint-Pétersbourg est venu en aide en envoyant également l’attaquant Malte Strömwall. Ce sont au total six Suédois qui occupent des positions-clés, dont Mario Kempe qui vient densifier le poste de centre et le technique Mattias Tedenby. Le Dynamo ne devrait donc pas susciter la colère du président de la République…

C’est la seule réussite d’un début de saison compliqué, qui a vu l’entraîneur Andrei Razin sévir assez vite. Dès la fin septembre, il s’est débarrassé de deux joueurs qu’il avait pourtant recruté à l’intersaison puisqu’il est aussi directeur général. Ildar Shiksatdarov (ex-Neftekhimik) a accumulé une fiche de -3 en quatre rencontres avec un faible temps de jeu. Kirill Rasskazov (ex-Amur) avait déjà déçu en présaison alors qu’il avait débuté en première ligne, et il a été écarté après un -5 en à peine trois matches.
Le rude Razin a toutefois montré aussi des qualités de patience avec ses gardiens. Même en sachant que le numéro 1 Vladislav Podyapolsky serait blessé au moins jusqu’en janvier, il n’a jamais critiqué ses deux doublures. Dmitri Shugaev, qui atteint ses 23 ans, avait déjà démontré un caractère plein de confiance, et l’international biélorusse Konstantin Shostak – qui a vécu un dernier Mondial désastreux à 68% d’arrêts – s’est libéré d’un poids psychologique quand il a enfin remporté sa première victoire en KHL.

Mais il semble que le Dinamo ait enfin décidé de faire les charges dans l’ordre. Avec Zubov, Le club letton a engagé son entraîneur avant la mi-avril, et non pas à la fin de l’été. Il a engagé dans la foulée ses deux gardiens, Jonas Mattsson, double champion d’Europe avec Frölunda, et Matej Machovsky du Sparta Prague. Il a ensuite construit sa défense en rapatriant les deux internationaux expérimentés Oskars Cibulskis et Ralfs Freibergs, qui viennent tous deux de passer quatre saisons en Extraliga tchèque. Et c’est seulement à la fin, une fois ce socle établi, qu’il s’est occupé du chantier offensif, ce qui passait par des étrangers puisque les attaquants lettons majeurs revenus au club l’an passé (Indrasis, Dzierkals et les frères Bukarts) sont déjà tous repartis.
Cette construction étage par étage est presque même trop théorique dans son déroulé, mais cela rassure de la part d’un club qui a parfois eu des effectifs mouvants et une ligne floue. Comme il a l’avantage en tant que club étranger de n’avoir aucune limite à respecter, le Dinamo s’était souvent dispersé dans son recrutement en multipliant les profils peu convaincants. Mais cet été, il a même engagé un joueur déjà bien établi en KHL, l’attaquant tchèque Lukas Radil (ex-Spartak), ce qui présente moins de risques d’adaptation à la ligue. Cela ne ramènera peut-être pas les Lettons en play-offs (où leur dernière participation date de 2014), mais au moins ils ne seront plus de simples faire-valoir.









































