Philippe Bozon : « On sait que le maintien se joue à plus d’une seule victoire »

Philippe Bozon et le banc français - Photo Michel Bourdier
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Promue en élite mondiale suite à l’exclusion de la Russie des Championnats du monde, l’équipe de France masculine ne voyagera donc pas à Ljubljana en Slovénie, mais à Helsinki, en Finlande. Un changement de programme qui contraint le staff des Bleus à s’adapter. Philippe Bozon a pris le temps de répondre aux questions d’Hockey Archives et de commenter sa pré-liste de 52 joueurs.

Photo Michel Bourdier

Hockey Archives : Vous voila donc promus en élite de manière bien bizarre. Comment le vivez-vous ?
Philippe Bozon : Cela fait trois ans que tout est bizarre ! On a payé cher le Covid, en étant inactif, privé de Championnats du monde et de la chance de pouvoir remonter. Nous avons en quelque sorte mangé notre pain noir. Sportivement, c’est une nouvelle positive, mais les raisons ne sont, elles, pas réjouissantes. Comme cela n’est pas de notre contrôle, nous allons rester sur le positif. Il a fallu vite réorganiser notre préparation et plein d’autres choses. Vu qu’il y a eu si peu de positif pour nous depuis trois ans, nous allons prendre cette montée positivement.

HA : Quels sont les changements dans la préparation, entre un Mondial à six et des Mondiaux élite ?
PB : Cela m’enlève un casse-tête pour les joueurs. La Division 1A était en conflit de calendrier avec quatre ou cinq championnats majeurs en Europe et les potentielles finales pour quelques joueurs. Plusieurs peuvent aller au bout. Là, les joueurs seront disponibles, du coup. Cela nous donne deux semaines de plus à combler. Nous voulions décaler le début de la préparation, mais avec l’Euro Hockey Challenge la Suisse et la Lettonie ne pouvaient pas décaler. Nous avons réussi à combler les semaines trois et quatre, et compterons donc huit matchs de préparation.

HA : Cela explique la liste élargie ?
PB : Oui, vu les conflits de date nous étions obligés. Et je ne sais même pas si j’aurais treize attaquants la première semaine ! Il y a beaucoup de scenarii sur la table, entre la Magnus et les autres ligues qui finissent. Nous n’avions pas pu faire le stage de février. Certains joueurs n’ont pas pu être vus à ce moment-là, à l’image de Hordelalay qui fait une grosse saison en Magnus.

Retrouvez la liste sur le site de la Fédération Française de Hockey sur Glace

HA : Et physiquement, jouer sept matchs au lieu de cinq ?
PB : Pour la préparation physique, nous allons avoir la chance de bénéficier du calendrier de la Russie au mondial, qui est bien mieux adapté que celui de notre place habituelle, plus condensé. Notre planning est bien balancé, on ne va pas se plaindre. Ce sera différent de la préparation pour le TQO. Le Covid a frappé beaucoup de championnats en décembre-janvier, il y a eu aussi les Jeux olympiques. Cela a condensé les calendriers partout. Nous ferons une préparation très individualisée, car certains ont déjà fini donc il faudra faire un travail physique, alors que d’autres, encore en course, seront plus en régénération, car il jouent tous les deux jours.

HA : La France sera donc dans la poule d’Helsinki, avec l’Italie et le Kazakhstan. C’est une poule plus accessible que celle de Tampere ?
PB : C’est une poule homogène. Dans l’autre, il y a Tchéquie, Finlande, Suède et États-Unis, donc quatre matchs très difficiles. Dans la nôtre, nous jouerons le Canada au dernier match. La Slovaquie semble au dessus, même si nous ne connaissons pas encore l’effectif. L’idée c’est de jouer tous les matchs à fond pour tenter de prendre des points dès que possible. Il y a l’Allemagne, la Suisse, le Danemark aussi, on ne va pas de focaliser sur deux matchs. On sait que le maintien se joue à plus d’une seule victoire.

HA : Il faudra aussi assumer une grosse perte d’expérience avec les retraites de Hardy, Manavian et Hecquefeuille ?
PB : On s’y emploie depuis le premier stage après le TQO. Les joueurs savent qu’il y a des opportunités qu’ils attendent depuis longtemps. La concurrence est réelle, à chacun de saisir sa chance. Il nous reste de l’expérience. On est aussi tributaires des quelques joueurs NHL selon leurs programmes. Nous conservons un bon groupe de vétérans pour inculquer les valeurs de l’équipe de France. Les jeunes joueurs de Magnus ou des ligues européennes progressent et vont devoir montrer qu’ils sont prêts.

HA : Si l’on revient à la pré-liste poste par poste, un mot sur les cinq gardiens ? Avez-vous pu observer Quentin Papillon en Norvège ?
PB : J’ai transféré tous les matchs au coach des gardiens. Papillon a joué dans une équipe faible, avec quarante à cinquante shoots par matchs, ce qui donne beaucoup de buts et beaucoup de travail. C’est difficile d’évaluer le niveau de ce championnat et de son équipe. Il manque de références au niveau international, avec le seul tournoi de décembre – et encore son match a été annulé ! Là nous allons jouer des gros matchs, au niveau supérieur à la D1A. Il y a huit matchs de préparation pour l’évaluer, lui et les autres. On aimerait le lancer assez tôt, contre la Suisse et la Lettonie. Dans tous les cas, nous voulons avancer vite afin d’identifier les trois gardiens qui feront le voyage. Nous discutons du plan avec le staff. Nous commençons par deux semaines avec la Suisse et la Lettonie, deux adversaires de qualité, et j’aimerai que nous ayons tranché après ces matchs.

HA : En défense, deux vétérans à la retraite et plusieurs jeunes dans la pré-liste…
PB : Depuis le TQO on savait en effet que nous allions perdre deux joueurs au moins. Il y avait la volonté de mettre les potentiels le plus possible dans les stages. Ce sera la même dynamique avec cette préparation longue. Nous voulons leur donner de l’expérience et évaluer ces joueurs. Même s’ils sont coupés, ils auront reçu de l’expérience et nous aurons préparé l’avenir. C’est le double objectif de notre planification sur l’année.

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Photo Benoit Mantel

HA : Dans le détail, quelques novices comme Lucien Onno, Jules Boscq, Enzo Cantagallo…
PB : Lucien Onno n’avait pas pu faire ses débuts avec nous à cause d’une blessure, mais j’aime bien ce que j’ai vu de lui en Magnus. A voir ce que cela donnera contre des adversaires plus forts. J’aime bien son attitude et sa progression, c’est intéressant. Jules Boscq est un beau talent depuis un moment. J’attendais un peu mieux de sa saison et de son Mondial U20 cependant, avec le potentiel qu’il a. Enzo Cantagallo se comporte bien aussi en Magnus. Axel Prissaint a lui été retardé par une blessure. On aurait bien aimé l’avoir l’été dernier. Il a besoin de confirmer, d’être dans la continuité.

HA : En attaque, il y a tout d’abord le cas de nos joueurs NHL. Qu’en est-il ?
PB : Bellemare est dans une équipe qui a des chances d’aller loin. Pour Texier et Roussel, leur situation est similaire. Leurs équipes ne feront pas les playoffs, donc au niveau programme ils sont théoriquement disponibles. Mais tous les deux sont actuellement blessés. Texier devrait pouvoir reprendre d’ici dix à quinze jours de sa blessure au doigt, plus des soucis familiaux. Roussel fera un point dans une dizaine de jours, il a un examen de contrôle afin de voir si sa blessure est de six ou huit semaines. Si c’est six, ce sera peut-être envisageable, si c’est huit, non.

HA : Parmi les noms d’attaquants dans cette pré-liste, on trouve aussi Louis Boudon, auteur d’une saison exceptionnelle en NCAA, mais pas l’autre universitaire Justin Addamo. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?
PB : Boudon, nous l’avons vu l’an passé au « Mondial Covid amical ». Il continue sa progression et il est aux portes de l’AHL. Il a des choix à faire pour le futur. C’est un très bon garçon, et c’est super pour lui. Il est capitaine d’une équipe étrangère, ça veut dire beaucoup. On attend de voir son niveau international contre des hommes plus grands et plus gros ! Pour Justin Addamo, j’aurais aimé pouvoir le voir avant mais cela n’a pas été possible avec son programme. J’ai encore quelques doutes sur son patinage sur les glaces de dimensions européennes, avec la vitesse d’un Championnat du monde élite. J’ai préféré attendre. Là, il y a d’autres joueurs que l’on veut voir aussi. Comme je ne suis pas sûr à 100%, j’attends de le voir dans des stages pour me faire une meilleure idée.

HA : Il y dans la liste de nombreux jeunes qui éclosent en Magnus, on a l’impression d’en voir de plus en plus. Mais il n’y aura pas Tomas Simonsen, blessé…
PB : Oui, Simonsen était prévu dans le stage de février mais il s’est blessé. Il a été décisif au Mondial U20, avec ses qualités de vitesse et son insouciance offensive. Il aurait été là, sans cela.

HA : Et les autres de Magnus qui frappent à la porte ?
PB : C’est notre volonté de les voir en stage. Il y a un double enjeu : les voir en situation de match international pour leur donner de l’expérience, mais aussi de voir s’ils peuvent percer l’alignement dès cette année. On trouve aussi des joueurs plus âgés qui marchent fort en Magnus, mais c’est plus difficile de les voir en début de préparation : ils ont une famille et c’est beaucoup de sacrifices pour eux. On préfère donc voir des plus jeunes. En tout cas, il y a une percée de plusieurs jeunes, certains étaient déjà dans la liste de décembre. C’est important et très apprécié.

HA : Parmi les joueurs d’expérience qui débutent, on trouve Pierre-Charles Hordelalay…
PB : Oui, nous avons la volonté de montrer que les portes de l’équipe de France ne sont jamais fermées. Vous êtes performants, on vous regarde, c’est ouvert. Une année c’était Jérémie Romand, là Pierre-Charles. La performance en Magnus ouvre la porte à ce genre d’essai. Il marche fort, il a des qualités de vitesse qui peuvent être importantes à ce niveau. Il aurait déjà du débuter en février et c’est assez frustrant, mais là la préparation est plus longue, il a sa place.

HA : Parmi les joueurs présents au TQO mais absent de cette liste, un mot sur lliot Berthon et Floran Douay ?
PB : Ce sont deux joueurs que je voulais sélectionner… Mais ils ne souhaitent plus, pour l’instant, participer à l’équipe de France. C’est le cas d’un joueur comme Robin Gaborit également. Ils ont leurs raisons, qui resteront entre eux et moi. Je respecte leur décision.

HA : Pour finir, avez-vous regardé les Jeux olympiques ? Que penser de la prestation tactique de la Finlande, par exemple ?
PB : Cela a été compliqué à suivre, pour être honnête. Certains joueurs disent encore que le TQO est un traumatisme, surtout que certains ont des coéquipiers de club qui y sont partis. Pour ma part, j’ai regardé et je n’ai pas été enthousiasmé par le niveau du tournoi, qui était loin de ce que l’on attendait avec les joueurs de NHL. Hormis la Slovaquie qui a apporté un peu de fraîcheur avec ses jeunes… Le reste, on a vu des équipes avec les mêmes dynamiques et ça ne me fait pas rêver. La Finlande notamment, avec un système que je respecte, une culture défensive. Ils ont des résultats depuis des années mais ça ne me fait pas rêver. J’apprécie leur culture tactique défensive, leur attention aux petits détails qu’ils font très bien, oui. Je respecte leur gros travail collectif, ils n’ont pas besoin de grosses individualités. Cet aspect-là, c’est quelque chose que l’on peut garder : avoir des résultats même sans ses gros joueurs. Nous avons également quelques joueurs en Finlande que j’observe, et je trouve le jeu là-bas assez stéréotypé.

HA : Pour finir, un mot sur le calendrier de préparation ?
PB : Je suis très content d’affronter la Norvège et la Slovaquie la dernière semaine, après deux premières semaines de qualité avec Suisse et Lettonie. Nous allons affronter un peu tous les styles que l’on aura au Mondial, c’est bien balancé.

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