Les Bleus renversent le Kazakhstan

Sacha Treille. Photo Nicolas Leborgne
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La France y est : le Kazakhstan se profile. Coché comme l’un des deux matchs à gagner pour viser le maintien (avec l’Italie mercredi), ce deuxième match du tournoi en ce dimanche après-midi sent bon la poudre. Dans ce match à trois, la rencontre du jour n’est pas éliminatoire… mais la victoire offrirait une belle bouffée d’oxygène.

Les Bleus ont signé une prestation honorable contre la Slovaquie, avec une courte défaite 4-2 (dont un but cage vide) durant laquelle ils ont souvent fait jeu égal avec leur adversaire. La remontée de 0-2 à 2-2 laisse beaucoup d’espoirs à un effectif bleu visiblement rassuré par son niveau de jeu. Le Kazakhstan en revanche a pris une sévère correction face au Danemark, une déroute 9-1 avec trois buts encaissés en cinq minutes, plus quatre buts en supériorité danoise.

Toutefois, le staff tricolore insiste sur l’absence d’enseignements sur ce match. Les Kazakhs sont des habitués de la lutte pour le maintien et ciblent souvent les rencontres, quitte à lâcher les matchs face aux adversaires plus forts. Même avec un jour de repos de moins, il serait hasardeux de s’attendre à un niveau aussi médiocre techniquement aujourd’hui. Huit joueurs évoluent en KHL, tout de même.

Les Bleus ont remporté trois des cinq derniers matchs officiels contre le Kazakhstan. Curiosité, Sacha Treille a marqué un but à chacun des quatre derniers (Mondiaux 2010, 2012 et TQO 2013 et 2016). Il fut aussi, lors du Mondial 2012 déjà à Helsinki, auteur d’une sévère charge sur Roman Starchenko qui lui avait valu une suspension. Les deux hommes sont encore là, dix ans plus tard.

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Sacha Treille. Photo Nicolas Leborgne

 

La France entame avec une interception de Valentin Claireaux, qui initie le premier mouvement offensif dès la première présence. Pierre Crinon reçoit le palet à la bleue et tente sa chance avec un écran. Andrei Shutov peine à maîtriser le palet. Le Kazakhstan réplique par un tir d’Adil Beketayev, à la réception d’un tour de cage. Mais ce sont bien les Français qui font le jeu, avec encore un tir de Claireaux puis un essai de Charles Bertrand de l’aile, qui passe au dessus.

La France se fait alors piéger sur un contre. Un duel perdu en zone offensive envoie Nikita Mikhailis sur l’aile droite, le long de la bande. Le trois-contre-trois parait bien couvert par la défense tricolore, mais le centre parvient jusqu’à l’enclave où Valeri Orekhov à un pas d’avance et déjoue Henri-Corentin Buysse du patin. Les officiels font appel à la vidéo, et valident le but (0-1).

La France essaie de revenir rapidement. Alexandre Texier est envoyé sur l’aile droite et centre pour Damien Fleury, qui dévie sur la botte de Shutov. Les essais s’enchainent avec Thomas Thiry et Crinon de loin, et du trafic devant Shutov. Anthony Rech et Thiry continuent, sur un engagement gagné par Louis Boudon, mais il y a foule devant le gardien. Jordann Perret essaie ensuite de dévier un tir de Florian Chakiachvili… Les Bleus accélèrent, mettent du rythme.

Les joueurs de Philippe Bozon tentent des mouvements collectifs, à l’image d’un jeu en triangle Treille-Boudon-Rech, avec le tir du joueur de DEL dévié dans le filet protecteur. Malgré tout, le jeu manque de fluidité, avec des passes parfois à contretemps, ou de mauvaises lectures des espaces libres. Les sorties de zone manquent de qualité ; les joueurs se mettent en difficulté tout seul.

Le Kazakhstan est dans sa zone de confort, avec quelques banderilles comme ce tir de Beketayev au cercle gauche. Le match s’anime. Un palet dégagé permet à Bertrand de faire parler sa vitesse. Il déjoue son défenseur au cercle droit et trouve Perret seul devant le but… Shutov étire le bouclier !

Après un nouvel arrêt de Buysse, Texier est sanctionné en zone offensive pour un retenir la crosse. La défense tricolore effectue un bon travail et empêche son adversaire de s’installer. Il ne restera que 16 secondes à tuer en deuxième période… et voila les Bleus empêtrés dans le bourbier qu’ils craignaient.

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Nicolas Ritz. Photo Nicolas Leborgne

Les Bleus débloquent leur compteur

La France élimine sans peine le reliquat de pénalité avec le gros travail de Perret. Texier sort, et se retrouve avec Boudon et Rech. Le jeune attaquant NCAA provoque la première faute kazakh du jour. Le jeu de puissance met une bonne minute à s’installer et Yohann Auvitu lance en tête de cercle : Shutov bloque le disque. Le deuxième bloc d’avantage s’installe bien mieux, et tourne avec une volée de Fleury, puis une d’Auvitu. Du mieux, mais pas encore de réussite.

La France insiste avec son meilleur trio du jour. Bertrand gagne un duel dans la bande et relaie avec Claireaux… qui ne parvient pas à reprendre au deuxième poteau. Il y a du mieux dans le jeu français, avec le changement de trios décidé par Philippe Bozon : Boudon centre Rech et Texier, Fleury est aligné avec Tim Bozon et Sacha Treille.

A la mi-match, Guillaume Leclerc tente un tir lointain, dévié de peu à côté. La France fait le jeu, cherche à s’installer. Le Kazakhstan se contente d’attendre et son jeu offensif a presque disparu, hormis un tir lointain peu dangereux. Les Bleus sont finalement récompensés. Alexandre Texier remonte vers la bleue, fixe son défenseur et ajuste un tir laser longue distance.. bien trop rapide pour Shutov (1-1).

Soulagée, la France ? Oh que oui ! Et la ligne Claireaux enchaîne avec une déviation de Bertrand de peu à côté. Puis, Tim Bozon déboule en contre, pivote pour éliminer son défenseur et décale Sacha Treille… jambière de Shutov. Le Kazakhstan sort aussi de sa boite et force Buysse à deux arrêts, puis un tir de l’aile de Blacker vient encore menacer le portier amiénois.

Les chances restent toutefois bleues, à l’image d’un centre de Fleury qui tourne au ping-pong et manque de finir en but gag. En face, Buysse sort un gros arrêt sur Panyukov servi en retrait et tient le score. A 33 secondes de la fin, Blacker concède deux minutes dans une échauffourée près du but. Texier gagne la mise au jeu, Chakiachvili allume de la bleue et donne un but d’avance à la France, avec l’aide d’une déviation d’un défenseur (2-1). Un but qui fait un bien fou, juste avant la pause…

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Thomas Thiry. Photo Nicolas Leborgne

 

La France contrôle à peu près son sujet sur les premières minutes du dernier tiers. L’échec-avant gêne la relance kazakh, qui trouve peu de solutions dans le camp français. Les défenseurs jouent de leur crosse comme de leur physique pour annihiler les incursions adverses.

Les meilleures chances sont donc françaises, avec ce beau mouvement de Boudon pour Rech, dont le revers effleure le poteau.Texier enchaine avec un tir de l’aile, Rech ne peut prendre le rebond. La France maîtrise bien son match, et il ne reste que cinq minutes quand Buysse doit sortir un rare arrêt sur un tir près du but.

Les dernières minutes sont irrespirables. Une séquence kazakh met le feu dans l’enclave. Buysse gêle le palet et soulage son camp. La défense bleue tient le match vers la périphérie, essaie aussi de porter le palet dans le camp adverse, le plus loin possible. Shutov sort pour un attaquant à une minute de la fin, et Rech ne cadre pas une cage vide longue distance, offrant un dégagement interdit. L’entraineur Yuri Mikhailis pose immédiatement son temps mort. Les Bleus défendent bien, et, sur un ultime arrêt de la plaque de Buysse, s’emparent de leur première victoire dans ces Championnats du monde.

Désignés joueurs du match : Andrei Shutov (Kazakhstan) et Alexandre Texier (France)

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Action de Sacha Treille devant le but kazakh. Photo Nicolas Leborgne

Commentaires d’après-match :
Valentin Claireaux (attaquant de la France) : « C’est un super bon match. On avait besoin de ces points. C’était un match capital. Nous n’avons pas paniqué après le premier but, mais continué à travailler. Sur ma ligne, nous avons beaucoup de vitesse, ça bouge beaucoup… je suis avec deux joueurs que j’aime beaucoup, on a une bonne entente. Il reste à mettre le palet dedans pour aider l’équipe. Cette victoire nous enlève un poids. Nous avons à coeur de bien faire, et de jouer tous les matchs à fond. Maintenant, on va se concentrer pour demain. »

Damien Fleury (attaquant de la France) : « Cela fait du bien ! C’est une première victoire au Mondial pour ce groupe, une après-midi parfaite. Ce passage au centre n’est pas simple car je n’ai pas joué à ce poste de la saison. Je m’adapte, et je m’y suis senti de mieux en mieux au fil du match. C’était un match hyper important, qui va nous permettre de souffler un peu et d’aborder la suite plus sereinement. Nous avons joué par le passé des matchs aussi serrés que celui-ci, et là nous avons su rester ensemble, à jouer en équipe avec beaucoup de sacrifices. C’est parfait. »

Florian Chakiachvili (attaquant de la France) : « Cela fait plaisir, c’est sûr. Nous avons beaucoup bossé en préparation sur notre jeu défensif. Nous en avons eu besoin en troisième tiers, en jouant simple, alors qu’il y a trois ans nous n’y arrivions pas. Nous avons pu mettre le palet sur les côtés, sortir simplement. C’est un gros boulot qui se fait à cinq. Après le but, nous n’avons pas été pris de panique, même si bien sûr nous aurions préféré marquer en premier. Mais nous étions prêts à tous les scénarios. Il fallait continuer à jouer, pousser sur les jambes pour les embêter. Et porter le palet à la cage, d’ailleurs les deux buts viennent de loin avec un voile devant le gardien. Nous avons respecté le plan et j’en suis très content. Ce but me fait plaisir aussi car j’ai eu une saison compliquée avec des blessures. Je suis content d’être là aujourd’hui pour ce maillot à ce niveau là. Si je peux aider offensivement, c’est parfait. »

Philippe Bozon (entraineur de la France) : « Je voulais sortir comme on a joué la Slovaquie. Nous étions bien à l’entrainement, avec beaucoup de vitesse à mettre. Clairement, on voit bien que le Kazakhstan avait choisi son match. Ce n’était pas la même équipe qu’hier, y compris le gardien qui s’était troué. Il fait de gros arrêt au premier tiers. Nous avons su rester dedans, avec quelques erreurs de placement au début, qui ont donné de l’offensive au Kazakhstan et surtout le premier but. Nous avons su le corriger après et mieux contrôler le match. On a du mal à marquer, on le sait depuis la préparation, mais on a marqué au bon moment. Le but en supériorité leur fait très mal. On savait qu’ils pouvaient être indisciplinés. C’est du bon boulot, on a concrétisé dessus. Après, c’est un troisième tiers de chiffonnier, on a pas tout maîtrisé. C’est normal vu l’importance du match. Il faut savoir s’arcbouter, et gagner des matchs comme ça. On en a perdu plus qu’en a gagné comme ça, donc là, on prend ! Le travail défensif entrepris depuis trois ans commence à payer. Auvitu nous stabilise les lignes et permet de mettre de la profondeur sur trois lignes. Ce qu’on essaie d’enseigner depuis trois ans commence à être acquis… Le jeu sans palet, qui n’est pas dans la culture française, le stick-to-stick, c’est important pour le haut niveau et il y a des progrès sensibles. On a encore une marge de progression, mais le travail se voit.
L’Allemagne ? Il faudra jouer comme les Slovaques, y aller, pas se poser de question. Les joueurs seront plus libérés, et on espère leur poser des problèmes. Nous visions les quatre premiers matchs pour prendre des points et assurer le maintien. Il faudra se présenter contre l’Allemagne et donner le maximum pour chercher quelque chose. A mon époque, le style allemand était très défensif, mais pas très brillant devant. Cela a bien changé avec leurs académies et la nouvelle génération qui arrive. Ils ont un défenseur déjà dominant en NHL (Seider), et beaucoup plus de « skills » individuelles. Toujours une grosse organisation défensive, un gros gardien NHL aussi (Grubauer). Ils ont ajouté le talent offensif et la vitesse qu’ils n’avaient pas à mon époque, où on pouvait régulièrement les embêter. On se focalise sur les deux matchs suivants, pas plus loin, car je ne suis pas sûr que trois points suffisent pour le maintien. »

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Hugo Gallet. Photo Nicolas Leborgne

France – Kazakhstan 2-1 (0-1, 2-0, 0-0)
Championnats du monde élite 2022.
Dimanche 15 mai 2022, 16h20. Helsinki Ice Hall, 1801 spectateurs.
Arbitrage de Robin Sir (TCH) et Peter Stano (SVK) assistés de Tommi Niittyla (FIN) et Emil Yletyinen (SUE)
Pénalités : France 2′ (2′, 0′, 0′), Kazakhstan 4′ (0′, 4′, 0′)
Tirs : France 23 (9, 7, 7), Kazakhstan 27 (8, 11, 8)

Récapitulatif du score
0-1 à 05’08 : Orekhov assisté de Mikhailis et Blacker
1-1 à 32’31 : Texier assisté de Gallet
2-1 à 39’35 : Chakiachvili assisté de Texier et T. Bozon (sup. num.)

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Louis Boudon. Photo Nicolas Leborgne

Composition des équipes

France

Attaquants
Tim Bozon – Damien Fleury (C) – Alexandre Texier (2′, +1) [puis Treille au 2e tiers]
Charles Bertrand – Valentin Claireaux (A) – Jordann Perret
Anthony Rech (+1) – Louis Boudon (+1) – Sacha Treille (A) [puis Texier au 2e tiers]
Guillaume Leclerc (-1) – Nicolas Ritz (-1) – Kévin Bozon (-1)
Dylan Fabre

Défenseurs
Yohann Auvitu – Hugo Gallet
Florian Chakiachvili – Vincent Llorca
Pierre Crinon – Thomas Thiry
Romain Bault

Gardien : Henri-Corentin Buysse
Remplaçant : Sébastien Ylönen

Réserviste : Quentin Papillon (G)

Kazakhstan

Attaquants
Dmitri Shevchenko – Arkadi Shestakov – Pavel Azolkin (2′)
Kirill Panyukov (+1) – Curtis Valk (A, +1) – Nikita Mikhailis (A, +1)
Roman Starchenko (C, -1) – Anton Sagadeyev (-1) – Kirill Savitski (-1)
Alikhan Asetov – Dmitri Gurkov – Yegor Petukhov
Mikhail Rakhmanov

Défenseurs
Vikctor Svedberg – Samat Daniyar
Valeri Orekhov (+1) – Jesse Blacker (2′)
Leonid Metalnikov (-1) – Adil Beketayev
Yegor Shalapov

Gardien : Andrei Shutov (sorti de sa cage à 58’55)
Remplaçant : Ilya Rumyantsev


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