Daniel Sedlak (Briançon) : « Nous avons changé notre processus de recrutement »

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Les Diables Rouges de Briançon ont bouclé la saison 2021-2022 à la dernière place. Nous avons rencontré à Briançon, Daniel Sedlak, prolongé en tant qu’entraîneur, et Christophe Lapointe, manager général. Première partie de cet entretien passionnant où il est principalement question du sportif et du recrutement.

Un retour rapide sur la dernière saison 2021-2022 où malgré de sérieux progrès, Briançon a terminé pour la troisième fois consécutive lanterne rouge de Ligue Magnus. Quelle est votre analyse ? Qu’a t-il manqué pour éviter la dernière place ?

Daniel Sedlak (D.S.) : La première chose pour moi, c’est qu’on a manqué de profondeur d’équipe parce que nous avons vraiment eu beaucoup de blessés. Après, nous sommes limités avec notre budget. Mais bon nombre de joueurs qui ont joué l’année dernière chez nous ont vraiment apporté beaucoup de choses différentes sportivement par rapport aux deux dernières saisons. Malheureusement, 7 fractures nous ont vraiment impactés. On a accéléré à Noël sauf que pareil, juste après, les blessures ont continué. On a vraiment manqué de profondeur de banc.

Daniel, tu as été prolongé pour cette saison 2022-2023 et tu entamera ta seconde saison en tant qu’entraîneur principal en Magnus, quel retour fais-tu à titre personnel sur ta première saison dans ce rôle ?

D.S. : Mon premier objectif était de vraiment bien souder le vestiaire. Car on a vu sur les dernières périodes que le vestiaire était un peu perdu. Sportivement, le vestiaire a vraiment bien marché cette saison. Sur la glace, on a complément changé de système pour jouer beaucoup plus offensif dans un style briançonnais. Il y a eu 2-3 matches où nous sommes passés à côté mais je suis très satisfait de notre présentation dans le jeu.

Christophe, le club a fait le choix de prolonger Daniel Sedlak. Quel bilan pour le club de cette première saison de collaboration ?

Christophe Lapointe (C.L.) : Concernant sa prolongation, le club et les actionnaires ont vu en lui le fait que ça a changé beaucoup de choses dans le vestiaire et sur la glace. Les gens sont mécontents du résultat, au club nous sommes également mécontents des résultats et de la dernière place. Mais lors des deux premières saisons en Magnus on entendait « il n’y a pas de fond de jeu, c’est pas beau à voir » tandis qu’aujourd’hui, et malgré les défaites qui sont toujours là, on entend désormais les gens dire « il y a un vrai fond de jeu, ça repart de derrière, ça joue offensif ». On s’est aussi rendu compte que changer d’entraîneur tous les ans ne servait pas à grand-chose car ça fait 3 ans qu’on change d’entraîneur et 3 ans qu’on finit à la même position. On a voulu qu’il y ait une stabilité.

Déjà car ça permet de garder des joueurs. Aujourd’hui le but c’est de garder le maximum de joueurs. On sait très bien qu’on ne les gardera pas tous, car déjà Daniel ne veut pas garder tout le monde, et certains ont eu des opportunités pour aller voir ailleurs.

On m’a demandé mon avis et j’ai tout simplement dit que, si on avait eu un tout petit peu plus de chance et certainement beaucoup moins de blessés, on ne serait pas à cette place. On était satisfait de Daniel Sedlak et le Président l’a dit (NDLR : Dauphiné Libéré du 2 juin 2022), on a tous fait des erreurs, nous, lui, les actionnaires. Mais on a aussi le droit de donner une seconde chance à quelqu’un qui donne satisfaction sur le travail qu’il a fourni d’une manière générale.

La saison passée a mis en lumière plusieurs manques importants avec notamment la profondeur de banc, le manque de réalisme offensif, la difficulté à boucler les fins de matches (beaucoup de points perdus en fin de match). Sur quels points ont été axés le recrutement ?

D.S. : Déjà beaucoup de Français sont partis. Car un club comme Briançon leur donne beaucoup de temps de glace et ainsi beaucoup ont progressé. Garder des Français comme Colomban, Ruel ou Torres, c’est difficile, car les autres clubs de Magnus proposent des choses en plus que nous ne pouvons pas offrir.

Pour la saison prochaine, on a changé le « process » de recrutement car nous avons perdu de gros Français. Remplacer Ruel, Colomban, Schmitt, Torres c’est pas facile. Nous n’avons pas cette capacité donc nous avons essayé de recruter des étrangers plus costauds pour avoir beaucoup de minutes de jeu sur la glace. La saison dernière les 4 lignes tournaient et étaient homogènes. Cette année je vais essayer de recruter 3 lignes plus fortes avec une quatrième ligne plus jeune et travailler avec elle pour progresser et bien sûr participer mais le temps de glace sera évidemment plus faible.

Cela revient donc à un Top 6 offensif entièrement étranger et un « bottom-6 » plutôt JFL ?

D.S. : C’est vrai car les JFL sont vraiment compliqués à recruter ici car comme je l’ai dis car les gros clubs n’ont pas les mêmes limites que nous. Je suis très content pour les étrangers car je connais un petit peu et c’est le bon exemple pour tirer les jeunes. Bien sûr les étrangers vont nous apporter beaucoup d’expérience et nous aider à aller chercher de meilleurs résultats que la saison passée.

Est-ce compliqué d’attirer de bons JFL à Briançon et quelle est la problématique sportive et financière pour Briançon ?

C.L. : Je ne dirais même pas que c’est compliqué d’attirer de bons JFL à Briançon, c’est compliquer d’attirer des JFL à Briançon tout court. Le problème est là. Maintenant je pense que c’est partout pareil. Comme l’a dit Daniel, il y a 4 gros joueurs qui s’en vont pour 4 raisons différentes. Le premier (Colomban) veut revivre ce qu’il a vécu en Finlande, on ne peut pas lui reprocher d’aller en Finlande. Le second (Ruel) était là depuis 4 ans à Briançon en passant de la D2 à un bon niveau Magnus, c’est logique qu’il parte. Le troisième (Torres) c’est une affaire familiale, il n’a donc pas souhaité rester. Il n’y a que le quatrième (Schmitt) dont on ne comprend pas trop pourquoi il s’en va dans un club du même niveau que nous (Anglet). Il va falloir remplacer ces 4 joueurs-là.

L’année dernière on avait des JFL sur la seconde ligne et même la première. Hé bien, cette saison, on n’en aura certainement pas. Le but est de recruter des joueurs qui seront bons pour la première et la deuxième ligne et on aura notre troisième ligne qui, pour moi, sera une bonne troisième ligne avec de l’expérience et notamment un Sacha Guillemain qui a donné satisfaction aux États-Unis puis un bon passage à Nice et qu’à Dunkerque, un Français qui marque 15 points même en D1 c’était pas mal. On va se battre avec les jeunes Français pour les faire performer. C’est sûr on n’aura pas des tops français et on en est conscient. Il faut qu’on fasse avec malheureusement. On va faire de la « formation » et Daniel possède au moins l’avantage d’avoir beaucoup travaillé avec les jeunes par le passé. Et n’oublions pas que ceux qui partent sont ceux qui avaient le plus de temps de glace l’an passé et c’est aussi grâce à Daniel. On sait très bien que Briançon c’est un tremplin. Les Bernier, Terglav, Szelig, des gars comme ça qui sont restés 5, 6, 7 ans à Briançon il n’y en aura plus. Alors si, il y a Kevin Igier qui va rester probablement jusqu’à probablement sa fin de carrière et qui est attaché à Briançon mais il n’y en a pas 50 000 comme ça. Et les jeunes, il faut comprendre que leur carrière est courte et que s’ils ont l’opportunité d’aller ailleurs, ils y vont et c’est tant mieux pour eux et ça prouve aussi qu’on a fait notre job même si on aimerait bien les garder.

Quand on voit les bons contingents JFL qui se préparent à Nice ou Anglet, êtes-vous inquiets sur les chances de Briançon de bien figurer ? Avez-vous quelques regrets ?

C.L. : Des regrets, on en aura toujours un peu, après nous avons fait notre travail pour les joueurs et cadres que Daniel et moi avons contacté. Une fois que le plan sportif a été exposé, on n’est malheureusement pas dans leur tête. Aujourd’hui il n’y a pas que le joueur non plus. Il y a la famille et je peux comprendre qu’il y ait quelqu’un qui préfère aller à Anglet parce qu’il n’aime pas la montagne et qu’il préfère la mer. À partir de là, sur les joueurs contactés, car effectivement on en a contacté plein plein plein, ils vont quasiment tous dans les clubs de Magnus… Financièrement je ne pense pas qu’on soit en dessous des autres. Sur les gros joueurs qu’on voulait pour une deuxième ligne, je ne pense pas qu’on ait été beaucoup en dessous des autres.

Après, il y a la réalité des choses, Briançon ce n’est pas non plus facile, c’est 3 mois de neige et une température froide l’hiver. Au niveau des infrastructures, mis à part les grosses structures comme Rouen, Grenoble, Angers, Amiens, Cergy, on n’a rien à envier aux autres. On n’est pas moins bon que les autres. Quand on voit les infrastructures, la patinoire, le vestiaire, il y a bien sûr des choses à améliorer mais c’est tout à fait correct. On n’avait pas de chef matériel cette année car malheureusement, notre chef matériel nous a lâché au mois d’octobre et c’est moi qui ai repris. L’an prochain le chef matériel on l’a. Un préparateur physique, on l’a aussi. On a un staff de 3 kinés, on a des médecins, on aura quelqu’un qui fera de l’acupuncture qui rejoint le staff médical. On ne sera jamais comme les grosses structures, c’est évident.

Est-ce que les résultats sportifs des 3 dernières saisons pèsent lourd dans la balance en terme de recrutement ?

C.L. : Ce sera toujours dur de faire venir du monde. Si ça joue beaucoup, on ne nous l’a jamais fait ressentir en tout cas.

D.S. : Aujourd’hui c’est surtout le joueur qui recherche une qualité de vie. C’est tout car tu proposes un rôle en première ou deuxième ligne mais d’autres équipes aussi. Moi depuis 2001 je joue en France et en Magnus, j’ai toujours préféré la montagne à la mer mais tout le monde est différent.

C’est pour ça, les joueurs qui ne viennent pas ici mettent de côté le sportif et ne sont pas proches des montagnes. Il y a beaucoup de projets notamment pour la patinoire qui va évoluer l’an prochain et peut-être que ces choses nouvelles séduiront davantage de joueurs en recherche de confort. Même cette année, les joueurs qui nous ont quittés c’est par raisons sportives, familiales, financières. Je respecte leur choix et chaque joueur est responsable de sa carrière. Mais c’est sûr que remplacer les joueurs partis est vraiment difficile.

Depuis 3 saisons, très peu d’étrangers ont eu le niveau escompté. Quels changements à venir pour cette nouvelle saison ?

D.S. : Je ne regarde plus dans les même catégories à l’étranger que l’année dernière car nous avons besoin de recruter des joueurs avec des CV, avec plus d’expérience, et qui ont touché du plus haut niveau que la Magnus ; du niveau européen. Car nous n’avons pas recruté des joueurs comme cela la saison passée. L’année dernière on avait seulement 3-4 étrangers sur 10 de niveau Magnus. J’ai fait attention et essayé de recruter vraiment des joueurs qui, avant d’arriver à Briançon, évoluaient à plus haut niveau.

La seconde partie de cet entretien sera publiée fin juin. Elle abordera les finances, la structuration du club, le médical et la patinoire.

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