Interview de Julien Pihant (Cholet)

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Le club de Cholet a marqué son passage en Division 1, puisqu’il a intégré ce niveau il y a 25 ans, même s’il connu un intermède en D2 entre 2001 et 2013 ! La saison dernière le club choletais a même atteint la finale de la D1, ce qui en fait le sommet de l’histoire du club.

C’est au cœur de la patinoire Glisséo de Cholet, dans son bureau de travail, que Julien Pihant, coach des Dogs, reçoit Hockey Archives pour un échange sur la préparation pour cette nouvelle saison.

Hockey Archives : Julien, cela fait maintenant 17 saisons que tu interviens dans le club de Cholet. Tu fais maintenant partie des membres historiques du club, cela veut donc dire que tu y passes de bons moments. C’est donc du plaisir.

Julien Pihant : Oui clairement, dans le club on travaille dans la continuité et la même direction. Cela nous pousse à se remettre en question pour progresser chaque année. Nous sommes partis des dernières places de D2 à l’époque pour arriver jusqu’en finale de D1 l’an dernier, le chemin fut long et semé d’embûches, mais c’est un honneur et une fierté d’y participer au quotidien.

H.A : Comment ce travail a t-il débouché sur cette finale ?

J.P : C’est vrai que cela a été une année extraordinaire. Au-delà de cette finale, nous avons aussi battu le record de victoires consécutives en championnat. 14 victoires, c’est le meilleur résultat d’une équipe en D1. Je pense que ce niveau a été atteint grâce à une continuité sur ces trois dernières années. On a fait évoluer pas mal de choses dans le cadre du recrutement et dans le travail avec les joueurs. On s’appuie aussi sur un staff médical et un préparateur physique qui sont présents quotidiennement. Les gars sont bien pris en charge et n’ont plus qu’à se concentrer sur le hockey.

Du côté des recrutements, on s’est appuyé sur les CV mais aussi sur la manière de travailler de chacun, et cela s’est ressenti positivement. Les gars ont été solidaires immédiatement et ont rapidement adhéré au projet.

Les victoires qui se sont enchaînées ont renforcé la confiance et on a atteint la finale. Mais cela aurait pu aussi basculer sur le 5e match des quarts contre Épinal. Cela nous aurait donné un goût d’inachevé. En demi contre Nantes, on était dans l’excitation car c’est un derby et on les adore pour nous et le public choletais. Je pense que notre humilité nous a permis de gagner cette série 3-0. En finale, contre Brest, on peut juste avoir des regrets sur nos deux premiers matchs à Brest où nous n’avons pas été à la hauteur de l’évènement. Les deux matchs chez nous ont été remarquables, mais Brest a été très fort et mérite ce titre, bravo à eux.

Honnêtement, ça a été une saison extraordinaire. Tout le monde a vécu une saison incroyable que ce soit les joueurs, le staff, et les dirigeants. Le travail et la cohésion ont fait toute la différence dans ce résultat. Au final, on a suscité de l’intérêt et de l’engouement dans la ville de Cholet, et ça on en est fier !

H.A : Peux-tu nous donner les premières infos sur la construction du groupe et la préparation ?

J.P : Le groupe est enfin terminé. On a vécu une intersaison compliquée et on n’est pas les seuls à en témoigner. C’est toujours aussi difficile de recruter de bons joueurs français, malgré nos bons résultats. Les vendeurs de rêves sont toujours aussi présents autour de nous… On a subi le départ de quatre joueurs vers la Magnus et d’autres pour de meilleures conditions financières en France ou à l’étranger. C’est un signe qui démontre que l’on effectue du bon boulot avec nos joueurs et qu’ils deviennent très attractifs pour les autres clubs.

Autour de notre noyau dur en qui nous avons une totalement confiance, on a reconstruit l’équipe avec de jeunes joueurs français pleins de potentiel et d’ambitions, encadrés par de très bons étrangers. Mais cela a pris beaucoup plus de temps qu’à l’accoutumée, car les dernières signatures se sont faites début août alors qu’en général l’équipe est terminée début juin. Le COVID et la guerre en Ukraine y sont certainement pour quelque chose.
Notre camp démarre le 29 août et nous y jouerons 6 matchs de préparation.

H.A : On peut noter l’arrivée de Valérian Mathieu, un joueur très dynamique, à Strasbourg Notamment ?

J.P : C’est un joueur que l’on peut qualifier d’ultra-talentueux, qui a connu des mésaventures de jeunesses extra-sportives, mais maintenant c’est derrière lui. On va lui apporter de la stabilité et l’encadrement pour répondre à ses ambitions. Il a clairement le potentiel pour retourner en Magnus. Maintenant c’est à lui de s’en donner les moyens.

H.A : Comment toi, et les dirigeants voyez-vous l’avenir du club de Cholet ? On sait que la montée en Magnus est inenvisageable pour une très grande majorité des clubs de D1. Comment vous projetez-vous : aller gagner cette fois le titre ou bien produire encore plus de jeunes pour renforcer l’équipe pro de D1 ?

J.P : On veut continuer sur la dynamique de ces dernières années. Si on peut gagner le titre, on ne se cachera pas, on tentera de le remporter. Notre effectif s’est encore rajeuni avec l’intégration de six jeunes qui viennent du circuit junior et on veut donner à tous l’opportunité de pouvoir se développer et de viser plus haut, dans des championnats supérieurs, comme la Magnus ou même à l’étranger. Nos bonnes relations avec Angers, dans le cadre des licences bleues, nous permettent de donner du temps de jeu en U20, D2, D1 et Magnus, ce qui est excellent pour le développement de nos jeunes. Si on nous colle l’étiquette de club école d’Angers, ça ne nous posera aucun problème d’égo !

H.A : Angers est effectivement devenu une grosse organisation en France. Comment se déroule le travail en collaboration entre les deux clubs ?

J.P : Depuis la saison 2010/2011 nous travaillons en partenariat dans le but de développer des jeunes. Depuis la saison dernière, l’envie de travailler en commun s’est encore renforcée. On a l’envie de faire monter des joueurs en Magnus, pas pour faire le nombre, mais pour jouer. On est ravi notamment que Tarabusi et Couturier aient pu faire plus de dix matchs chacun avec Angers l’an dernier.

Le meilleur exemple de notre collaboration, c’est Baptiste Couturier qui a fait son cursus mineur à Angers, ensuite il a bénéficié pendant 5 saisons du système des licences bleues, en prenant de plus en plus de responsabilités avec nous. Cette saison, il aura une place de titulaire en Ligue Magnus avec Angers. Tout cela est valorisant pour les deux clubs et cela prouve la qualité du travail produit par les deux organisations.

H.A : Justement, comment vois-tu l’aspect futur du développement des jeunes Français, quand on voit que nos voisins frontaliers font des efforts pour atteindre le haut niveau international ?

J.P : Je pense que tout le monde a une idée, mais il faudrait accumuler tout cela pour en faire quelque chose d’intéressant. D’ailleurs, notre Président fait dorénavant partie du Comité Directeur de la fédération et je suis convaincu qu’il aidera en ce sens.

Mais pour moi, le principal obstacle que nous devons surmonter, ce sont les distances et les coûts que cela engendre dans le mineur. Nous manquons cruellement d’infrastructure. Une patinoire s’ouvre à Saint-Étienne, et l’on peut s’en féliciter, mais tous les autres gros projets sont à l’arrêt…

Pour le développement, je pense que les jeunes doivent passer par la D1. Hormis les internationaux dominants en U20, beaucoup ont besoin de s’aguerrir. C’est un bon championnat, très dense, avec des matchs très serrés et où l’on apprend beaucoup. Chaque équipe de D1 devrait avoir un club de Magnus pour travailler en commun. Pas facile, voire impossible au vu des situations géographiques de chacun, mais le passage en D1 pour nos jeunes me paraît indispensable de nos jours. Un exemple simple avec Grenoble l’an passé qui avait 6 ou 7 titulaires français qui ont bénéficié des licences bleues pour jouer en D1 les années précédentes.

H.A : Tu as passé plusieurs années à jouer pour les Ducs d’Angers, la nouvelle stature du club doit être pour toi une réelle satisfaction ?

J.P : Oui, d’ailleurs je suis quelqu’un de très fidèle dans la vie. J’ai eu un club formateur (Viry), puis un club pro (Angers) et maintenant un club pour poursuivre mon activité d’entraîneur. Mais Angers c’est ma ville, j’y habite et j’ai de très très bonnes relations avec les membres du club. On est heureux et fier de voir Angers évoluer dans la plus belle patinoire de France et on attend le titre en Magnus qui ne devrait plus tarder maintenant !

Au nom de Hockey Archives, nous te souhaitons de bonnes réussites durant cette nouvelle saison et te remercions d’avoir pris de ton temps pour échanger.

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