Deux premières historiques conjuguées en un match

photo Andrea Cardin, IIHF
235

Les quarts de finale du Mondial féminin n’étaient même pas commencés qu’un flot émotionnel d’une rare intensité a englouti le Danemark mardi soir. On ne parle pas du Canada – États-Unis, rivalité jusque dans les veines qui offre certes un spectacle admirable mais qui a tendance à monopoliser l’attention. Le vrai enjeu concernait l’autre groupe où le pays hôte, le Danemark, se contentait d’un 2-2 pour aller en quart de finale face à une Allemagne en voie de relégation à défaut d’une victoire dans les 60 minutes. Les Danoises, qui avaient déjà beaucoup subi le jeu face aux Hongroises lors de la rencontre précédente, ont finalement craqué… à 1 seconde de la fin, Tanja Eisenschmid crucifiant les Danoises et les envoyant, non pas en quart, mais en Division 1A à la place de la France.

Cet improbable bouleversement si près du buzzer a fait des heureuses, et elles ne sont pas seulement allemandes. Le résultat a permis à la Hongrie de devenir pour la première fois de son histoire quart de finaliste d’un Mondial féminin. La marche a été vertigineuse pour les Magyares puisqu’elles se sont frottées au vainqueur du groupe A, les États-Unis, et la Hongrie s’est finalement inclinée 12-1. Il n’efface pas en tout cas les incroyables progrès du hockey hongrois.

Alors que la Suisse a dû passer par la séance de tirs au but pour éliminer le Japon, la Finlande et la Tchéquie se retrouvent pour un duel qui sent la poudre. Troisième fois de suite que les Tchèques ont remporté le groupe B, et trois fois de suite qu’elles voient sur leur chemin la Finlande. Les Lionnes finlandaises restent en effet sur deux victoires aux Mondiaux, 2019 (3-1) et 2021 (1-0). Autant dire qu’il y a de la revanche dans l’air.

vainikka et peslarova
La gardienne Klara Peslarova aux prises avec Viivi Vainikka

Si elles ont survolé le tour préliminaire avec 4 victoires en 4 matchs et un score cumulé de 21-2, les Tchèques, qui nourrissent désormais de hautes ambitions, ont conscience que les choses sérieuses commencent. C’est en tout cas en substance ce qu’a indiqué l’entraîneur Carla MacLeod, qui a apporté un style plus agressif et un positionnement plus haut vers le but adverse que son prédécesseur Tomáš. En retrait des deux superpuissances nord-américaines, la Finlande, abonnée à la médaille de bronze (13 aux Mondiaux), demeure tout de même un défi, d’autant plus que les Naisleijonat n’ont jamais perdu un quart de finale aux championnats du monde, c’est dire le challenge…

Un sacré challenge, et pourtant le niveau entre les deux équipes semble proche. C’est flagrant en première période, les Tchèques entendent bien imprimer un rythme identique à celui de leurs adversaires. Elles se créent même les deux premières chances de but, par la benjamine Šapovalivová puis par Neubauerová. La gardienne Klára Peslarová, un des atouts majeurs de la Tchéquie, est comme ses coéquipières, bien dans son match. Hiirikoski et sa force en frappe peuvent en témoigner. En fin de tiers, Peslarová réalise d’ailleurs deux solides arrêts du gant.

Le match est serré, et les premières tensions arrivent en seconde période. Sundelin s’écroule en zone offensive, après une mise en échec appuyée contre la bande par Šapovalivová, qui n’a peur de rien du haut de ses 16 ans. Mais la Finlande n’obtient pas de supériorité numérique… elle est même pénalisée quelques secondes plus tard, Savolainen faisant trébucher… Šapovalivová ! Les Lionnes parviennent néanmoins à tuer cette pénalité, et se mettent à créer davantage de danger, par Viitasuo, puis par Sundelin plein champ parfaitement décalée par Nieminen.

À la 35e minute, la Tchéquie connaît un temps fort avec une bonne circulation de puck, Tereza Radová tente même de s’arracher mais Keisala lit parfaitement le jeu et ferme la porte. Le jeu continue alors après cette séquence, le palet meurt dans le camp tchèque… où arrive Nieminen, elle protège le puck et réussit à placer un tir, arrêt de Klára Peslarová, Susanna Tapani déboule sur le rebond mais ne cadre pas. Le compteur est finalement débloqué avant la pause. Les Tchèques s’efforcent de garder le palet en zone offensive, Alena Mills fait une passe du revers pour remettre devant le but, Daniela Pejšová prend le palet et frappe en pivot, but tchèque (0-1, 37’00). La Finlande est menée, et tente de rectifier la situation avant la pause : tour de la cage de Holopainen, avant que Savolainen ne touche la barre transversale à quelques secondes du buzzer !

On retrouve rapidement Elisa Holopainen au début du troisième tiers-temps, une action rapide couloir gauche mais Klára Peslarová ne se laisse pas surprendre. Alors que le rythme est décidément élevé dans cette rencontre, le rempart tchèque va flancher. Sanni Rantala s’amène en zone offensive, elle perd l’équilibre mais le palet n’est pas perdu, Noora Tulus s’en empare et fixe Peslarová (1-1, 48’01). Et deux minutes plus tard, la Finlande passe près de prendre l’avantage : on retrouve Tulus qui délivre une longue passe pour Nieminen, qui devance la défense tchèque, tente de glisser entre les jambières mais Peslarová veille.

Une chose est sûre, beaucoup d’énergie est déployée des deux côtés mais la prolongation est inéluctable. Inéluctable mais courte. Dans le camp finlandais, Hiirikoski est en possession du palet, veut relancer, mais un rebond contre la bande arrive dans la palette d’Aneta Tejralová, au pressing, qui s’en empare et frappe dans un angle fermé, Anni Keisala pense couvrir son but, pas suffisamment (1-2, 60’41), délivrance pour les Tchèques après ce coup du sort finlandais.

Cruelle désillusion pour Jenni Hiirikoski, célébrée par l’IIHF car elle dispute son 14e championnat du monde (un record), une athlète admirable, une guerrière de 35 ans toujours avide de victoires, mais dont le moment d’égarement a coûté très cher. Une erreur qui ne remet pas en cause sa remarquable carrière. L’image de cette fantastique compétitrice totalement sonnée sur le banc après le match, retenant ses larmes, marquera les esprits.

Deux premières historiques se conjuguent ce jeudi. Pour la première fois de son histoire, la Finlande perd un quart de finale au Mondial féminin. Pour la première fois de son histoire, la Tchéquie accède à une demi-finale. Une récompense au final après tant de travail accompli au sein de ce programme féminin tchèque, cette arrivée dans le carré final mondial n’était qu’une question de temps.

Élues joueuses du match : Noora Tulus pour la Finlande, Daniela Pejšová pour la Tchéquie.

Finlande – Tchéquie 1-2 après prolongation (0-0, 0-1, 1-0, 0-1)
Jeudi 1er septembre à 17h30 au Iscenter Nord de Frederikshavn. 326 spectateurs.
Arbitres : Kaylen Hanson (USA) et Shauna Neary (CAN) assistées de Jessica Chartrand (CAN) et Marine Dinant (BEL).
Pénalités : Finlande 6′ (2′, 2′, 2′, 0′), Tchéquie 6′ (0′, 4′, 2′, 0′).
Tirs : Finlande 37 (9, 13, 14, 1), Tchéquie 33 (9, 16, 7, 1).

Évolution du score :
0-1 à 37’00 : Pejšová assistée de Mills
1-1 à 48’01 : Tulus assistée de Holopainen et Rantala
1-2 à 60’41 : Tejralová
Finlande

Attaquantes :
Michelle Karvinen (A, -1) – Susanna Tapani (-2) – Petra Nieminen (A, -2)
Viivi Vainikka (+1) – Noora Tulus (+1) – Elisa Holopainen (+1)
Julia Liikala – Jenniina Nylund – Emilia Vesa
Sofianna Sundelin – Sanni Vanhanen (2′) – Kiira Yrjänen –
Emmi Rakkolainen

Défenseures :
Jenni Hiirikoski (C, -1, 2′) – Ronja Savolainen (-1, 2′)
Nelli Laitinen (A, +1) – Sanni Rantala
Sini Karjalainen – Krista Parkkonen
Ella Viitasuo

Gardienne :
Anni Keisala

Remplaçante : Meeri Räisänen (G). En réserve : Jenna Silvonen (G).

Tchéquie

Attaquantes :
Adéla Šapovalivová – Katerina Mrázová (A, -1) – Natálie Mlýnková (2′)
Denisa Křízová (A, +1) – Michaela Pejzlová – Klára Hymlárová
Vendula Přibylová (+1) – Alena Mills (C, +1) – Noemi Neubauerová (+1)
Karolina Erbanová – Kristyna Patková (-1) – Agáta Sarnovská

Défenseures :
Daniela Pejšová – Dominika Lásková (+1, 2′)
Aneta Tejralová (A, +1) – Pavlina Horálková (-1)
Andrea Trnková – Tereza Radová (2′)

Gardienne :
Klára Peslarová

Remplaçante : Blanka Škodová (G). En réserve : Viktorie Švejdová (G), Klára Seroiszková (D), Laura Lerchová (A).

Les commentaires sont fermés.