L’affiche de ce soir à l’Iceberg est un classique de cette division, entre deux clubs qui se connaissent bien depuis au moins… on dira globalement l’arrivée de Daniel Bourdages aux manettes strasbourgeoises, donc depuis plus de 33 ans, comme le rappelle un drapeau au-dessus de la glace alsacienne ! Après des fortunes diverses, les deux formations jouent actuellement le haut de classement de cette compétition. Autant ce n’est plus une surprise pour les Drakkars, régulièrement pressentis pour monter de rang quand on parle d’accession en Magnus. Et pourtant, on qualifiera leur début de saison de relativement poussif puisque les Normands ont déjà perdu 3 de leurs 5 rencontres. Strasbourg, quant à lui, crée plutôt la surprise puisque l’Étoile Noire a juste été défaite qu’en prolongation devant les chats sauvages spinaliens, la semaine dernière. C’est donc la meilleure attaque et le meilleur powerplay du championnat (Strasbourg) qui reçoit ce soir la meilleure défense et la meilleur penalty killing (et notoirement l’une des attaques les moins prolifiques) qu’est Caen.
De mémoire, ce genre de configuration n’a pas souvent été à l’avantage des Bas-Rhinois, et la partie de ce soir va le confirmer.
Ce n’est pas tant au bout des vingt premières minutes d’ailleurs, quand les acteurs rentrent aux vestiaires après un tiers tendu, crispé, globalement peu précis, et une panne de tableau d’affichage ! Les deux équipes se craignent visiblement, et leurs entrées de zone sont difficiles et brouillonnes. L’Étoile Noire bénéficie pourtant rapidement d’une double supériorité numérique, qu’elle ne convertit pas… déjà, dirons-nous. Caen est un peu plus heureux sur l’une des siennes quand Pierre Chauvel trouve un espace réduit pour tromper Tomas Hiadlovsky, partiellement masqué lors du départ du tir à mi-distance (0-1 à 10’22). Strasbourg pousse, à l’instar d’un brûlot à bout portant de Lucas Sénéchal peu après, mais bute sur le mur « Ronan Quemener ».
>On pense que les deux rivaux sont revenus des vestiaires avec des instincts plus déterminés quand Cristoffer Gozzi chauffe le portier caennais (20’10), ce à quoi répond un contre turbo normand. Mais la partie retombe ensuite dans un schéma plus contenu où la moindre défaillance est exploitée, comme cette mauvaise relance de Thomas Giorgi que Marc Beckstead (en photo ci-dessus), haut placé, capte pour partir ensuite battre Hiadlovsky (0-2 à 22’58). L’Étoile Noire essaie de pousser haut, bien soutenue par ses brigades défensives, mais au risque d’être prise au dépourvu lors de ses replis. C’est d’ailleurs sur ce type de schéma que Marc Beckstead, encore lui, complètement oublié devant le second poteau, triple la marque, alors que son capitaine André Ménard a attiré à lui la défense alsacienne (0-3 à 27’11).
Le réalisme caennais est impressionnant, surtout quand il est comparé au rendement alsacien, en berne, et ce malgré trois nouvelles supériorités. Il faut dire que Quemener se charge d’écœurer l’attaque strasbourgeoise, comme sur ce lancer de près où le portier normand, allongé, trouve le moyen de détourner de la palette de sa crosse le tir à mi-hauteur (32’53). Les deux premières lignes locales, sur-utilisées lors de la partie, commencent déjà à tirer la langue pour trouver la faille. Il faudrait pouvoir se positionner plus près devant le portier visiteur pour espérer exploiter un éventuel rebond.
Dan Bourdages a dû trouver les bons mots et la bonne tactique durant la seconde pause puisqu’en l’espace de 5 minutes, son équipe est presque revenue au contact des Caennais. Tout d’abord sur une remontée de Cody Van Lierop dont le premier tir est contré par Quemener, situé haut. Le portier n’a toutefois pas le temps de se replacer correctement pour contrer le rebond laissé au Canadien (1-3 à 43’15). Quasiment dans la foulée, Michal Duras exploite prestement un décentrage du même Van Lierop (2-3 à 44’13). Visiblement, Strasbourg a trouvé des solutions pour jouer plus rapide, en petites passes devant la cage adverse, plutôt que de miser sur des progressions en longues passes, et les Drakkars s’en trouvent passablement gênés comme sur ces nouveaux essais du duo Olive/Sénéchal. Attention cependant à cette supériorité caennaise où Hiadlovsky s’interpose de façon heureuse, notamment sur ce palet de Mikulas Bicha qui échoue au pied de son poteau (47’53), ou lorsque Ménard rate son dernier contrôle (48’27).
Les Bas-Rhinois poussent et arrivent à créer du trafic devant Quemener, mais sa défense s’arc-boute pour contenir les envois, essentiellement des deux artilleurs Egli et Duras. Caen, de son côté, donne l’impression de jouer désormais très prudemment, quitte à envoyer peu vers Hiadlovsky, hormis cette avancée de Bicha qui tente de contourner la cage alsacienne à la « Almasy » (55’50). La sortie de Hiadlovsky dans les dernières minutes confirme cette prudence, l’important est avant tout de contenir et de tenir le score. Même à 6 contre 5 et malgré les dernières secondes épiques et héroïques, le verrou du fort Quemener est visiblement toujours trop lourd à faire sauter.
Au final, les Drakkars caennais repartent d’Alsace avec trois points plutôt mérités. Non pas que leur partie fut flamboyante, elle fut par contre disciplinée et réaliste. Les normands ont consolidé avant tout leurs statuts de meilleur jeu en désavantage numérique et de meilleure défense, bien aidés par leur gardien et le mur opaque hérissé devant lui, malgré les fissures laissées au début du dernier vingt. La surprise vient peut-être d’une attaque qu’on aurait pu penser plus tourbillonnante et pressante. Mais il est vrai que lorsqu’on vise le haut du podium et qu’on mène « rapidement » de trois buts, il est ensuite compréhensible de laisser l’adversaire se fatiguer pour revenir.
L’adversaire malheureux de ce hockey pragmatique, c’est bien l’Étoile Noire ! La troupe alsacienne, qui aurait bien voulu un peu de ce réalisme, a péché aussi par manque de concentration. Il était donc ensuite plus ardu de revenir au score. Strasbourg a beaucoup lancé ce soir, Duras et Egli sont crédités de plus de 10 tirs chacun, ce qui est plutôt rare dans ce type de hockey. Mais Strasbourg a aussi beaucoup lancé de loin, sans pouvoir exploiter les rebonds, hormis durant le dernier tiers où le jeu court et le trafic devant la cage caennaise ont mis à mal la relative quiétude normande. C’est sans doute ce dernier point positif sur lequel les Alsaciens vont pouvoir travailler pour leurs prochains matchs. En attendant, Strasbourg redescend progressivement de son nuage et retrouve un classement sans doute plus adéquat avec ses possibilités.
Récompensés à la fin du match : Cody Van Liérop (Strasbourg) et Ronan Quemener (Caen)
photos : Charlotte Rossignol
Strasbourg – Caen 2-3 (0-1, 0-2, 2-0)
Samedi 4 novembre 2023 à 18h00 à la patinoire de l’Iceberg. 1067 spectateurs
Arbitres : Bastien Germaneaud assisté d’Anne-Sophie Boniface et Aurélien Smeeckaert.
Pénalités : Strasbourg 12′ (4′, 2′, 6′) ; Caen 20′ (6′, 8′, 6′).
Tirs : Strasbourg 45 (9, 18, 18) ; Caen 34 (10, 12, 12).
Évolution du score :
0-1 à 10’22 : Chauvel assisté de Ménard et M. Beckstead (sup. num.)
0-2 à 22’58 : M. Beckstead
0-3 à 27’11 : M. Beckstead assisté de Ménard
1-3 à 43’15 : Van Lierop assisté de Burgos et Sénéchal
2-3 à 44’13 : Duras assisté de Van Lierop et Gozzi (sup. num.)
Strasbourg
Attaquants :
Michal Duras (C) – Cristoffer Gozzi – Sébastien Trudeau (A)
Alejandro Burgos Ramirez – Louis Olive – Lucas Sénéchal
Jonas Bourdages – Flavien Fondadouze – Enzo Labat
Théo Lobstein – [rotation à 3 centres] – Enzo Poirot
Défenseurs :
Brandon Egli – Milo Avoine
Thomas Giorgi (A) – Bruno Baldris
Owen Dugas – Cody Van Lierop
Gardien :
Tomas Hiadlovsky
Remplaçant : Arthur Krauss (G). Absents : Arthur Pousse, Drayson Pears (blessé ?), Pierrick Hoehe et Shanouk Boiteau (suspendus).
Caen
Attaquants :
Félix Chamberland (A) – André Ménard (C) – Marc Beckstead
Matéo Bussat – Alexandre Mulle (A) – Mikulas Bicha
Titouan Lanes – Quentin Berthon – Cole Beckstead
Lucas Hacala – Adrien Maheut – Pierre Chauvel
Défenseurs :
Fiorenzo Villard – Thomas Carminati
Maxwell Roth – Pierre-Antoine Devin
Alix Belanger – Alexandre Pascal
Gardien :
Ronan Quemener
Remplaçant : Eliot Régnier (G). Absents : Kevin Tassery (genou), Reinis Demiters, Jonathan Janil.











































