J-2 ! L’équipe de France féminine de hockey sur glace tente de prendre la mesure de l’évènement. Pour la première participation de l’équipe aux Jeux olympiques, il s’agit de ne pas se faire noyer par les émotions avant un premier match déjà crucial en ouverture face au pays organisateur, l’Italie.
C’est dans une banlieue en plein chantier que se situe le village olympique. L’accréditation média n’y suffit pas : il faut l’échanger contre une accréditation provisoire et restreinte. Seul l’accès à une petite place et une salle promotionnelle sont autorisés. Plusieurs grandes enseignes y présentent leurs produits…
Pour ce rendez-vous, Estelle Duvin, Julia Mesplède et Jade Barbirati sont les premières à rencontrer Hockey Archives, Plan de Match et France télévisions.
« C’est incroyable, tout est nouveau pour nous et il nous faudra bien quelques jours pour tout découvrir », explique Estelle Duvin. « On s’est imprégnées de la magie des JO, mais le premier entrainement nous a permis de nous reconcentrer sur la compétition. C’est un peu Disneyland ici, mais on est là pour performer. »
Transformer la magie sur la glace, comme le dit si bien Julia Mesplède. « On s’est préparées tout l’année, on sait ce qu’on a à faire. L’Italie, ça fait quelques années qu’on ne les a pas jouées. Il y a eu beaucoup de changement dans leur effectif, quelques naturalisations. On analyse tout cela en vidéo, on sait ce qu’elles ont fait récemment. Cette équipe peut surprendre. »
Le tournoi ne sera pas abordé différemment. C’est particulier car c’est l’ouverture. L’Italie, à domicile, on s’attend à une grosse ambiance. Les Jeux commencent, il faudra être prêtes », complète Julia Mesplède.
Mais justement, quels sont les points forts des Bleues ?
« Notre vitesse, notre agressivité, notre profondeur, le collectif tout simplement », selon Estelle Duvin.
Et à l’inverse, les points faibles ?
« Il faudra être vigilantes sur les pénalités. On dit parfois que notre groupe manque d’expérience, notamment dans la gestion des temps forts et des temps faibles d’un match. Je pense que sur ce plan, dans les matchs de préparation, on a passé un cap. On a grandi, on se fait plus confiance et ça peut devenir un point fort. »
Concrètement, il se passe quoi d’étonnant dans ce village ?
« Les échanges de pin’s ! », raconte Julia Mesplède, spécialiste du sujet chez les Bleues. « Côté chambres, nous avons deux lits, chacun a personnalisé avec drapeaux, photo. Il y a deux étages un peu privés côté Français et on s’y sent comme à la maison. Il y a des salles de kiné, de réunion. On a pu rencontrer quelques athlètes français du short track ou du patinage artistique, et les garçons sont arrivés hier. On ne les côtoie pas si souvent mais on avait passé du temps ensemble au stage pré-olympique de Gien. On était contents de se retrouver et on va se suivre », complète Estelle Duvin.
Et cette patinoire Santa Giulia, qui a fait couler beaucoup d’encre ?
« Elle est plus petite que d’habitude ! Elle résonne un peu au niveau du plancher et on est vite collé à la bande ». Julia Mesplède explique : « Elle ne me parait vraiment pas large, les arrondis sont un peu étranges derrière la cage ». « J’ai trouvé qu’il faisait assez chaud, et que la glace était un peu molle, mais la qualité est OK », abonde Estelle Duvin. « Mais ce sont surtout les dimensions. Je ne sais pas si ça sera un avantage ou non. D’un côté on est plus près de la défense, de l’autre ce sera plus difficile de prendre de la vitesse. Peut-être que cela peut handicaper certaines équipes, comme le Japon. En tout cas, ce sera pareil pour tout le monde. Il faut prendre ses repères, et ce ne sera pas du hockey si différent que cela. »

Les filles n’ont pas eu d’entraînement le premier jour, le temps de prendre leurs marques et répondre aux différentes formalités – y compris une tenue complète olympique. Après une matinée libre le deuxième jour, elles ont pu monter sur la glace et commencer les réunions préparatoires en vue de ce premier match. « On se concentre maintenant sur le hockey, sans se mettre de pression. Il y a peu d’attentes, et nous voulons prouver le contraire », assènent elles.
« L’Italie aura la pression de jouer à domicile. Nous, le quart de finale est notre objectif. On a l’habitude de jouer l’Allemagne et le Japon, on les a déjà battus. On sait qu’on peut faire une grosse performance, il faudra chercher des points d’entrée. La Suède semble un peu plus forte, mais on ne sait jamais. Cet objectif est réalisable ».
Les quarts de finale dans le viseur
Après ce premier entretien, direction une autre salle où, entre bar, stand de fromage et salon de coiffure, une table de réunion nous permet de rencontrer Lore Baudrit, Grégory Tarlé et le DTN Antoine François.
« Déjà deux contrôles antidopage, quasiment tous les jours il y a des joueuses qui y passent. C’est très inhabituel, dans ma carrière j’en ai peut-être suivi deux ou trois, j’en ai fait plus depuis quelques semaines avant les Jeux », s’amuse Lore Baudrit. Face à cette surmédiatisation tout aussi inhabituelle, elle s’anime : « C’est super ! J’essaie d’être le plus disponible possible. Car on sait que, même si 2030 sera en France, il faut être présentes ici et maintenant. »
Ce match contre l’Italie lui va comme un gant. « C’est parfait, l’Italie à domicile en ouverture. On aime ce genre de match, des patinoires pleines… On l’a vu à Vaujany et Angers où l’ambiance était incroyable, on performe. Quand on a pas trop l’habitude d’avoir du public, ça transcende. Beaucoup auront leurs familles, leurs proches et on veut montrer ce qu’on est capables de faire. Je pense que l’Italie aura plus de pression, c’est encore autre chose pour eux. Donc tout va dépendre de comment gérer tout ça, comment les leaders l’abordent. L’Italie a mis beaucoup de moyens, il y a beaucoup d’attentes. »
Grégory Tarlé poursuit la discussion en parlant du calendrier très resserré : 4 matchs en 5 jours. « L’équipe a l’habitude d’avoir peu de récupération entre les matchs. C’est important oui, mais pas plus que cela car cela fait longtemps qu’on se prépare et qu’on s’entraîne en conséquence. C’est dans notre plan, et on s’ajustera tactiquement si besoin. »
Lore Baudrit répond ensuite à une question sur la patinoire. « On a eu un entraînement hier, et un autre ce soir. C’est bizarre car la glace est vraiment petite. Moi qui ai joué au Canada, et même deux fois au Centre Bell, c’est plus petit qu’une glace de NHL. Les angles et coins sont un peu bizarres mais on s’habitue et c’est pareil pour tout le monde. Peut-être que ce sera un avantage contre des équipes rapides, Japon, Allemagne ou Suède où on pourra s’imposer physiquement. Il faudra se régler sur les équipes spéciales aussi. On a une idée des points auxquels faire attention. Dans tous les cas, il faut optimiser le temps d’entraînement et prendre ses marques. La glace m’a paru un peu molle et s’est dégradée un peu vite au fil de l’entraînement, mais ça restait correct. L’habillage foncé est un peu gênant quand le palet est en hauteur ou sur les rebonds, il se confond un peu. Ce sont des détails auxquels il faudra se faire. »

Le sélectionneur précise ensuite : « Depuis le tournoi d’Albertville, on travaille les unités spéciales, on sait que c’est ce qui fait la différence dans les matchs serrés. L’efficacité sera déterminante. De nombreuses joueuses seront aussi présentes en 2030 donc c’est aussi un apprentissage, mais l’histoire de 2026 se joue en 2026, ici et maintenant. »
Le DTN Antoine François prend ensuite la parole. « On arrive avec beaucoup de lucidité et de l’ambition, mais il faut aussi savoir analyser la performance et la séparer du résultat. Tous les matchs sont des victoires potentielles. Leur objectif de sortir des poules est atteignable. Il n’y a rien d’imposé, elles se l’imposent elles-mêmes. « Cette exigence, elle vient du fait que l’équipe a déjà été 9e mondiale à un championnat du monde, que devenir 8e sera difficile mais semble réalisable », confirme le sélectionneur.
Côté coulisses, Lore Baudrit répond à une dernière question de France Télévisions : « Pour les mamans ? Ici il n’a pas de lieu spécial comme à Paris 2024, mais les mamans ont reçu de l’aide de l’agence nationale du sport et du CNOSF. Le voyage de mon fils et de son accompagnateur, le logement, la nourriture… C’est payé, et toute la saison sur certains stages ou le Mondial en avril aussi. Je trouverai des moments pour voir mon fils qui est logé à une quinzaine de minutes à pieds d’ici dans mes temps libre. » Dernier mot avant de partir : « oui, vous pouvez écrire qu’on vise les quarts ! Rien à cacher là dessus », conclut-elle.
La capitaine nous quitte mais la discussion avec Grégory Tarlé se prolonge. « Nous sommes dans une optique de transmission de génération. Il y a eu le Mondial, puis le TQO 2021 en Suède qui ont été importants dans la construction de l’équipe. On était presque aux Jeux alors mais pas encore… Il y avait alors un peu de médiatisation même en période de Covid. Puis, le Mondial à Angers et le Mondial en élite en 2023 ont été des étapes de la reconstruction. Une grande partie des joueuses sont encore là et l’expérience collectée sur ce tournoi, sur les qualifications trois ans plus tard, est très importante. Il faut saluer le travail du Pôle France, beaucoup en viennent – ou plutôt, très peu n’en viennent pas ! – mais aussi sur l’aide à la carrière après le Pôle. Dans l’histoire des Bleues, on a peut-être l’équipe qui compte le plus de joueuses dans des championnats majeurs. C’est la réussite du projet, qui sera aussi à réfléchir pour dans quatre ans. Il y a beaucoup de choses réunies pour espérer un quart de finale. »
La sélection tricolore compte aussi la plus jeune sélectionnée olympique de la délégation. « Clémence Boudin, il fallait être pragmatique. Elle est entrée dans le groupe cet été et dès les tests physiques elle figurait parmi les meilleures. Elle a gagné sa place et au récent Mondial U18, elle a performé comme très peu de joueuses avant elles – elle a fait aussi bien qu’Estelle Duvin il y a 11 ans ! Mais cela n’est rien en soi, car c’est dans deux jours qu’il faut performer. Tout son parcours a été préparé par le Pôle France, avec en plus le baccalauréat en juin, et quelques semaines de cours manquées en janvier puis maintenant. Elle vit ces Jeux avec la légèreté d’une jeune femme de 17 ans. »
Dans un calendrier si resserré, la gestion du temps de jeu – notamment des gardiennes – est abordée. « Ce sera la clé de la performance », précise Grégory Tarlé. « À Dunkerque par exemple, nous avons longtemps joué à quatre lignes, cela nous a bien aidés. Je pense qu’on a jamais été aussi fortes en terme de profondeur de banc. Cela permet de mieux répartir les temps de jeu, changer les lignes si besoin. Cela donne des options pour le collectif. Pour les gardiennes, oui nous avons un plan mais nous le gardons pour nous ! »
Il revient ensuite sur le tournoi de Dunkerque : « Face au Japon, le contenu était bon en dehors du résultat. C’est une histoire de confiance, il faudra déjà se présenter contre l’Italie de la bonne manière. » Il détaille ensuite son staff technique, dont Marion Allemoz, chargée de la vidéo en tribunes en liaison avec Pierre Pousse sur le banc, lequel est plutôt assigné à l’attaque et aux mises au jeu. Sébastien Roujon se charge plutôt de la défense et la gestion des équipes spéciales est collégiale. Le staff compte aussi deux physio, un médecin, un préparateur physique, une entraineuse de gardiennes, deux chefs matériel, un team manager et une spécialiste « cadre de vie/préparation mentale », recrutée après le Mondial de Brampton.
« Le stress va logiquement monter à l’approche du premier match. On veut simplement que l’équipe développe son jeu. On a mis en place des choses particulières oui, mais on veut surtout jouer comme l’équipe de France peut le faire. Garder une structure défensive solide pour ensuite se permettre d’être créatif. L’état d’esprit, c’est le point fort du groupe. Savoir se relever après un échec dans une compétition, ou même un écueil dans un match. Au TQO, on implose 7-1 contre le Japon au premier match. On a joué notre vie contre la Chine ensuite, puis deux jours après contre la Pologne. Il fallait alors gagner, démarrer fort et viser le goal average car on savait qu’il compterait dans le cas où le meilleur deuxième passait. On jouait avant les autres groupes avec le décalage horaire et on est passé d’une différence de -6 à +6. Psychologiquement, cela impactait les autres nations. Il faut réussir à retransmettre cela, leur faire penser « ils sont fous ces Français ». Il faut jouer sur cette carte. Ne pas se louper au premier match oui. Mais si c’est le cas, ne pas abandonner. »









































