À la veille du tournoi féminin, l’occasion de découvrir la patinoire Santa Giulia se présente avec l’entrainement de l’équipe de France masculine.
Une patinoire encore en plein travaux et aux finitions approximatives, comme prévu… durant l’entrainement, le montage d’une dernière tribune de presse est encore en cours !

Peintures fraiches, déballage des tables hautes pour les buvettes et tirages de câbles… On peine à imaginer que la compétition débute le lendemain.
Pour autant, l’arena elle-même a fière allure. Le design extérieur est très réussi et l’atmosphère à l’intérieur rend concret ce début de Jeux olympiques. À l’issue de cet entrainement, Yohann Auvitu puis Pierre-Édouard Bellemare prennent de leur temps pour répondre aux questions de quelques médias anglophones, suédois, canadiens et, en bout de piste, Hockey Archives.
Yohann Auvitu : On est passés si près, et si loin à la fois au fil de ces années. Là il faut savourer et profiter, ne pas repenser à tous ces moments négatifs. J’ai peut être la chance d’être plus vieux maintenant pour mieux me rendre compte, à 17-18 ans on prend peut-être ça pour acquis… Notre présence ici, avec le contexte de la Russie, elle ne vient pas de nos décisions. On a fait de notre mieux, et on a terminé meilleurs deuxièmes et la place nous revenait. C’était une grosse déception contre la Lettonie, très difficile à vivre sur le coup même si on savait qu’il y avait une petite chance.
Hockey Archives : On entend parfois « on les a trop respectés » face aux grosses nations au Mondial. Comment faire cette fois-ci pour échapper à cette analyse ?
YA : Il faut faire abstraction de tout, la bouffe, l’hôtel et tout ce qu’il y a autour. La seule chose qui compte, c’est 12h10, le puck drop et c’est la même limonade pour les deux équipes. On va souffrir oui, ça sera difficile oui, et il faudra aimer souffrir ensemble ! On a sept jours pour assimiler tout cela, se concentrer sur soi, jouer en équipe. C’est à la fois long et court. On a hâte que ça commence et toute l’équipe devra être sur la même page : ne pas se faire emporter par ses émotions.
Cristobal Huet : Cela fait 24 ans que l’on attendait ça. On a beaucoup essayé, on est parfois passés pas loin, quand je jouais ou après ma carrière. C’est une chance d’y être enfin, de montrer notre sport en France, c’est une vitrine importante. Les joueurs attendent depuis longtemps, ils sont motivés à l’idée de se confronter aux meilleurs, ce qui n’était pas le cas en 2002 quand j’y étais car il y avait un tour préliminaire. Là, ils sont comme des petits enfants !
Pierre-Édouard Bellemare ? C’est le leader, il a l’ascendant sur les joueurs. Il a toujours été présent c’est un exemple de travail et de comportement. C’est le meilleur exemple pour le hockey français et je suis content qu’il ait prolongé pour être ici !

Pierre-Édouard Bellemare nous rejoint enfin après quasiment trente minutes de sollicitations médiatiques en anglais, puis suédois, à nouveau en anglais et enfin en français.
HA : Est-ce qu’il y a plus d’anneaux olympiques dans l’aréna que dans tes yeux ?
PEB : Je pense que si on ajoute tous les anneaux de l’aréna, tous ceux des accréditations, il n’y en aura quand même pas assez pour comparer avec mes yeux qui brillent ! C’est un rêve d’une vie, je n’ai pas assez de mots. J’ai reçu beaucoup de messages sur mon sourire, mais j’ai l’impression de rester moi-même. J’en profite !
À force, je m’étais même dit que c’était peut-être moi le problème. Je suis arrivé en tant que jeune du futur après Salt Lake, puis en leader. Je compte m’arrêter et les Jeux arrivent à la maison ! Ces voix négatives, de temps en temps, étaient là pour me faire cesser d’y croire. Plusieurs fois je me suis dit qu’on méritait d’y être, qu’on avait notre place. On est une petite nation, être dans les douze c’est un exploit. À chaque qualification je me disais qu’on avait les moyens et je ne me suis jamais dit qu’on allait pas y arriver. Les JO, c’est mon rêve d’enfant qui regarde Albertville. On a tous un rêve de gosse, mais combien le réalisent ? Cela fait 8 ans que je me dis que j’arrête, mais là oui, c’est bien la dernière. Mais même là, il faut encore que j’ouvre ma bouche à l’entrainement, je me demande si je ne suis pas pire en vieillissant !
J’ai eu une carrière incroyable, c’est court finalement dans une vie, mais là il y a besoin de stabilité pour ma famille, pour les enfants. On a beaucoup bougé, avec des tas… tas qu’on garde, tas qu’on jette, tas où on verra si on a la place dans la valise. C’est dur pour des enfants de 6-7 ans, ce n’est pas juste pour eux de devoir faire ça, de ne pas savoir dans quelle école ils seront ni dans quelle langue ! Mais maintenant, mon fils a 8 ans et il ne comprend pas que j’arrête ! Il me dit que je suis encore en forme, me demande si j’aime encore le hockey et oui, bien sûr que j’ai envie de continuer ! J’ai reçu des offres intéressantes pour l’après-carrière. J’aime le hockey, il m’a aimé en retour, j’ai toujours eu une carotte plus grosse à aller chercher au fil des années.
Ces Jeux, il y a eu tellement d’informations. Les logos, les fringues, les activités… Il y a toutes les nations, des athlètes incroyables. On ne sait pas où donner de la tête ! C’est un plaisir de voir ce mix d’athlètes et, là où je mange d’habitude en 30 minutes, là ça prend 1h30. Ce n’est pas prêt de redescendre.
HA : Comment aborder ces grosses écuries en face : la Suisse double finaliste, les Tchèques champions du monde 2024 et le Canada qu’on ne présente plus ?
PEB : Il faut se concentrer sur les Jeux à faire, et pas penser aux autres équipes. On est conscients que les journalistes français ne sont pas beaucoup éduqués sur notre sport et qu’on ne joue pas la médaille. Ce qu’on veut c’est être chiants à jouer. Comme on a pu le faire par le passé face au Canada ou la Russie. Des chiens galeux, les embêter. D’être impeccablement chiants ! C’est l’héritage des Meunier, des Pérez, Gras, Bachet et je ne peux pas tous les citer, quand je suis arrivé en Bleu. C’est comme cela qu’il fallait jouer en groupe B, travailler plus que les autres pays et être présents sur les matchs-clés, malgré les gros scores face aux meilleurs. On a un peu perdu cela au fil des années, avec une descente, un repêchage, une descente… Peut-être que nous anciens, on a mal transmis. Il faut savoir s’oublier et jouer pour l’équipe. Ce que j’ai vu depuis le stage de novembre, c’est des joueurs qui ont faim, et je me suis même dit « si on avait joué comme ça au Mondial ! »…
Oui, il y a bien plus de talent en face. Nous on a Tex, Stéphane, mais on ne peut pas vraiment rivaliser. Il ne faudra pas qu’il y ait de zone grise. Avoir un plus gros cœur qu’eux, travailler plus fort, en équipe. Les gens qui nous regarderont devront se dire à la fin du match « oula, il se sont donnés, ils doivent être fatigués. »
Bonus !
Après l’entraînement de l’équipe masculine, ce sont les jeunes femmes de l’équipe de France qui prennent la glace, à la veille de leur premier match historique face à l’Italie. L’occasion de passer du doyen de la délégation olympique, Bellemare, à la benjamine, Clémence Boudin, 17 ans.
« C’est cool d’être là, c’est bien ! Cela montre que ça ne veut rien dire d’être jeune, on peut intégrer l’équipe de France et je suis juste là pour jouer au hockey. C’était mon quatrième Mondial U18, et on l’a abordé différemment. On a d’abord joué le maintien sur les deux premiers et, comme ça s’est bien passé, on a ensuite bataillé pour la médaille. Je suis contente d’avoir fini sur une bonne note et avec en bonus le titre de la meilleure buteuse. J’étais surtout focalisé sur ce Mondial, faire une bonne saison U18 même si je n’ai pas pu jouer avec elles beaucoup. J’ai eu une semaine pour switch sur les Jeux, je suis prête ! J’ai toujours eu l’habitude de jouer avec des joueuses plus grandes et je suis à l’aise avec elles, elles m’ont bien accueillie. J’avais eu un avant-goût avec les Jeux olympiques de la jeunesse, puis les U18. Là c’est ma première compétition, la plus grosse tout de suite ! Cette expérience des mondiaux va me servir et je n’ai pas de doutes que ça va bien se passer. »










































