
De l’eau semble cependant avoir coulé ses ponts depuis quatre ans. Loin de se réduire, le retard des nations européennes s’est plutôt accru. Canadiennes et Américaines ont été regroupées toute la saison et ont l’avantage de la cohésion collective, en plus de celui de la densité de pratiquantes et du talent qui va avec. Résultat : les Suédoises ont déjà encaissé un sévère 13-1 contre le Canada dans ce tournoi, et la gardienne Kim Martin, l’héroïne de Turin, a été sortie à 10-0. Elle est redevenue titulaire ce soir.
Les premières minutes donnent l’impression d’un match équilibré avec deux occasions pour Pernilla Winberg. Oui mais voilà, les Américaines ouvrent la marque sur un exploit personnel de Monique Lamoureux qui déborde Jenni Asserholt, repique à la cage et glisse le palet au second poteau de Kim Martin (1-0). Très joli but d’une des jumelles Lamoureux, dont le père Pierre est originaire du Saskatchewan avant de franchir la frontière et de s’installer au Dakota du Nord. Il a donné des prénoms francophones à ses enfants qui ne parlent cependant plus français. Les soeurs ont la doublé nationalité 0canadienne et américaine, mais ont intégré les camps de développement des États-Unis et ont logiquement choisi ce pays.

La deuxième période va briser en mille morceaux ces dernières illusions de suspense. Après une jumelle, voilà l’autre : Jocelyne Lamoureux déborde elle aussi sur l’aile gauche et décale parfaitement Angela Ruggiero qui est venue porter le surnombre en attaque et tire au-dessus de l’épaule gauche de Kim Martin (3-0). La Suède encaisse le choc moralement et multiplie les erreurs. Erica Uden-Johansson n’a qu’à sortir proprement le palet de sa zone mais se fait contrer juste avant la ligne bleue. Caitlin Cahow, qui a raté deux cages ouvertes au premier tiers, hérite du palet et envoie un improbable tir en angle qui ricoche sur la mitaine de la malheureuse Kim Martin (4-0). Que Turin semble loin !
Les Suédoises ont cependant matière à redresser la tête quand Milly Engström charge Winberg devant la cage américaine. Cahow se couche courageusement devant un lancer pendant cette infériorité. Elle se relève difficilement, mais elle s’est sacrifiée pour rien car les Suédoises marquent quand même. La passe de la bleue d’Isabelle Jordansson est déviée par Pernilla Winberg dos à la cahe. La gardienne détourne mais Winberg claque ce palet au vol « à la Sannitz », comme on dit maintenant en référence au plus beau but du tournoi olympique masculin (4-1). Winberg n’a rien à lui envier !

La troisième période est placée sous le joug américain. Kelli Stack perce la ligne défensive et se présente seule devant la cage, mais Kim Martin ferme le trou entre ses jambières. Le but n’est que retardé. Winberg fait faute sur Darwitz, et Monique Lamoureux décoche un superbe tir dans le haut du filet (6-1).
Un temps mort du coach suédois n’arrête pas l’hémorragie, puisqu’un tir dévié passe sous les jambières de Kim Martin. Les Scandinaves sont dépassées et les actions sont de plus en plus confuses devant leur cage. Kelli Stack marque un but malin du revers et un surnombre suédois permet à Monique Lamoureux de réussir un triplé en récupérant un palet qui sort de la mêlée (9-1).
Voilà qui a le mérite d’être clair. Les deux rives de l’Atlantique n’ont jamais aussi écartées dans le hockey féminin. Si les Suédoises ont fait jeu égal dans les premières minutes, elles ont été inexorablement dominées au fur et à mesure que le match avançait. C’est d’une logique implacable : là où les Américaines faisaient tourner leurs lignes, les Scandinaves ont sur-utilisé leur première ligne et ont payé leur manque de profondeur de banc. Kim Martin n’a pas fait sensation cette fois, au contraire.
Commentaires d’après-match
Angela Ruggiero (arrière des États-Unis) : « C’était la même équipe, la même demi-finale, mais les similarités s’arrêtent là. Tout le monde sait. Personne n’a dit de se souvenir de ce qui s’était passé. »
Kim Martin (grdienne de la Suède) : « Je me sens bien, mais le palet n’a pas vraiment rebondi en ma faveur. Il a toujours fini dans la crosse d’une joueuse libre. C’est sûr que j’aurais dû arrêter ce quatrième but, et un ou deux autres. C’est dur, nous visions l’or olympique. Maintenant, nous devons jouer le bronze. Je veux toujours jouer, absolument, mais c’est à Peter [Elander] de déterminer la titulaire. »
Gunilla Andersson (arrière de la Suède) : « Nous avons bien commencé et nous avons été compactes en première période, mais le 1-0 est une erreur de notre part. Sur le 2-0, il y avait une nette faute de leur part et au lieu ça nous sommes pénalisées. »
États-Unis – Suède 9-1 (2-0, 3-1, 4-0)
Lundi 22 mars 2010 à 12h00 à la Canada Hockey Place. 16021 spectateurs.
Arbitrage de Mary Anne Gage (CAN) assistée de Miyuki Nakayama (JAP) et Heather Richardson (CAN).
Tirs : États-Unis 46 (12, 14, 20), Suède 12 (3, 6, 3).
Engagements : États-Unis 29 (8, 12, 9), Suède 24 (6, 8, 10).
Évolution du score
1-0 à 07’14 » : M. Lamoureux assistée de Potter et Knight)
2-0 à 08’23 » : Duggan assistée de Cahow et Stack (sup. num.)
3-0 à 23’22 » : Ruggiero assistée de J. Lamoureux
4-0 à 25’58 » : Cahow assistée de Thatcher
4-1 à 29’34 » : Winberg assistée de Jordansson (sup. num.)
5-1 à 33’35 » : Thatcher assistée de J. Lamoureux et Lawler
6-1 à 45’59 » : M. Lamoureux assistée de Potter et Engstrom (sup. num.)
7-1 à 47’15 » : Weiland assistée de Lawler
8-1 à 55’20 » : Stack assistée de Chu et Engstrom
9-1 à 57’19 » : M. Lamoureux assistée de Knight (sup. num.)
États-Unis
Gardienne : Jessie Vetter.
Arrières : Caitlin Cahow – Angela Ruggiero ; Lisa Chesson – Molly Engstrom ; Kacey Bellamy – Kerry Weiland.
Attaquantes : Gigi Marvin – Natalie Darwitz (C) – Meghan Duggan ; Hilary Knight – Jenny Potter (A) – Monique Lamoureux ; Julie Chu (A) – Kelli Stack – Jinelle Zaugg-Siergiej ; Karen Thatcher – Jocelyne Lamoureux – Erika Lawler.
Remplaçante : Molly Schauss (G). Absente : Brianne McLaughlin (G).
Suède
Gardienne : Kim Martin.
Arrières : Emilia Andersson – Gunilla Andersson ; Jenni Asserholt (A) – Frida Nevalainen ; Emma Nordin.
Attaquantes : Pernilla Winberg – Erika Holst (C) – Elin Holmlov ; Danijela Rundqvist – Emma Eliasson – Maria Rooth (A) ; Klara Myren – Tina Enström – Cecilia Ostbrg ; Katarina Timglas – Isabelle Jordansson – Frida Svedin Thunström ; Erica Uden-Johansson.
Remplaçante : Sara Grahn (G). Absente : Valentina Lizana (G).






































