
La stabilité est en effet de mise à Kazan car les leçons ont été tirées de l’échec de l’équipe des millonnaires du lock-out de 2005. Outre l’entraîneur, le seul bouleversement fiondamentale se situe dans les cages. Konstantin Barulin remplace Petri Vehanen, à qui il avait déjà succédé en mai comme gardien champion du monde (mais seulement en numéro 2 de l’équipe russe). Cette arrivée dans un grand club aux objectifs ambitieux sera capitale pour la suite de sa carrière.
Ak Bars garde sa défense expérimentée intacte, et le seul nouveau venu (Andrei Mukhachev) jouait déjà ici voici trois saisons. Offensivement, on ne part pas non plus dans l’inconnu. L’ailier rentré de NHL/AHL Maksim Maïorov est né en Ouzbékistan… mais a été formé à Kazan, même s’il jouait aussi peu en équipe première avant son départ d’Ak Bars qu’il ne le fait à Columbus depuis quatre ans.
La place d’étranger libérée par Vehanen a été confiée au pur buteur finlandais Janne Lahti, qui a trois compatriotes en attaque pour se familiariser. De retour après une année au pays, l’international Janne Pesonen retrouve en effet son compagnon de l’équipe nationale Jarkko Immonen. Autant dire que tout le monde se connaît ou presque, et qu’à l’instar du premier trio Danis Zaripov – Niko Kapanen – Aleksei Morozov, les lignes sont déjà rodées. Même en cas de lock-out, Kazan ne commettra plus la même erreur en invitant une collection de stars impossibles à souder.

Comme avec Dave King à l’époque, Magnitka a réinvité un prestigieux entraîneur canadien, Paul Maurice, le plus jeune coach de l’histoire à avoir atteint le cap des 1000 matches en NHL. N’ayant jamais été pro, il a fait carrière sur le banc grâce à sa précision théorique et méthodique. C’est lui qui a choisi Cal O’Reilly, un joueur intelligent et très assidu à l’entraînement. Ce centre de 25 ans a joué 113 matches (41 points) en NHL. Il a signé pour deux ans et devra endosser des responsabilités dans une attaque rajeunie après le départ de ses deux leaders naturels Sergei Fedorov et Tomas Rolinek. Un autre centre canadien arrive (de Finlande), le centre physique Justin Hodgman.
C’est surtout la défense qui paraît affaiblie après avoir perdu Kukkonen, Lajunen et Dmitri Bykov. La maigre recrue est Anton Poleshchuk, champion avec Magnitka en 2007 sans beaucoup jouer, qui s’est ensuite bien développé au niveau inférieur et vient de remporter la VHL avec Neftekamsk.
Tel quel, Magnitogorsk sera donc un simple outsider dans cette KHL. Mais si un lock-out est déclaré outre-Atlantique, c’est tout bonnement le meilleur joueur qui va arriver ! Le débat sur l’appartenance ou non des droits KHL d’Evgeni Malkin au Metallurg a été tranché par l’intéressé lui-même, qui a déclaré qu’il n’imaginait pas jouer ailleurs qu’à Magnitogorsk. Un autre enfant du pays est dans le même cas, Nikolaï Kulemin. Et comme la KHL autorise trois « renforts temporaires NHL », un certain Sergei Gonchar, grand ami de Malkin, pourrait débarquer comme en 2004/05.

Cet été, beaucoup se sont demandés si Chelyabinsk faisait suffisamment d’efforts pour conserver ses autres joueurs formés au club. Le cas Anton Burdasov, qui refusait les termes de son nouveau contrat, a défrayé la chronique. L’entraîneur Valeri Belousov, alors en vacances, annonçait vouloir lui parler entre quatre yeux, sans son agent, dès son retour. Le club l’a finalement cédé au plus offrant (le SKA) et en serait content… si Burdasov ne s’était pas exprimé dans la presse pour critique son ancien club, et surtout son ex-coach Belousov qui ne l’aurait pas fait assez jouer.
Second cas, celui d’Evgeni Dadonov. Le Traktor lui proposait un million de dollars par an (ce qui est déjà fort généreux pour un joueur d’AHL)… mais le Donbass Donetsk a offert le double (!), plus une compensation également à sept chiffres pour le club formateur, qui a empoché l’argent ukrainien.
Financièrement, le Traktor s’y retrouve, grâce à ces coquettes indemnités de transfert. Mais sportivement ? Pour l’équivalent du salaire des jeunes, on a engagé Juhamatti Aaltonen, parce qu’il a l’avantage de former un duo éprouvé avec Petri Kontiola (ils étaient ensemble à Magnitogorsk en 2010/11). La différence entre le Finlandais et les jeunes du cru, c’est qu’il prend une des cinq places d’étrangers, obligeant à se séparer du défenseur Raymond Giroux, un des Canadiens de KHL qui a le mieux appris le russe.
Et surtout, Aaltonen se fait attendre. Comme le gardien Mike Garnett en février dernier, l’attaquant est en plein divorce dans son pay. De tournoi en tournoi, le Finlandais a joué l’arlésienne. Au point que l’ex-indésirable du vestiaire de Magnitogorsk s’est attiré – avant même d’arriver – l’inimitié de ses nouveaux coéquipiers, qui n’ont pas apprécié qu’il s’autorise un traitement de faveur…

L’expression « la star, c’est l’équipe », souvent galvaudée dans le milieu sportif, prend tout son sens ici. Ou plus exactement, on a ressuscité la philosophie soviétique : la star, c’est l’entraîneur ! On peut même ajouter le pluriel. Sergei Shepelev et ses assistants Nikolaï Soloviov et Sergei Kotov travaillent toujours en harmonie sans se marcher sur les pieds.
Les joueurs partis n’étaient pas majeurs et n’influencent donc en rien une équipe remarquable de continuité. Le défenseur canadien Danny Groulx, qui n’a pas forcément choisi le moment idéal pour retourner en Amérique du nord, a simplement été remplacé par Marek Troncinsky, une des révélations de la dernière Extraliga tchèque avec Liberec.
Avec un cap aussi fermement tenu, Khanty-Mansiysk, déjà qualifié en play-offs pour ses deux premières saisons de KHL, peut donc appliquer un autre poncif : « jamais deux sans trois ».

Dans d’autres cas, il s’agit d’un compromis financier à (ne pas) trouver. Aleksandr Korolyuk, Oleg Kvasha et Denis Arkhipov, trois vétérans qui avaient passé leurs jeunes années en NHL, ont refusé les propositions de prolongation et ont préféré partir vers des contrats plus alléchants, au Vityaz pour le premier nommé et au CSKA pour les deux autres.
La défense – qui reste le point faible – est livrée à elle-même sans joueur étranger, afin d’accueillir de nouveaux leaders offensifs : le duo Jan Kolar – Petr Koukal a été moteur dans le titre de champion tchèque de Pardubice.

Ne parlons même pas de Pavel Datsyuk, dont le retour même pour une pige relève de l’utopie. Le « simple » retour d’Aleksei Yashin, qui continue pourtant de dire qu’il considère Ekaterinbourg comme sa patrie, a avorté pour le second été consécutif. Son agent se montre toujours aussi gourmand, mais cette fois l’Avtomobilist n’est pas le seul à ne pas pouvoir – ou vouloir pour les autres – s’aligner. Yashin reste donc sans contrat !
Vu que les quatre meilleurs marqueurs (Subbotin, Bushuyev, Krutov, Abdullin) sont partis, il y a pourtant bien besoin de renforts offensifs. L’Avtomobilist a certes fait revenir le lutin Aleksei Simakov et engagé l’ex-vainqueur de Coupe Stanley Dmitri Afanasenkov, mais cela fait bien longtemps que ces noms un peu connus n’ont plus affolé les compteurs.
Des étrangers dominants sont donc indispensables. Les premiers bruits du printemps, selon lesquels il n’y aurait que deux mercenaires faute d’argent, annonçaient un calvaire. Finalement, le club affiche complet. Il a souscrit le talent offensif qui lui manque avec Josef Straka, Kamil Piros et Rastislav Spirko, il a musclé sa défense avec le gladiateur slovaque Branislav Mezei, et il a surtout récupéré Chris Holt, l’ancien gardien canadien de Riga, sans doute l’addition la plus importante.
Pour autant, le nouvel entraîneur Andrei Shaïanov, démis de toute fonction à Astana après la relégation du Kazakhstan, peut s’attendre à une mission aussi compliquée qu’avec l’équipe nationale d’Asie Centrale…





































