La Grande-Bretagne rate la dernière marche
Après la proche Tilburg en 2010, du 13 au 19 avril Eindhoven était le théâtre du championnat du monde de Division 1B, réunissant la Corée du Sud, la Croatie, la Lituanie, la Grande-Bretagne, l’Estonie et les représentants du pays hôte.

L’an dernier, la Corée du Sud organisait le mondial de D1A à Goyang. Terminé à la dernière place, ce tournoi marqua un coup d’arrêt dans la progression des Asiatiques, passés en cinq ans du 33ème au 23ème rang du classement de l’IIHF. Extirpés de la Division 2 en 2009, ils avaient remporté la D1B trois ans plus tard. Arrivés en Europe début avril, les Sud-Coréens entendent reprendre leur marche en avant. Pour ce faire, ils ont remplacé Byoen Sun-Wook, démissionnaire, par un duo au passé glorieux. Jim Paek, parti à Toronto très jeune et repêché en 1985 par Pittsburgh, a remporté deux coupes Stanley aux côtés de Mario Lemieux. La carrière derrière le banc du défenseur également passé par Los Angeles et Ottawa s’est déroulée en AHL, où il contribua au titre des Grand Rapids Griffins en 2013. Son adjoint Richard Park, repêché par les Penguins neuf ans après son aîné, a beaucoup bourlingué jusqu’à poser ses valises au Minnesota et aux Islanders, finissant sa carrière à Ambri. Tous deux nés en Corée du Sud (à Séoul), ils espèrent avec le jeune assistant coach des Griffins Spiros Anastasiadis guider leurs troupes jusqu’aux jeux olympiques de 2018 à la maison PyeongChang.

L’optimisme est de mise à l’issue de la compétition domestique : pour la première fois un de leurs joueurs a été nommé MVP de l’Asia League, compétition regroupant également des équipes du Japon, de Chine et de l’île russe de Sakhaline. Et Anyang Halla, club de Séoul où est passé Esa Tikkanen, après avoir mis fin en 2009 à l’hégémonie japonaise en Asia League, vient de remporter la saison régulière, même si le club japonais de Tohoku a raflé la mise finale, aidé par son Danois Kim Staal.
Les Asiatiques débutent par un match prolifique aux dépends de l’Estonie (7-3), au cours duquel Swift et Testwuide soignent leurs statistiques aux côtés de Woosang Park (4 points) mais ils perdent l’attaquant Jin Hui Anh, victime d’une charge de Parras. Ils confirment le lendemain en mettant le pays hôte dans l’embarras (7-1). La montée en puissance est de bon augure avant le premier choc de la semaine. Toutefois, le match face à la Grande-Bretagne fut très contrasté. Menant 2-0 grâce à un tir de son défenseur Don Ku Lee dévié par Woosang Park et une action rapide conclue par Kisung Kim, la Corée du Sud a baissé pavillon, multipliant les fautes (cinq en deuxième période) pour perdre du terrain, se réveillant trop tardivement (2-3).
Avec 5 buteurs différents, les Coréens font souffrir une Lituanie longtemps portée par Armalis et infligent une correction au suppléant Tomljenovic et à des Croates à la dérive (9-4). Ne lui restait plus qu’à espérer un coup de pouce de la Lituanie, qui lui succédait sur la glace face à la Grande-Bretagne… avec succès.
Parmi les principaux acteurs de cette remontée, le spécialiste des mises au jeu (85,71%) Michael Swift termine meilleur pointeur du tournoi. Il devance Ki Sung Kim, capitaine d’Anyang Halla, et MVP de la ligue asiatique. L’arrière Wonjun Kim n’a pas ménagé ses efforts pour ses débuts internationaux, sur le jeu de puissance notamment, où sa mobilité et son lancer constituent un atout. Il termine avec 5 points (trois contre les Croates), soit autant que Ben O’Connor, le meilleur défenseur de la compétition. Aux côtés des Nord-Américains, le grand Woosang Park a apporté son physique devant la cage, au sein d’une escouade très rapide et au jeu intense. La Corée du Sud, certes aidée par la Lituanie, retrouve la D1A confortée par le meilleur jeu de puissance et le meilleur pourcentage d’efficacité sur les lancers (15%), ayant en outre archi-dominé la quasi-totalité de ses adversaires au nombre de lancers et comptant dans ses rangs les douze meilleurs ratios +/-.

Vainqueurs de la Pologne à deux reprises en préparation, les Britanniques ont fait preuve de leur enthousiasme habituel avec six lancers d’entrée de jeu en ouverture devant la Croatie. Parmi les artilleurs, Colin Shields est l’auteur de cinq tirs, mais est devancé par le très offensif arrière Ben O’Connor, à l’origine de 7 tentatives. Déjà auteur de 49 points (deuxième parmi les défenseurs) pour son retour au pays, l’ancien de Morzine et du championnat kazakh trouve la faille lors de cette rencontre très serrée. Mais un autre défenseur s’est particulièrement illustré. En championnat du monde, Mark Richardson avait marqué un but en 2005 et un autre en 2007 ; il est le héros de cette victoire inespérée en égalisant à cinq secondes de la fin, en plongeant, puis en rééditant dès le début de la prolongation d’un bon lancer de la droite (3-2).

Aux velléités d’O’Connor s’ajoutent les efforts de l’expérimenté Jonathan Weaver, qui joue quinzième championnat du monde… Présente sur la glace pendant les deux minutes de double avantage, la paire ne permet toutefois pas aux lions d’égaliser, un autre cadre, Colin Shields, manquant le palet puis la cage. Une autre opportunité s’ouvre au milieu de la période, deux Sud-Coréens étant envoyés en prison à 43 secondes d’intervalle. Ben O’Connor ne laisse pas passer l’occasion d’égaliser, contrôlant le disque pour le catapulter dans la cage défendue par Sungje Park. Supérieure physiquement, la Grande-Bretagne allie rythme et vitesse pour acculer une défense dont le dernier rempart concède plusieurs rebonds. Derrière, le travail de sape rend difficile l’accès à la cage de Bowns. Omniprésent, Ben O’Connor se montre particulièrement habile sur le tir de pénalité consécutif à une échappée de Cowley, le polyvalent natif d’Edmonton récent vainqueur des playoffs avec Coventry. Sur ce qui constitue peut-être le geste technique de la semaine, O’Connor faisant passer sa crosse entre les jambes sur un mouvement aussi spectaculaire qu’empli de sang-froid à ce moment du match. A voir sa joie partagée avec le banc et des rangées de supporters très bruyantes, on comprend que la Grande-Bretagne a fait un grand pas vers la montée, une fois tuée la pénalité concédée par son « quatrième attaquant » en toute fin de rencontre, dix minutes plus tard.
La Barmy Army, très présente dans les travées d’Eindhoven pour contribuer à animer les rencontres de l’après-midi, où le public est plus clairsemé, peut exploser de joie. Ballons, rubans et de nombreux drapeaux accompagnent les chants incessants jusqu’au « God Save The Queen » final. Les bleus et rouges ont frappé un grand coup en cette fin d’après-midi. Restaient deux écueils à éviter lors du week-end. Tout d’abord, ne pas se déconcentrer face au pays hôte, auteur d’un sursaut d’orgueil face à la Croatie deux jours plus tôt. La victoire fut une fois de plus acquise avec une faible marge (3-2), l’essentiel étant cependant de n’être plus qu’à un point de la promotion à la veille de la dernière rencontre. Dernier adversaire, la Lituanie n’avait plus qu’un objectif : glaner une médaille de bronze. Avec 37 tirs contre 15 aux rouges et blancs, les équipiers de Cowley, auteur de l’égalisation au début du troisième tiers, n’ont pas ménagé leurs peines. Mais les Baltes ont réussi à marquer deux fois sur six tentatives dans la période intermédiaire, leur gardien Armalis faisant le reste (2-3). Après quatre victoires par la plus petite des marges, le vent a tourné au mauvais moment ; l’issue du tournoi est difficile à avaler pour des Britanniques sonnés…

L’an passé, les Baltes avaient mis fin à une série de trois défaites devant les Pays-Bas, dépassés. Au cours de la soirée inaugurale face au pays organisateur, Arnoldas Bosas, auteur de six points à la maison, ouvre la marque après onze secondes, en trébuchant devant la cage. Court avantage maintenu pendant près de soixante minutes. Avec 35 arrêts, Mantas Armalis est le grand artisan de la victoire. Le portier de Djurgården, doublure de Mikael Tellqvist, a disputé vingt rencontres de SHL cette saison et 5 de Ligue des Champions, un an après une année à 40 matchs d’Allsvenskan avec Mora. Quatre ans après ses débuts à Kiev face à la Pologne, cette compétition se présente comme celle de la confirmation pour celui qui est aussi mannequin à ses heures et est arrivé très jeune en Suède avec ses parents épris de course d’orientation. Meilleur gardien des championnats du monde U18 de Division 1 en 2009 et U20 de Division 2A en 2012, Armalis ne peut toutefois préserver à lui tout seul le court avantage enregistré face à des Croates en meilleure forme le deuxième jour. Il sait qu’une grande partie du maintien se joue dans le duel balte.

Giflés par la Corée du Sud, c’est face aux Britanniques, vaincus 2-1 l’an dernier, que les équipiers de Donatas Kumeliauskas, plus discret cette fois et exclu à moins de quatre minutes de la fin, réalisent leur meilleure performance. Ils font preuve de beaucoup de réalisme et écœurent un adversaire désespérément bloqué à un point d’une montée semblant prédestinée. Leur gardien a sorti le grand jeu, justifiant son statut de meilleur joueur du tournoi à son poste (93,82% d’arrêt). Loin de ses bases, accompagnée de quelques partisans très bruyants et colorés, la Lituanie confirme sa médaille de bronze, naviguant entre deux eaux, suffisamment forte pour faire souffrir son voisin estonien mais encore tendre devant le haut du tableau, comme l’a constaté un coach dont l’avenir est incertain.








































