Quels sont les meilleurs gardiens de la saison en NHL ?

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Quel gardien mérite de remporter cette année le trophée Vézina, remis au meilleur cerbère de la Ligue Nationale de Hockey ? Si la lutte a longtemps paru incertaine, les passages à vide des uns et des autres ont peut-être laissé le champ libre au portier des Blue Jackets de Columbus Sergei Bobrovsky, auteur d’une saison exceptionnelle.

Par Thibaud Chatel @batonsrompus

 

Déjà vainqueur du trophée en 2013, le gardien russe avait depuis connu des saisons décevantes, également marquées par plusieurs blessures. Alors que l’équipe de John Tortorella constitue sûrement l’une des bonnes surprises de l’année, Sergei Bobrovksy a, pour sa part, prouvé qu’il était revenu à son meilleur niveau, contribuant largement aux succès de son équipe.

 

Un cran au-dessus des autres  

La lutte pour le titre de meilleur gardien semblait destinée aux deux derniers vainqueurs, Carey Price, revenu de blessure, et Braden Holtby, désormais solidement installé dans la catégorie des gardiens d’élite. Auréolé d’une coupe du monde quasi parfaite en septembre, Carey Price a cependant eu une baisse de régime durant les mois de décembre et janvier, au milieu de la crise qui couvait entre le vestiaire des Canadiens et l’entraîneur d’alors Michel Therrien. Il faut cependant souligner que les performances de Carey Price à 5 contre 5 ne changèrent guère durant cette période. Le sentiment de passage à vide et les buts supplémentaires encaissés venaient exclusivement de l’infériorité numérique complétement débordée de Montréal, où le cerbère n’arrivait plus à sauver les meubles. Au bout du compte, le gardien des Canadiens livre une autre très belle saison, à la hauteur de son talent et ne semble avoir aucune séquelle de sa blessure au genou de l’an dernier.

Braden Holtby a pour lui la chance d’évoluer derrière l’armada des Capitals de Washington, favoris pour la coupe Stanley. Il n’en demeure pas moins que le portier a livré une saison époustouflante, statistiquement même un cran au-dessus de celle de l’an passé. Il confirme encore qu’il est, avec Price, le meilleur gardien du monde depuis 5 ans.

Pourtant, Sergei Bobrovsky a bel et bien dépassé ses deux homologues cette saison. Toutes situations confondues, il présente un taux d’arrêts de 93,5%, loin devant un peloton de poursuivants plafonnant dans des sphères plus humaines à 92,5%. Il est également dans le top5 pour le taux d’arrêts en infériorité numérique et se classe deuxième ex-aequo pour le nombre de blanchissages.

Comparons les dix meilleurs gardiens de la ligue pour le pourcentage d’arrêts à 5 contre 5, en analysant de manière croisée ledit pourcentage d’arrêts et le nombre de « buts sauvés » par chaque gardien. Cet indicateur est tout simplement la différence entre le nombre de Expected goals encaissés à 5 contre 5 (chaque tir reçu dans la saison est pondéré selon le tireur, le type de tir et la distance, pour déterminer au total un nombre attendu de buts encaissés) moins le nombre actuel de buts encaissés. À noter que deux remplaçants, Scott Darling de Chicago et Antti Raanta des Rangers, auraient pu figurer dans cette sélection, mais avec seulement une trentaine de matchs joués, nous avons préféré les écarter. Ces deux-là pourraient néanmoins constituer des prises de choix cet été sur le marché des échanges ou pour Las Vegas. Gardiens saison 2016 2017

Bobrovsky apparait très clairement au-dessus du lot, un cran devant le duo Holtby-Price. Le gardien des Blue Jackets domine non seulement le pourcentage d’arrêts mais il est également celui qui a sauvé le plus grand nombre de buts cette saison, 38, le second plus haut total de ces cinq dernières saisons dans la ligue ! Les autres membres de ce top10 sont plus en retrait, même s’il faut souligner le travail de Craig Anderson derrière des Senators dominés toute l’année en termes de possession et un Cam Talbot qui confirme les espoirs placés en lui par les Oilers. Corey Crawford est une valeur sûre trop souvent sous-estimée et les jeunes Matt Murray et John Gibson confirment qu’ils ont bien l’étoffe de gardiens numéro un. Enfin, si Robin Lehner et Devan Dubnyk ont fourni des taux d’arrêts parmi les meilleurs de la ligue, ils n’ont pas sauvé de but à leur équipe.

 

 

2017, une cuvée de haut vol pour les gardiens

Le trio Bobrovsky/Price/Holtby a vraiment livré une performance peu commune cette année. En les comparant aux derniers vainqueurs du trophée Vézina, force est de constater que rarement autant de gardiens auront autant combiné un tel taux d’arrêts et un nombre de buts sauvés aussi important. Bobrovsky se situe quasi exactement là où se trouvait Carey Price en 2015 lorsqu’il fut élu meilleur joueur de la ligue et au-delà du « King » Henrik Lundqvist en 2012 lorsqu’il remporta le Vezina et fut nominé pour le Hart.

gardiens 2011 2017

Sergei Bobrovsky mérite-t-il donc une nomination pour le trophée Hart de meilleur joueur de la ligue ? Cela est historiquement très difficile pour un gardien, encore plus pour le gagner. Statistiquement, Bobrovsky ressemble donc au Carey Price de 2015 mais les votants hésiteront certainement devant une différence de situations non négligeable. Les Canadiens de 2015 étaient en effet largement dominés dans le jeu, affichant un faible taux de possession de 48,5%. Sans Price et ses presque 40 buts sauvés, Montréal aurait coulé corps et âme et certainement raté les séries. Les Blue Jackets de 2017 affichent plus de 51% de possession, proche du top 10 de la ligue, et Bobrovsky a devant lui un top4 défensif très complet à défaut d’être aussi étanche qu’on pourrait le croire. En résumé, si Bobrovsky a joué une saison exceptionnelle, il n’a pas le statut de sauveur auquel Price pouvait prétendre en 2015. Une nomination serait possible et méritée mais le titre de « joueur le plus utile à son équipe » n’est sans doute pas pour lui.

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