L’Autriche, ou ce qu’il en reste, est encore en vie

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Au plus bas niveau de sa longue histoire dans la hiérarchie mondiale, l’Autriche essaie – en premier lieu – de retrouver sa dignité et – en second lieu – de remonter dans l’élite mondiale.

Trois sélectionneurs se sont succédé depuis un an. Après l’échec de l’an passé (remontée en élite ratée et une 20e place mondiale comme sanction), Dan Ratushny a filé vers un défi plus prometteur à Lausanne. Désigné à sa place, Alpo Suhonen n’a pas survécu à l’humiliation des qualifications olympiques. C’est donc Roger Bader, un Suisse ayant entraîné l’équipe nationale junior, qui entraîne l’équipe depuis l’automne.

STARKBAUM Bernhard 150505 359Comme si les nombreuses retraites internationales à la suite du psychodrame des JO de Sotchi ne suffisaient pas, les Autrichiens font toujours face à des problèmes d’egos : Rafael Rotter s’était dit prêt à passer l’éponge sur sa mise à l’écart avant la qualification olympique, mais n’a pas apprécié de se retrouver sur la liste de réserve pour l’Euro Hockey Challenge de février à Graz et d’être appelé la veille du tournoi après des défections. À 29 ans, il estime qu’il ne doit plus être traité ainsi et a donc lui aussi claqué la porte de l’équipe nationale… Quant aux joueurs de NHL qui ont cristallisé la polémique aux JO : Michael Raffl est blessé au genou, Grabner est en play-offs et Vanek a décliné car il est en fin de contrat.

Au moins les Autrichiens peuvent-ils se dire que ceux qui viennent sont effectivement motivés… Mais avec huit clubs autrichiens en EBEL et des effectifs composés pour moitié d’étrangers qui prennent toutes les responsabilités importantes, le réservoir de joueurs est petit pour se permettre autant d’absences, d’autant que les expatriés ne sont pas très nombreux.

Dans ces Mondiaux de division IA, l’Autriche commence son tournoi en affrontant les deux relégués de l’élite. Le premier match face au Kazakhstan a été perdu essentiellement par indiscipline : trois pénalités dans les dix premières minutes, la troisième (contre Lebler) aboutissant à l’ouverture du score, et une nouvelle faute du débutant Patrick Spannring qui a provoqué but décisif.

La consigne est donc extrêmement simple face à la Hongrie (vainqueur des organisateurs ukrainiens le premier jour) : éviter les fautes. C’est l’équipe adverse qui commet la première, mais Schlacher ne tarde pas à partir en prison. L’Autriche réussit pourtant à marquer en infériorité numérique sur une contre-attaque de son capitaine Thomas Raffl. Ce n’est pas une raison pour que Ganahl et Duller croient opportun d’enchaîner deux pénalités supplémentaires… Leurs coéquipiers résistent une minute et demie à 3 contre 5, mais au moment où ils reviennent à 4, Keegan Dansereau égalise dans la lucarne proche. Comme contre le Kazakhstan, l’Autriche encaisse un but d’un naturalisé… mais elle a elle-même souvent utilisé cet artificie et aurait mauvais jeu de se plaindre.

La vérité est que la Hongrie est la meilleure équipe sur la glace. Elle est plus rapide, elle gagne les duels, et son jeu collectif est plus au point. Les Autrichiens, eux, multiplient les mauvaises passes et n’arrivent pas à relancer proprement face au forechecking agressif adverse. Perturbés par le tempo imprimé par la Hongrie, ils se recroquevillent dans un jeu passif.

STIPSICZ Bence 160507 040L’Autriche revient néanmoins plus déterminée en troisième période, même s’il y a toujours du déchet dans ses passes. Patrick Spannring part en breakaway, mais son revers manque de peu la lucarne. Surtout, l’indiscipline a changé de camp : ce sont les Hongrois Sarauer et Sziranyi qui prennent deux pénalités à la suite. À chaque fois, l’Autriche convertit l’avantage numérique, par Fabio Hofer qui prend son propre rebond, puis par Dominique Heinrich de la ligne bleue à la faveur d’un écran de Thomas Raffl.

Libérée par ce score soudain favorable, les Autrichiens se montrent plus sûrs d’eux dans chacun de leur geste et contrôlent la fin de match. Ils ne prennent la pression qu’en fin de match quand Rich Chernomaz sort son gardien, en vain. Cette victoire, la 32e en 44 confrontations face à la Hongrie, a été obtenue sans la manière. L’Autriche sait ce qu’elle doit au gardien Bernhard Starkbaum, qui a maintenu son équipe dans le match pendant les quarante premières minutes.

L’essentiel est là : « l’enfant malade » du hockey international est toujours en vie et peut encore espérer remonter dans l’élite, à l’issue d’un Mondial D1A qui s’annonce serré et incertain. Néanmoins, au sein d’une défense déjà présumée faible, Layne Viveiros a été touché aux côtes après 32 secondes sur une charge contre la bande et va manquer le prochain match contre l’Ukraine.

Désignés joueurs du match : Bence Stipsicz pour la Hongrie et Thomas Raffl pour l’Autriche.

Commentaires d’après-match

Roger Bader (entraîneur de l’Autriche) : « Ce derby contre la Hongrie a été difficile comme prévu. Nous nous sommes battus et nous avons essayé d’obtenir cette victoire importante. Au début, nous avons malheureusement encore pris trop de pénalités. Au dernier tiers, nous avons mis en place notre nouveau système en powerplay pour mériter la victoire. Je ne crois pas que les deux adversaires les plus forts soient derrière nous. Peut-être pensait-on que le Kazakhstan était le plus fort, mais quand on voit la Corée du sud, c’est peut-être elle. J’ai dit dès le début que les cinq matches seraient durs. »

Bernhard Starkbaum (gardien de l’Autriche) : « Nous avons une troupe jeune qui a faim. Si nous appliquons les consignes tactiques et disciplinaires, nous avons de bonnes chances à chaque match. En championnat, beaucoup de ces fautes ne sont pas sifflées, mais cela ne doit pas être une excuse. Nous avons maintenant joué deux parties à ce niveau, espérons faire mieux désormais. »

 

Hongrie – Autriche 1-3 (1-1, 0-0, 0-2)
Lundi 24 avril 2017 à 20h30 au Palais des sports de Kiev (UKR). 2861 spectateurs.
Arbitrage d’Andris Ansons (LET) et Jeremy Tufts (USA) assistés de Riley Bowles (USA) et Ulrich Pardatscher (ITA).
Pénalités : Hongrie 8′ (4′, 0′, 4′), Autriche 8 (8′, 0′, 0′).
Tirs : Hongrie 29 (9, 12, 8), Autriche 28 (8, 9, 11).

Évolution du score
0-1 à 03’51 » : T. Raffl assisté de Komarek (inf. num.)
1-1 à 06’23 » : Dansereau assisté d’Erdely et Bartalis (sup. num.)
1-2 à 44’33 » : Hofer assisté de Schumnig et Komarek (sup. num.)
1-3 à 47’21 » : Heinrich assisté de Komarek et Schumnig (sup. num.)

Hongrie

Attaquants :
Vilmos Gallo (-1) – Janos Hari (-1, 2′) – Janos Vas (A, -1)
Keegan Dansereau – Andrew Sarauer (2′) – Daniel Koger
Balint Magosi (A) – Istvan Bartalis (C) – Csanad Erdely
Karol Csanyi – Krisztian Nagy – Istvan Terbocs (2′)
Andras Benk

Défenseurs :
Kalvin Sagert – Bence Sziranyi (2′)
Kevin Wehrs (-1) – Bence Stipsicz (-1)
Balazs Goz – Arnold Varga
Zsombor Garat

Gardien :
Miklos Rajna

Remplaçant : Bence Balizs (G).

Autriche

Attaquants :
Brian Lebler – Thomas Hundertpfund (A) – Manuel Ganahl (2′)
Thomas Raffl (C, +1) – Konstantin Komárek (+1) – Fabio Hofer
Lukas Haudum – Alexander Rauchenwald – Daniel Woger
Patrick Spannring – Patrick Obrist – Martin Ulmer

Défenseurs :
Layne Viveiros – Stefan Ulmer
Martin Schumnig (A, +1) – Dominique Heinrich
Marcus Schlacher (2′) – Steven Strong (+1, 2′)
Christoph Duller (2′) – Erik Kirchschlager

Gardien :
Bernhard Starkbaum

Remplaçant : David Kickert (G).

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