Retour sur les demi-finales de conférence NHL

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Les demi-finales de conférences nous ont réservé un spectacle à la hauteur de nos attentes avec, enfin, des matchs 7, notamment dans la série tant attendue entre Washington et Pittsburgh. Retour sur cette deuxième ronde.

Par Thibaud Chatel @batonsrompus

 

Le second miracle de Karlsson

OTT - NYR
Erik Karlsson n’en finit plus d’émerveiller le monde du hockey. Et se dire que le double gagnant du trophée Norris ait besoin de ces performances pour enfin convaincre certains observateurs de la vieille école parîit même insensé, tant le Suédois figure depuis quelques années parmi les tout meilleurs joueurs de la ligue. Les Rangers faisaient pourtant figure de favoris ici, le collectif d’Ottawa paraissant plus fragile, moins profond, et Karlsson ayant avoué jouer avec une double fracture au pied…

Et la série présenta de fait un visage plutôt à l’avantage des Rangers, mais Craig Anderson parvient à voler le premier match avant que la folie s’empare du deuxième duel. Ottawa réussit à remonter un retard de deux buts dans les dernières minutes avant de s’imposer en deuxième prolongation, le héros du jour s’appelant Jean-Gabriel Pageau, auteur de 4 buts dans le match ! De retour au Madison Square Garden, New York ne se laissa pas déstabiliser par ces occasions gâchées et revient facilement à égalité dans la série grâce à deux matchs pleins qui laissaient présager une suite à l’avantage des Blueshirts. Les Sens parvinrent pourtant une nouvelle fois à sortir vainqueur du bras de fer suivant, comblant d’entrée de jeu un retard de deux buts et égalisant encore dans les deux dernières minutes avant de l’emporter en prolongation. Auteur de trois assists en 31 minutes de jeu, Karlsson ajouta à l’occasion une pierre à son propre monument, dominant les débats avec 66% de possession et 71% des buts espérés lors de ce match pour son équipe lorsqu’il était sur la glace. Lors du duel numéro 6, ce fut cette fois Craig Anderson qui frustra les attaquants des Rangers alors que Henrik Lundqvist ne parvient toujours pas à peser sur la série comme il l’avait fait face à Montréal. Les Sens tinrent le fort dans une fin de match où Karlsson ne quitta pratiquement pas la glace et arrachent ainsi le droit de participer à la troisième finale de conférence de leur histoire.

Pour donner une idée du poids qu’a pesé le capitaine des Sens dans cette série, la possession de son équipe tomba de 55% à 48% et les buts espérés de 49% à 39% lorsqu’il quittait la glace face aux Rangers. Durant ces playoffs, Karlsson était présent sur la glace pour tous les buts gagnants des 8 victoires des Sens, marquant un point sur 5 d’entre eux ! Ses performances cachent néanmoins une nouvelle fois des failles troublantes dans le collectif d’Ottawa et la division Atlantique accouche d’un vainqueur opportuniste dans une année où les favoris attendus ont tous raté leur coup. Même les Rangers pourront longtemps conserver des regrets d’avoir manqué les tournants clés d’une série qui leur tendait pourtant les bras. Chapeau néanmoins à Ottawa qui continue à jouer crânement sa chance et profite pleinement de l’occasion. Sur les deux derniers mois, Ottawa n’a gagné que deux matchs par plus d’un but d’écart (sans compter les cages vides), se battant comme des forçats jusqu’au bout.

Les Sens seront assurément une nouvelle fois le statut de challenger face à Pittsburgh, un défi pour le coup d’un autre niveau.

 

Hold-up de haut vol

WSH - PIT
Le monde du hockey remercie les grands esprits du sport de nous avoir donné ce face-à-face et sept rencontres pour le savourer pleinement. Finale avant l’heure ou pas, le duel entre les deux rivaux historiques n’a pas déçu et présenté tous les aspects d’un grand drame hollywoodien. Pourtant plus déséquilibré qu’on aurait pu le croire dans le jeu, chaque équipe a mis en avant ses atouts jusqu’au dénouement fatidique.

Si nous osons qualifier la victoire des Penguins de vol, c’est bien parce que les Caps ont largement dominé chaque match au chapitre de la possession. Nous savions la défense des Pens permissive, les Capitals ont pleinement montré leur capacité à trouver des lignes de tirs mais se sont heurtés en face à un grand Marc-André Fleury. Le gardien des Pens continue ses séries de rêve et a écœuré Ovechkin and co presque toute la série. Surtout que ses attaquants trouvèrent, eux, la faille de manière presque insolente, sortant Braden Holtby du match 2 pour faire le break dans la série.

Nous l’avions évoqué dans un précédent article, mais, même dominés, la force des Penguins réside dans leur profondeur de talent à l’attaque, capable de transformer la moindre occasion en jeu parfait par de savants jeux de passes. Toute la série a ainsi ressemblé à cet affrontement entre la grosse machine de guerre des Caps et la finesse des coéquipiers de Crosby. Le capitaine des Penguins, justement, qui fut le héros malheureux du troisième match, victime d’une séquence malheureuse, où le défenseur Matt Niskanen ne fit pas dans la dentelle, lui causant une commotion cérébrale. Alors les Caps arrachait enfin une victoire en prolongation, on aurait pu craindre à juste titre que la perte de leur meilleur joueur pourrait signifier un tournant pour des Pens bien malmenés. Le match 4 ressembla ainsi aux autres mais, une nouvelle fois, Pittsburgh s’en sortit avec la victoire grâce à un but en power play en troisième période. Washington ne perdit pas espoir, avec raison car les duels 5 et 6 reflétèrent enfin, pour eux, la physionomie du jeu sur la patinoire. Et ce malgré un retour de Crosby dont on peut légitimement se demander si sa santé n’en pâtira pas plus tard…

Le match ultime fut fort en tension et le début de la rencontre ressembla fort à la série en elle-même, Washington dominant jusqu’à ce qu’un jeu de passe parfait entre Crosby, Guentzel et Rust ne laisse aucune chance à Holtby. Dès lors, après plusieurs arrêts miracles de Fleury, les Caps semblèrent venir à bout de leurs capacités, passant surtout à travers de la troisième période alors qu’ils étaient le dos au mur. Holtby laissa passer un dernier tir, d’apparence sans danger, et la messe était dite. Énorme performance des Penguins et tout aussi énorme déception pour les grands favoris pour la coupe Stanley.

Washington n’a pourtant pas grand-chose à se reprocher. Avant Pittsburgh, aucune équipe n’avait remporté une série en étant dominée aux tirs lors de chaque rencontre depuis 2012. Difficile de trouver ce que les Caps auraient pu faire de plus. Un Fleury moins en forme et un Holtby à son niveau habituel et la série aurait eu une toute autre allure. Il s’agit néanmoins bien d’un échec sévère tant la bande à Ovechkin avait mis toutes les chances de son côté pour l’emporter, y compris acquérir Shattenkirk et dépenser ses choix des trois premières rondes du repêchage 2017. Ovechkin, justement, vers qui les regards accusateurs se tournent déjà, lui qui n’a toujours pas atteint les finales de conférence dans sa carrière. Troisième marqueur des Caps dans cette série avec 5 points, mais seulement deux buts, il est vrai que Ovi aurait pu peser plus lourdement sur le résultat final et son image de leader s’en trouve encore une fois écorné. Il a pourtant beaucoup tenté, sans trouver la faille, et aussi permis à ses coéquipiers de trio, Backstrom et Oshie de bénéficier d’un marquage mois sévère de la défense. Mis sur le trio de Eller en fin de parcours afin de trouver des solutions offensives, son équipe a justement trouvé de cette façon la faille en disséminant davantage le danger. Quoiqu’il en soit, son éternel rival Crosby a une nouvelle fois remporté le duel. Et cette série nous donne le sentiment qu’avec l’âge, Crobsy, le centre multidimensionnel, continuera certainement à connaître davantage de succès qu’Ovechkin, l’allier buteur. Le Russe n’en demeure pas moins une arme précieuse, surtout entourée des autres stars des Caps et toute décision hâtive serait certainement une erreur. Avec plusieurs gros noms en fin de contrat, l’été s’annonce quand même mouvementé dans la capitale américaine.

En attendant, ce sont bien les Penguins qui se trouvent à mi-chemin vers la coupe.

 

Les Predators confirment

STL - NSH
Cette demi-finale mettait face à face deux équipes qui avaient surpris pas mal d’observateurs au premier tour, Nashville balayant sans procès Chicago et St Louis se débarrassant en cinq manches du Wild du Minnesota grâce à un Jake Allen en feu. Ce duel promettait d’ailleurs un nouveau combat philosophique entre des Preds résolument tournés vers l’offensif et des Blues axés sur une défense de fer et un gardien en pleine confiance.

Il paraissait pourtant assez certain que Jake Allen (ou Pekka Rinne d’ailleurs) ne pourraient continuer longtemps à présenter des statistiques aussi élevées qu’au premier tour et la série fut, de fait, beaucoup plus productive en termes de buts que les précédentes. Nashville a repris là où ils avaient laissé les choses contre Chicago, dominant largement le jeu lors des trois premiers matchs. Un Jake Allen redevenu humain accorda même quelques buts « légers », comme celui de Vernon Fidler donnant le premier duel aux Preds. Heureusement pour eux, des Blues assez opportunistes parvinrent à arracher le second duel, grâce à une remontée lors du troisième tiers temps bien orchestrée par un Vladimir Tarasenko laissé un peu seul face au fond d’alignement des Preds.

Car la partie d’échec de coaching entre Mike Yeo et Peter Laviolette fut le véritable match dans le match de cette série. Profitant d’avoir le dernier changement à domicile, l’un comme l’autre tenta systématiquement de profiter de « match-up » favorables sur la glace, Yeo essayant de tenir Tarasenko loin de Subban-Ekholm, tout en envoyant Pietrangelo contre Forsberg-Johansen-Arvidson. À l’inverse, Laviolette donna pour mission à Subban-Ehkolm de tenir la ligne de Tarasenko en échec et tenta de garder sa première ligne loin des meilleurs défenseurs adverses. Ce jeu du chat et de la souris profita aux Preds, revenus sur leur glace pour un match 3 pleinement dominé avant de gérer une avance lors de la quatrième rencontre, faisant le break dans la série. De retour à St Louis, les Blues reprirent le contrôle de la situation pour un match 5 sans appel mais Nashville ne laissa pas ensuite passer sa chance de clôturer la série à domicile. Le but gagnant de Ryan Johansen, dont la ligne avait jusque-là beaucoup tenté sans réussite, profita justement d’un face-à-face contre la paire de Colton Parayko et non celle de Pietrangelo…

À ce petit jeu les Preds ont donc trouvé la solution. Leur première ligne et la paire Subban-Ekholm ont dominé leur sujet comme contre Chicago, alors que la ligne de Tarasenko n’a trouvé la faille que face à Josi-Ellis, et que Pietrangelo-Bouwmeester ont globalement subi leurs duels. La profondeur de Nashville en défense a donc une fois de plus été la clé de la victoire car les solutions offensives sont également venues des arrières. Subban, Ellis et Josi ont tous trois marqué 5 points en 6 matchs, les deux derniers fournissant des buts très importants. Enfin, Pekka Rinne a gagné son duel dans les cages, présentant un taux d’arrêts de 93,2% alors que Jake Allen n’avait plus grand-chose de la muraille du premier tour à 90,9%.

Nashville accède ainsi pour la première fois de son histoire à une finale de conférence, une preuve de plus que les paris du directeur général David Poile (Johansen, Subban) étaient bien la voie à suivre pour la franchise.

 

Les occasions manquées des Oilers

ANA - EDM
Nous avions prévu une bataille serrée entre des Oilers talentueux et des Ducks qui allaient se battre jusqu’au bout, ce fut exactement le cas. Cette série nous a offert des retournements de situation rocambolesques, presque toujours à l’encontre de la bande à Connor McDavid. Edmonton avait ainsi réussi à remporter les deux premières rencontres sur la glace des Ducks, mais ceux-ci ont dominé le match 3 pour relancer la série, malgré une remontée des Oilers de 0-3 à 3-3 en seconde période. Le match suivant, Edmonton avait pris une avance de deux buts lors d’un premier tiers maitrisé, mais la ligne de Ryan Getzlaf marqua par trois fois en seconde période. Et si Edmonton arracha la prolongation in extremis, c’est Jakob Silfverberg, toujours servi par Getzlaf, qui donna la victoire aux Ducks, marquant l’égalité dans la série. Tout était à refaire pour les Oilers.

Mais ceux-ci ont certainement laissé échapper la série lors de la manche suivante, qui servira certainement d’amère leçon pour les années à venir. Les Oilers menaient en effet 3-0 à quatre petites minutes de la fin du match… avant que les Ducks ne parviennent à égaliser et ne l’emportent en prolongation ! La situation paraît incroyable mais résume bien les occasions gâchées par une équipe d’Edmonton qui aura trop souvent relâché la bride au cours des matchs face à un adversaire extrêmement combatif. Mais, si le match 6 fut complétement maîtrisé, après une grosse entame lors de la rencontre finale et l’ouverture du score, Edmonton ne vit plus le jour tant la pression d’Anaheim fut forte et le dénouement sembla inéluctable. Après avoir laissé échapper des avances de 3-2 et perdu des matchs 7 à domicile les quatre dernières années (oui oui), Anaheim retrouve la finale de conférence et peut continuer de rêver.

John Gibson n’a pourtant pas été brillant dans les buts, mais les leaders à l’attaque ont parfaitement rempli leur rôle. Ryan Kesler est parvenu à ralentir Connor McDavid, au point qu’Edmonton a choisi de le séparer de Leon Draisaitl, auteur dans la foulée d’un match 6 exceptionnel avec 3 buts et 2 assists. Dans l’autre duel des top6, le trio Getzlaf-Perry-Rakell a été fumant, le capitaine terminant la série avec 10 points au compteur. De l’autre côté, McDavid engrangea tout de même 5 points mais n’a pu toujours se défaire du marquage serré dont il fut l’objet. Et surtout, le fond d’alignement des Oilers n’a pas réussi à apporter les quelques buts qui auraient assurément fait la différence comme contre les Sharks. La série s’est ainsi transformée en mano à mano entre les top6 de chaque équipe, et ce sont les Ducks qui ont su être les plus constants et surtout les plus persévérants.

Il est certain que nous reverrons ces Oilers dans les prochaines années, ils ont désormais l’été pour digérer cette première expérience.

 

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