Canada – France (Mondial 2017, groupe B)

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C’est le grand jour. Pour son Mondial à domicile, la France reçoit son adversaire de prestige, celui qu’elle a demandé à l’Allemagne. Le Canada, double champion du monde en titre, et sa cohorte de joueurs NHL. Le public n’attend que ça et la rencontre se dispute à guichets fermés – du baume au coeur pour l’organisation après des affluences difficiles tout au long de la semaine.

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Les Bleus restent sur deux victoires consécutives et ont envie de bien faire ce soir. Mission difficile car le lendemain, la rencontre face à la Biélorussie sera décisive pour le maintien et les quarts. Ce soir, c’est le match de gala, avec une bonne performance attendue pour un joli impact médiatique… Dave Henderson a rajeuni son effectif, alignant Maurin Bouvet à la place de Loïc Lampérier, et Florian Chakiachvili à la place de Damien Raux en septième défenseur. Anthony Rech glisse aux côtés de Ritz et Claireaux, ce qui laisse Bellemare, Roussel et Stéphane Da Costa ensemble, comme à Minsk lors du succès des Bleus face au Canada, 3-2, en 2014…

Mais le Canada version 2017 n’a pas grand chose à voir. Déjà, parce que l’équipe ne descend pas de l’avion, mais compte déjà trois matchs de mondiaux, deux jours de repos et un professionnalisme à tous les étages depuis deux ans et les deux titres. L’entrainement intense de la veille indique bien la concentration canadienne. Sauf que, en coulisses… Tyson Barrie, meilleur pointeur canadien (2 buts, 7 passes) manque à l’appel, blessé dans une lutte stupide avec un équipier à l’hôtel ! Le Canada, qui a reçu le renfort de Colton Parayko, a du composer. Le défenseur des Blues n’est arrivé que ce jeudi, après trente heures sans sommeil, et n’est évidemment pas disponible. Le vétéran Chris Lee, pointeur mémorable en KHL, et qui dépannait depuis la préparation, voit son entrée dans le groupe officialisée. Il sera associé à Calvin De Haan.

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Les Bleus les yeux dans les yeux

Le premier tir est canadien. Duchene teste Hardy, mais les Bleus sont bien en place et jouent vers l’avant. Puis, alors que Ritz perd un palet bêtement dans son camp devant Marner, Hardy sauve son camp en face-à-face avec Giroux et Skinner !

Le public a répondu présent et encourage des Bleus loin de rester enfermés dans leur zone. L’équipe de France concède cependant un surnombre qui va coûter très cher. Malgré les efforts de Perret, O’Reilly est servi ligne de fond face à une défense aspirée vers le haut. Il trompe Hardy du revers à bout portant (1-0).

Malgré ce coup du sort, les Bleus font preuve de bonnes intentions vers l’avant. Après que Hardy a sauvé son camp brillamment devant Marner à deux reprises, la France démarre en contre. Rech avance le long de la bande et sert en retrait Dame-Malka, qui balance une mine mémorable sous la barre (1-1).

Sans complexe, les Bleus s’efforcent de relancer proprement et obtiennent un nouveau tir en force de Ritz. Puis, après un énorme travail de Claireaux qui porte le jeu vers l’avant pour changer de ligne, Bellemare et Roussel combinent pour une nouvelle chance de près. La France répond physiquement et ne lâche rien, se battant sur tous les palets et limitant l’espace, quitte à rendre des coups : Giroux et Bellemare, coéquipiers de club, se cherchent…

L’intensité est au rendez-vous, le combat aussi, avec quelques moments de tensions. Les Bleus exploitent la moindre opportunité, et le repli défensif est excellent, avec un Nicolas Besch décisif à plusieurs reprises. Hardy fait le reste, stoppant par exemple un tir de l’aile avec le masque. Les sorties de zone sont appliquées et l’une mène Roussel à un gros tir que Johnson ne fait que toucher du bout du gant. Les Bleus tiennent le choc et font même jeu égal : 1-1 après vingt minutes (10-8 au tir pour le Canada).

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La France s’accroche

Les Bleus entrent dans le deuxième tiers pied au plancher. Percutant vers l’avant, solides dans les contacts, les Tricolores font déjouer la défense, qui perd des palets, concède un tir, et une pénalité de Lee. Sur le jeu de puissance, Stéphane Da Costa patiente, patiente et découpe la défense avec une diagonale parfaite pour Fleury. Le sniper bleu ne rate pas la cage ouverte (1-2).

Vexés, les Canadiens attaquent le but de Hardy. Mais ils reculent à chaque assaut français et ne respirent finalement que sur une crosse haute de Roussel en zone offensive. Le Canada s’installe et cherche à imposer des gabarits devant Hardy pour des déviations. La défense tient toujours et tue la pénalité. Hardy repousse tout, dont un tir de Giroux, pendant que les Bleus se jettent pour bloquer tous les tirs et s’efforcent de relancer proprement. Sur l’une de ces relances, De Haan est puni dans un contact avec Rech.

Le jeu de puissance ne parvient pas à faire grand chose et le Canada reprend des couleurs, pesant sur la défense pendant une longue séquence. Il faut un gros travail de Claireaux pour permettre un changement de ligne et voir le trio Bellemare-Roussel-Da Costa faire tourner la défense en bourrique, et enfermer le Canada dans sa zone presque une minute.

L’intensité considérable dans cette partie envoie Bellemare et Scheifele sur le banc des punis, après une échauffourée. Brayden Point profite des espaces pour doubler Chakiachvili et attaquer la cage, mais Hardy ne tremble pas. Sa défense se sacrifie et Dame-Malka donne un coup de crosse dans le dos pour annuler une opportunité adverse. Le Canada s’installe. À force de tourner, Giroux est servi en tête de cercle et trouve la lucarne d’un tir précis grâce à l’écran de Simmonds (2-2). Une égalisation méritée à une minute de la pause, le Canada ayant mené le tiers 15-4 au chapitre des tirs, non sans avoir aussi subi la « furia francese » par périodes.

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Un but frustrant

Le Canada a décidé de reprendre avec énergie et passe devant après deux minutes. Un tir de la bleue de Vlasic est dévié hors cadre, mais le palet tape la bande et revient vers un Hardy avancé. Il rebondit vers l’arrière de sa botte. Le gardien recule pour couvrir son poteau et pousse la crosse de Janil, qui marque contre son camp en essayant de dégager (3-2).

Alors que Besch voit son tir contré à la bleue, Skinner démarre en échappée et lance sur Hardy, qui bloque. L’attaquant de Carolina vient alors pointer sa crosse vers la poitrine du gardien. Dame-Malka réplique d’un coup au visage et une mêlée s’ensuit. Skinner prend cinq minutes pour piquage et est exclu, le défenseur français seulement deux pour crosse haute.

Les Bleus attaquent à quatre-contre-quatre avec un tir d’Auvitu qui file juste à côté, malgré l’écran de Sacha Treille. Hardy sauve un tir et Chakiachvili relance avec solidité, ce qui envoie Rech en un-contre-un. De Haan défend bien et met l’ailier français au sol.

Trois minutes de jeu de puissance arrivent alors. Stéphane Da Costa débute par un tir dangereux mais le Canada, mené par Vlasic, défend bien. Une nouvelle volée bleue est repoussée : la France pousse. Bellemare slalome, trouve la botte de Johnson. Malheureusement, la supériorité s’achève sans égalisation.

Le Canada reste toutefois favori et impose de plus en plus son jeu. Konecny s’infiltre et trouve la plaque de Hardy. Puis, Hecqeufeuille perd un palet et laisse Simmonds et Schenn seuls devant Hardy… qui sauve son camp ! La pression canadienne intense dépasse la limite et Scheifele prend deux minutes pour une charge avec la crosse dans le slot français.

Le placement défensif est irréprochable et la meilleure chance revient à Bellemare dans le slot dans les dernières secondes. Les minutes défilent et le bras de fer continue. On sent que les Français manquent un peu d’énergie sur la fin, mais les Canadiens sont loin de les bousculer, eux aussi. À 1’39 » de la sirène, Dave Henderson utilise son temps mort alors que la mise au jeu se déroule dans le camp canadien. Hardy sort pour un attaquant. Le Canada concède un dégagement interdit à 32 secondes de la fin et le public est debout. Insuffisant, et la France s’incline 3-2 à l’issue d’un match d’anthologie.

Désignés joueurs du match : Pierre-Edouard Bellemare (France) et Ryan O’Reilly (Canada)

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Commentaires d’après-match :

Antoine Roussel (attaquant de la France) : « Notre power-play ne capitalise pas et on aurait pu gratter un point. On fait un match correct, mais ça fait mal, ça fait chier… On gaspille de bonnes occasions, mais oui, on a joué un bon match. »

Anthony Rech (attaquant de la France) : « C’est la meilleure équipe de la poule et on sort à 2-2 après deux périodes, c’est frustrant. On a souffert au deuxième, on prend ce but sur le jeu de puissance canadien puis le troisième qui est rageant. Nous avons des power-play mais nous manquons d’efficacité devant le but. Nous sommes si proches et si loin. Il va falloir récupérer pour demain car c’est un match important pour avancer. Nous ne calculons pas, Hardy a fait un grand match pendant le repos de Cristobal. En face, c’est la NHL, on est très loin de leur niveau sauf PiEd, Rouss’ et Auvi… C’est l’apprentissage, on a les yeux grands ouverts. Il fallait jouer notre match, mais eux ils font des passes dans la palette, ça va vite, c’est puissant pour dégager sa zone, ça nous fatigue beaucoup et il y a peu d’espaces. Notre jeu, c’est d’aller à la cage vite, de chercher à travailler fort dans le trafic. Il nous manque le troisième… L’entente avec Claireaux et Ritz est bonne, nous patinons fort tous les trois et nous avons eu quelques chances. »

Pierre-Édouard Bellemare (attaquant de la France) : « Nous méritions un point, face à la meilleure nation du monde. Nous avons réussi à jouer à leur niveau dans une salle pleine de nos supporters, c’était un grand hockey. Maintenant, ce n’est qu’un match et il en reste trois. La clé de l’équipe de France, c’est le coeur, quelque chose qu’on emmène avec soi à l’étranger et qu’on ramène pour jouer en bleu, qu’on transmet aux plus jeunes. Quand vous avez un peu moins de talent, le coeur est important. C’est comme ça que joue l’équipe de France. […] C’est la première fois que je vis un tel match en France, les supporters chantaient, sautaient, comme dans un match de foot. Je suis fier de l’équipe, chacun s’est donné à 100% pour aider son coéquipier, a joué dur, physique. Maintenant, il faut penser à la Biélorussie. »

Dave Henderson (entraîneur de la France) : « Nous l’attendions depuis longtemps, ce match à Bercy. C’est le genre de match qui aide le hockey français et sa popularité. Nous avons joué dur et discipliné, avec beaucoup de combat contre le champion du monde et olympique. Nous avons fait de notre mieux. Hardy avait été très bon contre la Finlande et semblait chaud, nous avons donc décidé de le titulariser aujourd’hui et il fait encore un bon match. Nous sommes entrés avec l’idée de prendre des points, de croire en nos chances. Cela tourne sur un jeu ou un autre, mais nous avons bataillé jusqu’au bout.
Je suis fier de la façon de jouer. C’est une belle promotion pour le hockey français, 15 000 spectateurs qui suivent le hockey en club toute l’année, ou certains qui le découvraient pour la première fois. C’est quelque chose qu’on ne voit pas souvent et nous avons tous apprécié l’ambiance. Le surnombre… c’est une petite incompréhension entre deux défenseurs, il était très net et ça arrive. Oui, nous avons du mal à admettre la défaite, c’est frustrant. Ce n’est pas notre style de calculer, nous avons joué ce match avec l’envie de prendre des points. Pour cela il y a eu plein de petits jeux, petites passes dans la zone, repli défensif…
Tout le monde a fait ce qu’il fallait. Chakiachvili ? Il fallait qu’il joue plus simple et il l’a bien fait ce soir. Bouvet avait été très bon contre la Finlande, cette fois il l’a été un peu moins mais il a tout de même bien rempli son rôle. J’ai bon espoir pour demain contre la Biélorussie : déjà après la Finlande, nous jouions la Suisse moins de 24 heures après, donc nous savons gérer. »

Claude Giroux (attaquant du Canada) : « C’était un très bon match, bruyant avec les supporters. L’équipe de France a joué avec une bonne manière, ils vont fort dans ce tournoi et jouent vraiment en équipe. À 2-1 pour eux, nous n’étions pas frustrés, nous voulions juste continuer à jouer notre match. »

Jon Cooper (entraîneur du Canada) : « Vraiment un très bon match pour les joueurs et le staff. C’était incroyable avec tous ces fans – très peu pous nous ! Nous avons vécu l’adversité alors que nous restions sur deux équipes qui nous attendaient. Là, la France ne nous a pas attendus, elle nous a bousculés sans nous laisser d’espace, ils ont vraiment fait du bon travail. La France a bâti une équipe qui nous a mis dans la difficulté, leur gardien a été très bon et c’était une belle bagarre. Le geste de Skinner arrive très vite et je ne l’ai pas revu, mais les arbitres font du bon travail dans des conditions instantanées. S’ils ont sifflé, c’est qu’ils ont vu quelque chose. Skinner est un joueur qui a un très bon état d’esprit, il a vu un palet qui traînait et voulait marquer, comme en NHL, c’est juste un incident malheureux. […] Chris Lee, je ne le connais que depuis dix jours mais c’est un joueur très positif. Il est intelligent, patient, a beaucoup aidé à calmer les joueurs, à poser le jeu, notamment en supériorité. Un vrai professionnel. L’ambiance était très différente de l’Amérique, avec des fans qui chantaient, encourageaient et parfois, nous ne savions pas trop ce qui se passait. Mais c’était une ambiance formidable. »

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Canada – France 3-2 (1-1, 1-1, 1-0)
Jeudi 11 mai 2017, 20h15. AccorHotels Arena de Paris. 14 510 spectateurs.
Arbitrage de Antonin Jerabek (CZE) et Jozef Kubus (SVK) assistés d’Ivan Dedioulia (BLR et Roman Kadeli (SUI)
Pénalités : Canada 33′ (0′, 6′, 2’+5’+20′), France 10′ (2′, 6′, 2′)
Tirs : Canada 25 (10, 15, 0), France 12 (8, 4, 0)

Récapitulatif du score
1-0 à 05’19 » : O’Reilly assisté de MacKinnon et Scheifele (sup. num.)
1-1 à 09’00 » : Dame-Malka assisté de Rech et Ritz
1-2 à 21’37 » : Fleury assisté de S. Da Costa et Auvitu (sup. num.)
2-2 à 29’11 » : Giroux assisté de Lee (sup. num.)
3-2 à 42’22 » : Vlasic

Canada

Attaquants
Jeff Skinner (5’+20′) – Mark Scheifele (4′) – Ryan O’Reilly (A)
Nathan MacKinnon – Claude Giroux (C) – Matt Duchene (A)
Alex Killorn – Brayden Schenn – Wayne Simmonds
Travis Konecny – Brayden Point – Mitch Marner

Défenseurs
Marc-Édouard Vlasic (A) – Jason Demers
Tyson Barrie – Calvin de Haan (2′)
Michael Matheson – Josh Morrissey

Gardien
Chad Johnson (G)

Remplaçant : Calvin Pickard (G)

France

Attaquants
Antoine Roussel (2′) – Stéphane Da Costa – Pierre-Édouard Bellemare (A, 2′)
Sacha Treille – Teddy Da Costa – Damien Fleury
Florian Douay (-1) – Maurin Bouvet (-1) – Jordann Perret
Anthony Rech (+1) – Nicolas Ritz (2′, +1) – Valentin Claireaux
Laurent Meunier (C)

Défenseurs
Yohann Auvitu (+1) – Kevin Hecquefeuille (A)
Antonin Manavian – Nicolas Besch
Olivier Dame-Malka (4′) – Jonathan Janil (-1)
Florian Chakiachvili

Gardien
Florian Hardy

Remplaçant : Ronan Quemener (G). Réservistes : Cristobal Huet (G), Damien Raux (D), Loïc Lampérier (A)

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