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Présentation KHL 2017/18 (II) : grands projets chinois et glaces rétrécies

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Les uns voient grand, telle la Chine qui envisage 1000 patinoires d’ici les Jeux olympiques qu’elle organisera. Les autres voient petit, comme à Khabarovsk où Mogilny a réduit la taille de la glace et espère que ça à sauver la place de son club dans une KHL qui a décidé de se rétrécir. C’est la présentation de la division Chernyshev, où le duel au sommet Omsk-Ufa a déjà commencé pendant l’été devant une commission de discipline.

 

L’Avangard Omsk n’a plus passé deux tours en play-offs depuis cinq ans, ce qui est indigne de son rang. L’entraîneur biélorusse Andrei Skabelka arrive après trois bonnes années au Sibir, qui lui confèrent une certaine aura. Avec un contrat de deux ans plus une troisième en option, il a une pleine autorité pour imposer ses vues aux vétérans comme le défenseur Evgeni Medvedev, nommé capitaine, ou Aleksandr Perezhogin, qui a eu une proposition de contrat revue à la baisse et dont le pouvoir dans le vestiaire s’est réduit. Skabelka a la réputation d’être exigeant car il veut imposer un hockey à haute intensité.

Pour faire oublier Vladimir Sobotka reparti en NHL, les Sibériens ont carrément mis en place un cinq majeur intégralement suédois. Jonas Ahnelöv et Erik Gustafsson étaient déjà présents. André Pettersson, productif lors de ses saisons à Sotchi, formera un trio avec le centre expérimenté Niklas Sundström et avec le champion du monde Dennis Everberg (Växjö), auteur d’un solide Mondial au milieu de coéquipiers de NHL. À suivre aussi, l’ailier toujours utile Dmitri Kugryshev, qui retrouve l’ancien entraîneur avec lequel il avait brillé au Sibir.

Skabelka aime utiliser quatre lignes homogènes et son président Vladimir Shaleev lui a construit une équipe dense. Le centre de la quatrième ligne sera le capitaine de la sélection biélorusse Andrei Stas… qui a renoncé à sa citoyenneté pour ne plus être considéré comme étranger !

Shaleev sait décidément utiliser les règlements à son service, et il il a porté réclamation auprès de la commission disciplinaire de la KHL pour récupérer Kirill Semyonov, prêté en décembre 2015 au Metallurg Novokuznetsk. Ce club, dont il a été meilleur scoreur l’an passé, l’avait vendu à Ufa : ce sera déjà ça de moins pour le principal concurrent de division ! Sachant que la première place de la division offre l’avantage de la glace pendant les deux tours qu’Omsk espère enfin passer…

 

OMARK Linus 160519 1506Le duel a donc été engagé dès l’intersaison avec le Salavat Yulaev Ufa, lui aussi très actif. Il a tout d’abord rompu le boycott officieux des entraîneurs étrangers qui prévalait depuis deux ans. Le manager Leonid Weisfeld a d’ailleurs vite complimenté son nouvel employé finlandais Erkka Westerlund en expliquant que c’est la première fois de sa carrière qu’il rencontrait un coach qui n’exigeait pas de nouveaux joueurs. Une pierre dans le jardin des entraîneurs russes… Une réminiscence, aussi, du conflit interne qui a pollué la dernière saison entre Weisfeld et l’ex-coach Zakharkin.

Avec un budget en hausse (grâce au million payé par le CSKA pour le talent Kaprizov), la composition s’est améliorée notamment dans les cages. Ben Scrivens remplace le jamais rassurant Niklas Svedberg. Le possible gardien du Canada aux JO aura plus le temps de souffler qu’au Dynamo Minsk dans une saison qui s’annonce longue, parce que sa doublure est le prometteur Andrei Kareev.

Les autres étrangers seront le Danois Philip Larsen – qui remplace Lepistö comme meneur des lignes arrières – et le trio Omark-Kemppainen-Hartikainen. Le grand Joonas Kemppainen, qui a la réputation d’un attaquant complet à vocation aussi défensive, est-il le bon choix pour la première ligne aux côtés de la vedette très technique Linus Omark ? Ce sera la question cruciale car le poste de premier centre a été le point d’achoppement avec Zakharkin pendant des mois.

Le Salavat a certes aussi récupéré gratuitement deux ailiers pour la seconde ligne grâce aux ennuis du Dynamo Moscou – Artyom Fedorov et Denis Kokarev – mais ce dernier est là encore plutôt un spécialiste défensif. Y a-t-il assez de purs meneurs pour cette équipe dense ?

Cette équipe colle finalement assez bien à l’image de Westerlund, qui incarnait le système corseté et ennuyeux de l’équipe de Finlande. Pourtant, s’il impose une organisation précise en zone neutre, le coach taciturne a fait mentir son image en répétant sans cesse à ses joueurs qu’ils ne sont pas des robots et doivent être créatifs en attaque. Pas besoin de le dire deux fois à Omark…

 

Quand la Chine prépare les Jeux olympiques, elle voit forcément les choses en grand. Les directives gouvernementales sont impressionnantes : 1000 patinoires et 100 000 enfants sur les patins dans cinq ans. Le Red Star Kunlun aura désormais une équipe-ferme en VHL, installée dans le centre historique du hockey chinois Harbin, et une équipe junior. Des camps d’entraînement et de sélection sont organisés en Amérique du Nord. Si pour l’instant d’éventuelles naturalisations « spéciales » n’ont pas été décidées, six nouveaux Nord-Américains avec la double nationalité ont été engagés. Cory Kane, dernièrement en Extraliga tchèque, et Brandon Yip, joueur de DEL au style très physique, amènent des gabarits inconnus chez les joueurs chinois traditionnels.

L’effectif a été revu presque de fond en comble, puisqu’il ne reste que cinq joueurs. Outre des figures connues comme Andrei Kostitsyn ou le défenseur slovaque Marek Daloga, la recrue majeure est Wojtek Wolski, victime d’un terrible accident aux vertèbres cervicales en début de saison dernière avec Magnitogorsk : il avait plongé pour contrer un palet, et avait glissé la tête la première contre la bande avec le poids de son vis-à-vis qui était tombé sur lui. Il a vécu des moments d’angoisse, seul sur un lit d’hôpital dans un pays étranger, alors que sa femme était enceinte, sans savoir s’il pourrait re-pratiquer un jour la moindre activité sportive. Après deux mois de minerve en espérant – vainement que les vertèbres se ressoudent d’elles-mêmes, puis une opération en janvier pour poser des plaques en titane, il a repris la glace en juin et est déjà redevenu le même hockeyeur qu’avant.

Pour mener son projet olympique de 2022, la Chine s’est choisi à la tête de l’équipe nationale un homme faisant autorité : Mike Keenan est le seul entraîneur à avoir remporté à la fois la Coupe Stanley et la Coupe Gagarine. Théoriquement, les tâches devaient être réparties : Keenan prospectait le marché nord-américain, pendant que le directeur général Vladimir Krechin recrutait les joueurs déjà connus en KHL. Néanmoins, Keenan a fait des siennes en écartant Richard Gynge, qui reste sur des saisons à 18 et 24 buts en Russie mais dont le faible goût pour le travail physique est notoire. Gynge a été renvoyé à deux reprises en équipe-ferme (des allers-retours qui sont un prétexte réglementaire pour raccourcir les contrats et se débarrasser d’un joueur à moindre coût) puis échangé au Traktor. Une situation que les observateurs ont interprété d’une manière simple : Keenan s’impose pour prendre pleinement le pouvoir !

 

Le Barys Astana semblait à la fin d’un cycle. Il a fonctionné depuis des années avec le trio majeur Dawes-Boyd-Bochenski, et il ne reste plus aujourd’hui que Nigel Dawes, désormais capitaine. Mais si l’équipe nationale va subir immédiatement cet impact, le club peut plus facilement retrouver des équivalents… qui se verront sans doute proposer une naturalisation pour porter le maillot du Kazakhstan dans deux ans.

Linden Vey a le profil pour devenir le nouveau leader offensif : meilleur marqueur en ligue junior en WHL, 44 points en 138 matches de NHL et 228 points en 278 matches d’AHL. Et pour ce qui est de la complémentarité qui caractérisait forcément la première ligne après des années communes, il arrive avec son partenaire de trio en AHL, Matt Frattin. Le Barys a donc exactement la même allure que les années précédentes, il laisse une poignée de Nord-Américains s’occuper presque intégralement de l’offensive. Il a même un second arrière canadien, Darren Dietz, pas moins bon que son partenaire Kevin Dallman et certainement meilleure dans les tâches purement défensives.

L’inexpérience de l’entraîneur Evgeni Koreshkov a été pointée par certains comme un handicap dans cette reconstruction, mais l’ancienne star du Metallurg Magnitogorsk a beaucoup appris dans ses années d’adjoint, y compris en équipe junior de Russie et avec la sélection du Kazakhstan. Il a vite mis en place un système où chacun connaît sa place et ses missions. Présent huit fois en play-offs en neuf saisons de KHL, le Barys y prétendra donc une fois de plus.

 

Le Sibir Novosibirsk ressemble à un champ de bataille au petit matin, lorsqu’on compte les survivants. Aucune arme meurtrière n’a décimé les lignes sibériennes, simplement le CSKA avec son gros chéquier. Des vedettes offensives qui ont porté l’équipe ces derniers temps, il n’en reste qu’un, Stepan Sannikov : le seul officier encore valide a évidemment été promu au grade de capitaine.

Reconstruire sans cesse l’équipe n’inquiète pas le manager Kirill Fastovsky, qui a l’habitude. Cela fait partie de la fiche de poste quand on travaille au Sibir. Le défi ne fait pas non plus peur à Pavel Zubov, nouveau patron sur le banc après deux années comme adjoint : il avait vécu exactement la même situation au Metallurg Zhlobin (Bélarus) où son passage comme entraîneur en chef avait coïncidé avec un fort remaniement. Cela ne l’avait pas empêché d’être performant.

Intrus perpétuel du haut du classement parmi des clubs plus riches, le Sibir est toujours réduit à n’engager que des joueurs à la cote dégradée qui restent sur des saisons décevantes comme Aleksei Sopin ou Andrei Sigaryov. Mais il a eu le plaisir de voir revenir avec une belle motivation le Finlandais Jonas Enlund, qui comme beaucoup avait monnayé son talent ailleurs après avoir explosé au Sibir.

Le joueur-clé, aussi bien sur la glace que dans le vestiaire, est néanmoins toujours le même : le gardien tchèque de caractère Alexander Salak fait son retour après sa rupture des ligaments croisés en octobre dernier.

 

L’Admiral Vladivostok a gardé ses meilleurs atouts de la saison passée, notamment ses importants piliers défensifs. Le vétéran Anton Volchenkov, toujours prompt à bloquer les lancers et sans compromission dans ses mises en échec, y côtoie trois étrangers : la paire majeure Oskars Bartulis – Jonathon Blum, essentielle depuis deux ans, plus Shaone Morrisonn, arrivé en janvier lorsque le Medvescak a appliqué l’opération « tout doit disparaître avant liquidation de l’activité KHL », et désormais à plein temps.

Trois étrangers en défense, plus deux en première ligne (Glazachev-Wright-Sabolic). Et pourtant, autour du grand espoir Vladimir Tkachyov, déjà très convoité mais qui se développera une saison supplémentaire avec de fortes responsabilités, la deuxième ligne compte deux ailiers originaires du Kazakhstan. Mais, tout comme Viktor Aleksandrov l’avait fait depuis longtemps, Vadim Krasnoslobodtsev, pilier de l’équipe nationale pendant huit ans, a abandonné à son tour la sélection pour pouvoir échapper au statut d’étranger.

L’Admiral commencera sa saison par sept rencontres à l’extérieur, ce qui complique forcément sa position initiale. Mais en fait, le club d’Extrême-Orient est favorable à ce calendrier… extrême. Cela permet de réduire le nombre de longs vols astreignants vers l’ouest, avec le décalage horaire correspondant, et de maintenir l’équipe en bonne condition physique. L’équipe espère donc se rattraper ensuite et remonter au classement.

 

ATYUSHOV Vitali-100516-492L’autre club d’Extrême-Orient, l’Amur Khabarovsk, commence carrément pour sa part par huit matches en déplacement. Mais pour son retour, il a programmé une petite surprise : il recevra sur une patinoire de 26 mètres de large au lieu de 30, soit les dimensions déjà adoptées par l’Admiral. Copieur ! Le président du club Aleksandr Mogilny a indiqué avoir uniquement pensé à l’intérêt des fans en choisissant ce format, qu’il a connu en NHL et qui garantit selon lui un jeu plus dynamique.

Il y a toutefois un autre motif : les équipes jouant sur une petite glace ont des différences plus grandes que les autres entre les résultats à domicile et à l’extérieur. Pour un club de bas de tableau, se procurer un avantage compétitif à la maison est évidemment positif, surtout que les adversaires ont déjà le désavantage du voyage. Tous les points pris à domicile seront capitaux, et si cela attire la curiosité du public, cela sera encore un plus.

L’Amur fait en effet partie des clubs mal placés dans le classement multi-critères un peu opaque de la KHL. Même s’il a réglé ses dettes en juin, il n’a guère le choix : il lui faut atteindre les play-offs pour garantir sa survie. Sinon, il ne sait pas trop de quoi son avenir sera fait. Il peut bien vanter les mille enfants inscrits dans les écoles de hockey sur les cinq patinoires de la région, avec des branches dans les villes de Komsomolsk-sur-l’Amour, Sovetskaïa Gavan et Vanino, cela pèsera zéro dans la balance.

Si les premiers déplacements ont été difficiles avec plusieurs arrières blessés (dont les cadres Michal Jordan et Vitali Atyushov), le club a continué à se renforcer : il a rappelé le défenseur vétéran Maksim Kondratiev – qui voulait partir au Torpedo mais a été viré du camp de présaison par l’entraîneur Peteris Skudra – et a engagé Aleksandr Gorshkov, qui végétait à Vladivostok. Ses anciens partenaires, les jumeaux Ushenin, sont contents de le retrouver.