Séjour hockey dans le Tessin (II) : Ambrì

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Les carnets de voyage d’Aurélien se poursuivent en quittant Lugano (évoqué dans le grand derby qui a fait l’objet du premier article) pour le nord du Tessin et le village d’Ambrì, légendaire dans le hockey européen.

Match 2 : Samedi 9 septembre 2017, HC Ambrì-Piotta – HC Davos

Le second volet de ce périple devait nous conduire dans les montagnes tessinoises. Malheureusement, le soleil qui nous avait accompagné toute la semaine avait définitivement déserté la région pour laisser place à une pluie incessante. L’escapade en altitude compromise en raison de la météo, nous décidons de nous rendre à Airolo, où mon contact suisse m’avait chaudement recommandé la fondue du Caseificio del Gottardo, restaurant-fromagerie-musée et accessoirement repère des supporters biancoblù.

Cette fondue envisagée pour le déjeuner s’est finalement transformée en goûter puisque nous sommes restés plusieurs heures bloqués sur l’autoroute A2 en raison d’un incident au niveau du tunnel du Saint-Gothard, sur de doux airs de musiques locales dont on s’étonne qu’elles n’aient jamais passé de notre côté de la frontière (si vous souhaitez vous mettre complètement dans l’ambiance, essayer de trouver sur internet le titre Mueter Gimmer Es Butterbrot de Trio Eugster, mais attention, ça se mérite). L’information à retenir est que la fondue était vraiment excellente et valait bien le détour.

La fameuse fondue, juste pour vous faire saliver

18h, l’heure de rejoindre Ambrì, petit village de la vallée, tout en longueur, où il semble n’y avoir rien d’autre qu’une autoroute, un aéroport et une patinoire, hormis les charmants petits chalets de bois qu’on croirait sortis d’une boîte de constructions pour grands enfants, comme me le fait remarquer ma copilote.

Le stationnement n’est pas facile et nous sommes obligés de nous éloigner assez pour trouver une place, le petit parking jouxtant la patinoire étant réservé aux détenteurs d’un pass. Sous la pluie battante, nous nous dirigeons vers la patinoire avec une halte dans une petite supérette de montagne pour y trouver une bouteille d’eau (eh oui, la fondue ça donne soif). À notre grande surprise, des petites tables hautes sont aménagées aux quatre coins de la supérette où quelques supporters se retrouvent pour partager l’apéro ou…. une raclette qui parfumait toute la boutique.

À 16h à la superette, c’est raclette…

La queue sous la pluie pour rentrer dans la tribune latérale debout

Une fois sur site, après l’achat d’un petit souvenir au fan shop, nous faisons la queue pour rentrer dans la tribune latérale la plus proche de la route. Pas de présence policière cette fois, simplement une fouille sommaire à l’entrée. Une fois à l’intérieur, petite frayeur, nous sommes dans la tribune d’un des kops, sans place assise, juste en face de la tribune plus calme où j’avais acheté deux billets. Les tickets ayant été déchirés à l’entrée, les tribunes ne communiquant pas, je voyais mal comment pouvoir ressortir pour regagner nos places, mais nos explications aux membres du staff ont suffi et personne n’a fait de difficulté.

La Valascia

Il me semble que c’est le bon moment pour prendre le temps de présenter cette patinoire bien particulière située au pied de la montagne. Construite en 1959 avec l’ajout d’un toit 20 ans plus tard, la Valascia est encore dans son jus, malgré l’ajout de quelques éléments modernes comme un écran géant au-dessus du rond central.

De prime abord, pour les non-initiés, il n’est pas facile de s’y retrouver. La signalétique n’est pas franchement explicite, d’où notre erreur de tribune sans que les personnes contrôlant les entrées ne nous aient orientés vers le bon emplacement.

Au niveau des tribunes et des coursives (photo), c’est pour le moins rustique. Tout est en bois et les couloirs sont relativement étroits, avec des buvettes installées à mi-niveau sous les tribunes presque comme des terriers. À l’heure des normes de sécurité et d’accessibilité, il y a comme un décalage (pourtant, nous avons remarqué que beaucoup de personnes en fauteuil assistaient à la rencontre dans quelques espaces sûrement plus adaptés).

Environ deux côtés de la patinoire est composé de tribunes où les supporters sont debout, notamment une tribune derrière un but qui fait l’effet d’un petit mur façon Borussia Dortmund (pour les footeux). Derrière l’autre but, probablement les « loges VIP » mais façon HCAP avec un confort qui semble tout relatif derrière ces sortes de vérandas, peut-être sont-elles au moins chauffées l’hiver. Car en effet, la patinoire n’est pas fermée et l’on pouvait apercevoir un bout de montagne depuis nos places. Nous étions trempés, il faisait environ 5°C, prévoyez donc des vêtements adaptés s’il vous vient l’envie d’assister à un match en plein hiver, expérience que je ne pourrais que vous conseiller.

Les tribunes en bois

Le HC Ambrì-Piotta, fondé en 1937, fête ses 80 ans cette année. Cette première rencontre à domicile était l’occasion de mettre à l’honneur les anciens joueurs qui ont marqué l’histoire de ce club. Le kop Gioventu Biancoblu (jeunesse blanche et bleue), dont l’emblème est une tête représentant Géronimo en hommage à un ancien joueur canadien ayant du « sang indien », a salué, ainsi que l’ensemble du public, de manière appuyée toutes ces anciennes gloires.

Hommage à Erik Westrum par les ultras Gioventu Biancoblu

Dès le début du match, on a senti que l’effectif de Davos n’était pas venu faire de la figuration. Ça patine fort, les passes sont ajustées et on sent l’aisance technique de certains joueurs, notamment le porteur du casque enflammé, le Top scorer Andres Ambühl. Et de fait, le HCD trouve rapidement la faille pour la plus grande joie des supporters des Grisons qui n’étaient pas en reste pour ce qui est de l’animation dans les tribunes.

Coup d’envoi de la rencontre

Le match se poursuit sur un rythme toujours aussi élevé mais le score en reste là pendant de longues minutes et le HCAP semble assez impuissant. On frôle même le but « casquette » à un moment, alors que Conz, le gardien d’Ambrì avait déserté ses cages en raison d’une pénalité appelée. Une passe en retrait de ses coéquipiers, non réceptionnée, vient taper la balustrade en passant à quelques centimètres de leur poteau.

Les joueurs locaux reviennent cependant du vestiaire avec de bien meilleures intentions lors du 3e tiers. Ils mettent leurs adversaires sous pression à l’image du Français Eliot Berthon qui n’avait pas eu beaucoup de temps de jeu en début de match et qui réalise une bonne dernière période. Ce « momentum » d’Ambrì-Piotta se concrétise avec l’égalisation en supériorité de Zwerger. La patinoire explose, les Biancoblù reviennent dans le match.

« One timer » du canadien Matt D’Agostini qui ne trouve pas les filets de Van Pottelberghe

Mais l’espoir est de courte durée. En effet, Davos bénéficie d’un tir de pénalité quelques secondes plus tard, mais Dino Wieser manque le cadre. Le HCD reprend juste après l’avantage grâce à un tir de Corvi qui vient nettoyer la lucarne de Conz. Bénéficiant d’un avantage numérique couplé avec la sortie du gardien en fin de match, le HCAP à 6 contre 4 ne parviendra pas à revenir au score. On en restera là, défaite logique mais frustrante pour les Tessinois.

Impact physique intéressant de la part d’Eliot Berthon

Le séjour s’achève donc avec la satisfaction d’avoir pu assister à des rencontres d’un bon niveau, à un derby chaud bouillant et à l’expérience d’un match dans une patinoire comme il n’en existe sûrement plus beaucoup, une patinoire qui a une âme dans une région de vrais passionnés de hockey. Aux dires de mon contact suisse, Ambrì-Piotta est l’un des derniers vestiges, avec Langnau et Davos, des valeurs originelles du hockey où le sport business fait loi dans les ligues professionnelles. Le HC Ambrì-Piotta compte désormais un nouveau sympathisant.

 

Ambrì-Piotta – Davos 1-2 (0-1, 0-0, 1-1)
Samedi 9 septembre 2016 à 19h45 à la Valascia. 6500 spectateurs (guichets fermés).
Arbitrage d’Alessandro Dipietro et Didier Massy assistés de Dominik Altmann et Marc-Henri Progin.
Pénalités : Ambrì 8′ (4′, 0′, 4′), Davos 16′ (4′, 6′, 6′).
Tirs : Ambrì 35 (16, 9, 10), Davos 23 (12, 3, 8).

Évolution du score :
0-1 à 03’42 » : Sciaroni assisté de Walser et Nygren (sup. num.)
1-1 à 54’15 » : Zwerger assisté de Taffe et D’Agostini (sup. num.)
1-2 à 55’40 » : Corvi assisté d’Egli et Ambühl
Ambrì-Piotta

Attaquants :
Dominic Zwerger – Cory Emmerton (-1) – Matt D’Agostini (-1)
Thibaut Monnet – Jeff Taffe (-1) – Noele Trisconi
Adrien Lauper (2′) – Marco Müller – Lukas Lhotak
Elias Bianchi – Diego Kostner – Eliot Berthon
Patrick Incir

Défenseurs :
Jesse Zgraggen – Nick Plastino
Christian Pinana – Michael Fora (C)
Marc Gautschi (-1) – Igor Jelovac (-1, 4′)
Franco Collenberg

Gardien :
Benjamin Conz (2′) [sorti à 58’25 »]

Remplaçant : Sascha Rochow (G). Absents : Christian Stucki (ligament croisé antérieur), Petter Guggisberg (opération du genou), Michaël Ngoy (blessé), Adrian Trunz, Evgeni Chiriaev, Misha Moor (surnuméraires).

Davos (2′ pour surnombre)

Attaquants :
Robert Kousal (2′) – Enzo Corvi (+1) – Andres Ambühl (C, +1, 2′)
Broc Little – Perttu Lindgren – Marc Wieser (2′)
Dino Wieser (2′) – Samuel Walser (2′) – Grégory Sciaroni
Nando Eggenberger – Chris Egli (+1) – Dario Simion

Défenseurs :
Simon Kindschi (2′) – Félicien du Bois
Magnus Nygren (+1) – Fabian Heldner
Marco Forrer – Claude-Curdin Paschoud (+1)
Sven Jung (2′) – Tim Grossniklaus

Gardien :
Joren van Pottelberghe

Remplaçant : Gilles Senn (G). Absents : Noah Schneeberger, Tino Kessler (blessés), Marc Aeschlimann, Mauro Jörg, Jerome Portmann (surnuméraires).

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