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Panne de but, rumeur d’échange, que se passe-t-il avec Max Pacioretty ?

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Le capitaine des Canadiens de Montréal fait malgré lui les manchettes ces temps-ci. En cause, un seul petit but en 21 matchs et la rumeur de sa présence sur le marché des échanges. En parallèle de la saison décevante de son équipe, l’Américain de 29 ans souffre de cet échec personnel, auquel s’ajoute le poids de porter le C de capitaine sur sa poitrine. Quelle est pour autant sa part de responsabilité ? Seul joueur avec Ovechkin à aligner des saisons consécutives de 30 buts, est-il en déclin ou traverse-t-il juste une mauvaise passe ?

 

Max Pacioretty a toujours été un buteur de séquence. Chaque saison à Montréal comporte des semaines où le capitaine est vu comme l’arme ultime et d’autres où les partisans schizophrènes demandent son échange car il n’a pas marqué depuis plusieurs matchs. Mais jamais il n’avait connu une telle traversée du désert depuis son année rookie. À l’heure où Montréal connaît une crise collective, la panne de son buteur vedette marque forcément les esprits.

 

Son impact dans le jeu est-il en baisse ?

Ailier buteur, Pacioretty est d’autant plus un moteur du club par ses capacités défensives, il joue aussi beaucoup en infériorité numérique, et son impact sur la possession du palet. Mais au-delà de sa panne de buts, force est de constater que son impact sur le jeu n’a pas vraiment baissé.

À travers les années, Montréal a toujours été davantage en possession de la rondelle avec Pacioretty sur la glace que sans lui. C’est encore le cas cette année, alors que le taux de possession des Habs est supérieur de 3% avec Pacioretty. Par contre, pour la première fois, l’équipe est moins dangereuse en termes de buts anticipés avec son capitaine que sans lui (-2%), une tendance à la baisse depuis 3 ans. Dans le détail, il y a ici une double raison à cela. Lorsque Pacioretty est sur la glace cette saison, les Habs ont provoqué moins de chances offensivement qu’auparavant et en ont accordé davantage défensivement. Pourquoi ? Disons tout de suite que ses départs en zone offensive/défensive n’ont pas évolué. Par contre, si son association avec Philip Danault et Andrew Shaw fonctionne, dans un style « nord-sud » qui lui sied, les tentatives de l’associer à Jonathan Drouin se sont soldées par des performances plus que moyennes. Un constat attendu tant le style de jeu des deux hommes est différent. Les rencontres passées avec Drouin pèsent ainsi dans les stats de saison. Mais aucune explication ici à la panne de buts.

 

Sa production en zone offensive est stable

Deuxième élément à regarder pour trouver une raison à la sécheresse de Pacioretty, sa production personnelle en zone offensive. Si celui-ci tirait moins souvent, ou obtenait des chances de moins bonne qualité, il serait facile d’en déduire que sa production de buts en baisse est logique. Ce n’est pourtant pas le cas.

Que ce soient les tirs tentés, les chances de marquer, les tirs cadrés (non présent sur le graphique) ou les chances de marquer très dangereuses, la production personnelle de Pacioretty est très stable. Elle est même supérieure à l’an passé, ce qui ne l’avait pas empêché de planter 35 buts. Ajoutons encore que c’est la même chose pour les buts anticipés individuels. Donc, quantitativement ou qualitativement, le problème ne vient pas du manque d’effort de la part du capitaine.

Y a-t-il un problème de synchronisme avec ses coéquipiers ? Reçoit-il les passes un dixième de seconde trop tard, ou trop tôt ? Ce qui est certain, par contre, c’est que Pacioretty a perdu ses fournisseurs habituels comme le rappelait Andrew Zadarnowki.

Des neuf passeurs décisifs principaux de Pacioretty depuis 2013, seuls trois sont encore avec les Habs, et aucun ne joue sur son trio… Son entente avec Brendan Gallagher a toujours été parfaite, Gallagher étant l’un des meilleurs créateurs de chances de marquer de la ligue, et Radulov formait un fabriquant de jeu idéal l’an passé. Aujourd’hui, Pacioretty n’a plus un tel créateur à ses côtés. De plus, tous les centres des Canadiens sont gauchers, donc plus enclins à passer vers la droite de la glace, à l’opposé de Pacioretty. Le capitaine laissait également timidement entendre que le système de jeu plus posé de Claude Julien, reposant beaucoup sur des passes aux défenseurs en zone offensive, ne convenait pas vraiment à son style plus direct. Ce qui n’a pas manqué de rajouter de l’huile sur le feu.

 

Le rôle de la réussite   

Mais malgré tout cela, si Pacioretty produit autant de chances… Pourquoi ne marque-t-il pas plus ? Le joueur est connu pour marquer en séquence : une grappe de buts, un passage à vide, une grappe de buts, un passage à vide, etc… Serait-il possible que le mois de décembre 2017 soit juste un gros moment de malchance ? Nous avons déjà évoqué maintes et maintes fois le rôle de la chance au hockey, et ses fluctuations.

Un regard au pourcentage de tirs des dernières saisons de Pacioretty suffit pour voir qu’il a connu des hauts et des bas, s’étalant souvent sur de très longues périodes. Le visuel présente sa réussite aux tirs tous les 40 matchs et, de la même façon qu’il a traîné une mauvaise période entre 2014-15 et 2015-16, la dynamique actuelle a commencé en fin de saison dernière. Il est revenu à un point atteint durant la saison 2015-16, juste avant une nouvelle embellie. En attendant, avec 4 buts cette saison à 5 contre 5 en 94 tirs cadrés, la rondelle ne roule décidément pas en sa faveur. Et lorsqu’il marque sur un bel effort individuel contre Calgary fin décembre, son but est refusé après révision pour le hors-jeu minuscule d’un coéquipier loin de l’action… Quand ça veut pas…

Sean Tierney de The Athletic a justement montré que sur la base de la qualité des chances obtenues par Pacioretty, il aurait pu prétendre à ajouter 8 buts supplémentaires à son compteur depuis le début de la saison. Il trône pour cela tout en bas de la ligue, et tient compagnie pour cette statistique du mauvais karma à Max Domi, Mikko Koivu ou Cam Atkinson, tous en manque de réussite.

Avec 16 buts (8 réels + 8 qui manquent), Pacioretty se placerait dans le top20 de la ligue, proche de sa place habituelle. Ce n’est évidemment pas là une règle d’or mais un argument supplémentaire pour ne pas s’alarmer outre mesure.

 

Quand même sur le départ ?  

S’il ne marque pas, ce n’est donc pas faute d’essayer et il ne serait pas surprenant de le voir reprendre sa course dans les prochaines semaines. De plus, à la différence de certains purs buteurs de la ligue comme Ovechkin, Pacioretty représente une pièce essentielle dans d’autres aspects du jeu qu’il serait très difficile de remplacer pour Montréal. Pourtant, son faible salaire (4,5M$ jusqu’en juin 2019) en fait l’une meilleures affaires de la ligue, ce qui rajoute encore plus à sa valeur sur le marché des échanges. Si Montréal souhaitait enclencher une mini-reconstruction, Pacioretty serait le meilleur moyen avec Carey Price d’obtenir plusieurs très bons atouts en retour. Et ne croyez pas que sa panne actuelle diminue sa valeur. Tous les observateurs soulignent que les dirigeants de la Ligue Nationale savent parfaitement que donner un passeur digne de ce nom ou un système de jeu lui correspondant davantage pourraient de nouveau transformer Pacioretty en un marqueur de 35 buts. Tout comme le soustraire à la pression du capitanat des Canadiens, une charge émotionnelle qu’il prend très à cœur, quitte à se mettre lui-même le fardeau des défaites sur ses seules épaules.

Sa valeur sur le marché, la perspective d’une augmentation de salaire importante en 2019 et la volonté de combler plusieurs trous dans l’organigramme pourraient pousser Marc Bergevin à agir. C’est peut-être une bonne décision à moyen terme, mais à court terme, le trou créé serait immense.