Le bronze et un nouveau record pour les Finlandaises

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Il y a quatre ans, la Suisse récoltait une étonnante médaille de bronze au tournoi féminin de Sotchi. Quatre ans plus tard à PyeongChang, les troisième et quatrième nations mondiales, la Finlande et la Russie, vont batailler pour la dernière marche du podium.

Les perdants des demi-finales, vaincus sur un score identique (5-0) face aux États-Unis et au Canada, se retrouvent pour un match qui relève bien plus de la consolation, la finale semblant tellement hors d’atteinte dans le hockey féminin à cause des deux superpuissances. Les Finlandaises se sont déjà emparées de la médaille de bronze aux Jeux olympiques à deux reprises, c’était en 1998 et 2010. Mais pour les Russes, étiquetées AOR, ce match pour la troisième place constitue une première aux JO. Le bronze olympique, obtenu trois fois aux Championnats du monde, serait donc un événement pour le hockey féminin russe.

Les Lionnes premières à rugir

Au bénéfice de sa large victoire 5-1 au tour préliminaire, la Finlande part favorite mais les Russes ont semblé plus en verve sur leurs deux derniers matchs. Le sélectionneur des Lionnes Pasi Mustonen n’a en rien changé ses lignes, confirmant devant le but Noora Räty, qui aura joué la totalité des matchs devant la cage finlandaise durant ce tournoi olympique. Quant à Aleksei Chistyakov, il a décidé de remodeler ses trios, et le coach russe, qui a utilisé ses trois gardiennes, opte pour Nadezhda Morozova.

La gardienne de 21 ans est d’ailleurs particulièrement sollicitée au début du match, avec plusieurs arrêts à effectuer dont un important devant Välimäki. Les Russes sont déjà sous pression, et Batalova est poussée à la faute. Et voilà déjà le premier but. Minnamari Tuominen tire du revers de la ligne bleue, et Petra Nieminen dévie la trajectoire du puck dans les filets (1-0, 02’23). Morozova s’incline une première fois mais elle doit rapidement s’en remettre, car derrière Nuutinen sert Tulus, Morozova est cette fois-ci à la parade.

Jusque là timides offensivement, les Russes vont se montrer particulièrement dangereuses avec plusieurs actions coup sur coup. Sosina accélère couloir droit et centre pour Belyakova, le palet est détourné de justesse par Räty. Puis à la 7e minute, Shtaryova frappe, la gardienne finlandaise montre la mitaine mais ne capte pas le palet dont la trajectoire est repoussée par le poteau.

Le réveil des Russes n’est que momentané durant ce premier tiers-temps. Les Finlandaises reprennent la main, et Nadezhda Morozova doit intervenir successivement face à Nuutinen et Karvinen. Les Russes sont une fois de plus sous pression et Tkachyova rejoint à son tour la prison, sans conséquence. Ronja Savolainen se procure la dernière action : la défenseure de Luleå profite de la chute de Pirogova pour se présenter seule mais sa tentative est bien trop molle pour inquiéter Morozova.

Maudits débuts de période

La Finlande mène 1-0 après vingt minutes. Puis 2-0 après vingt minutes et dix secondes. Les Lionnes remportent le premier engagement du deuxième tiers, Michelle Karvinen déborde côté droit et combine avec Susanna Tapani, devant l’enclave, qui canarde Morozova (2-0, 20’10). C’est un fait depuis la demi-finale contre le Canada, ça leur a déjà coûté cher : les Russes détestent les débuts de période.

Fort heureusement, les Athlètes olympiques de Russie se remettront rapidement d’aplomb. En zone offensive, Lyudmila Belyakova délivre une passe en diagonale à Olga Sosina, qui reprend de volée (2-1, 22’40). L’équipe de Chistyakov se remet dans le sens de la marche et obtient même une belle opportunité puisque Tuominen et Savolainen prendront tour à tour la direction du banc des pénalités. Malheureusement, la Russie ne trouvera pour autant la solution, ni à 5 contre 3, ni à 5 contre 4.

En revanche, la Finlande continue d’être particulièrement dangereuse. En éliminant Goncharenko, Petra Nieminen réalise d’ailleurs un joli enchaînement devant le slot, mais sa tentative est trop enlevée. Les Finlandaises n’arriveront pas à ajouter un nouveau but en jeu de puissance. Ça ne se joue pas à grand chose puisque Karvinen, lancée pleine vitesse côté gauche, trouve la barre transversale. En fait, les Finlandaises creusent l’écart à forces égales. À droite, Venla Hovi entre en zone offensive et sert à l’opposé Linda Välimäki, qui prend de vitesse la défense russe et frappe du revers, la mitaine de Morozova est trop courte pour empêcher ce bien joli but (3-1, 32’18).

La fin de tiers sera plus équilibrée avec un rebond dangereux de Belyakova, un tir de Rahunen contré et difficile à négocier, un lancer en pivot de Nieminen, une échappée de Pavlova après une mésentente finlandaise sur un changement de lignes, un débordement musclé de Belyakova. Mais après 40 minutes, le score, la possession et les occasions dangereuses sont à l’avantage des Lionnes.

Les Russes vont se montrer plus volontaires en troisième période. Un faire-trébucher de Hiirikoski sur Dyupina offrira d’ailleurs un nouveau jeu de puissance à l’AOR. Mais si les Russes arrivent à s’installer durablement en zone offensive, les Finlandaises se montrent très appliquées dans leur jeu en infériorité. La possession russe ne fonctionne pas mais un contre va faire mouche. Maria Batalova passe sa ligne bleue défensive et adresse une longue passe vers Lyudmila Belyakova, qui se retrouve seule face à Räty, l’attaquante du Tornado Dmitrov marque du revers (3-2, 46’03). Deux minutes plus tard, Olga Sosina, en enrhumant devant elle Hiirikoski, a même un palet d’égalisation, Räty détourne de la jambière.

Une fin de match torpillée

Le tournant du match arrive. À la 55e, Dergachyova et Pavlova donnent des frayeurs à la défense finlandaise, le jeu continue et Rahunen fait faute sur Shokhina : supériorité numérique pour les Russes. Mais cet avantage numérique, ô combien précieux, ne va durer que 18 secondes, la faute à Anna Shokhina qui touche Hiirikoski avec une crosse haute. Cela va complètement annihiler les dernière chances russes qui ne vont se résumer qu’à un lancer de Sosina, celui-ci est contré et flirte avec le poteau alors que Räty était battue.

Les Russes seront incapables de créer un momentum dans les dernières minutes, les Finlandaises, très actives, repoussant systématiquement les vagues adverses. Et ce n’est pas la sortie de Morozova à dix secondes de la fin qui changera quelque chose, le palet mourant le long de la bande après cette dernière mise en jeu.

Les Finlandaises explosent de joie et remportent une troisième médaille de bronze aux Jeux olympiques. Une troisième place sur le podium méritée. Les Lionnes de Pasi Mustonen ont dominé la majorité de la rencontre, elles ont su faire la différence et, lors des moments difficiles, elles ont défendu solidement. Cela récompense un tournoi très réussi pour la troisième nation mondiale, qui avait commencé en faisant douter les Américaines, et qui finit en bronze.

Fait notable : Riikka Välilä devient à 44 ans la plus âgée des médaillés aux Jeux olympiques à l’issue de l’épreuve de hockey sur glace. La native de Jyväskylä bat ainsi le record de son légendaire compatriote Teemu Selänne, médaillé de bronze à Sotchi et âgé de 43 ans à l’époque. Välilä, qui avait fait un break entre 2003 et 2013, avait d’ailleurs participé à la première médaille de bronze olympique de la Finlande au hockey féminin… il y a donc vingt ans à Nagano ! Et Riikka Välilä n’a pas exclu l’idée de participer aux Mondiaux 2019, justement organisés en Finlande.

Quant aux Russes, en pleurs, elles connaissent des progrès probants à l’échelle mondiale. Et si l’on se fie à la jeunesse des Tarakanova, Morozova, Batalova, Lobova, Shokhina, Pavlova, Belyakova, Dergachyova, la Russie pourra prétendre à d’autres médailles.

Commentaires d’après-match

Jenni Hiirikoski (capitaine de la Finlande) : « Remporter une médaille était notre objectif en venant aux Jeux olympiques. Nous savions que, sous un bon jour, nous avions une chance face aux États-Unis et face au Canada. Mais les Américaines étaient vraiment efficaces en demi-finale, donc voilà pourquoi nous voulions gagner aujourd’hui. [Les Russes] ont vraiment bien joué, en particulier au troisième tiers-temps. Elles ont tout fait pour marquer. Nous avions juste besoin de bouger le palet et de le contrôler dans leur camp. »

Riikka Välilä (attaquante de la Finlande) : « Après Sotchi, c’était le chaos. Puis nous avons commencé à reconstruire la sélection, les joueuses et le staff. Notre objectif depuis quatre ans était de remporter une médaille. »

Noora Räty (gardienne de la Finlande) : « C’est génial. Il s’agit de l’un des plus beaux jours de ma vie. Nous attendions ce moment depuis quatre ans, depuis Sotchi. Nous avions battu la Suède à Vancouver [en 2010, NDLR] en prolongation, c’était incroyable car c’était contre notre grand rival. Et à l’époque, nous n’étions qu’outsiders. Aujourd’hui, nous étions favorites, nous avions davantage de pression. »

Olga Sosina (attaquante des Athlètes olympiques de Russie) : « Dans un certain sens, notre tournoi est satisfaisant pour nous. Mais si j’avais eu une médaille autour du cou, je serais bien plus heureuse maintenant. Mais nous avons une très bonne équipe, pleine de jeunes talents et de potentiel. »

 

Finlande – Athlètes olympiques de Russie 3-2 (1-0, 2-1, 0-1).
Mercredi 21 février 2018 à 16h40 au Kwandong Hockey Centre. 3217 spectateurs.
Arbitrage de Dina Allen (USA) et Gabrielle Ariano Lortie (CAN) assistées de Jessica Leclerc (USA) et Justine Todd (CAN).
Pénalités : Finlande 8′ (0′, 4′, 4′), AOR 35′ (4′, 4′, 27′).
Tirs : Finlande 22 (9, 10, 3), AOR 22 (9, 9, 4).

Évolution du score :
1-0 à 02’23 : Nieminen assistée de Tuominen et Tapani (sup. num.)
2-0 à 20’10 : Tapani assistée de Karvinen
2-1 à 22’40 : Sosina assistée de Belyakova
3-1 à 32’18 : Valimäki assistée de Hovi
3-2 à 46’03 : Belyakova assistée de Batalova et Shtaryova (sup. num.)

 

Finlande

Attaquantes :
Susanna Tapani – Riikka Välilä – Michelle Karvinen (A)
Venla Hovi (+1) – Linda Välimäki (+1) – Petra Nieminen (+1)
Emma Nuutinen – Tanja Niskanen – Noora Tulus
Sanni Hakala – Sara Sakkinen – Annina Rajahuhta
Saila Saari

Défenseures :
Isa Rahunen (+1, 2′) – Jenni Hiirikoski (C, +1, 2′)
Minnamari Tuominen (2′) – Ronja Savolainen (2′)
Mira Jalosuo – Rosa Lindstedt
Ella Viitasuo

Gardienne :
Noora Räty

Remplaçante : Meeri Räisänen. En réserve : Eveliina Suonpää.

Athlètes olympiques de Russie

Attaquantes :
Alevtina Shtaryova (-1) – Yelena Dergachyova (A, -1) – Anna Shokhina (-1, 27′)
Diana Kanayeva (-1)  – Lyudmila Belyakova (+1, 2′) – Olga Sosina (C)
Valeria Pavlova (-1) – Yevgenia Dyupina – Viktoria Kulishova
Fanuza Kadirova – Yekaterina Likhachyova – Yekaterina Smolina
Alyona Starovoitova

Défenseures :
Liana Ganeyeva (-2) – Nina Pirogova (-1)
Maria Batalova (A, +1, 2′) – Angelina Goncharenko  (+1)
Svetlana Tkachyova (-1, 2′) – Yekaterina Lobova (2′)
Yekaterian Nikolayeva

Gardienne :
Nadezhda Morozova [sortie à 59’50 »].

Remplaçante : Nadezhda Alexandrova (G). En réserve : Valeria Tarakanova (G).